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  • : Blog contre la corruption, la cupidité, l'avidité et la concussion (C.A.C.) au Congo-Brazzaville
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27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 11:37

La foire à l’assassinat des Chefs d’État africains De 1963 à 2011, 21 Chefs d’État africains ont été assassinés. L’assassinat d’un chef d’État africain ne surprend guère mais rappelle chaque fois les raisons de l’assassinat, et naturellement rappelle aussi le président précédemment assassiné. Le comble est que l’histoire renaît sur les lèvres et alimente les débats sur l’actualité, mais comme un sort, les mêmes erreurs se commettent au sommet des pouvoirs et s’en suit un nouvel assassinat. Akody.com en dresse ici la liste.

La foire à l’assassinat des Chefs d’État en AfriqueLe Togo ouvre en 1963 la foire à l’assassinat des Chefs d’État africains avec la mort de Sylvanus Olympio. Trois ans après suit John-Aguiyi Ironsi, président du Nigeria en 1966. Ensuite, Abdirachid-Ali Shermake de la Somalie en 1969, Abeid-Amani Karumé du Zanzibar en 1972, Richard Ratsimandrava de Madagascar en 1975 avec son homologue François-Ngarta Tombalbaye, président de la République du Tchad. En 1976, 1977 et 1981, ce sont successivement les présidents Murtala-Ramat Mohammed du Nigeria, Marien Ngouabi du Congo-Brazzaville, Teferi Bante d’Ethiopie, Anouar el-Sadate d’Egypte et William-Richard Tolbert du Liberia, qui ont animé la foire à l’assassinat.

A partir de 1987, entrent dans le buzz à l’assassinat Thomas Sankara du Burkina-Faso, Ahmed Abdallah (1989) des îles Comores, Samuel-Kanyon Doe (1990) encore du Liberia, Mohammed Boudiaf (1992) d’Algérie, Melchior Ndadayé (1993) et Cyprien Ntaryamira (1994) du même Burundi. Dans la même année, Juvénal Habyarimana du Rwanda est frappé. En 1999, c’est autour d’Ibrahim Barré-Maïnassara, président du Niger, en 2001, Laurent-Désiré Kabila du Congo-Kinshasa et enfin de Mouammar khadafi de la Libye en 2011.

A qui le prochain tour ?Quand on sait qu’on vit dans un monde démocratisant qui raffine de plus en plus sa civilisation, et que des Chefs d’État africains continuent à piétiner la Constitution de leurs pays, ne doit-on pas s’attendre à un rallongement de cette liste?

Source : http://www.afrique-sur7.fr/5836/la-foire-a-lassassinat-des-chefs-detat-africains/

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26 septembre 2015 6 26 /09 /septembre /2015 07:34
(Congo-Brazzaville) Référendum : Dans la zone de turbulence

Les lampions des jeux africains se sont à peine éteints que Sassou a dévoilé son jeu. Pendant que l’opposition du Congo-Brazzaville observait la trêve des confiseurs, histoire de présenter à l’international l’image d’une opposition responsable et respectable, les vieux démons de la politique ont vite repris leur droit. Le premier à être saisi de cette pathologie est le tsar d’Oyo. Denis Sassou Nguesso a dégainé. C’est « Django tire le premier » dans le film constitutionnel qui se joue au Congo-Brazzaville, lequel trouvera son dénouement en 2016 et dont le metteur en scène est le tyran de Mpila. En politique, il n’y a pas de cadeau. Le locataire de Mpila vient d’en administrer la preuve. C’était soit lui soit le peuple : « Pecos tire ou meurs » aurait dit Maurizio Lucidi.

Même pas peur

Denis Sassou Nguesso, qui n’a décidément peur de rien, a annoncé le mardi 22 septembre 2015 la convocation d’un referendum qui lui permettra de briguer un troisième mandat, défiant ainsi la communauté internationale. Le mot référendum brûlait les lèvres de Sassou Nguesso depuis plusieurs mois. Au journal de Télé Congo de 20 heures, il a craché le morceau, selon l’expression de Thierry Oko (congopage.com, 23 septembre 2015). .

Référendum

Faisant fi de la chute de Blaise Compaoré, des événements du Burkina Faso et le contexte international, sur Télé Congo, pétri de mauvaise foi et après une lecture tronquée de l’avis du Conseil constitutionnel, Sassou Nguesso a tempêté : « J’ai décidé de donner la parole directement au peuple afin qu’il se prononce sur le projet de loi énonçant les principes fondamentaux de la République » . Denis Sassou Nguesso a sauté une étape. Les populations du Congo-Brazzaville seront-elles consultées par referendum sur le changement ou non de la Constitution du 20 janvier 2002 ? Quid donc des conclusions du dialogue de Diata/Brazzaville ? Lancé dans ses délires, Sassou Nguesso a poursuivi. : « Après adoption du projet de constitution qui sera élaboré par une commission mise en place à cet effet, le gouvernement déterminera les modalités de convocation du scrutin référendaire qui aura lieu dans un proche horizon ».

Avec quel fichier, quel découpage et quelle commission électorale ? Et, sur la base de quel recensement ? La date du référendum n’a pas été annoncée. Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup.

Dictature

Vociférant, Denis Sassou Nguesso, qui n’a pas perdu ses réflexes de dictateur a ajouté, menaçant, « l’aventure et le désordre n’ont aucune place dans la République et ne sauraient être tolérés ». Qui est le plus grand fauteur, le plus grand fouteur de troubles au Congo-Brazzaville, si ce n’est Sassou Nguesso ?

La ligne rouge a été ainsi franchie par Denis Sassou Nguesso, ce mardi 22 janvier 2015. Quelle sera la position de tous ceux qui sont opposés au changement de la Constitution du 20 janvier 2002 ? Quelle va être l’attitude de l’alliance IDC-Frocadec ? Quelle sera la réaction des ministres Claude Alphonse Nsilou, Bernard Tchibambeléla, Jean Marc Thystère Tchicaya ? Maintenant que les dés sont lancés, quel avenir pour l’alliance MCDDI-PCT ? C’est le moment pour ceux qui sont planqués dans leurs tanières de sortir du bois.

Inexorablement, en dépit des mises en garde de François Hollande, Barak Obama, l’Union Africaine (UA) et de l’organisation internationale de la francophonie (OIF), Denis Sassou Nguesso, en choisissant délibérément de passer en force, fait entrer le Congo-Brazzaville dans une zone de turbulence. L’isolement de Sassou est... total tant sur le plan national qu’international comme lors de la conférence nationale souveraine et la période de transition. Le camp du « non » qui accumule les voix mélangeant et additionnant les contraires saura-t-il convaincre les populations du Congo-Brazzaville, traumatisées par les différentes guerres infligées par Sassou Nguesso, de descendre dans la rues, occuper les places publiques et bloquer le pays afin de chasser Sassou Nguesso du pouvoir à l’instar du Burkina Faso qui asséna un coup de pied à Blaise Compaoré ?

Benjamin BILOMBOT BITADYS

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Benjamin Bilombot-Bitadys - dans Congo-Brazzaville Sassou Nguesso PCT
24 septembre 2015 4 24 /09 /septembre /2015 11:07
Coup d'Etat constitutionnel au Congo-Brazzaville : l'heure de vérité pour la diplomatie française

Mardi 22 septembre, alors que l’issue du putsch avorté au Burkina Faso monopolisait l’attention, le dictateur congolais Denis Sassou Nguesso annonçait dans un message télévisé pré-enregistré son intention d’organiser un referendum pour modifier la Constitution.

A l’exception de la date, cette annonce n’est une surprise pour personne [1]. L’enjeu de ce coup d’État constitutionnel, pour lui aujourd’hui comme pour le Burkinabè Blaise Compaoré en octobre dernier, est de conserver un siège présidentiel qu’il a obtenu dans le sang, qui est avant tout pour lui un moyen d’enrichissement personnel.

Ces calendriers croisés donnent l’occasion aux autorités françaises de sortir d’une ambiguïté criminelle. La position de principe évoquée par François Hollande au sommet de la Francophonie de Dakar, quelques semaines après la chute de Compaoré, pèse en effet bien peu face aux signaux que les officiels français ont continué d’envoyer à Brazzaville : de la maire de Paris au président de la République, en passant par le Premier ministre et le ministre de la Défense, le général-président a bénéficié cet été de toutes les attentions [2].

Ses proches ne sont pas en reste : à l’instar du général Diendéré, putschiste burkinabè désormais célèbre, deux barons du régime congolais sont décorés de la Légion d’honneur – l’un par Nicolas Sarkozy, l’autre par François Hollande l’année dernière [3]. Il semble ainsi que seule l’affaire dite des « Biens mal acquis » nuise aux relations entre Brazzaville et Paris, qui s’accommode toujours aussi scandaleusement des dictatures pour préserver ses intérêts [4].

Pour Fabrice Tarrit, président de Survie, « François Hollande et la diplomatie française s’enferment dans une position intenable, dans une tradition diplomatique françafricaine qui mêle affichage de supposées valeurs avec des compromissions des plus abjectes. On ne peut pas prétendre soutenir la transition face aux putschistes au Burkina Faso, tout en s’abstenant de condamner publiquement Sassou Nguesso et son clan. La "synthèse" chère au président français ne peut pas s’appliquer lorsqu’il est question de démocratie et de dictature. »

L’association Survie appelle l’exécutif français à condamner publiquement ce passage en force programmé du vieux dictateur et à geler toute coopération sécuritaire et militaire pour ne pas se rendre encore complice de la répression des démocrates qui s’y opposent.

[1] Lire Congo-Brazzaville- Le « consensus » contre la démocratie, Billets d’Afrique n°249, septembre 2015

[2] « Les Congolais ne veulent plus de Sassou... La diplomatie s’en accommode », tribune de Guillaume Desgranges et FabriceTarrit publiée par Survie, 22 septembre 2015

[3] « Congo-Brazzaville : la France persiste dans son soutien à la dictature », communiqué de Survie, 19 décembre 2014

[4] Parmi ceux-ci, il y a évidemment le pétrole, le bois, la gestion du port par Bolloré, etc. mais également la recherche d’alliés pour la COP21 et surtout l’enlisement de la situation en Centrafrique, où Sassou Nguesso a su user de son rôle de « médiateur » pour faire comprendre à la France qu’il y avait la possibilité de lui nuire (Lire « Lutte d’influence entre Sassou Nguesso et la France », Billets d’Afrique n°244, mars 2015).

A lire aussi

SOURCE : http://survie.org/francafrique/congo-brazzaville/article/coup-d-etat-constitutionnel-en-5006

N.B. : L'image ci-jointe n'est pas de l'Association Survie

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23 septembre 2015 3 23 /09 /septembre /2015 10:32
Congo-Brazzaville : Les Congolais ne veulent plus de Sassou... La diplomatie s'en accommode

par Fabrice Tarrit, Guillaume Desgranges -

Tribune. Le dictateur congolais Sassou Nguesso vient d’annoncer ce mardi 22 septembre son intention d’organiser un referendum pour modifier la Constitution qui lui interdit de rester au pouvoir. Nous mettons donc en ligne cette tribune de Guillaume Desgranges et Fabrice Tarrit, administrateur et président de l’association Survie, écrite avant cette annonce et qui était sur le point d’être publiée.

Samedi 5 septembre, Anne Hidalgo s’est rendue à Brazzaville en marge des Jeux Africains. À cette occasion, elle a rencontré le président de ce petit État pétrolier, Denis Sassou Nguesso, un criminel notoire. Cette entrevue entre la maire de Paris et le dictateur congolais s’inscrit pour ce dernier dans le prolongement d’une séquence diplomatique chargée, après l’accueil le 22 juillet du ministre de la Défense Jean-Yves le Drian et une rencontre à Paris quinze jours plus tôt avec Manuel Valls et François Hollande. Une séquence visant à donner l’image d’un dirigeant normal, dans un pays politiquement stable, à la veille d’élections présidentielles tendues, prévues en 2016.
Quelques rappels historiques s’imposent sur la funeste carrière de l’homme fort du Congo-Brazzaville, parvenu au pouvoir dès 1979, après avoir dirigé les services secrets congolais. Après douze ans d’une dictature sanguinaire, en 1991, la population excédée convoque une Conférence nationale souveraine, véritables États généraux congolais, et obtient des élections incontestées. Les privilèges des compagnies françaises sont remis en cause, en particulier le monopole d’Elf. Après cinq années de complots, Sassou reconquiert le pouvoir par les armes, avec un incontestable soutien français. Car nul ne s’en cache, Denis Sassou Nguesso est l’homme de la France au Congo.
La litanie d’exactions qui suit est insoutenable, qu’il suffise d’évoquer le massacre de centaines de réfugiés sur l’embarcadère du Beach, le pillage de Brazzaville fin 97, ou le nettoyage ethnique organisé dans la région du Pool, supposée insoumise. On peut qualifier sans risque Denis Sassou Nguesso de criminel de guerre, et de criminel contre l’humanité comme l’a fait François-Xavier Verschave en 2000 dans l’ouvrage Noir Silence, qui lui vaudra de remporter un procès pour offense à chef d’État intenté par Sassou.
Aujourd’hui le Congo est en proie à de vives tensions politiques, à l’approche d’une présidentielle prévue mi-2016, à laquelle selon la Constitution congolaise, Sassou ne peut se représenter. Le clan présidentiel n’ayant aujourd’hui aucun intérêt à prendre le risque de l’alternance démocratique, un passage en force est en train de se tramer : Sassou doit à tout prix obtenir la modification constitutionnelle et s’apprête à faire au monde le coup du vieux politicien rappelé bien malgré lui au pouvoir par plébiscite [1]. Malgré les intimidations, les arrestations arbitraires, la torture, une résistance se structure et organise meetings et campagnes. Lors du dialogue national alternatif en juillet, plus de 600 personnalités congolaises se sont réunies pour préparer l’opposition au coup d’État constitutionnel.
Vu le parcours du personnage, on ne peut donc que s’indigner de voir aujourd’hui des dirigeants français serrer la main de Sassou Nguesso comme s’il s’agissait d’ un président « normal » ou soutenir, comme l’a fait implicitement l’homme d’affaires Jean-Yves Ollivier dans le journal La Croix le 26 août, qu’il faut s’accommoder de voir cet homme perdurer au pouvoir parce qu’il serait un homme fort qui garantirait la stabilité du pays. La diplomatie française ne s’est-elle pas gargarisée de cette pseudo stabilité pendant des décennies pour justifier son soutien au Tunisien Ben Ali ou au Burkinabè Blaise Compaoré, avant que ceux-ci ne soient chassés par leur peuple ? Si le Congo est en apparence stable depuis plusieurs années, la Constitution présidentielle imposée en 2002 ayant permis l’organisation supposément « régulière » d’élections grossièrement truquées, les ressources (principalement le pétrole et le bois) du pays restent exploitées dans des conditions lamentables au profit de quelques grandes compagnies et du clan présidentiel en place, dont le patrimoine est démesuré – et visé en France par l’affaire des Biens mal acquis. Quant à la population de ce pays riche, elle est l’une des plus pauvres du monde : 57 % vit avec moins de deux dollars par jour. Aujourd’hui, au Congo comme en France, ceux qui, complètement à rebours de l’Histoire, veulent faire de Sassou un homme respectable, se compromettent donc avec une dictature définitivement indéfendable.

[1] Lire "Congo-Brazzaville - Le « consensus » contre la démocratie", Billets d’Afrique n°249, septembre 2015

SOURCE : survie.org

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Fabrice Tarrit, Guillaume Desgranges - dans Françafrique Congo-Brazzaville Sassou Nguesso PCT
22 septembre 2015 2 22 /09 /septembre /2015 09:54
(Congo-Brazzaville) Pourquoi les cessions d'intérêts d'ENI et de TOTAL E&P aux pilleurs du régime Sassou Nguesso constituent des crimes économiques ?

Par Alain MIZELLE -

Alain Mizelle -

Depuis le retour aux affaires du Président Denis Sassou Nguesso dans notre cher et beau pays en Octobre 1997, les intérêts pétroliers du Congo sont soumis à rudes épreuves. Une vraie mafia de cols blancs en bandes organisées, bien rodée, s’est installée au plus haut sommet de l’Etat et siphonne allègrement, en toute impunité, les ressources pétrolières de notre pays. Tout ceci se passe au vu et au su des membres du gouvernement et du Parlement Congolais qui sont, soit tous incompétents, ou se figent dans l’omerta alors qu’un petit groupe met les revenus pétroliers potentiels du Congo à sac. Quant aux brillants techniciens congolais du pétrole, ces chers collègues souvent aux ordres de la SNPC, de Total ou d’ENI, c’est bouche-cousue pour protéger leurs emplois et leur pécune ; mais ils sont également soumis aux clauses de confidentialité, ce qui ne saurait constituer véritablement des circonstances atténuantes ; on ne va pas leur en vouloir !

J’ai donc choisi de rompre ce silence des tombes et d’exposer chacune des transactions pétrolières mafieuses conclues au Congo depuis 1997, et ce sur la base de mes compétences pétrolières et d’informations glanées par mes recherches pour le reste de l’année 2015. Cet exercice commencera par les derniers Contrats de cession signés en 2014 et 2015 par ENI Congo et Total E&P Congo et d’expliquer pourquoi ces contrats constituent des crimes économiques potentiels.

En effet depuis 1997, on croit vivre un cauchemar, tant le pillage des intérêts pétroliers de notre pays a atteint des sommets invraisemblables, qui défient l’imagination aussi bien par leur audace que leur voracité. Alors que je me concentre exclusivement sur le secteur amont pétrolier, ces pillages affectent toute la chaine pétrolière incluant le trading pétrolier, le traitement et le raffinage, le transport et le stockage ainsi que la distribution des produits pétroliers. Dans n’importe quel pays normal au monde, la sonnette d’alarme aurait été tirée depuis 1998. Les pilleurs ont pris le silence du peuple et de la classe politico-intellectuelle du Congo comme une validation de leurs forfaits ; alors ils ont débordé d’imagination et d’ingéniosité. On est ainsi passé de commissions de quelques millions de dollars sur les enlèvements de cargos de l’Etat, sous le couvert des menaces de Fonds vautours, à la mainmise sur des participations dans les plus grands gisements de pétrole qui valent plusieurs milliards de dollars. C’est-à-dire, « le beurre et l’argent du beurre » ne leur suffisent plus, ils se sont donc attaqués à la crémière et ayant fini de la déboulonner, maintenant ils s’en prennent carrément aux vaches à lait. Tout naturellement, si ce processus n’est pas arrêté immédiatement, ils vont finir par vendre la ferme familiale, le Congo, notre pays.

Les oligarques russes, à la fin du régime de Boris Eltsine, étaient des cadres et des spécialistes initiés, chacun dans leur domaine, qui usant des informations privilégiées et un accès au sommet de l’Etat avaient mis la main sur des pans entiers de l’économie Russe, depuis les télécommunications, les sidérurgies jusqu’au pétrole par le biais de privatisations. Ce même schéma est en marche au Congo de Denis Sassou Nguesso ou des individus ayant des informations privilégiées sur le domaine pétrolier, et un accès au plus haut sommet de l’Etat, s’affairent à dépecer des morceaux entiers d’intérêts pétroliers qui, en conditions normales, reviennent à l’Etat pour le bénéfice du peuple Congolais.

Pourquoi donc les dernières cessions d’intérêts réalisées en 2014 et 2015 par ENI Congo et Total E&P Congo au profit des sociétés AOGC, Kontinent Congo et Petro Congo constituent des crimes économiques potentiels qui devront faire l’objet d’investigations et, si avérés, être punis dans le Congo post-Sassou Nguesso ? Eh bien, ce sera d’abord sur la forme et le fond de ces transactions et ensuite sur la taille et la valeur monétaire de celles-ci.

  1. Renouvellements des Permis ENI Congo Loango II and Zatchi II et Acquisition par AOGC de 9% en Moyenne dans les gisements Kitina-Djambala-Foukanda-Mwafi:

En ce qui est de cette transaction, pour rappel, en début de l’année 2014, la société ENI Congo (et son partenaire Total E&P Congo) négocient depuis plusieurs mois le renouvellement des CPP (Contrat de Partage de Production) portant sur les gisements Zatchi et Loango préalablement renouvelés le 15 Novembre 1995 sous le CPP Madingo Maritime. Ces deux gisements ont chacun plusieurs milliards de barils de pétrole en place dont seule une petite partie, moins de 20% a été récupérée, Loango est en production depuis 1977 soit depuis 37 ans et Zatchi depuis 1988 soit 26 ans. Sans grands travaux de redéveloppement de ces gisements, la production totale est en baisse et était de 20,000 barils/jour en 2013. Cependant les réserves résiduelles sont conséquentes et se trouveraient entre 300 et 500 millions de barils.

Sur la forme de cette transaction, après respectivement 37 ans et 26 ans d’exploitation, ces gisements dits matures, mais encore juteux, devaient revenir dans le domaine public et l’Etat d’en donner non seulement le titre minier à la SNPC, mais d’en transférer l’exploitation effective à sa société d’Etat. Après 25 ans d’exploitation, et au vu du prix record du baril des 10 dernières années, les opérateurs ENI et Total ont donc récupéré tous les capitaux investis (Capex, Opex, Admex) et fait des profits très respectables. L’Etat n’a donc aucune raison de renouveler ces permis pour un simple bonus de signature tout en laissant à la SNPC un maigre 15% d’intérêt. Dans la mesure où l’Etat se soucie de la baisse potentielle de sa production due à l’incompétence de la SONAREP à gérer des gisements, il y a possibilité de signer des contrats rémunérés O&M (Operations and Management) avec des firmes spécialisées qui continueraient à opérer et produire ces gisements clés en main pour son compte. L’Etat a donc choisi de renouveler ces gisements qui auraient apporté des recettes annuelles brutes – avant coûts – de 328,5 million de dollars US (pour un baril à $45) soit 190 milliards de FCFA.

L’Etat semble donc avoir fait une mauvaise opération au seul profit des opérateurs ENI et Total sur Loango et Zatchi, sauf si vous regardez ce qui vient après, et c’est bien le fond de cette affaire, c’est-à-dire l’entrée de AOGC (Africa Oil and Gas Corporation) dans les gisements Kitina (10%), Djambala (8%), Mwafi (10%) et Foukanda (8%). AOGC – société indexée par les ONG y compris Global Witness dans les scandales de détournements de fonds et des commissions de vente de cargaisons de pétrole, durant la période des fonds vautours entre 1999 et 2007 – est une société officiellement dirigée par Dieudonné BANTSIMBA et Narcisse LOUFOUA mais dont le propriétaire principal bien connu à Brazzaville, Paris et Rome n’est autre que Mr. Denis Auguste Marie GOKANA Chairman de la SNPC et Conseiller Spécial en matière d’Hydrocarbures du Président Sassou Nguesso. Au Congo les devoirs fiduciaires et les conflits d’intérêts n’existent pas. Il semblerait donc au fond, que les décideurs pétroliers du Congo que sont le Président Sassou Nguesso, son fils Denis Christel Nguesso et Mr. GOKANA aient décidé de renouveler les permis Loango et Zatchi en échange d’un bonus et de l’entrée de AOGC dans les gisements Kitina, Djambala, Mwafi et Foukanda. Vous vous dites peut être que les intérêts impliqués sont minimes de 8 à 10%, sauf si vous êtes du domaine et mesurez la valeur monétaire de telles transactions surtout à la lumière de la misère du peuple congolais.

Plateforme Gisement Kitina (voir photo en fin de page)

Voici donc les chiffres; En 2013, le gisement de Kitina produisait 15,000 barils/jour, tandis que les 3 autres gisements (Foukanda-Djambala-Mwafi) produisaient 7,300 barils/j. La production totale de ces gisements s’élevait donc à 22,300 barils/j en 2013. Les gisements pétroliers subissent un déclin naturel de 1-5% par an dépendant du type et des conditions du réservoir, alors en 2015 la production totale de ces gisements devrait être autour de 20,000 barils/j. AOGC engrangerait donc une production journalière brute d’environ 1,800 barils/j soit 657,000 barils/an. Si nous assumons un prix du baril de pétrole à $45/bbl, AOGC fera donc des entrées de trésorerie brutes annuelles de 29MM$ (17 milliards FCFA) avant déductions des royalties, profit oil de l’Etat et taxes. D’après Global Witness, ENI semble avoir divulgué auprès des media Italiens le paiement d’un bonus de signature de 22MM$ ; on se sait pas si celui ci correspond au renouvellement de Loango-Zatchi II ou Kitina-Djambala-Foukanda et Mwafi. Si ce montant a été payé par ENI et son associé, alors AOGC aurait payé au pro-rata 1.98MM$ de bonus pour ses 9% moyens sur les 4 gisements. Que nos vaillants économistes fassent le ratio profits sur investissements d’une telle transaction : autant dire qu’AOGC a été mis devant un tiroir caisse ! Dans l’industrie pétrolière, les réserves d’un gisement en production coûtent cher, les sociétés payent de 15-20$/baril. Moins de 50% des réserves initiales de Kitina ont été produites et les réserves totales des 4 gisements se situent donc au minimum à 100 millions de barils, ce qui donne à AOGC environ 10 millions de barils de réserves dont la valeur nominale non risquée se situe entre 150 et 200MM$ (87 et 116 milliards de FCFA).

Plateforme gisement Tchibouela (voir photo en fin de page)

  1. Renouvellement du Permis couvrant le Secteur Sud Total E&P Congo incluant les gisements Tchibouela, Tchendo, Tchibeli-Litanzi et Acquisition par AOGC, Kontinent Congo et Petro Congo d’un total de 25%:

Dans le cadre de cette opération, la troïka à la tête du pétrole des Congolais avait décidé d’ajouter à AOGC, déjà décrite ci-dessus, les sociétés inconnues Kontinent Congo et Petro Congo. Kontinent Congo, dont les véritables actionnaires ne sont pas apparents. Kontinent Congo, semble être une filiale de la petite société incorporée aux USA et basée à Washington D.C., Kontinent LLC (http://www.kontinentllc.com) qui elle est dirigée par Yaya MOUSSA. Mr. MOUSSA est camerounais et est l’ancien directeur du Bureau FMI (Fond Monétaire International) de Brazzaville à l’époque de Dominique Strauss Kahn avec qui il avait œuvré pour aider le Congo à atteindre le point d’achèvement de l’initiative PPTE. Mr. MOUSSA s’est tissé un réseau à la tête de l’Etat et une amitié avec Denis Christel Sassou Nguesso qu’il va utiliser à des fins personnelles quand il se retire du FMI. Il crée tout de suite une plateforme médiatique, Africa Today tv (http://africatodaytv.com) pour faire la gloire des dictateurs Africains et Kontinent LLC va se lancer dans les activités de conseil et trading pétroliers et de projets pétroliers et miniers par retour d’ascenseur. En clair derrière Kontinent Congo, se cache Denis Christel Sassou Nguesso. Nous creusons encore pour établir la propriété de Petro Congo qui semble être toujours détenue par le clan des Mapapa.

Sur la forme, grande a donc été ma surprise devant le discours tenu par Total Congo après les demandes de réponse pressantes de Global Witness et du Times of London quant à la propriété de ces entreprises choisies sans appel d’offres sur des intérêts aussi importants. Voici ce que Total a dit en substance dans l’article du Times de Londres, et je cite « Parmi les mesures prises, nous nous sommes efforcé à identifier les bénéficiaires ultimes de chacune des sociétés congolaises. A travers ces efforts Total a obtenu le confort nécessaire pour aller de l’avant avec l’association telle que structurée dans ces circonstances». La syntaxe clé de cette excuse de Total est «telle que structurée dans ces circonstances». Ni Total, ni moi même, ni aucun Congolais pourvu d’une petite parcelle de cervelle ne pouvait s’attendre que la troïka structure ces sociétés en montrant gratuitement les vrais actionnaires ! La troïka a structuré ces sociétés en plaçant les Narcisse LOUFOUA et Yaya MOUSSA comme directeurs de façade et en nommant des actionnaires fictifs dans les registres corporatifs et la « due diligence » de Total a vu ce qu’elle voulait voir ; ne dit-on pas «qu’il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir ?». Mais de grâce, que Total ou ENI ne nous disent pas qu’ils ne connaissent pas les vrais propriétaires de ces sociétés ! Qui est donc suffisamment puissant au Congo pour obliger Total Congo à regarder ailleurs alors qu’une transaction d’une valeur nominale de près de 4 milliards de dollars (2,300 milliards FCFA) est en marche ?

Le 14 Juillet 2015, alors que la France célébrait la Bastille, Total E&P Congo annonce la signature du Protocole d’Accord pour le renouvellement des permis d’exploitation Tchendo II, Tchibouela II, Tchibeli-Litanzi II dont les termes incluent des cessions aux sociétés congolaises AOGC (10%), Kontinent Congo (10%) et Petro Congo (5%). Comme dans le deal précédent qui impliquait ENI Congo, les gisements principaux de Tchendo et Tchibouela arrivent en fin de terme de leur permis d’exploitation après 30 ans. La pratique normale dans un pays pétrolier, qui se respecte, aurait voulu que ces gisements tombent dans le domaine public et que l’Etat les attribuent à sa société nationale qui continuera leur exploitation pour le grand bonheur des Congolais. Mais c’est sans compter avec le nouveau toupet et la gourmandise sans limite des rois du pétrole congolais qui semblent avoir convaincu Total du bien fondé de cette cession de 25% des parts du projet qui au pire devaient revenir à la SNPC et ce, sous le couvert de la Loi sur le local Content (Contenu Local) encore non promulguée au Parlement. Le fond de cette affaire semble donc être un deal noir opaque entre Total et la troïka, « renouvellement du permis couvrant le Secteur Sud sous de meilleurs termes fiscaux à condition que vous acceptiez l’entrée des sociétés que nous mettons sur table » comme dans les films d’Al Capone sur la mafia de Chicago, concussion, racket, extorsion et ormeta.

Dans la foulée, Pierre Jessua, le General Manager de Total E&P Congo nous annonce que Total a obtenu de meilleurs termes fiscaux dans le cadre de cette transaction et que les réserves qui restent à récupérer sur ce permis ne sont que de 100 millions de barils. Vraiment ? Voici les vrais chiffres de cette transaction : la production des gisements du secteur Sud est passée de 26,000 barils/j en 2012 à environ 22,608 barils/j en 2013, déclin naturel oblige. Nous pouvons assumer que cette production se situe aujourd’hui autour de 21,000 barils/j, ce qui donne à AOGC/Kontinent Congo/Petro Congo un total de 5,250 barils/j pour les 25%, soit une production annuelle de 1,916,250 barils générant un revenu brut de 86MM$ (50 milliards FCFA) avant déduction des royalties, profit oil de l’Etat et taxes avec un prix de baril conservateur à $45/bbl. Ce qui est intéressant c’est que ces gisements et notamment Tchibouela ont déjà récupéré 400 millions de barils sur 30 ans et ils devront encore produire pendant très longtemps avec des opérations de reprises/workovers et le forage de nouveaux puits tant les réserves résiduelles sont importantes. Le chiffre de 100 millions de barils de Pierre Jessua est archifaux ! Qu’il consulte ses géologues, géophysiciens et autres ingénieurs subsurface. Tchibouela et Tchendo ont ensemble tout près de 4 milliards de barils en place dont 400 millions récupérés jusqu’en 2015. Le gisement de Tchibouela seul a un STOIIP de 2.4 milliards de barils dont seulement 16% ont été récupérés. Or d’un réservoir de type Tchibouela on devrait récupérer un minimum de 25% de l’huile en place, soit 600 millions de barils. Donc les réserves résiduelles potentielles minimum de Tchibouela devraient être de 200 millions de barils (600MMBls moins 400MMBls déjà récupérés). Le gisement de Tchendo a 1,5 milliards de barils d’huile lourde en place encore non produits et qui peuvent être développés avec les puits horizontaux et les techniques de complétion/stimulation modernes, dont Tchendo Sénonien (850 MMBls en place et 85MMBls récupérables) et Tchendo Sendji C (635MMBls en place et 60MMBls récupérables) soit un total de 145 millions de barils de réserves additionnelles. Les réserves de Tchibouela et Tchendo seuls sont ainsi donc de 345 millions de barils. AOGC et compagnie s’octroient ainsi des réserves de 86 millions de barils soit en gros 100 millions de barils si nous ajoutons les réserves de Litanzi et Tchibeli par simple jeux d’écriture. En acceptant un prix du baril à 45$/bbl, ces réserves ont une valeur nominale non risquée, de 4.5 milliards de dollars (2600 milliards de FCFA) avant déductions des royalties, profit oil de l’Etat et taxes. La pratique dans l’industrie pétrolière est d’acheter les réserves en production à un prix de $15-20/bbl, ce qui fait que les 25% acquis valent entre 1.5 milliards de dollars US (1000 milliards FCFA) et 2 milliards de dollars US (1160 milliards de FCFA). Combien Gokana et Cie ont-ils payé à l’Etat?

La responsabilité corporative et fiduciaire des multinationales est désormais engagée. Aussi bien ENI Congo SA que Total E&P Congo en tant que sociétés européennes, tombent sous les dispositions des lois de l’OCDE, de l’Union Européenne et de leurs propres codes d’éthique portant sur la corruption active, passive ou autre. Le Code de Conduite du Groupe Total remis sur pied depuis l’an 2000 inclue des dispositions pratiques que les employés et responsables de Total doivent observer dans la conduite des affaires et la prise des décisions au quotidien. Ce Code dispose en particulier que «Total rejette la corruption sous toutes ses formes, publique et privée, active et passive». Il faut penser qu’au Congo de Sassou Nguesso de telles grossièretés se passent sans que personne au sein des partis politiques ne bronche, alors que le Président du Guatemala, Otto Perez Molina vient d’être destitué et incarcéré pour corruption dans les services douaniers d’un montant d’environ 3.7MM$ (moins de 2 milliards de FCFA). Un changement de régime au Congo permettrait de mettre à plat ces deals opaques iniques qui n’ont pour but que de perpétuer l’enrichissement illicite d’un clan au détriment du peuple qui continue de croupir dans la misère la plus totale. Entre-temps des associations congolaises et la société civile ont la possibilité d’interpeller ces majors pétroliers devant les instances européennes dont l’UE, L’OCDE, les Nations Unies pour arrêter la vente sur le marché international par AOGC, Kontinent Congo et Petro Congo, de barils de pétrole pillés, dont les bénéficiaires authentiques devraient être les populations du Congo qui manquent de tout, depuis l’eau potable, l’électricité, les infrastructures de santé de base et sont assujettis à un ’indice de développement humain parmi les plus bas de la planète.

POURQUOI LES CESSIONS D’INTERETS AUX PILLEURS DU REGIME SONT CRIMINELLES ( télécharger la version word)

Alain MIZELLE

(Extrait de congo-liberty)

A propos de l’Auteur: Né à Brazzaville au Congo,il passe sa tendre jeunesse dans les pays du Niari notamment à Dolisie, établi actuellement à Montréal au Canada. Homme d’affaires, PDG de la société Prevail Energy Limited (www.prevailenergy.com) et Pasteur Évangélique diplômé en Etudes Chrétiennes Hébraïques de Woodlands au Texas. Ingénieur Minier et géologue pétrolier détenteur d’un Master en Ingénierie Minier de Wits University, une Maitrise en Sciences de la Terre et une formation pétrolière à Oxford (Angleterre). Coordonateur pour le compte de la Société Pétrolière Sud Africaine Engen (Energy Africa) du projet d’exploration Haute Mer et du développement du gisement Nkossa entre 1996 et 2002, participe notamment aux découvertes des gisements de Moho-Bilondo. Recommande l’entrée de Energy Africa sur le permis Kouilou et le gisement M’Boundi, gère le gros du portefeuille exploration au Gabon et recommande l’entrée de Energy Africa en Guinée Equatoriale conduisant aux grandes découvertes des gisements Ceiba et le complexe Okoumé. Au Canada depuis 2003, fonde GGPC (Gulfofguinea Petroleum Corporation) qui négocie et signe des Contrats Pétroliers au Gabon en 2004 et entre à la Bourse AIM de Londres sous le nom FirstAfrica Oil Plc. Depuis 2005 dirige Prevail Energy Limited, société qui avait acquis 20% d’intérêts dans le projet MKB au Congo et négocie des projets Pétroliers partout en Afrique, USA et en Asie.

Plateformes gisements Kitina et Tchibouela
Plateformes gisements Kitina et Tchibouela

Plateformes gisements Kitina et Tchibouela

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18 septembre 2015 5 18 /09 /septembre /2015 16:11

Appel du Mouvement de Résistance des Intellectuels du Faso

Coup d’Etat au Burkina : la France doit poser des actes concrets contre les putschistes

17 septembre 2015 par Survie

Thèmes : Burkina FasoBlaise CompaoréCommuniqués de presseputsch

[Modification : 16h15 : l’arrestation de Sams’k le Jah n’est pas confirmée]

L’Association Survie, qui a dénoncé pendant plus de 20 ans la dictature de Blaise Compaoré et le soutien multiforme dont il a bénéficié de la part de la France, s’alarme du retour au pouvoir par la force de ses plus proches collaborateurs, moins d’un an après la révolte populaire qui les avait éloignés du pouvoir. Les autorités françaises, au-delà des déclarations de condamnation, doivent tirer les conséquences de leur dipomatie de complaisance à l’égard des dictateurs et prendre des mesures concrètes.

Solidaires du peuple burkinabè et des mouvements de la société civile qui se mobilisent en ce moment pour faire échec au coup d’État, nous nous inquiétons de la répression sanglante qui s’abat déjà sur la société civile et cible particulièrement les membres du Balai Citoyen : le studio de Smockey, rappeur et figure du mouvement, a été attaqué par le RSP et plusieurs de ses membres ont été gravement blessés. Au moins 10 personnes auraient été tuées à Ouagadougou.

Nous nous interrogeons sur les conditions qui ont permis aux militaires restés proches de Compaoré de renverser la transition. Ce renversement intervient après l’invalidation par le Conseil constitutionnel des candidatures aux prochaines élections du 11 octobre de ceux qui avaient soutenu le projet de tripatouillage de la Constitution par lequel Compaoré comptait rester au pouvoir. La principale mesure annoncée par les putschistes depuis leur prise de pouvoir, la tenue « d’élections inclusives » et permettant donc aux soutiens de l’ancien régime de se présenter, rejoint la position exprimée il y a quelques mois par des représentants français, refusant ainsi implicitement la légitimité des instances de transition.

L’instabilité politique et militaire que connaît le Burkina Faso résulte de l’impunité dont bénéficient le dictateur déchu et sa garde rapprochée, le Régiment de sécurité présidentielle (RSP). Exfiltré par l’armée française puis accueilli à bras ouverts par le président ivoirien Alassane Ouattara, échappant à toute justice nationale et internationale, Blaise Compaoré conserve une capacité de nuisance qui continue de déstabiliser le pays. D’autant plus que l’ex-rébellion ivoirienne favorable à Ouattara est née dans les beaux quartiers de Ouagadougou et qu’elle reste redevable au dictateur déchu.

Celui qui a été nommé « président » par les putschistes du RSP n’est autre que Gilbert Diendéré, ancien chef d’Etat major particulier de Compaoré et complice de la plupart des crimes commis par le régime depuis son accession au pouvoir par la force en 1987 [1]. Pour rappel, Gilbert Diendéré est un proche de plusieurs diplomates et militaires français. Il a même été décoré de la Légion d’honneur française [2], comme continuent de l’être des tortionnaires de dictatures françafricaines [3]. En mai 2012, la presse burkinabè racontait les sauts en parachute du général Emmanuel Beth, alors ambassadeur de France à Ouagadougou, avec son collègue Diendéré. Interrogé il y a un an, le général Beth, comme d’autres officiels français, continuait de défendre le régime déchu et son président Compaoré.

Aujourd’hui, la condamnation de ce putsch est unanime, y compris de la part de la France. Mais au-delà de ces déclarations, qui ne masquent pas le soutien historique apporté au clan Compaoré, un certain nombre de mesures concrètes doivent être prises : arrêt immédiat de toute coopération militaire et sécuritaire avec le régime, gel des avoirs financiers des putschistes, reconnaissance réaffirmée du président Michel Kafando, du gouvernement et du Conseil national de la transition.

L’association Survie s’associe aux appels à rassemblement qui sont organisés en solidarité avec le peuple du Burkina Faso.

Source: survie.org

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18 septembre 2015 5 18 /09 /septembre /2015 15:51
Diendéré, ancien chef d’une milice de tortionnaires et d’assassins, transformé en homme clé de la sécurité de la région par les Français et les Américains

Général Gilbert Diendéré

Burkina : Le Régiment de Sécurité présidentielle rappelle aux yeux du monde son passé putschisteLe coup d’Etat au Burkina Faso n’est pas tout à fait une surprise. La crise était annoncée car ce Régiment de la sécurité présidentielle, ses officiers et Gilbert Diendéré qui les contrôlaient sentaient leur fin proche s’ils ne tentaient pas quelque chose avant les élections qui étaient prévues pour le 11 octobre.

Les informations qui nous parviennent du Burkina restent parcellaires. Le RSP (Régiment de sécurité présidentielle) a pris en otage, mercredi soir, jour du Conseil des ministres, Le Président de la Transition, Michel Kafando, le Premier ministre Issac Zida, et les autres ministres présents. Des négociations se sont engagées avec la hiérarchie militaire sans succès.

Quelques heures plus tard, les preneurs d’otage précisaient leurs intentions. Ils déclaraient prendre le pouvoir, portaient à la présidence le Général Diendéré et annonçaient la mise en place d’un Conseil national de la démocratie dont la première mesure serait d’organiser des élections « inclusives ». Plusieurs maisons de leaders de la société civile ont été attaquées, les leaders du Balai citoyen particulièrement visés. Smockey nous a informés que la sienne a été attaquée au lance-roquettes, sa famille ayant pu s’enfuir par-dessus un mur. Un incendie a pu être court-circuité grâce à l’intervention du voisinage.

La réaction n’a pas tardé, des appels à se rassembler place de la révolution jeudi matin ont circulé. Des groupes de jeunes sont descendus dans la rue par petits groupes pour disperser les soldats du RSP. Les syndicats et la Coalition contre la vie chère ont immédiatement appelé à une grève générale illimitée. La répression aurait fait une dizaine de morts et de nombreux blessés, mais ne serait l’œuvre que des seuls éléments du RSP. Au nombre de 1300, ils ne contrôleraient en réalité que la capitale, et encore. Des internautes ont posté aussi des photos de manifestation dans plusieurs villes de province. Et vendredi matin, RFI annonçait des manifestations à Bobo Dioulasso, à Yako où la maison de Gilbert Diendéré a été incendiée et à Po.

Le Président du Conseil national de la Transition, Cheriff Sy, dans un communiqué à déclarer assumer « désormais les pouvoirs dévolus au chef de l’Etat », et « inviter le chef d’Etat-major des armées et les chefs d’Etat-major des différentes régions militaires à prendre immédiatement toutes les dispositions pour que cette forfaiture soit arrêtée puisque c’est un groupe armé qui s’oppose à la volonté du peuple ». Cheriff Sy n’est autre que le fils du général Baba Sy, qui a toujours été, de son vivant, très respecté par l’armée.

Un coup d’Etat probablement préparé depuis longtemps

Par trois fois déjà, le RSP, sous la houlette de Diendéré, ont perturbé le Conseil des ministres. On se rappelle que la nomination d’Issac Zida comme Président, lors de l’insurrection, résultait d’un consensus entre le RSP, et les autres chefs militaires. Mais rapidement Zida, peu connu bien que numéro deux du RSP, en mal de popularité parmi les insurgés, se lançait dans des déclarations fracassantes, teintées de populisme, affirmant sa volonté de prendre en compte les aspirations des insurgés. Il annonçait en particulier la réouverture des affaires Sankara, l’ancien président révolutionnaire dont l’assassinat n’est pas officiellement élucidé, et Norbert Zongo, le journaliste assassiné par des hommes de la sécurité présidentiel.

Zida épousant la cause des insurgés, les autres chefs du RSP, se sentant trahis, ont plusieurs fois séquestrés le Conseil des ministres, le Président et le Premier ministre, avançant à chaque fois de nouvelles revendications et s’opposant à la dissolution de leur régiment, demandée par la société civile. En réalité cette revendication est apparue la première fois parmi les propositions du Conseil des sages, mis en place la suite du puissant mouvement de protestation contre l’assassinat de Norbert Zongo.

Avec le recul, l’hypothèse d’une préparation minutieuse d’un coup d’Etat, par un affaiblissement progressif des forces au sein du gouvernement pouvant s’y opposer apparait crédible. Ainsi, en février 2015, à la suite du deuxième mouvement d’humeur du RSP, des proches de Blaise Compaoré furent nommés à des postes clé: Boureima Kéré, pourtant accusé de torture par deux témoignages très précis (voir http://www.thomassankara.net/spip.php?article1739 et http://www.thomassankara.net/spip.php?article1738 ) comme chef d’Etat major particulier du Président etle lieutenant-colonel Coulibaly, ancien aide de camp de Blaise Compaoré, comme chef de corps du RSP. Ce dernier devait partir en stage de formation en France.

En juillet dernier, les chefs du RSP exigèrent la démission des 4 ministres militaires du gouvernement. Les tractations durèrent cette fois plusieurs jours. Ils n’obtinrent pas totalement satisfaction, mais suffisamment pour pouvoir envisager un coup d’Etat dans de bonnes conditions. Le premier ministre fut déchargé de la Défense, et surtout le lieutenant-colonel Auguste Barry, le ministre le plus populaire parmi les insurgés, perdit son poste de ministre de l’intérieur et de la sécurité. Il venait de déjouer une première tentative de coup d’Etat. N’est-ce pas parce qu’il essayait de reprendre la main sur le système mis en place par Diendéré, chef de la sécurité intérieur du pays sous Blaise Compaoré, qui entretenait à ce titre des rapports étroits avec les officiers des troupes françaises et américaines ? Un des derniers obstacles de taille était levé qui permettait d’envisager un coup d’Etat victorieux.

Diendéré, ancien chef d’une milice de tortionnaires et d’assassins, transformé en homme clé de la sécurité de la région par les français et les américains

Gilbert Diendéré, avait remplacé Blaise Compaoré à la tête du CNEC (Centre national d’enseignement commando), lorsque ce dernier devint chef d’Etat après un coup d’Etat qui se solda par l’assassinat de Thomas Sankara en 1987. C’est lui qui est aussi à l’origine de l’exécution des capitaines Jean Baptiste Lingani et d’Henri Zongo, les deux autres leaders « historiques » de la révolution, aux côtés de Blaise Compaoré et de Thomas Sankara. Ce sont des hommes sous son commandement qui ont tué Thomas Sankara et ses compagnons. Il en était le chef au moment de la période la plus noire du régime, marquée par des assassinats politiques, et lorsqu’on torturait ceux qui se refusaient à déclarer allégeance au régime.

Le RSP est issu du CNEC et Gilbert Diendéré en a gardé le commandement jusqu’à sa nomination comme chef d’Etat-major particulier de Blaise Compaoré. De nombreuses exactions, commises par les hommes de ce régiment, sont restées jusqu’ici impunies. Le journaliste Norbert Zongo a lui aussi été assassiné par des hommes du RSP. Gilbert Diendéré a été plusieurs fois cité lors du procès de Charles Taylor, puis dans des rapports de l’ONU, pour avoir détourné l’embargo au profit des rebelles ivoiriens. C’est lui qui avait le premier retrouvé l’avion d’Air Algérie qui s’était crashé au Mali, révélant ainsi l’efficacité de son système d’information mis en place. Et c’est encore lui qui a organisé la fuite de Blaise Compaoré en collaboration avec les forces spéciales françaises basées non loin de Ouagadougou.

Mais Gilbert Diendéré est aussi un ami de la France, et la Transition, en tout cas son Président, joue plutôt la diplomatie que l’affrontement avec la France qui va financer en partie les élections. Nous écrivions en effet le 5 février 2015 : « C’est ce même Gilbert Diendéré qui a été décoré de La légion d’honneur en France en 2008. Il était proche du général Emmanuel Beth, premier chef de l’opération Licorne en Côte d’Ivoire, directeur de la Coopération militaire et de la défense au Quai d’Orsay qui sera nommé Ambassadeur de la France au Burkina en 2010, son frère Frédéric Beth dirigeant alors les COS (commandement des opérations spéciales basées à Ouagadougou) avant de devenir le numéro deux de la DGSE. Diendéré et Emmanuel Beth, très proches, avaient l’habitude de faire ensemble des sauts en parachute » (voir http://blogs.mediapart.fr/blog/bruno-jaffre/050215/burkina-faso-la-transition-entre-arrogance-du-regiment-de-securite-presidentielle-et, -volonte-de-re) .

Il est aussi l’ami des américains, dont des troupes sont aussi stationnées au Burkina. Ainsi peut-on lire dans un document du service de communication du RSP : « Pour le Général Gilbert Diendéré, qui n’est plus à présenter, il a été souhaité que l’on exploite ses compétences indéniables, comme conseiller par exemple ; au lieu de s’en débarrasser. Des américains auraient dit : « si vous n’en voulez plus, donnez-le nous… ». Il est l’un des rares officiers généraux de la sous-région qui maîtrise autant les questions sécuritaires dans la zone sahélo-saharienne » (voir http://www.lefaso.net/spip.php?article63183).

Elections inclusives, le faux prétexte

Le préambule de la Charte de la Transition, adoptée par consensus, quelques jours après l’insurrection affirme « la nécessité d’une transition politique, démocratique, civile, apaisée et inclusive ». Effectivement les partis de l’ex majorité ont pu bénéficier de 10 sièges de députés au Conseil national de la Transition.

Lorsque le Conseil national de la Transition (CNT) a modifié la loi électorale, interdisant aux anciens partisans de la modification de l’article 37, donc à Blaise Compaoré, de se représenter, les protestations se firent rares alors, pour s’amplifier légèrement, surtout parmi les partisans de l’ex majorité et la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) et finalement retomber tout récemment. En réalité, trois mois après l’insurrection, cette réforme fut la première qui apparaissait aller dans le sens de ce qu’attendaient les anciens insurgés. Pour eux, l’insurrection s’était soldée par une trentaine de morts et des centaines de blessés qui méritaient le respect. Il n’est pas possible de voir revenir par les urnes les principaux dirigeants du régime précédent, responsables du pillage des principales ressources du pays, ceux qui viennent d’être chassés du pouvoir par un rejet massif. Tous les partis politiques de l’ex-opposition soutenaient cette réforme. En terme, d’exclusion, il convient d’ ajouter que les autorités de la Transition, les ministres, les députés du CNT n’ont pas le droit non plus de se présenter.

La CEDEAO s’opposa aussi à cette loi, non sur le fond en réalité, mais pour son imprécision qui semblait écarter tous les partisans de la modification de l’article 37, sans exception. Le Président de la Transition déclara que son pays se soumettrait à l’avis de la CEDEAO. Mais finalement le Conseil constitutionnel, rejeta les candidatures des ministres et des députés ayant voté cette modification, précisant ainsi de fait le critère d’inéligibilité. Une quarantaine de députés furent écartés des législatives mais purent être remplacés par d’autres personnes. Quant aux présidentielles, les candidatures de plusieurs personnalités comme le Président du CDP(Congrès pour la Démocratie et le Progrès, Parti de Blaise Compaoré) Eddie Komboïgo, Djibril Bassolet, ancien ministre des affaires étrangères et Gilbert Ouedraogo , président du RDA (Rassemblement démocratique africain) furent aussi écartées.

Finalement, les exclus ont tous déclaré, il y a quelques jours, se ranger aux décisions du Conseil constitutionnel. Et l’on s’orientait vers des élections paisibles, d’autant plus qu’à sa dernière réunion, la CEDEAO avait finalement réitéré son soutien aux autorités de la Transition. C’est dans ce contexte que les putschistes disent vouloir organiser des élections « inclusives ».

Gilbert Diendéré sous la menace d’une inculpation

Un faux prétexte ! La réalité, c’est que la justice se rapprochait de Gilbert Diendéré, dont l’inculpation dans l’affaire Sankara devait se traduire à court terme par son inculpation. Le jour du coup d’Etat, les avocats devaient être informés des avancées de l’enquête et des résultats. D’autres témoins, victimes de tortures se sont fait connaitre et ont raconté les sévices qu’ils ont subis. De plus, , une commission d’enquête avait été annoncée, pour déterminer les responsabilités des tirs à balles réelles pendant l’insurrection causant la mort d’une quinzaine de personnes et de très nombreux blessés . Or ce sont encore les soldats du RSP qui en sont les auteurs. et pour couronner le tout, la Commission des réformes et de réconciliation, mise en place par la Transition avait déposé son rapport dans lequel la dissolution du RSP était de nouveau proposée.

Un dernier baroud suicidaire ?

Si Diendéré a pu séduire officiers des troupes étrangères pour ses compétences dans la sécurité de la région, s’il semble avoir bien préparé ce coup d’état militaire, on peut s’interroger sur ses qualités d’homme politique après ce triste épisode que connait aujourd’hui le Burkina. Certes sa proximité avec les services français et américains ont pu lui faire croire, non sans raison qu’ils le soutenaient encore.

Mais nous ne sommes plus au début des années 80, où quelques officiers arrivaient à contrôler un pays en quelques heures. La population est aujourd’hui beaucoup plus urbanisée, plus largement politisée, l’information circule rapidement. L’armée est certes composée d’officiers nommés sous Blaise Compaoré, mais peu d’entre eux se risqueraient à accompagner un putschiste dans une telle aventure tant les risques d’échec sont élevés. Le parti de Blaise Compaoré, Le CDP, a subi quelques revers ces derniers temps montrant que ses capacités de mobilisation déclinaient. Surtout, après avoir multiplié les déclarations affirmant vouloir respecter la démocratie et les institutions, quel homme politique serait assez bête pour déclarer soutenir les putschistes ? Il y en a bien quelques-uns que l’on entend déclarer soutenir le coup d’Etat, mais tout observateur politique sait qu’ils signent là la fin de leur carrière politique. Bien sûr certains se réjouissent, mais combien oseront s’afficher aux côtés de Gilbert Diendéré ?

L’affrontement était inévitable nous l’avions annoncé, car l’impunité de Diendéré ne pouvait durer bien longtemps. Fort de ses soutiens, sans doute s’est-il cru indispensable. Le RSP ne pouvait non plus continuer à séquestrer les Conseils des ministres, à chaque fois qu’il avait des revendications à faire valoir. Et la population qui a massivement participé à l’insurrection, ne pouvait supporter encore très longtemps que Diendéré puisse rester plastronner à Ouagadougou.

Isolé à l’intérieur du pays, déconsidéré à l’extérieur, en tout cas officiellement, ce putsch n’a guère d’avenir. Diendéré non plus, si ce n’est en prison ou dans un lointain exil, toujours sous la menace de la justice internationale. Et le peuple burkinabè, aux longues traditions de lutte, n’est pas prêt d’accepter une telle forfaiture. Il a besoin de notre solidarité.

Bruno Jaffré

Source: http://blogs.mediapart.fr/blog/bruno-jaffre/180915/burkina-le-regiment-de-securite-presidentielle-rappelle-aux-yeux-du-monde-son-passe-putschiste

Diendéré, ancien chef d’une milice de tortionnaires et d’assassins, transformé en homme clé de la sécurité de la région par les Français et les Américains
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18 septembre 2015 5 18 /09 /septembre /2015 09:22
Congo-Brazzaville/AfriqueCentrale : La culture du coup d'Etat en Afrique centrale

Les présidents de la Cemac (Cameroun, Tchad, Rca, Gabon, Guinée-équatoriale, Congo)

Alors que le monde entier (la CEDEAO, l’Union Africaine, l’Union Européenne, le Conseil de sécurité de l’ONU, le secrétaire général de l’ONU, les États Unis d’Amérique, la France et peut-être d’autres), de manière unanime, parle d’une seule voix pour condamner le coup d’état au Burkina Faso, la CEAC et la CEMAC brillent par un silence assourdissant.Ce coup d’état, qui profite à Blaise Compaoré, place la Côte d’Ivoire et Alassane Dramane Ouattara dans une situation embarrassante bien que la condamnation de la CEDEAO l’emporte sur la prise de position de la diplomatie de la Côte d’Ivoire d’Alassane Dramane Ouattara.Ainsi, bon gré malgré lui, Alassane Dramane Ouattara, dont l’arrivée au pouvoir est due en partie à l’implication personnelle de Blaise Compaoré, a implicitement condamné le coup d’état de la garde prétorienne de Blaise Compaoré.


Pourquoi donc la CEAC et la CEMAC sont muettes ?

La dernière édition de la lettre du continent révèle un passage récent de Blaise Compaoré à Brazzaville, y est-il allé pour obtenir l’appui du régime de Brazzaville ?Ces mêmes CEAC et CEMAC n’ont jamais condamné clairement et publiquement le coup d’état de Bozizé d’abord, et de son tombeur Djotodja.

Notez ceci :

- Ali Bongo Ondimba n’a pas de légitimité, il n’a jamais prouvé hors de tout doute qu’il est de nationalité gabonaise. C’est une forme de coup d’état car le candidat Bongo n’a pas satisfait aux exigences légales.

- Idriss Deby Itno est arrivé au pouvoir par un coup d’état, il a d’abord fait adopter une constitution limitant le nombre de mandats présidentiels pour ensuite faire sauter par «référendum» cette disposition. On sait que ce genre de référendum n’est pas crédible.

- Denis Sassou Nguesso est arrivé par un coup d’état et il en prépare un autre pour perpétuer sa présence au pouvoir.

- Teodoro Obiang Nguema Bazogo est arrivé au pouvoir par un coup d’état, son fils est vice-président. Lorsqu’on travaille pour une possible succession dynastique, on est dans la logique de coup d’état

- Paul Biya est arrivé au pouvoir à la suite d’un imbroglio; il a ensuite verrouillé toute possibilité d’accession au pouvoir par les urnes. C’est une forme de coup d’état.

Voilà pour la CEMAC et gardons nous d’évoquer la situation du très controversé Paul Kagamé.


La CEAC et la CEMAC sont dans le coup d’état permanent.

Le RSP du Burkina Faso n’est rien d’autre que l’équivalent de l’ancienne garde présidentielle du Congo jusqu’à la conférence nationale souveraine de 1991. Un acte de la conférence nationale souveraine a dissout la garde présidentielle au profit d’une garde républicaine.

Cet acte de la Conférence nationale souveraine était une victoire face à toute velléité de confiscation de pouvoir par la force. La limitation du nombre de mandats présidentiels a obéi à la même vision.


Qu’observe t-on au Congo ?

1. Une possibilité réelle de coup d’état militaire en raison de l’allégeance que voue la garde républicaine à la personne du président de la République. Elle a les moyens en hommes et en matériels pour réaliser l’aventure sans issue du RSP de Blaise Compaoré avec pour conséquence une perte de temps pour le pays comme on l’observe à Ouagadougou où des élections étaient prévues pour le 11 octobre 2015.

2. Une option annoncée de coup d’état constitutionnel en attente d’une confirmation du président de la République qui va s’appuyer pour cela sur le dialogue de Sibiti dont il avait dit le 12 août 2015 qu’il aurait un écho. C’est ce qu’il entend faire après les flonflons des jeux africains.

Alors si les pouvoirs en place en Afrique centrale entérinent les coups d’état, il revient aux oppositions républicaines de ces pays d’exprimer le dégoût des peuples face aux coups d’état.

Ce sera une manière d’étouffer dans l’œuf le coup d’état en cours au Burkina Faso qui va s’arrêter à cause de sa propre bêtise.

Par Salomon Lasagesse -

(Extrait de congo-liberty)

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16 septembre 2015 3 16 /09 /septembre /2015 09:28
Congo-Brazzaville : Etat de la Nation

Par Calixte BANIAFOUNA -

Je rentre de Pointe-Noire au Congo Brazzaville où je viens de séjourner pendant six semaines comme j’ai pris l’habitude d’y passer mes vacances d’été depuis 10 ans sans interruption. Dans les discours politiques, on évoque la paix, la modernité, l’État, les grands travaux, la gestion du pays, etc. qui connaîtraient des « avancées très significatives ». Point par point, je reviendrai sur ce que j’ai pu voir, entendre et toucher du doigt sur chacun de ces « slogans ». Je signale d’emblée que l’œil qui a vu, l’oreille qui a entendu et la bouche qui parle sont strictement miens et ne sauraient s’identifier à ceux d’un quelconque autre observateur que moi-même. Raison pour laquelle j’illustrerai certains de mes propos par du vécu personnel. Qu’ai-je vu, qu’ai-je entendu et qu’ai-je dit ?

Cette paix, parlons-en !

La paix n’est pas exclusivement synonyme d’absence de guerre armée. N’est pas en paix le chômeur ou le diplômé qui n’a jamais trouvé du travail ; n’est pas en paix celui qui manque à manger, celui qui n’accède ni à l’électricité ni à l’eau courante, celui qui a du mal à boucler la fin du mois, celui qui n’a pas la liberté de parole, celui qui ne peut pas payer son loyer par manque d’argent, celui qui subit les tracasseries quotidiennes de la police et de la gendarmerie du régime, etc. Or, entre ceux qui mangent à satiété et ceux qui dorment affamés, ceux qui accèdent à l’eau potable à foison et ceux qui boivent l’eau des puits non traitée, ceux qui dorment sous la lumière et ceux qui passent les nuits de tombeaux, entre ceux qui s’accaparent l’essentiel du revenu national et ceux qui ignorent tout des fruits tirés des richesses du pays, ceux qui trouvent la solution au moindre problème qui se pose dans le quotidien de leur vie et ceux qui sont infichus de résoudre le plus petit problème qui se pose en eux… s’articulent respectivement la paix et son opposé. C’est dire que l’idéal social ou politique qui s’identifie au calme, à la tranquillité, à l’absence de perturbation ou d’agitation est loin d’être le même pour tous au Congo Brazzaville. La paix désignant l’état d’un esprit placide et serein, des sentiments enthousiastes et positifs n’est pas donnée à tous les Congolais. Ainsi, la guerre, la violence, le conflit et la colère psychologiques et sociaux sont-ils implantés de façon permanente dans l’esprit de la majorité des Congolais depuis la fin de la guerre armée.

De la modernité et des grands travaux

Du fait de la modernité et des grands travaux, on cite les petits bâtiments des aéroports de Brazzaville ou de Pointe-Noire coincés au milieu des quartiers populaires à l’endroit même où les colons français s’en servaient comme aérogares dans une zone jadis non habitée, des pistes dans les axes nord du pays ou de Brazzaville/Pointe-Noire au bitumage inachevé, des petites villas individuelles dispersées ici et là dans le nord du pays ou en bordure du fleuve et des plages non sécurisées… rien que ça en 50 ans de règne sans partage, et dire qu’on se bat pour se maintenir au pouvoir ! Ordures, sable, poussière et odeurs nauséabondes en saison sèche, boue et mares en saison des pluies… quand vous circulez dans les quartiers populaires des principales villes du pays, de loin plus sales que toutes les poubelles européennes réunies, vous n’avez qu’un constat à l’esprit : « la population congolaise survit par l’amour de Dieu ! » Inutile de penser à suivre télé Congo, la plus pauvre et la plus minable des télévisions d’Afrique avec, au programme, trois émissions : la gloire du roi du Congo, le sport hippique et les communiqués nécrologiques… puis, fin des programmes au moment même où toutes les autres télévisions africaines émettent 24 h sur 24 avec des débats et une variété d’émissions politiques, économiques, culturelles, etc. ! Tout constat fait, il n’est pas bien méchant d’affirmer avec certitude que le Congo n’est pas gouverné par des Congolais car la simple incompétence ne suffit pas à expliquer que le pays soit laissé en si pitoyable état de poubelle !

Dans les administrations

Comme tout Congolais désireux d’entreprendre, j’ai décidé de créer une entreprise dans l’espoir d’occuper un bel échantillon parmi les jeunes diplômés ou détenteurs d’un métier (maçonnerie, charpenterie, peinture, électricité, plomberie, etc.) sur un marché encore vierge et sans concurrence. Renseignement pris auprès de l’autorité de l’État sur l’activité que je désirais exercer, il m’a été demandé de commencer par me procurer la photo encadrée du « président de la République ». Je me suis présenté à la préfecture qui se charge de la fournir. Dans le couloir du premier étage, un employé m’a demandé de le suivre. Après m’avoir fait attendre à 5 mètres du bureau du fournisseur présumé, tous deux en sont sortis pour m’informer que la photo coûtait cher mais qu’ils pouvaient me la négocier à 70 000 FCFA et me la remettre immédiatement si je faisais un « geste ». J’ai payé les 70 000 FCFA. Pour n’avoir pas compris ce que « faire un geste » signifiait, ils m’ont demandé d’attendre le « chef ». Comme celui-ci avait « bougé », je n’ai pu me procurer la photo du « président de la République » que deux jours après.

Il m’a ensuite été exigé une autorisation du ministère avant d’entreprendre une quelconque activité. L’autorisation devait être signée depuis Brazzaville par le ministre en personne, quel que soit le coin d’implantation de l’entreprise en création. Dans l’un des bureaux du rez-de-chaussée qui m’était indiqué pour commencer à effectuer mes formalités, un espace de 9 m² où s’étaient confinés 5 femmes et 7 hommes qui y travaillent de façon permanente, des dossiers papiers entassés à même le sol sous une épaisse poussière, je me suis passé du vacarme assourdissant qui y régnait chacun évoquant qui un problème de deuil dans son quartier, qui un problème de voisinage, qui un problème de mariage, qui un problème de ménage, qui un cas divers… pour me concentrer à l’écoute de la personne indiquée qui venait de me remettre la liste des documents à fournir. Une douzaine de documents techniques et administratifs, 350 000 FCFA de frais d’études et 15 000 FCFA de frais d’enquête. Mais rien de bien grave si les frais d’études faisaient défaut dans l’immédiat. Il y avait possibilité de commencer avec une attestation au démarrage de mes activités, attestation susceptible d’être délivrée le jour même et devant me couvrir pendant un an, à condition de s’acquitter d’une somme de 50 000 FCFA. J’ai payé la somme en échange d’une décharge signée par l’employé au dos de la liste des documents et d’un rendez-vous pour le retrait de l’attestation le lendemain, le temps que le « chef » signe. Le retrait de l’attestation n’a pu se faire que deux semaines plus tard, à la chaise vide de l’employé qui suivait l’affaire lors de mes nombreux passages chaque jour se répétait la même réponse : « le chef a bougé ». Il m’a été signifié le jour de la visite sur le terrain qu’il me fallait verser au ministère une taxe mensuelle correspondant à 10% de la recette mensuelle (bonjour courage !). Toutefois, comme c’est encore le démarrage, la Direction régionale aurait la prérogative de décider d’accord partie avec moi d’une taxe forfaitaire, qu’en plus les frais des déplacements de l’employé lors de ses différents contrôles sur le terrain n’étaient pas conventionnels, ce serait à moi de voir ! « Affichez cette attestation au mur pour vous prémunir des pickpockets (militaires, gendarmes, policiers, contrôleurs des impôts, autres agents de l’État) qui sillonnent partout pour racketter les commerçants », m’a conseillé l’employé du ministère. Reste à constituer le dossier définitif.

Attestation du ministère à la main, je me suis présenté au Centre des formalités administratives des entreprises (CFE) pour me faire établir le Registre du commerce. Accueilli dans un bureau de 24 m² que se partagent 5 femmes et 4 hommes, des dossiers papiers rangés au sol, une liste d’une dizaine de documents à fournir m’a été remise dans laquelle figurait une taxe unique de 100 000 FCFA de création d’entreprise. Mais il fallait payer en plus et dans l’immédiat la somme de 50 000 FCFA pour me faire délivrer dans l’après-midi un Extrait de registre du commerce et du crédit mobilier. J’ai payé les 50 000 FCFA sans qu’il ne me soit donné de reçu ni de décharge. Le « chef » ayant « bougé » chaque jour lors de mon passage, l’extrait n’a pu être délivré qu’au bout d’une semaine. « Cet Extrait vous servira pour lancer votre activité et vous protéger contre les pickpockets de l’État qui sont omniprésents dans la zone », m’a rassuré l’employée du CFE. Reste à constituer le dossier définitif.

Mes activités n’étaient pas encore lancées que j’ai « osé » me présenter à la Direction des impôts pour en savoir de ce que cela me coûterait en termes de patente, licence ou autres taxes. Tels des démarcheurs en quête de la clientèle, hommes et femmes employés des impôts attendaient dans le hall du bâtiment l’arrivée d’éventuels contribuables. J’ai été pris en charge depuis l’entrée du hall par une dame qui m’a conduit dans son bureau de 8 m² qu’elle partage avec 2 autres femmes et 2 hommes, des dossiers papiers rangés dans un armoire commun placé dans le couloir. Après avoir rempli le Bordereau de versement, elle m’a prié de l’accompagner auprès du directeur qui, seul, devait évaluer le montant de la taxe à payer. Curieux de me voir, le directeur a cherché à savoir auprès de la dame si je m’y étais rendu sous « contrainte » à la suite d’un contrôle par les inspecteurs des impôts, ce qui n’était pas le cas, les activités n’ayant même pas encore commencées. Il m’a alors remercié et m’a félicité pour mon civisme : « il n’est pas donné à n’importe quel Congolais de se présenter librement aux services des impôts pour déclarer son activité » a-t-il commenté. Qu’à cela ne tienne et comme je n’étais qu’en phase de projet, il m’a demandé de verser la somme de 100 000 FCFA d’Impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPP) plus 72 000 FCFA de patente par anticipation, soit un total de 172 000 FCFA du fait de ma bonne foi au lieu de 350 000 FCFA si je m’y étais contraint. Et le directeur de conclure : « prenez garde contre les pickpockets de l’État, vous devez leur exiger une Lettre de mission à chaque passage ! » Le Bordereau de versement signé m’a été remis en échange du paiement avec à la clé la promesse d’une Quittance qui me serait délivrée le lendemain après la signature du « chef ». Sans compter que le jour même, l’annonce du décès par accident de l’une des collègues venue de Brazzaville en week-end à Pointe-Noire aurait terriblement attristé le « chef » au point de le plonger dans l’incapacité de signer le moindre document déposé sur son bureau. Je suis donc rentré à Paris après trois semaines d’attente de la signature sans avoir jamais vu la couleur de la Quittance des impôts.

Absence de volonté politique et non de moyens économiques

Si, de manière générale et par la technique de délestage, des quartiers entiers sont laissés dans le noir et la soif par manque d’électricité et d’eau courante, les techniques de barrières policières et de péage consistent, elles, à engraisser les virtuoses du régime en extorquant de l’argent à la population au nom de la loi pour compenser la non-redistribution du revenu pétrolier devenu propriété privée du clan au pouvoir. Des points de pillage officiels sont donc installés dans l’ensemble et à la périphérie de la ville de Pointe-Noire. Le quartier Ngoyo, par exemple, situé en pleine ville de Pointe-Noire, a été divisé en deux par le système de péage qui contraint tout automobiliste petit gabarit de s’acquitter d’une somme de 500 FCFA, 1000 FCFA aux automobilistes grand gabarit à chaque passage-allée et d’une somme équivalente à chaque passage-retour : 100 fois vous y passez dans la journée, 100 fois vous payez ; 100 fois vous y retournez, 100 fois vous payez.

À 1 km du péage de Ngoyo sur la route de la frontière, gendarmes et policiers s’alternent chaque jour, du lundi au samedi, de 7h00 à 18h00, sur un point de pillage d’automobilistes en règle ou non (ils trouvent toujours une raison). Une fois le sifflet retentit, vous glissez dans le dossier réclamé la somme allant de 2 000 FCFA à 10 000 FCFA si vous voulez éviter de payer jusqu’à 10 fois plus ou de voir votre voiture embarquer à la fourrière. Le vol est officiellement organisé d’autant que le total de la somme d’ordre macroéconomique extorquée dans la journée est réparti entre le « chef » resté dans son bureau et les « pilleurs d’État » qui opèrent sur le terrain. Rien de surprenant si la cotisation individuelle au sein de la tontine des policiers de Pointe-Noire s’élève à 25 000 FCFA par jour. Allez-y comprendre, vous qui connaissez le niveau des salaires des fonctionnaires congolais ! Le régime de Brazzaville est parfaitement au courant de ces pratiques des brigands d’État pour ne pas dire qu’il en est le principal instigateur. Mais qui reprocherait à un père malfrat de fermer les yeux face à ses enfants pickpockets ? Les exclus du butin se livrent quant à eux à la débrouillardise comme ils peuvent. C’est ainsi qu’on nomme « emplois de Sassou » la vente à la sauvette pratiquée dans les rues de Pointe-Noire par les « pâyets-pâyets, lire paillets paillets ».

Du fait de la bonne gestion

Il s’agit en réalité de mettre la main dans la poche pour la tendre aux pickpockets de l’État qui sont positionnés aux points de pillage respectifs, points de pillage organisés en fonction de l’activité de chacun, du chef de l’État lui-même (son point de pillage s’appelle puits de pétrole) au plus petit voleur de la rue en passant par le haut fonctionnaire (Trésor public), le directeur général (entreprise) ou l’employé de bureau (petits papiers).

Face aux Congolais qui travaillent bien (rares mais il y en a !), il est quand même conseillé de bien comprendre le sens des mots et d’en maîtriser le vocabulaire officiel pour éviter d’être surpris ou envoyé au cran supérieur voir le « chef » avec le risque que celui-ci ait « bougé ». « Faire un geste, faire quelque chose, voir le cas du colonel X ou du général Y, veiller au dossier du chef, etc. » sont autant d’expressions dont il faut comprendre le sens pour mieux opérer au Congo Brazzaville.

Nous avons tous du pain sur la planche pour remettre le Congo sur les rails mais il le faut : c’est notre devoir car ce pays n’est pas un héritage de nos ancêtres mais nous l’avons emprunté de nos enfants !

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14 septembre 2015 1 14 /09 /septembre /2015 16:58
(Congo-Brazzaville) PENURIES DE CARBURANT : Aquoi jouent Denis Sassou Nguesso et ses sbires ?

Par Rigobert Ossebi -

Depuis des mois, des pénuries de carburant récurrentes semblent s’éterniser à Brazzaville. De longues files d’attente prennent racines devant les rares stations approvisionnées au compte-gouttes. Dans notre pays pétrolier, le quatrième d’Afrique sub-saharienne, dont les gisements et les revenus peinent à suffire aux appétits démesurés d’un petit clan de prédateurs, on s’interroge sur quelles pourraient en être les vraies raisons ?
Brazzaville est alimenté en produits blancs (carburants et kérosène) par Kinshasa. La RDC est le premier importateur d’Afrique Centrale et elle a réussi à imposer son réseau d’approvisionnement tant au Centrafrique qu’à la République du Congo-Brazzaville pour sa capitale et sa zone Nord.
80.000 tonnes sont importées chaque mois. 15 à 20.000 sont réservées à Brazzaville. Environ 5.000 tonnes suffisent à Bangui et le solde, en constante augmentation, alimente la RDC. Les produits importés par cargo-tankers sont d’abord déchargés à Moanda-Matadi auprès de la SOCIR (sous l’assistance maintenant de Glencore-Trafigura-X-Oil) stockés puis acheminés par barges jusqu’au terminal pétrolier de Ango-Ango dans les installations de la PEP. Un pipeline long de 720 kms emmènera les précieux carburants automobile et aviation près de Kinshasa et de Njdili.

La SEP est une société d’économie mixte (capital majoritairement privé) qui assure une mission d’intérêt public dans l’approvisionnement en produits pétroliers pour l’ensemble du territoire de la RDC. Elle s’en tire plutôt bien pour la RDC qui ne subit pas les pénuries que nous connaissons de l’autre côté du fleuve. Pourtant, il ne suffit que d’un transport de moins d’une heure par barge du précieux liquide pour que la pénurie n’ait plus lieu.

Du point de vue de l’organisation, la SNPC, à qui échoit la même mission, devrait en prendre de la graine. Cette société acronyme de Sassou Nguesso Pétrole du Congo ou Parrain du Congo, est racketté dans l’Amont au travers de participations dans les permis et dans l’Aval directement dans la vente des cargaisons par des Nguesso et l’approvisionnement du pays en carburant ; ce qui est une garantie d’incompétence avérée et de pillage assuré.

L’approvisionnement juteux en produits blancs pour Brazzaville a été confié à deux opérateurs qui n’ont, prétend-on, strictement rien à voir avec Denis Christel Sassou Nguesso, (Willy Etoka), et Denis Sassou Nguesso, (Lucien Ebata). Dans les places pétrolières, principalement celle de Genève dans laquelle leur réputation est devenue grande, ces derniers achètent sans cesse d’importantes quantités de carburant et de kérosène qui très curieusement ne semblent pas atteindre Brazzaville.

Alors rien de plus simple que de faire une petite enquête de l’autre côté du Pool: à tous les niveaux les intervenants disent « n’attendre que les ordres pour que les produits raffinés effectuent la traversée… ! »

Rien de plus clair, les produits destinés au marché congolais de Brazzaville sont là, à Kinshasa en stock, presque en souffrance pourrait-on dire. Il suffirait simplement qu’un feu vert soit donné par Mpila, à ses sbires, pour que le carburant, après des milliers de kilomètres de voyage par tanker, barge et pipeline, effectue le dernier petit parcours d’une dizaine de kilomètres pour répondre aux besoins et aux attentes de la population brazzavilloise.

Alors, nous pouvons nous demander : « A quoi joue Denis Sassou Nguesso ? »

Veut-il rire toujours plus des Congolais, déjà privés d’eau et d’électricité, de les voir s’humilier pour un plein d’essence ? Ou, qu’ils doivent annuler un déplacement en avion du fait du manque de carburant ?

Ou alors, se peut-il qu’un plan plus encore machiavélique se dessine dans la raréfaction d’un produit stratégique en cas de « crise » ? Difficile de le savoir pour le moment.

Rien ne peut se faire, dans l’enfer congolais, sans l’accord du dictatueur suprême, même un plein d’essence. L’humiliation permanente dans laquelle nous vivons à cause d’un petit clan d’irresponsables doit s’achever au plus vite… Il est plus que temps que les « leaders » de l’opposition accélèrent au plus vite le mouvement. Ces plaisanteries, de très mauvais goût, n’ont que trop duré !

Rigobert OSSEBI

(Extrait de congo-liberty.com)

(Congo-Brazzaville) PENURIES DE CARBURANT : Aquoi jouent Denis Sassou Nguesso et ses sbires ?
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