© Serge Berrebi

 

Éric Denécé est Docteur en Science politique, Directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R).  C’est un Chercheur reconnu, spécialiste du renseignement, du terrorisme, des opérations spéciales …  Le 22 décembre dernier, il était l’invité d’Yves Calvi pour son émission « 24 heures en questions » au sujet d’Alep en Syrie. Ses propos sur cette ville martyre étaient édifiants mais, pour les appuyer davantage, il cita l’exemple de la République du Congo, une ancienne colonie de la France : « une guerre civile qui a fait 400 000 morts sur 4 millions d’habitants, 10 % de la population, on n’en parle pas non plus. »

Ces chiffres n’ont pas fait tressaillir l’animateur Yves Calvi, vieux routier de « l’information ». Ces 400.000 morts, comme l’aurait dit Chirac, « lui ont touché une sans faire bouger l’autre » ; l’info a glissé sur son indifférence en direction de la trappe de laquelle elle n’aurait jamais dû sortir … !

Pas sûr que Monsieur Eric Denécé soit invité à nouveau, sur un quelconque plateau de télévision, s’il doit débiter ce genre de révélation gênante. Heureusement que la vidéo a largement fuité sur les réseaux, sans pour autant que ces derniers ne s’émeuvent de nos 400.000 disparus.

Pour ceux qui timidement pensaient que le Congo n’avait eu à déplorer dans les guerres de 97-98 « qu’une » centaine de milliers de morts, voilà qui remettra véritablement les pendules à l’heure ! Les médias français et belges commencent à peine à ouvrir les yeux sur les protections dont Pierre Oba, a pu bénéficier pour passer entre les mailles des filets de leur police. Il est grand temps, sur la base de ce témoignage incontestable, que les devoirs de vérité et de mémoire s’opèrent enfin et que les véritables responsables du déchainement de violences au Congo Brazzaville soient enfin poursuivis… !

Cette révélation fait du Congo Brazzaville l’égal du Rwanda dans l’horreur du génocide et des massacres ; le premier pays était trois fois moins peuplé que le second !

Faut-il croire, si les villes de Pointe Noire et de Brazzaville avaient été complètement détruites, que les médias auraient un peu plus parlé de nos morts ? Rien n’est moins sûr ! Après les explosions du 4 mars 2012, les quelques journalistes peu curieux qui avaient fait le déplacement ont été sciemment tenus éloignés des destructions et des drames humains par la gestapo de Ndenguet-Sassou Nguesso.

Vingt années après, la vérité sur nos 400.000 morts s’offre enfin à nous. Elle doit s’inscrire, comme pour le Rwanda, sur les pages sales de l’inhumanité. Ce sera le devoir de chacun de contribuer à ce que le témoignage de Monsieur Eric Denécé s’amplifie, se répande et ne s’efface plus. L’actuelle guerre du Pool en dépend également. Les mêmes qui sont à la manœuvre aujourd’hui sont les responsables des 400.000 morts des guerres de 1997-1998. Ces guerres actuelles, pareillement à celles passées, n’ont pour seul objectif, toujours avec l’aide de mêmes complices, que la ressource pétrolière et sa dilapidation ; comme cela en a toujours été le cas depuis sa mise en production !

Rigobert OSSEBI