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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 14:39
Okombi Salissa peut-il succéder à Sassou Nguesso au Congo-Brazzaville ?

CONGO-BRAZZAVILLE : Okombi Salissa peut-il succéder à Sassou ?

André Mbieno Makassi, à Brazzaville

Ministre de Denis Sassou Nguesso, de 1997 jusqu’à l’année dernière, éminent membre du bureau politique du PCT (Parti congolais du travail), André Okombi Salissa se positionne comme le recours, l’actuel homme fort du Congo ne pouvant plus se représenter à l’élection présidentielle de 2016. Est-il celui qui pourrait sauver la Majorité présidentielle ?

La question ne fera point sourire les hommes politiques congolais. Qu’ils soient de la majorité présidentielle ou de l’opposition. Celui que d’aucuns considèrent comme « l’enfant terrible » du paysage politique congolais, en a la capacité et la stature. Il est le seul à s’être prononcé sur le départ de Sassou en 2016 ou avant, depuis mars 2013. André Okombi Salissa a, en effet, demandé, au grand chef de la majorité, Denis Sassou Nguesso, de prendre l’exemple du pape Benoît XVI, en sachant quitter la fonction avant que la fonction ne le quitte. Quand on est proche de Denis Sassou Nguesso comme lui, qu’on a été son ministre pendant 15 ans sur 16 années de présence à la tête de l’Etat et de surcroît, membre du bureau politique du PCT (Parti congolais du travail), ce saint des saints, il faut être armé d’une bonne dose de courage politique pour tenir un tel langage qui n’a cours qu’au sein de l’opposition. Dans les salons privés et les chambres à coucher, plusieurs dignitaires du PCT et de la majorité disent bien à voix basse, ce qu’Okombi a osé chanter à très haute et intelligible voix, prenant date avec ses compatriotes. Il n’est donc pas exagéré de dire que « l’enfant terrible » du paysage politique congolais suscite respect et admiration dans son camp politique, et nourrit de sérieuses craintes jusqu’au sein du petit clan d’Edou. Mais des craintes injustifiées si on a une réflexion à cour te vue et qu’on n’a pas une bonne lecture de la car te politique congolaise.

Mais il n’y a pas que dans le propre camp de SassouOkombi donne des sueurs froides. Dans l’opposition, même, alors que tout indique que c’est son tour de prendre les destins du pays en main, l’apparition d’une solution Okombi pour succéder au président Sassou, fait jaser dans les alliances politiques de ceux qui rêvent de faire par tir le dictateur en 2016 ou avant.

En homme politique rusé (c’est pourquoi malgré tout ce qui se dit sur lui, il est en poste depuis 16 ans), Denis Sassou Nguesso a bien tenté (avec raison) de faire rentrer ce trublion dans les rangs. C’est-à-dire, à nouveau sous son contrôle. Début avril, en effet, il a convoqué, à Brazzaville, une réunion interne restreinte où on comptait la présence d’André Obami Itou, le président du Sénat, de Raymond Mboulou, le ministre de l’Intérieur, de Pierre Ngolo, le secrétaire général du PCT, et de quelques têtes blanches téké, notamment, Florent Ntsiba et Gangara Nkoua entre autres. Ce genre de conclave à huis clos plutôt rare n’était pas inopportun. Officiellement, il était question de parler de l’organisation du 53e anniversaire de l’indépendance du Congo à Djamballa, le chef-lieu du département des Plateaux. Mais Sassou n’étant (pas encore) bête au point de perdre son temps dans la réunionite, il voulait trouver la solution au problème Okombi qui l’empêche de dormir en paix. Aux dires de certains du clan d’Edou, il arriverait de temps en temps au grand-chef de se retrouver en pleine nuit en train de parler d’Okombi. Et Antoinette Sassou Nguesso, épouse du chef de l’Etat, qui en a assez et prie Dieu pour qu’Okombi revienne à la messe de son époux. En nommant Pierre Ngolo à la tête du PCT pour « neutraliser » ce trublion, Sassou pensait avoir réglé le problème pour passer à l’étape la plus importante : asseoir, définitivement, dans son propre camp politique, l’idée de son maintien comme président de la République, chef de l’Etat, après 2016. Malheureusement, le nouveau secrétaire général du PCT a échoué dans sa mission. Car Okombi est un poids lourd de la politique difficile à manœuvrer pour un Ngolo qui doit toute son autorité à l’ombre du président qui l’accompagne, mais qui ne reste qu’une ombre pour certains. Sassou a dû immédiatement changer de stratégie avant qu’il ne soit trop tard pour lui. Il n’a donc pas fait savoir à Ngolo qu’il est déçu. La priorité étant au rassemblement des énergies dans son camp, il a préféré faire appel au président du Sénat, l’homme avec qui et d’autres, il créa le PCT dans les années 70 et à qui on fait appel, quand l’heure est vraiment grave. Digne fils des Plateaux, André Obami Itou a été prié de mettre son expérience dans la réconciliation de ses deux cadets des Plateaux. Mais là aussi, le 6e dans l’ordre des créateurs du PCT ne fera point de miracles, « l’enfant terrible » du PCT étant resté toujours aussi insaisissable. C’est ainsi que le dictateur suprême a décidé de jeter ses forces dans la bataille pour faire revenir Okombi à la maison. Sans faux-fuyant, il lui a donné rendez-vous début août, soit quelques jours avant les festivités marquant le 53e anniversaire de l’indépendance, qui allaient se tenir à Djamballa, le fief politique d’Okombi. Dans le respect des us et coutumes et pour ne pas humilier l’actuel chef de l’Etat, André Okombi Salissa a quitté Brazzaville en fin juillet pour la région parisienne d’où il a suivi les festivités du 53e anniversaire sur TéléCongo. Sassou qui reconnaît l’élégance du geste, a essuyé, néanmoins, lui aussi, un échec qui lui reste en travers de la gorge.

Les choses sont pour tant claires pour André Okombi Salissa. Elles devraient tout aussi l’être pour son parrain de Mpila.

Au Congo, actuellement, on part du principe qu’en 2016, ce sera « Tout sauf un Mbochi ». Car sur les 56 ans d’indépendance, en 2016, année defin du deuxième (et dernier) mandat de Denis Sassou Nguesso, les Mbochi à travers ce dernier auront totalisé, à eux seuls, 32 années au pouvoir. Trop c’est trop pour ce petit pays de 4 millions d’habitants d’à peine 40 ethnies. Pour 2016, l’anti-mbochi remplace sans l’exclure l’anti-Pool dans la hiérarchie des critères de choix du futur président. Il en était presque ainsi en 1992 ; au premier tour, c’était « Tout sauf Sassou », et au deuxième tour c’était « Tout sauf Kolelas ». Ce qui avait permis à Pascal Lissouba de prendre le dessus, puisqu’il n’était pas encore question de « Tout sauf un Nibolek ». Le cours actuel des choses donne à penser que les tribus habituellement prétendantes à la magistrature suprême vont se neutraliser réciproquement pour ne pas avoir à se subir. L’esprit grégaire des ressortissants du Pool les fait tenir en exécration par les autres Congolais qui sont toujours prêts à faire l’union sacrée contre la menace que représente l’avènement d’un homme du Pool au pouvoir. Les Nibolek (Niari, Bouenza, Lékoumou) ont fait preuve d’un tel amateurisme dans la gestion du pouvoir, que tous les autres les tiennent pour seuls responsables d’avoir à subir l’arrogance et l’intégrisme des Mbochi. Personne n’a envie de renouveler l’expérience de ces hommes sans expérience, incapables de conserver les acquis de la Conférence nationale souveraine de 1991, qui avaient préféré pratiquer l’insolence et l’improvisation comme méthodes de gouvernement. Les Mbochi sont si conscients de leurs méfaits dans la gestion des affaires de l’Etat, et de tous les crimes contre l’humanité que d’aucuns leur reprochent d’avoir perpétrés contre les ressortissants du Pool et du Nibolek, qu’ils ne veulent en aucun cas entendre parler d’un homme du Pool ou du Nibolek. En haut lieu Mbochi, on dit préférer mourir plutôt que de subir un homme du Pool ou un Nibolek. Cette détermination est aussi celle des autres tribus contre les Mbochi. Le Congo baigne en plein dans trois « tout sauf ». Ceux qui sont ainsi exclus doivent se choisir un moindre mal. Les Téké, géographiquement, situés au centre du pays, faisant la jonction entre le Nord et le Sud tout en étant les plus nombreux, paraissent les mieux indiqués pour faire la réconciliation nationale. Les Téké, qu’ils soient du Nord ou du Sud, ont toujours été en par faite harmonie avec les autres ethnies avec lesquelles ils collaborent ; ils ont toujours été de tous les pouvoirs. Leur propension à travailler avec ou plutôt pour les autres semble être le seul réel facteur, avec la division, qui ne leur a pas encore permis d’accéder au pouvoir au Congo. Les Téké semblent avoir pris conscience de cela, et leurs leaders politiques répètent à qui veut les entendre que leur heure est venue, ce qui fait planer sur Brazzaville un nuage de « complot téké ». Les Téké sont aujourd’hui la seule vraie peur du pouvoir. S’ils réussissent à s’unir avec le Pool et le Nibolek, ou seulement, avec l’un des deux, les jeux seront faits. Sassou Nguesso s’active sans relâche à rendre ces manœuvres impossibles. Il divise tous les grands partis de ces régions et met en opposition tous les leaders charismatiques. Mais il ne voyait pas venir Okombi Salissa, dont la longévité au sein du pouvoir aura été le meilleur camouflage. Dans la mesure où tous les plans du dictateur congolais auraient échoué pour se succéder à lui-même ou imposer un autre Mbochi. Autour de lui, on ne cache pas qu’Obami Itou aurait été un excellent choix. C’est d’ailleurs dans cette perspective que Sassou l’avait placé à la tête du Sénat, pour lui permettre éventuellement d’assurer une transition apaisée. Mais, à 76 ans, en 2016, il ne réunira plus les critères pour devenir un candidat à la présidentielle. Qu’en est-il de Hughes Ngouélondélé, le maire de Brazzaville ? Il serait tout aussi d’office disqualifié du fait qu’il est le beau-fils du président de la République. C’est comme si Sassou sortait par la porte pour rentrer discrètement dans la maison par la fenêtre. En dehors du pouvoir, il y a Mathias Dzon, mais celui-ci devra rompre son isolement et pouvoir compter avec un appareil politique qui couvre tout le territoire national.

Okombi Salissa est et reste de très loin le Téké qui a le plus de chance de faire la différence. Outre son ambition, légitime par ailleurs, les Mbochi n’ont rien à lui reprocher et ne le redoutent pas. Pour les Mbochi, c’est « le plus Mbochi des Téké ». Non seulement par son nom, mais aussi, par des affinités inter-familiales. N’oublions pas son père qui s’appelait Kidié, avait préféré donné le nom Okombi qui était son grand ami Mbochi, à son propre fils pour bien manifester l’amitié qui liait les deux hommes. Ce grand ami Mbochi donna aussi le nom Kidié à un de ses fils. Autant dire qu’Okombi est un Mbochi d’adoption bien que téké de sang.

Pendant la Conférence nationale, alors que Sassou était voué aux gémonies, c’est Okombi qui se dressa vertement pour s’opposer aux va t-en guerre qui voulurent lui régler son compte une fois pour toutes. Rien que pour cela et bien avant sa participation aux combats, dans Brazzaville, en 1997 avec son fameux Front 400 qui était le dernier rempart avant d’atteindre Mpila, Okombi a montré qu’il était plus qualifié que les généraux de Sassou qui excellent dans le détournement des milliards du trésor public, aujourd’hui.

On retiendra, aussi, que pendant la Conférence nationale, au lieu de choisir le patriarche téké, David Charles Ganao, qui aurait dû être sa caution morale, il resta par fidélité avec Sassou allant même jusqu’à opposer une fin de non recevoir à Ganao qui voulut l’intégrer dans son gouvernement quand Pascal Lissouba le désigna premier ministre en 1997. Conséquence : 15 ans dans les différents gouvernements Sassou de 1997 à 2012 sans oublier la présidence du CADD-MJ qu’il avait réussi à stabiliser et à rendre performant, à la demande, là aussi, de Sassou, cela donne un savoir-faire politique incontesté qui permet de diriger le pays.

Les Mbochin’auraient donc, en réalité, rien à craindre avec l’arrivée d’Okombi à la tête de l’Etat. Symbole de l’entente entre les Mbochi et les Téké, il est l’assurance tout risque pour les uns et les autres car il a l’avantage de bénéficier de l’alliance traditionnelle sinon tacite qui lie les Téké aux tribus du Sud du Congo de par la position géographique des Plateaux. Ses unions matrimoniales avec une femme du Pool et une autre du Kouilou lui donnent de solides attaches dans ces régions, où les enfants nés de ces unions gagent la solidarité. En 2016, selon toute vraisemblance, Okombi Salissa sera le plus jeune des candidats crédibles, il incarnera la nouvelle génération, et avec elle le changement ; comme Macky Sall au Sénégal. Il dispose déjà d’un appareil politique qui couvre tout le pays. Il avait fait quelques tests en présentant aux diverses élections des candidats indépendants. Depuis 2002, puis en 2007 et 2012, il compte avec de nombreux élus déguisés dans les assemblées politiques du pays. Ce qui fait de lui la véritable deuxième force politique du pays, qui n’a jamais dit son nom. Il suffira à Okombi Salissa de sortir ses soutiens de l’ombre pour se mettre en ordre de marche vers la bataille finale.

Pendant ses 15 ans passés au gouvernement, il a systématiquement fait recruter des jeunes à la fonction publique à telle enseigne que les grèves des fonctionnaires, précisément, celles de l’enseignement lui sont systématiquement attribuées de nos jours. Toute cette histoire, du reste trop belle, pousse néanmoins à se poser la question essentielle : en a-t-il vraiment envie ? Acceptera-t-il de fédérer toutes les forces congolaises qui veulent le départ de Sassou, sachant que cela devra se faire dans l’ordre, la discipline et la paix sociale et civile ? Des sources sûres indiquent que l’homme travaille très activement en ce moment, mais dans une totale discrétion. On le voit dans plusieurs avions et dans plusieurs capitales. Mais c’est au Congo, où les siens le réclament qu’il devra faire le plus pour construire la coalition anti-sassou et anti-conservateurs. Car une chose est certaine : les hommes politiques congolais, plus qu’ailleurs en Afrique centrale, sont animés par un ego plus que surdimensionné. Chaque leader politique congolais voit midi devant sa porte même si ses militants et sympathisants peinent à remplir une cabine téléphonique. Mais il faudra faire avec, et c’est tout le mal qu’on peut souhaiter à André Okombi Salissa dont le savoir-faire est convoqué pour permettre au Congo de (re)par tir d’un bon pied en 2016, sachant que Denis Sassou Nguesso n’est pas du genre à faciliter les choses pour qui que ce soit, sauf pour son propre fils, et encore !

Source Afrique Education n° 376

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André Mbieno Makassi - dans Congo-Brazzaville Actualité politique