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18 mai 2013 6 18 /05 /mai /2013 08:18
Guéant Avocats : une affaire familiale et africaine avec les Nguesso

Guéant Avocats, une affaire familiale et africaine

C’est ce que l’on appelle une « adresse ». Depuis la défaite de la droite à l’élection présidentielle et celle de l’ex-ministre de l’intérieur UMP de Nicolas Sarkozy à la législative de Boulogne-Billancourt, le cabinet Guéant Avocats siège –discrètement – avenue George-V, en face du palace du même nom dont Claude Guéant peut contempler le ballet de chauffeurs depuis la fenêtre de son nouveau bureau. C’est là, au-dessus de la compagnie aérienne nationale saoudienne Saudi Arabian Airlines, que, depuis l’été 2012, M Claude Guéant, ex-secrétaire général de l’Elysée, fait de l’intermédiation, notamment avec l’Afrique .

« Théoriquement, si tout ce remue-ménage ne nuit pas à mon nouveau cabinet,sourit le préfet de 68 ans aujourd’hui à la retraite, j’ai plein de clients de l’autre côté du trottoir. C’est dur de rentrer des affaires, mais je sens un frémissement. »

C’est l’avantage d’être passé par le corps préfectoral, cette école de la République où on apprend à faire face à tout : malgré la tempête politico-judiciaire qui gronde autour de lui, Claude Guéant reste affable, imperturbables pommettes roses sur son costume bleuté. Dans le bureau fraîchement perquisitionné (la justice s’interroge sur le financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy ),quelques dossiers.

Au mur blanc, un tableau. Pas l’une de ces deux toiles d’Andries Van Eertvelt vendues 500 000 euros, comme il l’a expliqué pour justifier la trace de cette somme virée sur son compte par un « avocat malaisien ». Non, un couple africain naïf et coloré offert par le président de la Côte d’Ivoire , Alassane Ouattara , à celui qui reste son ami et son complice, y compris au sein de « Guéant avocats ». Au pluriel.

« GUÉANT JUNIOR »

Avec ces projecteurs braqués sur le père, on en oublierait presque les autres occupants du cinquième étage de l’avenue George-V. De l’autre côté de la salle de réunion se trouve le bureau de François Guéant. « Guéant Jr », 38 ans, fils de Claude, fiscaliste, a mené après son bac des études de droit. Comme son père,qui rappelle qu’il est titulaire d’une licence de droit (il fut « lauréat de la fac d’Assas ») et a pu, ainsi, en faisant également valoir son expérience juridique de secrétaire général de préfecture, présenter sa candidature au Conseil de l’ordre.

Comme son père, François Guéant a voulu tâter de la politique . Conseiller au cabinet de la ministre de la justice, Rachida Dati , en 2007, puis carrément nommé place Beauvau, chez le secrétaire d’Etat Alain Marleix, François Guéant avait obtenu l’investiture de l’UMP pour les législatives de juin 2012 dans le Morbihan. Un échec plus tard, il revient à ses premières amours et s’associe à son père.

« J’ai créé ce cabinet parce que je souhaitais m’occuper , mais je veux aussi le démarrer pour que mon fils prenne un peu de clientèle », dit Claude Guéant. Sans citer l’autre membre de la famille , dont la société, Iota, est aussi installée au même étage du même immeuble, et à peine séparée par une cloison : Jean-Charles Charki, son gendre et père de ses quatre petits-enfants. Ce banquier d’affaires, ancien associé de Jean-Marie Messier, a créé, en 2010, cette société qui facture ses avis à des groupes pétroliers d’Afrique centrale (Congo-Brazzaville, Congo-Kinshasa, Gabon , Guinée équatoriale ).

D’après la lettre confidentielle Africa Energie Intelligence, Iota travaille entre autres pour un consortium – composé de Gazprombank Liban (filiale à 100 % de la banque russe Gazprombank) et de groupes pétrolier et d’ingénierie – mandaté par le gouvernement congolais pour créer une zone économique spéciale au Congo-Brazzaville, au coeur de cette Afrique que Claude Guéant connaît bien.

BRILLANT 18 SUR 20

Depuis l’été, Jean-Charles Charki voyage beaucoup avec son beau-père. Avant même d’avoir revêtu sa robe, profitant de l’accès dérogatoire à la profession ouvert aux hauts fonctionnaires, et à l’issue d’un examen de « contrôle de connaissances en déontologie », où il récolte un brillant 18 sur 20, c’est avec son gendre que Claude Guéant s’est rendu en Côte d’Ivoire, en Guinée équatoriale et au Gabon.

« Vous dites que je me sers de mon carnet d’adresses. Ce n’est pas seulement ça. J’appuie des dossiers d’entreprises françaises à l’étranger, en Afrique comme aux Emirats, en Russie ou ailleurs », argumente M. Guéant. Qui ajoute, en vantant l’énergie des jeunes banquiers d’affaires de Iota : « Mon expérience de la négociation est utile, mais je me rends compte que, dans les discussions, la part d’ingénierie financière est énorme. »

C’est ainsi que du 17 au 19 octobre 2012, Claude Guéant s’est rendu en compagnie de son gendre à Malabo, dans cette Guinée équatoriale au coeur du scandale des biens mal acquis. L’ex-ministre de Nicolas Sarkozy accompagnait là-bas Serge Bitboul , PDG de GECI International , une « belle société d’ingénierie » spécialisée dans le transport aérien, qui peinait à vendre ses nouveaux avions, les Skylander. Egalement du voyage, l’ancien eurodéputé proche du PS Michel Scarbonchi , un lobbyiste africain qui possède ses entrées dans l’ancienne colonie espagnole.

« C’est Charki qui m’a fait contacter , raconte ce dernier, petit-cousin de l’ancien patron du renseignement Bernard Squarcini. L’entreprise avait besoin de trois millions par an pour passer le cap de la fin d’année. Guéant a plaidé lui-même dans le bureau du président » Obiang Nguema , dont le fils, Teodorin, fait l’objet d’un mandat d’arrêt international dans l’affaire des biens mal acquis. » Guéant a été très brillant devant Obiang, raconte encore Scarbonchi, expliquant qu’en aidant une entreprise française avec un fonds souverain, il redorerait l’image de son pays, un peu ternie en France. »

Las ! Le ministre des finances et l’Assemblée nationale guinéens, visiblement ravis de faire un pied de nez à la France, refusent d’avaliser le protocole d’accord pour l’achat de deux avions. « Je n’ai rien gagné du tout, je me suis juste fait rembourser mes frais d’avion », tient à préciser M. Guéant.

« MONSIEUR BONS OFFICES »

Après le Gabon, où il s’est entretenu avec Ali Bongo le 3 décembre pendant deux heures, Claude Guéant a ensuite emmené son gendre à Libreville rencontrer le directeur de cabinet du président gabonais, en compagnie de celui qui l’a initié aux affaires africaines : le conseiller officieux de la droite, Robert Bourgi . Jean-Charles Charki l’accompagne encore, 14 décembre, à Abidjan.

Mais les missions ne s’arrêtent pas là. L’ancien patron d’Elf, Loïck Le Floch-Prigent, inculpé de « complicité d’escroquerie », est incarcéré au Togo ? Plusieurs personnes conseillent à sa femme, Marlène Le Floch, de s’adresser à Claude Guéant. Ce que fait l’avocat de l’ex-patron d’Elf, finalement libéré mardi 26 février.

« ll a joué les monsieurs bons offices et comme d’autres à l’Elysée, fait avancer la situation « , estime M Patrick Klugman. « En étant avocat, j’ai aussi l’impression,comme lorsque j’étais fonctionnaire, de servir mon pays de la meilleure façon »,commente M. Guéant. Quand le jeune avocat socialiste lui avait demandé pourquoi il a avait accepté d’aider M. Le Floch-Prigent, Claude Guéant lui avait aussi répondu : « Parce que c’est un patriote. »

Par Ariane Chemin

LE MONDE | 07.05.2013 à 10h32

(Extrait de : www.congo-liberty.com)

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