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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 16:45

Comment 750 millions de dollars se sont évaporés entre l'Angola et la Russie

mar, 16/04/2013 - 17:34 | Par Dan Israel - Mediapart.fr

L’avantage lorsqu’on cherche la trace des paradis fiscaux dans tous les recoins de l’économie mondialisée, c’est qu’on les trouve… partout. Dernière magistrale démonstration en date : le rapport que publient aujourd’hui deux ONG, la britannique Corruption Watch et l’angolaise Maos Livres, sur les mécanismes de détournement à l’œuvre dans le remboursement de la dette angolaise à la Russie, au milieu des années 1990. Mediapart y a eu accès en exclusivité pour la France. Au milieu de ce deal financier : l’île de Man, et Abalone Investments, la société intermédiaire créée par Arcadi Gaydamak et Pierre Falcone. Par un opaque tour de passe-passe, la société a réussi à détourner pas moins de 750 millions d’euros, en bénéficiant de la bienveillance de la Société de banque suisse (SBS), qui a fusionné en 1998 avec UBS.

La justice suisse a déjà fermé deux fois des investigations sur cette affaire, mais une nouvelle « dénonciation » (équivalant au dépôt de plainte sans constitution de partie civile, en France) a été déposée aujourd’hui par quatre citoyens angolais.

Gaydamak et Falcone ont été mis en cause dans « l’Angolagate » : l’entrepreneur franco-israélien d'origine russe et son ancien associé étaient accusés d’avoir vendu, entre 1993 à 1995, du matériel militaire russe à l'Angola, alors en pleine guerre civile, sans avoir reçu d'autorisation de l'État français. En mai 2011, la Cour d’appel de Paris a jugé qu’ils ne pouvaient pas être condamnés pour ces faits.

C’est pour une autre affaire que les deux hommes, et bien d’autres, dont le président angolais José Eduardo Dos Santos, sont à nouveau mis en cause aujourd’hui. Le rapport des ONG, intitulé Tromperie en hauts lieux : l’accord corrompu de restructuration de la dette Angola-Russie, rappelle minutieusement comment les paradis fiscaux, dont l’île de Man est un fleuron, permettent de faire disparaître des millions d’euros dans les trous noirs de la finance mondialisée. Il détaille comment Gaydamak et ses amis se sont mis dans la poche une énorme partie, peut-être la moitié, des 1,5 milliard de dollars que l’Angola devait rembourser à la Russie à partir de 2001.

Voici comment le rapport, qui s’appuie sur des documents déjà en partie connus, mais jamais aussi détaillés, résume les faits. En 1996, l'Angola conclut avec la Russie un accord de restructuration de sa dette, contractée à l’époque soviétique notamment pour acheter du matériel militaire. La dette de 5 milliards de dollars est réduite à 
1,5 milliard de dollars, à rembourser de 2001 à 2016. C’est alors qu’intervient l’intermédiaire Abalone Investments, créé uniquement pour être utilisé dans la transaction. À partir de 1997, Abalone, dont les créateurs sont très proches du pouvoir angolais, obtient que l’Angola lui verse la quasi-totalité des 1,5 milliard de dollars. Mais se débrouille, via un système de « billets à ordre », pour reverser à la Russie seulement 750 millions !

Pourquoi la Russie accepterait-elle un tel accord ? Aucune réponse logique. Pour ajouter aux soupçons, en décembre 1999, l’oligarque russe Vitaly Malkin, membre éminent du Parlement jusqu’à sa démission en 2013, achète 25 % d'Abalone, en versant à Gaydamak 60 millions de dollars. De plus, le rapport raconte comment Gaydamak a réussi à tromper l’Angola et a détourné une partie des versements sur un compte dont lui seul détenait les droits. Au total, le règlement de la dette n’a rapporté à la Russie que 422 millions de dollars.

UBS visée par une plainte en Suisse

Le calcul « est choquant », écrivent les deux ONG, qui s’appuient sur les investigations menées en 2000-2001 par les justices suisse et française dans le cadre de l’enquête sur l’Angolagate pour retracer le parcours d’une partie des sommes en jeu. Sur les 1,39 milliard de dollars réellement payés par l’Angola (via la société pétrolière nationale Sonangol), 138 millions seraient allés à Gaydamak, 125 millions à Pierre Falcone et presque 49 millions à Malkin. 36 millions sont allés à Dos Santos, 38 autres millions ayant été répartis entre quatre autres officiels angolais, dont l’actuel ministre de l’industrie, Joaquim Duarte da Costa David. Mais surtout, pointe le rapport, 500 millions ont disparu des écrans radars et sont allés à des bénéficiaires inconnus, via des circuits financiers compliqués, passant par Chypre, le Luxembourg et Israël.

Pour s’entendre, toutes les parties ont cherché un partenaire commercial rassurant, qu’ils ont trouvé sous l’enseigne de SBS, puis d’UBS après la fusion. La banque suisse s’est portée garante de diverses parties du deal, en ouvrant un compte séquestre, où chacun versait les sommes dues. Sa fonction était de superviser les montants de la société pétrolière angolaise versés à l’intermédiaire Abalone, puis à s’assurer que l’argent était envoyé vers la Russie. Apparemment, à aucun moment la banque n’a tiqué sur le montage financier de l’opération et le rapport publié aujourd’hui appelle les autorités (judiciaires) à s’intéresser sur le rôle de la banque.

C’est pour cette raison que quatre citoyens angolais, appuyés par une ONG suisse, la Déclaration de Berne, ont déposé une « dénonciation pénale » auprès du parquet suisse, visant trois employés ou anciens employés d’UBS, ainsi que Falcone, Gaydamak et les officiels angolais impliqués. Le texte de la dénonciation accuse les employés de la banque de s’être rendus coupables de « participation à la corruption active d’agents publics étrangers » et de « blanchiment aggravé ». Pour l'un des signataires de la dénonciation, l'avocat David Mendes, « le système bancaire suisse a permis de voler cette somme à l'un des pays les plus pauvres au monde ; il n'est pas trop tard pour que la Suisse enquête correctement sur tous ceux qui ont rendu cette spoliation possible et cherche la restitution des sommes ».

Une procédure avait déjà été ouverte, puis classée en 2004 par la justice suisse. Le parquet avait en particulier suivi l’avis d’un expert qui concluait que l’Angola et la Russie avaient eu raison d’utiliser ce montage acrobatique, et qu’il n’avait rien de très particulier. Aujourd’hui, le rapport apporte de nouveaux éléments : l’expert, Enrique Cosio-Pascal, spécialiste de finances publiques (passé par l’ONU, la Banque mondiale et le FMI), a admis auprès de l’un des auteurs avoir travaillé à l’époque à partir d’informations partielles, fournies notamment par les avocats de Pierre Falcone, qui était mis en cause par la justice. Il reconnaîtrait aujourd’hui que ni la Russie ni l’Angola n’ont bénéficié de la situation.

Pas sûr que ces éléments changent la situation judiciaire : en 2007, une première dénonciation pénale avait été déposée. En 2010, elle avait été classée sans suite, et sans enquête réelle, assure l’ONG suisse.

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La boîte noire : n/a

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Dan Israël in Médiapart - dans Monde

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