Après Guy Brice Parfait Kolélas, Vivien Romain Manangou vient de succomber aux sirènes de l’oyocratie. Le mentor a déteint sur son disciple. L’ancien porte-parole se présente aux élections législatives à Tié-tié comme candidat de l’opposition. A cette allure comment voulez-vous que ce pouvoir tyrannique prenne au sérieux l’opposition congolaise s’il suffit d’un poste à l’Université Marien N’Gouabi pour trahir son camp. Nous allons de déconvenue en déconvenue à cause de ces esprits faibles qui se servent du peuple comme d’un tremplin pour des intérêts personnels bassement égoïstes. Ils sont prêts à marcher sur les cadavres de nos martyrs qu’ils ont sciemment envoyés à l’abattoir pour siéger au coté des tortionnaires. Ce qui n’est pas notre conception de la politique.

Le changement ne consiste pas à renier ses engagements antérieurs en allant faire allégeance. Qu’il ne s’y méprenne pas, le gang de Brazzaville veut donner un habillage démocratique à son pouvoir vacillant qui découle d’une violation de la constitution congolaise de 2002 et d’un hold-up électoral à la présidentielle de mars 2016. Ceux qui rejoignent cette auberge espagnole, le font-ils par opportunisme ou par conviction ? C’est la girouette qui nous le dira.

La cohérence de la pensée et de l’action est un élément essentiel du discours politique. Après avoir donné l’illusion de défendre le peuple congolais, jadis appelé "les masses populaires", ces opposants de circonstance arrivés sur la scène politique avec un agenda caché ont vite fait de rejoindre ceux là même qu’ils faisaient semblant de combattre hier sur le plan idéologique.

A cause de leur discours enflammé, tant la rhétorique était belle, le peuple congolais les avait suivi. Dans cette histoire, il y a eu des morts que nous déplorons et que nous ne pouvons honorer qu’en tenant nos engagements qui consistent à mettre hors d’état de nuire cette mafia qui a pris en otage le peuple congolais. L’attirance du pouvoir est plus fort que la souffrance du peuple pour certains.

Il y a lieu de savoir que le rôle d’un député est de légiférer pour le compte de toute la nation et de contrôler l’action du gouvernement. Au Congo, les députés deviennent des entrepreneurs, des chefs des PME, promettant monts et merveilles à la population locale et se substituant ainsi aux obligations régaliennes du gouvernement. Certains candidats s’expriment dans leur patois sur les affiches électorales, oublions au passage qu’un député est censé être au service de toute la nation et non d’un village. Pareilles confusion mentale, escroquerie intellectuelle et politique est à l’image de notre beau pays qui est pourrie à la tête. Qu’avons-nous fait pour mériter pareil déshonneur ?

Nous disons que la vraie opposition congolaise n’ira pas aux élections législatives sous la mitraille. Nos désidératas pour un avenir commun meilleur dans une paix retrouvée sont connus. Nous ne sommes pas de ceux qui préconisent la fuite en avant afin de recevoir des miettes tombées de la table du prince. La dignité humaine ne se marchande pas.

Le Congo est l’un des seuls pays au monde avec la Corée du Nord qui n’a jamais connu de transition démocratique. La Conférence nationale souveraine (CNS) de 1991 avait été un coup d’état de palais qui permit des élections démocratiques présidentielle et législative. Par la suite arriva le chaos par la non organisation de l’élection présidentielle de 1997 dans les délais impartis par la constitution congolaise de 1992. La nature ayant horreur du vide, les assoiffés de pouvoir prirent leur revanche les armes à la main après avoir perdu dans les urnes un pouvoir qu’ils croyaient détenir de Dieu. Il s’en suivi une période de transition flexible de 5 ans, puis des élections présidentielles de 2002, 2009, puis 2016. Mais qu’attendre des élections quand elles sont organisées par un dictateur qui par ailleurs est incapable de respecter ses serments successifs. La nature d’un serment est de demeurer intacte quelles qu’en soient les circonstances. Le savait-il ?

L’horizon s’éclaircit au niveau de l’opposition congolaise qui regorge en son sein de femmes et d’hommes de qualité et de conviction. Notre cause est noble et juste. Ainsi, nous ne doutons pas de notre victoire finale qui pointe à l’horizon. Notre dynamique est en marche et rien ne saura faire face ni résister aux revendications légitimes du peuple de se débarrasser de ceux qui font la honte de notre pays.

Le Congo pâlit et pâtit. En cela, il est temps que ses enfants, ses intellectuels, ses élites, sa société civile lui redonnent son lustre d’antan. Le rôle des élites dans une société est de résoudre les problèmes difficiles qui se posent et c’est de là qu’elles tireront leur légitimité. Ceux qui perdent le nord devant un poste à l’université et une promesse de nomination en tant que député ne méritent pas d’être des nôtres. N’étant plus en communion d’idées ni d’espérance avec ces derniers, notre conscience nous fait un devoir de nous séparer d’eux. C’est la clarification.

L’histoire d’Icare nous rappelle qu’à vouloir trop se rapprocher du soleil on se brûle les ailes. Il ne faut pas oublier que nous avons affaire à un pouvoir qui telle une mante religieuse a pour habitude de dévorer ses partenaires lorsque ces derniers ne servent plus sa cause.

Pour notre part ce sera NON aux élections législatives qui sont des nominations par le seul fait du prince d’Edou. Le Congo est une république (res publica : chose commune) et non une monarchie qui prépare la succession du père pour le fils. Par ailleurs nous savons aussi que l’intelligence ne se transmet pas, mais la connerie oui. Avec ce que nous endurons depuis 33 ans, il est temps de penser au bien être de la population congolaise et non à notre propre ego. La politique c’est l’art d’être au service des autres. Comme disait l’autre dans ses rares moments de lucidité : "Tout pour le peuple, rien que pour le peuple".

La résistance continue et ne faiblira pas, nonobstant la trahison qui est le jeu politique prisé au Congo. Tout homme a un prix auquel il peut se vendre, mais là ils se vendent au rabais en cette période de solde. Ceux qui se revendiquent de l’opposition congolaise et qui vont aux élections législatives truquées d’avance trahissent et salissent la mémoire de nos martyrs. Ils veulent se frayer une place au soleil en marchant sur les corps encore fumants de nos morts. Mais qu’ils sachent qu’ils se brûleront.

De l’adage "qui a bu, boira", se substitue "qui a trahi, trahira". Un traître restera un traître toute sa vie même aux yeux de ses nouveaux amis de circonstance qui se méfieront de lui comme de la peste.

Le casting change, mais le scénario funeste reste le même. Ceci est une raison supplémentaire pour ne pas baisser les bras.

Vivien Romain Manangou a voulu être César, mais il ne sera que Brutus et l’histoire l’a déjà oublié. Il passe de la lumière aux ténèbres et portera seul le lourd fardeau de son inconséquence politique devant le peuple congolais à vouloir à tout prix pactiser avec le diable. N’oublions jamais que nos actes d’aujourd’hui conditionnent nos vies de demain. Député ou collabo, tel est le dilemme qui se pose à lui.

C’est André Thérive qui écrivait : "La trahison est une question de date".

Le peuple congolais prend rendez-vous avec l’avenir car la vertu est une question de choix.

Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA