par Loic Creteilla

Lettre à Sassou Nguesso, celui qui aurait dû être ma source d'inspiration et de sagesse.

Je t'ai vu pleurer comme un gamin le jour où la mort est entrée dans ta maison. j'ai vu la douleur et la tristesse de ceux qui perdent des êtres chers envahir tes yeux. J'ai aussi vu les crevasses sur ton visage hagard et fatigué par les hurlements sordides de la mélancolie de la mort, et qui me rappelaient par moment que tu fûs un être humain . Je n'ai pas honte de te dire que j'aurais pu epprouver de la compassion si je ne connaissais pas ta véritable nature, celle du monstre froid capable de faire couler du sang, celui des autres, des enfants, des mères, des pères de familles innocents pour assurer ton bien être matériel et celui de ta descendance.

Mais sais-tu seulement que ces pauvres gens que tu massacres dans le pool s'appellent aussi Edith, comme celle que tu pleuras et que tu pleures dans les nuits sombres des cauchemars éhontés, Claudia, Lucie, Ninelle, Julienne, Antoinette,  Emilienne que ton coeur aime à chérir? Ce ne sont que des femmes de champs, des congolaises comme celles d'Oyo éprises d'amour, de bonté, de désir de vivre, qui ressentent aussi la douleur dans leurs chairs, de la tristesse dans leurs coeurs, et qui vivent des vies simples, loin de la politique et du faste du pouvoir que tu convoites tant.

Sais-tu que ces enfants s'appellent Denis,  Junior, Alicia, Monica, Julia, Tom, chloé, et que ce sont des enfants comme tes petits enfants,  qui ne rêvent que de poupées et de petites voitures, de bonbons à travers leurs rires innocents et leur insouciance, loin du faste des champagnes, caviar et saumon que tu tiens tant à préserver?

Ces innocents s'appellent Thomas, Jean,  Marcel, David, Paul, Denis, Maurice, Julien... Ce sont des hommes de terre et des rivières comme ceux de Tongo, d'Olombo, d'Oyo,  qui par la force de leurs poignets et par la sueur de leurs fronts, et sans gémir nourrissent  et soignent  difficilement les leurs, loin des fastes des 4x4 et des boeings que tu veux coûte que coûte préserver.

Ces hommes, femmes, enfants que  tu as décidé de tuer par égoisme et par tribalisme, pour satistisfaire et préserver malhonettement tes désirs de 4x4, de voyages, de palais, de caviar, de champagne, d'or...  laissent derrière eux des orphelins, des veufs, des veuves, des parents en détresse et marqués à jamais.

Sais-tu aussi que la barbarie, le tribalisme et le népotisme que tu as érigés en doctrine politique ont fait beaucoup de tort au développement économique et social du pays et qu'ils ont détruit l'unité et la cohésion nationale, ainsi que nos valeurs ancestrales d'altruisme et d'humanisme?  Dorénavant la haine a fait place à l'amour,  la cruauté à la bonté et à l'altruisme, et la guerre à la paix.

Penses-tu que la violence et le fusil soient les seules remèdes à tes problèmes?

Est cela l'héritage que tu souhaites nous leguer, à moi le congolais anonyme dont la vie ne vaut rien à tes yeux, et à Christel, Ninelle, Claudia, Julienne ... pour qui les vies mériteraient le sacrifice de la mienne, et de tant d'hommes, de femmes et d'enfants qui n'ont rien demandés, sinon que de vivre.

Comment voudrais-tu que je te voie à présent, ainsi que tes enfants et petits enfants après tout ça?
Comme des compatriotes? Comme des frères ou soeurs avec qui j'aurais à construire l'avenir du Congo après toi, ou comme des énémies avec qui je me regarderai en chiens de faïence, prêt à nous entretuer pour perpétuer ton héritage? Je crains fort que ça ne soit cela notre destinée et notre futur. Sois en sûr qu'il ne gagneront toujours pas et toi avec.

Tu as choisi la voie de l'irresponsabilité à un âge où nous,  les fils et filles du Congo attendions de toi plus de sagesse, afin de nous conduire vers un avenir meilleur.

Mais crois moi, chaque cuillière de caviar que toi et ta progéniture avalerez, chaque palais que vous construirez, chaque limousine que vous acheterez sera marqué par le sceau du sang, du sang des âmes innocentes que tu as détruits sciemment pour les plaisirs éphémères de ce monde.

Sois, toi et ta progéniture maudits pour l'éternité.