Par Rigobert OSSEBI

Cardinal Biayenda et le Président NGouabi , assassinés en mars 1977 à Brazzaville

Ce 4 mars, les milliers de victimes de la catastrophe de Mpila, ont été honorées une fois encore par l’ignorance et le total mépris des véritables responsables de ce drame qui avaient, criminellement et stupidement, stocké en pleine capitale, armes, munitions et explosifs divers.

Toujours ce même mois, nous commémorerons le début de la longue tragédie du peuple congolais : celle de ces quarante dernières années qui ont commencé dans l’effroi des assassinats, dans le sang et dans le mensonge permanent.

La semaine sanglante, du 18 au 25, qui tétanise encore la mémoire collective de tout un peuple, avait débuté par le lâche assassinat du Président Marien N’Gouabi, le sacrifice du Cardinal Emile Biayenda et l’exécution du Président Alphonse Massamba-Débat après qu’il eut été sauvagement torturé. « Les Amis du Peuple » qui étaient aux commandes lors de cette semaine tragique, le sont restés jusqu’à maintenant pour la plupart.

Quarante années se sont écoulées, durant lesquelles l’opposition démocratique sauf durant une courte parenthèse n’a pas eu grand-chose à dire, jusqu’à ce mois de Mars 2017, Ô combien symbolique ; le terme d’une échéance quadri-décennale et mystiquement biblique que nous devons honorer et célébrer. Quarante années durant lesquelles le peuple congolais a été mis à l’écart des autres peuples, tenu dans le sous-développement, la maltraitance et dans l’arbitraire pour satisfaire les appétits voraces des assassins de notre trilogie de martyrs ;  martyr militaire, Marien N’Gouabi ; martyr religieux, Cardinal Emile Biayenda et martyr civil avec le rigoureux (obstacle à la débauche que nous connaissons), Alphonse Massemba-Débat. Une symbolique forte, fondée sur la terreur et qui baignait déjà dans des rites sacrificiels obscurs…

Cette quarantaine, dans le désert de la misère et du despotisme, ne peut durer davantage. Il est temps de porter à la lumière de cette 40ème commémoration le sacrifice de chacun d’eux. Deux générations de Congolais en ont subi les conséquences pour ne pas s’être révoltés aux premières heures de ces assassinats. Il en a fallu du temps pour que les langues se délient et même la Conférence Nationale Souveraine n’était pas allée jusqu’au bout de son travail de mémoire et surtout de celui de vérité !

Ces héros sont morts et nous n’avons pas fini de méditer sur leur sacrifice.

D’autres héros, encore présents, sont menacés de les rejoindre. Ils ont été jetés dans les prisons du pouvoir de Denis Sassou Nguesso, à l’origine de notre cruelle quarantaine. La liste est longue de ces hommes qui ont contesté son pouvoir et qui n’en sortiront malheureusement pas vivants. Encore une fois, la responsabilité de leur sort en incombera au Peuple congolais. Si ce dernier faillit dans sa réaction en ne se montrant pas fort, il en prendra pour une vingtaine d’années supplémentaires ; du Kiki, très certainement, qui ressemble déjà beaucoup à son père : en pire !

A dire vrai, ce peuple l’aura alors bien mérité, car ces hommes emprisonnés sont à son image. Originaires  de toutes les régions, ils ne sont que les symboles de l’asservissement, par le tyran et ses sbires, de toute une population dont ces derniers sont devenus les « maîtres » absolus ; jusqu’à la  priver de liberté sans motif valable, dans l’arbitraire le plus total, uniquement pour conforter l’emprise tyrannique.

Certains prisonniers ne sortiront de leur cellule que les pieds devant, comme ce fut le cas pour Marcel Ntsourou. Test réussi, il n’y a eu aucune réaction dans la région d’origine ni dans l’armée. Un peu d’argent par ci, un peu d’argent par là,  et le tour fut joué. Pourtant, dès l’annonce de sa mort la panique a été totale dans le petit clan mafieux à la tête de l’Etat.

L’un de ces détenus pourrait sortir définitivement de sa cellule s’il le voulait. Sans attendre, il serait embarqué aussitôt dans un luxueux jet privé à destination de Paris où l’attendrait sur un compte bancaire, facilement, 20 à 30 milliards de FCFA. Cet homme actuellement détenu, qui pourrait être libre, riche et comblé demain s’il le voulait, c’est le Général Jean-Marie Michel Mokoko ! Epine dans le pied du tyran, il en est son plus gros problème. Jusqu’à maintenant, il a tenu bon et n’a pas voulu reconnaître sa défaite face à l’usurpateur, Monsieur 8%.

Certes, jamais aucun homme politique congolais n’avait eu autant de compatriotes qui s’étaient rassemblés uniquement pour lui. Des marées humaines étaient allées à sa rencontre du Sud au Nord du pays, simplement pour lui témoigner leur espoir de liberté.

Formé aux plus grandes écoles militaires, l’officier supérieur au début de son incarcération a été critiqué, par certains, pour ne pas avoir eu de « plan B » et de s’être fait piéger par Denis le diabolique. Au fil des jours et des semaines, Jean-Marie Michel Mokoko a forcé l’admiration des plus critiques. Le Général Mokoko, qui s’était jusque-là illustré sur des terrains de maintien de la paix, a montré seul du fond de sa cellule, toute sa force tranquille à la face du tyran et de son système, malgré les brimades et les mauvais traitements. Mandela était mieux traité et plus respecté par ses geôliers Sud-africains.

Jean Marie Michel Mokoko en refusant de se servir de la clef en or qui est accrochée à sa porte, veut rester solidaire des souffrances et des espérances de tous ceux, qui depuis le début de ces quarante années de ce règne maudit, en subissent le poids de l’injustice et les abus.

En même temps que seront commémorés les assassinats de 1977, le Général Mokoko cumulera 40 semaines d’emprisonnement. Quarante ans, quarante semaines, il est grand temps pour tous de sortir de ces ignobles quarantaines. Mise à part une infime minorité proche du clan diabolique de Denis Sassou Nguesso, il n’y a pas de Congolais qui n’ait pas subi douloureusement les conséquences de son pouvoir.

Ces quarante années dans le désert stérile du règne des Nguesso arrivent à leur terme. Les Congolais entreront dans leur terre promise. La leur. Ils pourront enfin goûter ses fruits et son bien-être trop longtemps refusés au seul profit de quelques-uns.

Nos héros défunts et nos héros emprisonnés ne seront pas les seuls à intervenir, à leur manière, durant ce mois et cette semaine héroïques ; chacun de nous devra y contribuer à sa façon afin d’être le Héros de son propre destin. A défaut de quoi il faudra se résoudre à vingt années de plus dans le désert, voire quarante années supplémentaires, et continuer à vivre dans le mépris et le déni d’humanité que nous ne connaissons que trop !

Par Rigobert OSSEBI

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