Par Rigobert OSSEBI

 

SASSOU-RENZI

Dédicace : « Aux prisonniers politiques injustement retenus depuis un an ou depuis un jour ! Aux populations bombardées depuis des mois dans le Pool, sans aucune raison véritable ! La cause de vos malheurs se situe dans l’offshore, au large de Pointe Noire. Elle a pour nom « pétrole » et un petit clan constitué de Congolais et d’Etrangers se sont jurés de l’accaparer. Ils ne reculeront seulement que lorsque vous les traiterez de leur vrai nom : Voleurs ! » 

Un énorme scandale de corruption secoue actuellement la compagnie ENI en Italie.

Quelques jours avant le dernier Noël, les autorités italiennes ont décidé de poursuivre Dan Etete, un ancien ministre nigérian du pétrole pour son implication dans l’attribution d’un permis pétrolier, dans son pays, pour un montant d’1,1 milliard de dollars ; dix-huit années après que le Block PL245, reconnu comme l’un des plus riches du Nigéria avec un potentiel de 8 ou 9 milliards de barils, ait été attribué à une compagnie locale inconnue, Malabu. Presque dans un même temps, la très sévère Agence contre la corruption, EFCC (Economic and Financial Crimes Commission) à Abuja (Nigeria),  avait également annoncé des poursuites contre 13 personnes physiques et morales dont le même Dan Etete, mais aussi contre les compagnies ENI et SHELL.

C’est une affaire extrêmement complexe sur laquelle nous allons revenir en détail dans une suite d’articles, afin que les lecteurs CONgolais comprennent bien le processus de corruption utilisé au Nigéria par ENI, tel que décrit par la presse anglaise et italienne ; sûrement d’un niveau moindre de celui mis en place au Congo par la même compagnie.

Les affaires pétrolières et minières congolaises ont toujours été gérées par l’indéboulonnable dictateur du Congo-Brazzavole. Secondé par son fils Kiki pour ces dernières, il en a été le véritable ministre du pétrole mais aussi celui des mines, des finances, de l’intérieur, de l’injustice et de la défense.

Cette nouvelle affaire ENI qui secoue l’Italie, en relation avec le Nigéria, ne manquera pas de déborder rapidement sur le Congo des Nguesso. Après les anciennes affaires ELF à Paris et les plus récentes Gunvor/ BNP Paribas à Genève, Veiga / Asperbras au Portugal, Sundance Resources à Sydney, et EXXON Moho Nord sûrement bientôt à Washington, toutes sont devenues un tel boulet pour le tyran quelles finiront bien par le faire couler corps et âme ; si toutefois il en avait une !

La vie politique que Denis Sassou Nguesso a entretenue au Congo, depuis les assassinats dont nous allons commémorer les 40èmes anniversaires (18 – 23 – 25 mars), n’est en fait qu’une vaste fosse septique dans laquelle ont été enfouis tous les crimes de sang, économiques et financiers. Après son retour sanglant au pouvoir en 1997, cet improbable cocktail est devenu de plus en plus incontrôlable. Il ne fait pas de doute que la dernière couche d’excréments, liée à cette récente affaire ENI, qui agite actuellement le Parquet de Milan, accélèrera la fermentation pestilentielle et contribuera à l’explosion salvatrice que nous attendons tous.

Ne nous y trompons pas ! Dans ce nouveau dossier, il ne s’agira pas de petit fretin au sein de la compagnie italienne. Ses plus hauts responsables sont les véritables cibles des dénonciations qui en ont déclenché l’instruction en Italie. Paolo Scaroni, Claudio Descalzi et autres sont devant les Juges milanais. Oui ! Vous avez bien lu, il s’agit bien de « l’Ingegnere  Descalzi » le mari  de Mado, dont certains affirmaient qu’elle était une sœur d’Antoinette Sassou Nguesso. Claudio Descalzi s’était hissé, contre tout pronostic, à la tête de la « major » italienne notamment grâce aux relais maçonniques internationaux de Sassou Nguesso. Ce dernier n’était pas peu fier, en juillet 2014 lorsqu’il avait accueilli le 1er ministre italien, Matteo Renzi, à Brazzaville pour son premier déplacement officiel à l’étranger. Il lui fit alors cette confidence émue, concernant son complice au crâne dégarni : « je l’ai connu lorsqu’il avait commencé sa carrière d’ingénieur ici au Congo et voyez jusqu’où il est arrivé ! » Descalzi aurait-il vendu son âme à Sassou Nguesso, plus diable que pygmalion ?

Comme le Congo, la vie n’est pas un fleuve tranquille et il se pourrait bien que nos coquins soient très près des Rapides, entre Kinshasa et Brazzavole, qui les engloutiront tous ! L’écriture de leur destinée commune pourrait bien être rédigée bientôt par un greffier du Parquet de Milan. Ceux qui ont bien chanté jusqu’à maintenant vont devoir danser sans aucun doute… !

L’affaire a été particulièrement alimentée par les dénonciations d’un cadre de très haut niveau d’ENI, Vincenzo Armanna, qui avait été son représentant au Nigéria. Ce cadre aurait été licencié pour des irrégularités commises dans les Emirats. Vincenzo Armanna bénéficierait de relais puissants ce qui aurait pu expliquer cette apparente désinvolture. Certains affirmeraient qu’il serait le neveu d’un Cardinal et qu’il serait mêlé à la vente de « grâces papales » à des personnalités africaines… (Rémy Ayayos et Albert Ngondo figureraient-ils parmi ses chers et heureux clients ?) Vincenzo Armanna aurait-il été également le lobbyiste du pétrolier italien auprès du Vatican, très silencieux sur les affaires congolaises ?

Beaucoup de points sur lesquels nous reviendrons. Et pour que tout un chacun puisse saisir l’importance de leur compréhension, dans un des articles récemment publiés par la presse italienne, il est question de l’ex-gendre de Denis Sassou Nguesso, Fabio Ottonello, dont l’un des avions stationnés au Nigéria aurait servi à convoyer 50 millions de dollars en billets de 100 à l’extérieur du pays ( https://goo.gl/pzIcWA ).

Une histoire qui nous rappelle celle de José Veiga arrivant au Portugal par l’aéroport privé de Tires et débarquant des sacs de billets des petits avions qu’il empruntait…. Pauvre Congo ! Pauvres CONgolais !

Rigobert OSSEBI

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