Par Hervé Zebrowski

Par Hervé Zebrowski dernier secrétaire de Monseigneur Ernest Kombo, président de la Conférence Nationale  Souveraine en 1991, mort à Paris le 22 Octobre 2008.

 

Il y a quarante ans, très exactement le 31 Janvier 1977, la République Populaire du Congo Brazzaville nouait des relations diplomatiques avec l’Etat du Vatican. Le premier nonce apostolique,  l’ambassadeur de l’Etat du Vatican à Brazzaville,  fut Monseigneur Oriano Quillici. Et si tout le monde au Congo Brazzaville l’ignore, ou a oublié cette date, le Vatican, lui, se souvient de cet évènement inconcevable en ces années de la guerre froide : la reconnaissance par un Etat communiste de l’Etat du Vatican. Aujourd’hui encore, cette date marque avec entêtement l’entrée de la République du Congo Brazzaville dans une longue nuit de quarante ans, peuplée de sacrifices humains, de massacres, de misère morale autant que matérielle, de guerres monstrueuses, de compromissions indéfendables avec les plus grands responsables politiques ou religieux du monde occidental dit civilisé et chrétien.

Dans l’Eglise Catholique qui est au Congo, en janvier 2017, un cinquième jeune prêtre du diocèse de Nkayi est  mort ; cinq jeunes prêtres en un an ! Que se passe-t-il dans l’Eglise qui est au Congo Brazzaville ? Quel monstre y exerce-t-il un pouvoir ? Tout refuge, toute espérance est interdite au Congo Brazzaville. Même dans l’Eglise Catholique.

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C’est pourtant avec une immense espérance que le pape Paul VI reçut le 31 Janvier 1977 la nouvelle de la reconnaissance de l’Etat du Vatican par le chef d’un Etat communiste d’Afrique centrale : le président Marien Ngouabi. Il faut se resituer dans le contexte géopolitique et diplomatique de ces années de la guerre froide pour comprendre le courage inouï qui fut celui du président Marien Ngouabi. Par ce geste il montrait au monde entier qu’il entendait s’affranchir des dogmes creux et mortifères du « socialisme scientifique » qu’il avait défendu avec sincérité et ardeur durant quinze ans. Par ce geste de reconnaissance de l’Etat du Vatican, il indiquait clairement qu’il allait rejoindre la voie plus pragmatique, plus inspirée d’un  « socialisme Bantou » dont Alphonse Massemba Debat était le grand chantre. Ces deux chefs politiques du Congo Brazzaville, dont l’intégrité intellectuelle et morale était reconnue par tout le peuple congolais, s’étaient assis autour d’une table pour imaginer une nouvelle constitution, de nouvelles institutions susceptibles de donner un élan plus démocratique, plus adapté aux profondeurs de l’âme congolaise, aux réalités du Peuple que Dieu leur avait confié.

Le socialisme scientifique excluait de façon dogmatique, comme à Moscou et à Cuba, toute idée de l’intervention de Dieu dans la vie des hommes ; le socialisme Bantou, quant à lui, tout en laissant une totale liberté à l’homme, acceptait l’idée de Dieu intervenant dans la vie des Peuples. Paul VI et Emile Biayenda, qui avait été créé  premier cardinal d’Afrique centrale en 1973, furent, tous les deux aussi, les grands acteurs de cette espérance nouvelle dans laquelle ce 31 Janvier 1977 se proposait d’entrer la République Populaire du Congo Brazzaville : cette espérance d’un socialisme Bantou qui partagerait équitablement entre tous ses enfants  les fruits de cette terre du Congo où coulent le lait et le miel ; cette terre du Congo débordant de richesses que le Père a donné à ses enfants. En 1977, dix-sept ans après les indépendances, treize ans avant la chute du mur de Berlin, le Congo Brazzaville, inspiré par des fils magnifiques, sous le regard attentif de Paul VI et donc de tout l’occident chrétien, se préparait à retrouver la voie originale du socialisme Bantou permettant l’émergence d’une société démocratique, d’une économie de partage et d’une politique de développement des hommes. (En 1968,  95% des Congolais sont scolarisés, qu’en est-il aujourd’hui ?)

Comme en Europe et aux Etats Unis plus tard, au temps de la fondation des jeunes nations occidentales, Dieu se trouvait au cœur des peuples en marche. C’était insupportable pour Moscou et Cuba. Mais au Congo Brazzaville le Diable veillait. Lui, il faut en être sûr, n’était pas habité par une quelconque idée de socialisme, qu’il soit d’essence scientifique ou Bantou. Le Diable avait pris le visage d’un homme qu’il avait porté par sa puissance au rang de ministre de la Défense et de chef de la Sécurité.

Le Diable s’était emparé de cet homme qui, entouré de quelques ténébreux apôtres à sa dévotion,  avait lui-même décidé librement de le choisir pour maitre afin de pouvoir dominer le Congo Brazzaville puis l’Afrique centrale et pourquoi pas le monde tout entier…  Chacun d’entre nous en effet connait les dix commandements du Malin et le Christ lui-même, au désert, dut rejeter ces tentations… Tu n’adoreras qu’un seul maitre, moi, le Diable, tu tueras, tu voleras, tu porteras de faux témoignages, tu n’honoreras pas tes parents en commettant l’inceste, tu commettras l’adultère, tu jalouseras ton voisin …. Et je te donnerai la terre en héritage. Que savons-nous du Bien, nous pauvres hommes, pas grand-chose, car personne, hormis le Fils de l’Homme, n’a jamais vu Dieu. Mais cependant, du Mal, nous savons tout et il nous suffit de lui ouvrir notre âme et notre cœur, de nous mettre à son service délibérément, de le choisir pour maitre, pour avoir, un temps du moins, l’illusion de dominer le monde. Staline l’a fait, en poussant la logique du socialisme scientifique jusqu’au bout, Hitler l’a fait, en affirmant la domination de la race arienne sur le monde et en exterminant la moitié du peuple qui a donné le Christ au monde, Sassou Nguesso l’a fait en décimant son propre peuple pour s’accaparer les richesses d’une terre magnifique donnée à tous les Congolais par le Créateur. Il l’a fait pendant quarante ans, sous le regard cupide et complice du monde occidental et notamment de mon pays la France et de la ville où se portent toute mon espérance et ma foi en Christ ressuscité : Rome.

Alors j’ai fait un rêve :

Au bord de l’Alima, dans un endroit familier au pharaon Denis et à son épouse Antoinette, existe une sorte de chapelle étrange où se trouvent de très nombreuses reliques de ces quarante ans de règne sans partage. Ces reliques sont celles d’hommes magnifiques qui ont marqué nos cœurs et nos âmes et qui continuent par-delà leur mort, toujours atroce, à nous montrer le chemin. (Gravement blessé par sa garde congolaise, Marien Ngouabi fut achevé par sa garde cubaine, Massamba Debat fut si atrocement torturé que son corps ne fut jamais rendu à sa famille et Emile Biayenda fut enterré vivant au cimetière d’Itatolo).

Ces âmes, en ce lieu de ténèbres,  ne reposent pas en paix. Ces âmes magnifiques sont en errance au-dessus de l’Alima. Elles supplient le pharaon Denis et sa femme Antoinette de laisser à d’autres le soin de conduire leur peuple. Ces âmes sont par milliers. A la tête de ce cortège silencieux marchent ceux que nous connaissons bien : Emile Biayenda, Alphonse Massemba Debat, Marien Ngouabi, Georges Firmin Singha qui, lui, s’adresse plus particulièrement à la reine Antoinette et à ses petits prêtres du Binkoko, Barthélémy Batantu et bien sûr à mon père spirituel, ce géant en Christ ressuscité que j’ai eu l’honneur de servir,  Ernest Kombo. Dans son testament qu’il m’a remis quelques jours avant sa mort, Ernest écrivit : « Je veux reposer à coté de Marien Ngouabi et d’Alphonse Massemba Debat. » Ernest savait bien que son testament serait respecté à la lettre et qu’il reposerait lui aussi dans cette étrange chapelle de l’Alima. Ernest nous dit aussi  dans ce testament: «  que les ancêtres et les saints, le cardinal Emile Biayenda et Monseigneur Georges Firmin Singha, par la miséricorde de Dieu et l’intercession de la mère du Sauveur m’accueillent auprès de Jésus miséricordieux. » Ernest Kombo voulait sauver tous les hommes y compris ce fils de l’Alima qu’il voulait exorciser. Il est mort pour cela. Alors avant de partir vers les enfers pour toujours, entrainés par le Diable et les Binkoko, j’ai vu Denis et Antoinette entendre la supplique de toutes ces âmes errant au-dessus de leur case de l’Alima. Ces âmes magnifiques  leur disaient : «  Laissez Moise et ses frères reconstruire la terre promise qui a été donnée aux Congolais, cette terre où coulent en abondance le lait et le miel pour tous. Dieu est miséricorde.»  C’est alors que dans mon rêve j’ai vu  Moise et tous ses frères sortir  de la prison et de leur exil.  C’est alors aussi que j’ai vu à Paris mes chefs politiques et militaires entendre eux aussi la voix de ces suppliciés qu’ils connaissent. C’est alors qu’à Rome j’ai vu le pape François allumer une lumière, celle du Saint Cardinal Emile Biayenda enfin canonisé, éclairant ainsi tous les  martyrs du Congo mais surtout, surtout, éclairant notre route pour rebâtir au centre de l’Afrique une terre de paix et de prospérité et inverser les flux migratoires ici en Europe. Cardinal Emile Biayenda, Alphonse Massemba Debat, Marien Ngouabi, Georges Firmin Singha, Barthélémy Batantu, Jean Guth, Ernest Kombo…….

Santo Subito.

Par Hervé Zebrowski