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2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 15:06
Interview de Charles Bowao : Lassitude, légèreté ou trahison ?

Charles Zacharie BOWAO -

Par Pascal MALANDA

Avant toute chose, je voudrais remercier notre frère de lutte Charles Bowao pour l’immense travail qu’il a abattu jusqu’à ce jour en coordonnant les plateformes Frocad-Idc. Je voudrais aussi saluer le courage qu’il a pris, au péril de sa vie, d’incarner le combat pour l’alternance démocratique et pacifique au Congo. Je serai donc le dernier à jeter des pierres sur lui. Cela ne m’empêche nullement de porter un regard critique sur sa dernière sortie médiatique qui a eu le don de désarçonner de nombreux compatriotes. Personnellement, je reste très perplexe à la lecture de ce qu’il a exprimé.

Dans le cadre d’une lutte politique, tout peut advenir. La trahison, la félonie, l’hypocrisie, la lassitude, le dégoût, l’abandon, etc. peuvent nous rattraper. Face à un pouvoir qui joue l’usure de l’opposition, je suis donc très mal placé pour condamner qui que ce soit. La seule chose que nous devons au peuple, c’est une ligne claire et un langage cohérent.

Pour ma part, contre « vents » et marrées, je tiens le cap de l’alternance pacifique. Sassou a raté l’occasion d’instaurer une tradition démocratique en respectant sa propre constitution. Peut-être n’a-t-il pas eu assez de garanties ? Dieu seul le sait. L’insalubrité publique signalée par Bowao décourage tout investisseur sérieux. L’effondrement de l’économie nationale constitue aujourd’hui le plus grand opposant de Sassou. Un opposant incorruptible et implacable, puisque son travail de sape s’accentue de jour en jour. On ne peut pas tricher avec l’économie. Sauf grand miracle ou coup de tonnerre, les cours du pétrole resteront bas assez longtemps et la diversification économique entreprise à la hâte pendant les années de vaches maigres n’aura d’effet que dans un avenir lointain. Cela revient à dire que si rien n’est entrepris sur le plan politique, à l’effondrement économique succédera inévitablement un cataclysme social qui aura raison d’un régime qui n’aura pas su anticiper ni sur le plan politique et encore moins sur le plan économique. A ce moment, aucun dialogue ne sera plus possible. L’alternance aura alors lieu, non plus de façon pacifique, mais par la révolte populaire. Ventres affamés, qu’ils soient du nord ou du sud viendront à bout d’un système victime de son propre autisme.

Un dialogue s’impose, mais à une seule condition, qu’il organise le départ pacifique de Sassou. Que le peuple lui trouve une formule de sortie acceptable pour tous. Le pouvoir joue à l’usure de l’opposition, mais il risque fort de découvrir qu’il creuse sa propre tombe. Qui vivra.

Parlant d’usure, je ne m’attaque qu’aux arbres qui portent des fruits. Je n’ai rien dit sur Tsaty Mabiala depuis sa prise de position très claire : « Tournons la page, passons aux élections législatives ». J’ai interpellé Kolélas parce qu’il adoptait une position ambiguë qui trouble la lisibilité politique. Et voilà que Bowao qui incarnait jusqu’à présent la revendication de l’alternance nous livre un texte désarçonnant.

Petite analyse du texte :

Question du journaliste : « Donc on partage le gâteau ? »

Bowao le philosophe qui nous a habitués à la rigueur plonge dans le piège :

« Oui ! Un partage normal de rôle dans la gestion des affaires publiques, par exemple, en ce qui concerne la gouvernance électorale, nous sommes aujourd’hui d’accord y compris ceux qui étaient à Sibiti pour dire que la loi électorale ne reflète même pas les conclusions de Sibiti. Il nous faut une Commission électorale indépendante qui prépare, organise et publie les résultats à charge pour le juge de contentieux électoral de faire son travail par la suite. Nous sommes dans une atmosphère d’insalubrité publique. »

Tout serait donc une banale question de gâteau ??? Pourquoi alors ne pas exiger sa part sans passer par tous ces chichis et ces flaflas ? Encore une fois, si c’est par lassitude, personne ne vous en voudra. A l’impossible, nul n’est tenu.

Sur le Frocad-Idc :

« Les deux plateformes, le Frocad et l’Idc que je coordonne, à laquelle il faut ajouter la composante Jean Marie Michel Mokoko travaillent la main dans la main et dans la compréhension mutuelle. »

Pourquoi jouer à l’hypocrisie ? Travaillez-vous la main dans la main avec l’Upads ? Comprenez-vous honnêtement les sorties alambiquées de Kolélas ? Pourquoi mentir le peuple ?

Sur la Charte de la victoire :

« La base de notre travail aujourd’hui, c’est la charte de la victoire que 5 candidats de l’opposition avaient signée. Il y a des malentendus de la part de certains candidats. »

Etes-vous sérieux en le disant ? Croyez-vous encore en cette Charte après que Tsaty, un des candidats vous a donné son point de vue définitif ?

Sur Tsaty Mabiala :

« C’est cela que j’ai reproché à mon frère Tsaty Mabiala (Upads). Mais il s’en est défendu en disant que, ce qu’il avait fait engageait son parti et lui-même. Et je lui avais fait comprendre que, ce que vous dite, peut dans l’opinion avoir directement ou indirectement porté préjudice au Frocad, parce jusque-là, vous êtes membre à part entière du Frocad. Aujourd’hui, le Frocad s’est restructuré, je pense que de ce point de vue, les choses ont avancé. »

Le philosophe que vous êtes sait bien qu’ « On peut conduire un cheval à l’abreuvoir, mais pas le forcer à boire. » Tsaty vous a dit qu’il reconnaît la victoire de Sassou et vous voulez le forcer à respecter la Charte de la victoire. Vous n’y voyez donc aucune contradiction ? Pourquoi l’avoir alors remplacé par Munari ? Ce remplacement n’était-il pas une sanction pour sa prise de position limpide ?

Oba Blanchar, président de l’IDC :

« Du côté de l’idc, son président est dans une situation de privation de liberté….nous avons au niveau de la conférence des présidents de l’idc, confié la direction dudit mouvement jusqu’à nouvel ordre, à monsieur Blanchard Oba. »

Pourquoi vouloir cacher les dissensions de l’opposition, véritable secret de polichinelle ? Après avoir observé le « VENT » et snobé l’Idc au moment le plus difficile, Kolélas pouvait-il revenir les mains dans les poches reprendre la direction de l’Idc sans la faire exploser ? N’avait-il pas menacé de créer une nouvelle plateforme avec Kignoumbi et Fylla ? Oui, le linge sale se lave en famille. S’il est vrai que le linge de l’opposition est sale (très sale), où est la famille qui devrait le laver ? Et qui est membre de cette famille déchirée ?

L’(im)posture de Kolélas :

« … Qu’en est-il de la posture de Guy Brice Parfait Kolélas ? Il est toujours un des présidents de la conférence des présidents de l’Idc. Il est en ce moment en train de restructurer son parti politique pour affronter les enjeux à venir. Mais, n’oubliez jamais une chose, aujourd’hui, Guy Brice Parfait Kolélas est dans une position politique qui le met au-dessus de toute l’opposition. Cette posture fait que il ne peut pas se confiner dans une fonction particulière au niveau de l’Idc. Il garde cette position de hauteur qui certainement nous permettra de négocier un certain nombre de chose avec le pouvoir en place, certainement par rapport à ce dialogue que nous sommes en train d’exiger et aussi avec la perspective que nous avons à organiser la deuxième convention de l’opposition congolaise. Donc, il n’a pas été sanctionné comme j’entends dire à gauche ou à droite. La position de leadership de Parfait Kolélas est un atout qu’il faut savoir conserver. »

Là, cher Zacharie, vous atteignez le sommet des pirouettes ! A trop vouloir arrondir les angles, vous avez réussi à écœurer de nombreux compatriotes. L’attitude de Kolélas ressemble plus à une imposture qu’à une posture. Il va finir par révolter sa propre base. Les gens lui ont-ils accordé leurs suffrages pour qu’il devienne « Chef de fil de l’opposition » ou pour qu’il devienne président de la république? S’il est convaincu d’avoir battu Sassou et Mokoko et d’être au deuxième tour face à Mokoko, pourquoi revendiquer le statut d’opposant n° 1 ? Y aurait-il un pacte occulte des Kolélas de père en fils qui les condamne à jouer les « opposants » ?

« Il est en ce moment en train de restructurer son parti politique pour affronter les enjeux à venir. »

Pour lui avoir fait confiance, j’aimerais bien savoir la nature de ces « enjeux à venir ». Ne s’agirait-il pas par hasard des législatives « à venir » ? Si c’est le cas, quelle est alors la différence entre Tsaty et Kolélas en dehors du fait que l’un dit ce qu’il fait et l’autre fait le contraire de ce qu’il déclare ?

« Guy Brice Parfait Kolélas est dans une position politique qui le met au-dessus de toute l’opposition. »

Ah bon ! Je croyais que c’est vous qui étiez le responsable et coordonnateur des plateformes Frocad-Idc. Si Kolélas est au-dessus de toute l’opposition, Mokoko est alors son adjoint, n’est-ce pas ? A quoi cet équilibrisme ?

« Il garde cette position de hauteur qui certainement nous permettra de négocier un certain nombre de choses avec le pouvoir en place »

Vous voulez certainement le consoler de n’avoir pas pu obtenir la tête de l’Idc cédée à Oba Blanchard, mais vous finissez par cracher le morceau : Négocier un certain nombre de choses avec le pouvoir ? Peut-on savoir ces choses ? N’êtes-vous plus le garant de la ‘’Charte de la victoire’’ ?

« Donc, il n’a pas été sanctionné comme j’entends dire à gauche ou à droite. »

Ce n’est pas seulement à gauche et à droite qu’on dit qu’il est sanctionné, on le dit aussi en haut et en bas, sans oublier au centre (au sein même de son sérail). Et si Kolélas n’est pas sanctionné à l’instar de Tsaty, où est donc votre rigueur politique, cher Zacharie ?

« La position de leadership de Parfait Kolélas est un atout qu’il faut savoir conserver. »

Leadership, oui ! Mais il le brade à tout bout de champ. En plus, il y a leadership et leadership. A l’allure où il mène son combat, il finira par n’avoir autour de lui qu’un carré de fanatiques délurés, et réduire toutes ses chances de diriger un jour le Congo. En tout cas, ce n’est pas par ses (im)postures qu’il va élargir sa base électorale. Ce serait un immense gâchis pour son talent et son charisme. Il n’est pas trop tard, mais je suis de plus en plus sur mes réserves en ce qui le concerne.

Pour y remédier, il ferait mieux de s’entourer de meilleurs conseillers et de méditer cette pensée du psychanalyste Yung publiée en Suisse le 11 mai 1945 et de mieux former sa base:

  • Yung : « Dans la foule, les gens perdent leurs racines et sont possédés par les démons. Par conséquent, dans la pratique, les nazis ont privilégié la formation de masses énormes et jamais la formation de la personnalité, de l’individu. Et c’est aussi pourquoi on voit que les gens qui forment les foules donnent l’impression de ne pas avoir de vie propre, d’être vides, d’avoir une pensé congelée.
    En Suisse, ce qui nous sauve de ces dangers, c’est notre fédéralisme et notre individualisme. Nous ne pouvons pas être une telle accumulation de masse, comme en Allemagne, et peut-être dans un tel isolement se trouve la potion, qui a réussi à freiner nos démons. »

Pour finir, cher Zacharie, si c’est par lassitude que vous avez fait cette glissade, prenez un peu de repos et revenez plus ragaillardi pour continuer le combat. Mais si c’est par usure, dites-le clairement, chacun avisera. Et s’il n’y a plus personne pour revendiquer la victoire, arrêtons la machine et reconnaissons la victoire de Sassou et passons à autre chose au lieu de maintenir le peuple dans l’illusion.

Votre texte m’a laissé un goût amer. C’est comme si on vous avait volé votre valise et face au voleur, vous dites « Gardez tout et donnez-moi juste le foulard destiné à ma dulcinée »

N’oubliez pas que le peuple a une soif immense d’alternance et est prêt à tout, même à un départ négocié de Sassou, avant qu’il ne soit trop tard.

Si je vous ai écorché, c’est pour le bien de la cause commune et parce que je crois que « Corruptio optmi pessima » c’est-à-die, La corruption des meilleurs est la pire. Tenez bon, cher frère !

Pascal MALANDA

(Extrait de congo-liberty.com)

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Pascal Malanda - dans Congo-Brazzaville Sassou Nguesso PCT bowao

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