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17 juillet 2016 7 17 /07 /juillet /2016 17:17
(Congo-Chine) Convertibilité Yuan/Franc Cfa : info ou intox

Tempête dans un ciel déjà lourd, la nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre. Coutumière de l’intox, surnommée télé foufou, c’est Télé Congo qui a lancé le scoop relayé par La Semaine Africaine.

Denis Sassou Nguesso aurait signé avec le gouvernement chinois un double accord : la conversion du yuan en FCFA, la libre circulation du yuan au Congo et la libre circulation du FCFA en chine. Un jackpot pour l’administration Sassou confrontée à une grave crise financière consécutive à la chute du cours du baril de pétrole. Ballon d’essai, chantage de Sassou à l’égard de Paris ou réelle volonté de s’affranchir des règles de fonctionnement de la zone franc ? That are the questions.

Partenariat stratégique

Au terme de la visite officielle du khalife d’Oyo, Denis Sassou Nguesso, pigeon voyageur, en Chine du 4 au 8 juillet 2016 , Jean-Claude Ngakosso, le ministre des affaires étrangères, a tenu un point de presse sur le périple présidentiel.

« Deux choses résument le résultat de la visite d’Etat du président Denis Sassou N’Guesso en Chine : la première chose, le Congo est devenu un pays pilote en matière de coopération avec la Chine. La deuxième chose qui est d’une importance capitale, c’est le partenariat entre le Congo et la Chine qui a été élevé au rang de partenariat stratégique global. Cela veut dire que la coopération va désormais concerner tous les secteurs, absolument tous les secteurs, y compris dans le domaine spécifique des Affaires étrangères, » a soutenu le ministre Gakosso, au cours d’une conférence de presse axée sur la visite d’Etat du président Sassou N’Guesso, du 4 au 8 juillet dernier en Chine.

Le ministre Gakosso s’est également félicité des accords signés, dont cet accord qui porte sur la mise en œuvre de la toute première zone économique (spéciale) dans notre pays, la zone économique de Pointe-Noire, ainsi que ceux sur le rachat de la dette congolaise vis-à-vis des entreprises chinoises, le développement de la coopération sur la capacité de production, un mémorandum d’entente de coopération entre les ministères de l’agriculture, la prorogation de l’accord de coopération culturelle pour les années 2016 et 2019.

« Et il y a ce projet d’accord en vue du renforcement du partenariat stratégique en matière financière qui envisage la possibilité de transaction financière avec la monnaie chinoise" » a-t-il ajouté (Xinhua, 13 juillet 2016).

Lecture

Ayant depuis belle lurette virer de bord, La Semaine Africaine, le journal catholique, n’a pas fait dans la nuance. Elle ne prend pas des pincettes. Elle va franco.

Voyageur infatigable, dès son arrivée à Beijing, le premier Congolais a entrepris deux visites. La première, au siège de la Banque agricole de Chine, maison-mère de la B.s.c.a (Banque sino-congolaise pour l’Afrique), une banque qui a démarré récemment ses activités à Brazzaville et dont le siège est en construction. Au cours d’une séance de travail élargie aux ministres et autres experts, côté congolais, d’une part, aux hauts responsables de la première banque commerciale de Chine, d’autre part, Denis Sassou-Nguesso a souligné que l’implantation, dans son pays, de la B.s.c.a, l’une des plus grandes banques au monde, est « un message fort » sur l’évolution positive des relations d’échange entre le Congo et la Chine. La signature d’un accord sur la conversion et la libre circulation du yuan chinois et du franc Cfa en Afrique centrale et en Chine va booster, à coup sûr, les activités de cette nouvelle banque (La Semaine Africaine, 9 juillet 2016).

Peu habitué aux subtilités dz la haute finance, le journal catholique a une autre lecture des relations monétaires entre le Congo-Brazzaville et la Chine. Alors que Jean-Claude Gakosso fait état d’un projet d’accord, Joël Nsoni de La Semaine Africaine, plus royaliste que le roi, annonce de son côté la signature d’un accord sur la convertibilité et la circulation du yuan et du franc CFA. Jean-Claude Gakosso n’a pas insisté sur cet accord monétaire névralgique entre le Yuan et le franc CFA. L’information d’une importance capitale pour la CEMAC, la Chine et la France n’a été reprise ni par l’Agence Chine nouvelles, ni par l’Agence France presse (AFP), et encore moins par les autorités monétaires de la CEMAC concernées au premier chef. On ne trouve aucune trace de cet accord Yuan/Franc CFA dans la presse spécialisée.

Lucas Abaga Nchama, gouverneur de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC) n’a soufflé mot de l’accord de convertibilité et de circulation entre le Yuan et le Franc CFA le 12 juillet 2016 au cours du comité de politique monétaire de la CEMAC. Les autorités monétaires de la CEMAC ont plutôt communiqué sur les déboires financiers des pays de la sous-région. Aucune allusion n’a été faite par Lucas Abaga Nchama à la « fameuse » convertibilité Yuan/Franc CFA. Le Comité de politique monétaire (CPM) de la BEAC, la banque centrale commune à ces Etats, a davantage révélé le 12 juillet 2016 à Yaoundé, à l’occasion de sa 2ème session ordinaire de l’année 2016, que le déficit du compte courant extérieur s’est également accentué sur la même période. Mais, avec moins d’ampleur, puisqu’il a culminé à 14,8% du PIB à fin juin 2016, contre 14,4% l’année dernière. Entre le 2ème trimestre 2015 et celui de 2016, le déficit budgétaire de l’ensemble des six Etats membres de la Cémac que sont le Cameroun, le Congo, le Gabon, la RCA, le Tchad et la Guinée équatoriale, s’est aggravé, puisqu’il a progressé de 3,5% à 7,9% du PIB de cet espace communautaire, passant ainsi du simple au double sur une période d’un an (Les Dépêches de Brazzaville, 13 juillet 2016).

Zone franc

Frères siamois, les pays africains de la zone franc (PAZF) sont liés par un accord monétaire à la France à travers le compte d’opération géré par le Trésor public français. Le FCFA, est le symbole et l’instrument des accords de coopération monétaire en zone Franc. Sa convertibilité illimitée est garantie par le compte d’opérations ouvert au trésor français où les Banques centrales africaines, la BCEAO pour l’Afrique de l’Ouest et la BEAC pour l’Afrique centrale sont astreintes à faire un dépôt de 50% de leurs réserves de change. Ce dépôt était de 65 % auparavant. Ce compte assure également la parité fixe avec la monnaie européenne, l’Euro. Cette parité est aujourd’hui de 655,957 FCFA pour 1 euro.

La gestion du F CFA, monnaie commune des Etats africains de la zone franc est normée par les règles définies par les accords de coopérations monétaire dont les derniers ajustements ont été signés en janvier 1999 (Zenga-mambu.com, 11 juillet 2016).
Les organes qui concourent à la formation et les prises de décisions dans les deux communautés, l’UEMOA pour la BCEAO et la CEMAC pour la BEAC sont :
– La Conférence des chefs d’états de l’Union ou de la communauté ;
– Le Conseil des ministres de la communauté ou de l’union ;
– Le conseil d’administration de chaque institut d’émission, BCEAO et BEAC ;
– Le Comité monétaire de chaque Etat . Au niveau global, il y a bien sûr la réunion de la zone Franc qui se tient alternativement en France et en Afrique.

Questions

Par respect mutuel, les organes qui concourent à la formation et les prises de décisions dans les deux communautés, l’UEMOA pour la BCEAO et la CEMAC pour la BEAC ont-ils été consultés ? Ces organes se sont-ils prononcés pour la signature de cet accord ?

Bien que doyens des Présidents (en longévité politique) Denis Sassou Nguesso a-t-il été mandaté par les chefs d’Etats de la CEMAC ? La France a-t-elle été prévenue de cette initiative lourde de conséquences ? Si non, quelle sera la riposte de Paris ? Les experts de la CEMAC ont-ils planché sur la question avant le voyage de Sassou gnuesso en Chine ? Quelle est la réaction de Lucas Abaga Nchama, gouverneur de la BEAC ? Les pays de l’UEMOA vont-ils s’engouffrer dans la brèche ouverte par Denis Sassou Nguesso du Congo-Brazzaville ? S’achemine-t-on vers l’éclatement de la zone franc ?

Perte et profit

De 1999 à mai 2008, l’euro est passé de 1,17 à 1,59 dollar, ce qui signifie que le franc CFA, monnaie des économies des pays de la CEMAC, s’est apprécié par rapport au billet vert. Aujourd’hui, 1 euro = 1.1034 dollar. Cela ne manque pas de poser problème et continue de porter préjudice, car les prix des principaux produits d’exportation des pays africains de la zone franc (PAZf), comme le pétrole, le bois, le café, le cacao et le coton sont libellés en dollars, tandis que ceux de leurs plus gros volumes d’importation des biens d’équipements, des produits manufacturés et des produits pharmaceutiques le sont en euros.

Ainsi, payer ses exportations en monnaie faible et régler ses importations en monnaie forte aboutit à des balances commerciales chroniquement déficitaires. Le différentiel de taux de change n’est pas à l’avantage des pays africains de la zone franc (PAZF).

Avec l’accord ou le projet d’accord qui aurait été signé en Chine par les présidents Denis Sassou Nguesso et Xi Jinping (la prudence est de mise), dorénavant le franc CFA sera convertible directement en Yuan. Les Congolais, Camerounais ou Gabonais pourront voyager pour la chine avec le FCFA pareil pour les chinois et le yuan. Plus besoin de Paris pour les échanges. Cela permettra à la banque centrale de la CEMAC de créer une caisse de compensation pour le Yuan. Une manière de contourner le contrôle du Trésor Public français et des Institutions du Bretton woods.

Ce mécanisme s’appliquera entre les pays d’Afrique centrale et les autres partenaires hors UE, tels le Japon avec le Yen et la Russie avec le Rouble, ce qui marque sans doute un pas vers l’indépendance monétaire.

Quid de la réaction de la France ? Etant donné qu’au début des indépendances dans les années 1960-1970 la mère patrie s’était déjà foncièrement opposée à cette pratique dans les échanges Chine et pays africains de la zone franc (PAZF). Les tentatives d’indépendance monétaire du Mali et de la Guinée Conakry de Sékou Touré se sont soldées par des échecs cuisants.

La colonisation n’ayant jamais été aussi effective que maintenant, en matière de gestion du Franc CFA, aucune décision ne peut être prise sans l’aval de Paris. Pour les pays de la CEMAC, en ce qui concerne la gestion du Franc CFA, toute mesure est collective. Le consensus est de règle. Denis Sassou Nguesso a-t-il respecté la procédure, lui qui flirte de plus en plus avec la ligne jaune ?

Benjamin BILOMBOT BITADYS

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REACTION D'UN LECTEUR :

Bonjour, à tous,

J'ai lu avec attention votre article qui une fois de plus renseigne sur des choses que les Congolais occultent ou ignorent sur les conséquences des actes posés par Sassou Nguesso au nom du Congo.

Cet article doit être lu par Guy Parfait Kolélas et Pascal Tsaty-Mabiala qui, tous les deux, font semblant de ne pas savoir que Sassou Nguesso est en train de détruire le Congo.

Votre article sur les relations économiques et financières sino-congolaises tire la sonnette d'alarme.

Je voudrai seulement ajouter que les Congolais comme les Africains en général se trompent sur le projet de la Chine. Les Chinois veulent refaire leur retard sur l'Occident. Pour se faire, ils vont grignoter les sphères stratégiques des anciennes puissances. Ce qui est normal en politique internationale et stratégique. Mais dans le même temps, nous restons victimes, peu importe le bourreau.

Un Etat n'a que des intérêts et non des amis. Aussi incroyable que cela peut paraître, le véritable ami de la Chine c'est ... Les USA. En effet, la Chine a besoin de la technologie américaine. Les Africains pour la Chine, ce sont des amis pour accomplir le projet de puissance de la Chine. Depuis la conférence de Bandoeng en 1955, la Chine n'a pas changé de stratégie vis-à-vis du continent noir. Il s'agit de gagner aussi des partenaires lors des votes à l'ONU ou autre institution internationale.

Sur le plan économique et financier, il n'est pas possible que Sassou Nguesso signe à lui tout seul un accord qui engage les autres pays de la CEMAC et surtout la France, mais aussi le FMI et la Banque Mondiale et même aussi, les partenaires économiques comme les USA, l'Union Européenne, la Grande Bretagne, le Club de Paris, le Club de Madrid, le Club de Londres...

En effet, ces institutions étatiques et non étatiques sont en lien économique et financier avec le Congo Brazzaville car nous bénéficions du parapluie de la France et nous sommes dans la zone CFA.

Ainsi, annulé ce parapluie et sortir de cette zone revient à perdre des gros avantages et nous courrons à la catastrophe économique, financière, sociale et certainement politique. Ce sera le chaos assuré.

C'est pourquoi, et vous le dites bien dans votre article, personne ne parle de cet accord de convertibilité yuan-cfa et de la circulation de ces deux monnaies dans les deux pays. Pas une seule trace, même pas dans la presse chinoise. Pourquoi?

Deux hypothèses:

1- Il s'agit d'une fausse nouvelle lancée par la clique Sassou Nguesso pour agiter tout le monde: la France et les autres pays membres de la CEMAC. Sassou Nguesso veut souffler le chaud et le froid. Il s'agit aussi de voir la réaction de l'opinion nationale et internationale.

2 - La chine sait qu'elle marcherait sur des œufs. A un moment où l'Union Européenne se soude après le départ de la Grande Bretagne, la Chine ne voudra pas fâcher une puissance comme la France.

Le Congo est un Etat indépendant et souverain. Mais ces deux notions ne peuvent s'exercer que dans le respect de la souveraineté des autres Etats et surtout dans le respect des règles internationales et surtout des accords internationaux. Sinon, le Congo se la joue perso et il sera marginalisé. Il en va de même pour la Chine.

J'ai publié un article sur le "Franc CFA, ce faux débat" pour condamner l'attitude même de certains économistes qui souhaitent la mort du CFA alors même qu'ils sont incapables de proposer une monnaie de rechange et surtout assurer son maniement.

En effet, il ne s'agit pas seulement de créer une monnaie, il faut aussi assurer la gestion et le maniement de cette monnaie. Ce qui suppose:

- Avoir une bourse

- Etre un marché concurrentiel

- Avoir des spécialistes en monnaie, en inflation/déflation, en bourse, en marché financier, en budget.

Et lorsque je dis spécialistes, je veux dire des docteur (d'Etat) et Phd dans chaque domaine. Des professeurs d'universités et chercheurs qui ont écrit des livres dans chaque domaines. Des intelligences qui peuvent concurrencer les chercheurs chinois, français, américains, européens... Il nous faut des maîtres dans chaque domaine.

D'ailleurs, si Xi Zhiping signe un accord avec Sassou Nguesso, c'est qu'il a l'accord de ses spécialistes, peu importe le domaine. C'est comme ça que font les grandes puissances.

Et Sassou Nguesso, à qui parle-t-il? Qui sont les spécialistes à qui il fait appel pour ces genres de sujets? Ce sont encore les Chinois.

Notre drame, c'est de signer les accords avec un pays et ce sont les spécialistes de ces pays qui conseillent aussi notre chef d'Etat.

Notre chemin vers la modernité est encore vierge, il est à construire.

Ce que la France et les autres pays de la CEMAC craignent, c'est le comportement de la Chine qui consiste à accumuler dans ses banques la monnaie étrangère et à la revendre très chère. C'est ce qui se passe déjà avec les USA. Entre deux grandes puissances économiques et financières, cela s'équilibre: "tu me tiens, je te tiens". Croyez-vous que Sassou Nguesso va racheter les billets de banque qu'il aura dépensé en Chine? C'est parce qu'il en était incapable dans les années 1980 que François Mitterrand a refusé la sortie du franc CFA hors de sa zone.

A bientôt

Didier MOUEGNY IVOLO

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Benjamin Bilombot Bitadys - dans Congo-Brazzaville Sassou Nguesso PCT Franc CFA Yuan chinois

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