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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 22:44
(Françafrique/Tchad/Afrique/) LE TÉMOIGNAGE A CHARGE DE NGARLEJY YORONGAR : UN LIVRE TERRIFIANT QUE DEVRAIENT LIRE MACKY, HOLLANDE...ET DIOR DIAGNE

Dans notre carrière de journalistes, il nous est arrivé de lire beaucoup de livres et de documents sensibles, mais c'est la première fois que nous sommes confrontés à un ouvrage au contenu aussi insoutenable. Le livre du Tchadien Ngarlejy Yorongar restera sûrement dans les annales comme l'un des plus macabres tant est que son récit sort de l'ordinaire.

Nous avons reçu le document vers la fin du procès d'Hissène Habré et nous avons pris tout le temps nécessaire pour le lire et le décortiquer. L'auteur y détaille des exactions, des scènes d'une horreur insoutenable commises au Tchad par les différents leaders politiques et militaires. Celui qui est chargé par l'auteur est Idriss Déby, l'actuel Président Tchadien.

Nous reviendrons aussi sur des aspects qui interpellent tous nos chefs d'Etat concernant cette grosse nébuleuse appelée Françafrique. Dans ce premier jet, nous vous proposons l'avant-propos, tout en attirant l'attention sur le caractère violent de certains passages...

Avant - propos

Ce livre n’est pas un livre ordinaire. C’est une longue lettre adressée au Président du Tribunal de Grande Instance de Paris que je fais éditer. Il se veut donc un témoignage à charge du plaignant, Idriss Déby, et à décharge des prévenus, MM. François-Xavier Verschave et Laurent Beccaria, qui ont eu pour défenseurs Maîtres William Bourdon, Antoine Comte, Francis G. N’Thépé et Vincent Toledano.

Le plaignant prétend avoir subi un outrage en contestant la véracité des informations et des accusations portées à son encontre par M. François-Xavier Verschave dans son ouvrage Noir silence. Qui arrêtera la Françafrique ? Paris, Les arènes, 2000, 598 p. Je tiens à la disposition du Tribunal un CD-ROM prouvant les massacres d’hommes, de femmes et d’enfants innocents au Tchad, une cassette vidéo des victimes d’Idriss Déby, des copies de rapports des associations des droits de l’Homme au Tchad et une copie de la pétition de soutien qu’ont signée en une dizaine de jours 1 995 Tchadiens, sans exclusive (cadres supérieurs, hommes et femmes d’affaires, commerçants, leaders et hommes politiques, personnalités politiques et de la société civile, élèves et étudiants, artistes, artisans et paysans, chauffeurs et mécaniciens, paysans, chômeurs) pour soutenir François-Xavier Verschave et Laurent Beccaria.

Le compte-rendu des audiences est paru dans Noir Procès (mai 2001, Les arènes).

La loi n° 029/PR/94 portant code de la presse a rapporté les dispositions de la loi n° 17-51 relatives à l’offense au chef de l'État.

Pour ce faire, il a, par sa défense (Maîtres Jacques Vergès, Dior Diagne et Luc Brossollet), attrait l'auteur et son éditeur pour "outrage à chef d'État étranger", devant le Tribunal de Grande Instance de Paris parce qu’il est qualifié de « criminel invétéré, d’assassin, de tueur, de terroriste, de pilleur, de goulu ayant des pratiques prédatrices, de dictateur, de corrupteur et de corrompu, de chef de clan, de parrain, etc. »

Le procès s'est déroulé du 28 février au 7 mars 2001 devant la 17ème Chambre correctionnelle du Tribunal de Grande Instance de Paris. Idriss Déby a finalement été débouté de sa plainte, le 24 avril 2008.

L'outrage prétendument subi par le plaignant a été décrit, à l’époque, par l’article 48-5 de la loi française du 29 juillet 1881 sur la presse. Les dispositions de cet article sont, aujourd’hui, désuètes et contraires à la Convention européenne des Droits de l'Homme. Bien mieux, l'article 69 de la loi tchadienne de 1960 relative à l’offense au chef d’État tchadien est purement et simplement rapporté par la loi de 1949.

Le jugement rendu par le Tribunal ne concerne que la forme. Au moins, l’un des régimes les plus sanglants et les plus corrompus de l’histoire politique d’Afrique incarné par Idriss Déby a perdu cette bataille-là. De même, au regard des preuves qui ont convaincu le Tribunal de Grande Instance de Paris, je présume qu’il perdra également ce procès qu’il a intenté en appel.

En tant que militant des droits de l’Homme et des libertés, et député à l'Assemblée nationale du Tchad, j'ai été cité par les prévenus pour la manifestation de la vérité. Alors que je venais de perdre, en janvier 2001, l’usage de mes deux jambes à la suite des tortures maintes fois subies le 3 juillet 1996, j’ai, au cas où je ne pourrais pas me présenter à la barre, adressé ce témoignage écrit au Président du Tribunal de Paris. Ce témoignage est écrit sur mon lit de malade à N’Djaména. J'ai tenu, ainsi, à reproduire ici l'intégralité de cette lettre enrichie et étayée par des pièces à conviction10 sur mon lit de l’hôpital Pitié-Salpétrière où j’ai été admis, grâce à une prise en charge de l’Assemblée nationale française, ce dont je la remercie de tout coeur. Je profite de l’occasion pour remercier le professeur Pierre Bourgeois et son équipe du service de rhumatologie notamment Dr Etchepare chef de la clinique, Dr Rabiah interne des hôpitaux… qui m’ont restitué l’usage de mes deux jambes.

C’est sur le lit de l’hôpital Pitié-Salpétrière où j’étais hospitalisé pour faire soigner la sciatique qui m’a fait perdre l’usage de mes deux jambes, que j’ai décidé d’enrichir cette lettre et de la publier sous forme de livre.

Mes remerciements vont également à Mme Delphine Tarem Ndoubanadji, kinésithérapeute, Dr Djaïbé Ngombaye et Dr Noël Djémadjiodjiel de N’Djaména, Patrice Faure, Mireille Joussemet les équipes médicales du Centre Primo Lévi et de AVRE, le Dr M.-L. Sari-Leret, qui m’ont prodigué gratuitement les premiers soins.

Les lecteurs découvriront dans ce livre des exemples précis pour étayer mes propos : des dates, des noms des victimes et ceux de leurs bourreaux, des villages dans lesquels ont lieu chaque acte de génocide et chaque massacre. Ils verront défiler, vivront et apprécieront, à partir de ces quelques exemples triés sur le volet, l’ampleur de la terreur d’État traduite par :des personnes précipitées des avions en plein vol (MM. André Goldoum, sous-préfet de Mbaïnarmar ; Dr Mandekor Barck, chirurgien-dentiste ; Djérang Julien, ancien parlementaire ; Djingambaye, sous-préfet de Kélo, etc.), gazées ou obligées de boire de l’acide ; des génocides, maintes fois, répétés, afin de casser toute velléité de résistance (personnes ligotées, mises dans des sacs et jetées dans des fleuves ; égorgées, grillées au feu et données aux chiens, ou aux cochons comme à Moundou en octobre 1997, etc.); des femmes enceintes égorgées, les bébés qu’elles portent dans le ventre extraits et égorgés dans le but de céder aux rites et sacrifices humains (Mme Mannodji à Kaga situé à 35 km de Moundou, etc.) ; du piment, de l’électricité ou du canon de pistolet dans les parties intimes (cas de Mme Daoud, M. Batit, etc.) ; des langues coupées comme à Abéché en 1973, ou des sexes brûlés comme cette épouse d’un rebelle du Guéra; l’emprisonnement des petits enfants (Irène Rémadji Ngarnaïndoro, âgée de deux ans, baignée dans le sang de ses blessures, est enfermée sans soins dans une cellule du commissariat central avec des bandits de grand chemin) ; des viols de vieilles femmes et de gamines (cas de Mlle Soumian à Mbikou) ; des enlèvements de fillettes pour céder aux fantasmes (fillette d’Atchoum par Idriss Déby en personne, etc.); des massacres massifs et collectifs dont quelques exemples sont décrits dans cet ouvrage (Kouh-Mouabé, Bodo, Goré, Béboto, Doba, Sarh, Abéché, Goz-Beida, Ati, Bokoro, Bitkine, Mongo, Mangalmé, etc ; des crimes économiques traduits par des détournements et des pillages systématiques des deniers publics et des biens des Tchadiens par le clan et la famille (CotonTchad, STT, Sonasut, Sotera, Sonapa, ONPT, Air-Tchad), etc.

Tout ceci est passé sous silence malgré les dénonciations des ONG des droits de l’Homme et des partis politiques aux représentants de la communauté internationale, notamment la Banque mondiale, l’Union européenne, le PNUD, les ambassadeurs des USA, de France, de Libye, etc.

Quand Idriss Déby renifle l'odeur du pétrole tchadien, tout est permis y compris les actes de génocide, les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre, les carnages, les barbaries, les massacres massifs et collectifs, les viols et enlèvements, les crimes économiques.

Mon itinéraire et mon combat contre toutes ces dictatures civiles et militaires, pour la démocratie et la paix dans mon pays, ravagé par plus de quarante-et-un ans de guerre fratricide, sont retracés et racontés dans cet ouvrage.

J'en appelle aux plus hautes autorités de l’Union européenne et de l’Organisation des Nations-unies (ONU) pour une nouvelle lecture de leur coopération économique et politique avec l’Afrique et particulièrement avec mon pays : les conventions internationales, notamment la Déclaration universelle des Droits de l’Homme et l’accord de Cotonou, leur donnent ce droit. De tout mon coeur, j’en appelle également aux hautes autorités américaines et surtout françaises fortement impliquées en Afrique pour une coopération à visage humain, car le troisième millénaire de la démocratie et des droits de l’Homme, fêté et chanté à grand renfort de publicité, l’exige.

M. Kofi Annan, Secrétaire général de l’Organisation des Nations-unies (ONU) et africain de son état, doit amener la communauté internationale à être plus attentive aux cris pathétiques des veuves et des veufs, aux lamentations quotidiennes et assourdissantes des orphelines et des orphelins, aux soupirs, sans cesse répétés des mères et des pères d’innocentes victimes. Il doit faire bannir dans le vocabulaire des Nations-unies l’expression « deux poids, deux mesures », quand il s’agit de situations identiques dans le monde. Ceci étant, le président Noriega, bien qu’en exercice, n'a-t-il pas été arrêté dans son pays, transféré aux États-Unis, jugé et condamné pour trafics de drogues, de fausse monnaie et blanchiment d’argent sale, alors qu’Idriss Déby, coupable des mêmes crimes, ne l’est pas ? Pourquoi Milosevic a-t-il été arrêté et transféré à La Haye (Pays-Bas), pourquoi est-il en train d’être jugé par le TPI pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre alors qu’Idriss Déby, coupable des mêmes crimes, continue tranquillement de génocider et de massacrer les Tchadiens ? Pourquoi appliquer les lois et conventions internationales aux uns et pas aux autres ? Autant de questions auxquelles les Africains attendent des réponses de la part des grands de ce monde.

En ce début du troisième millénaire des mutations et des droits de l’Homme, il faut, de toute urgence, une nouvelle lecture des rapports entre les pays du Nord et ceux du Sud. C’est pourquoi, j’ai décidé d’être critique à l’égard des grands de ce monde, en racontant la tragédie tchadienne dans ses détails et révélant crûment des faits dont ils sont coauteurs et/ou complices, afin de leur montrer combien ils font du mal aux Africains, notamment aux Tchadiens.

Pour ce faire, j’invite les chefs d’État du G7 à revoir profondément leurs rapports avec les régimes infréquentables. Car, des peuples épris de paix, de liberté et de la démocratie ne leur demandent qu’une seule chose : les aider à vivre en paix pour leur permettre de lutter contre les grands maux que sont les maladies, la faim et l’analphabétisme. Le moment venu, l’histoire jugera sévèrement tous ceux qui, de loin ou de près, regardent les dictateurs faire, participent directement ou indirectement à ces actes de génocide, crimes contre l’humanité, crimes de guerre, et/ou cautionnent ces barbaries et crimes économiques. Les exemples de la tragédie cités dans cet ouvrage ont pour objectif de faire éclater la vérité, d’éclairer le Tribunal et montrer aux lecteurs la réalité des faits rapportés par M. François-Xavier Verschave.

En fait je voudrais, par ces quelques exemples, montrer que l’ampleur de cette tragédie tchadienne est autrement inimaginable et plus grave que ne le pensent les observateurs et/ou les spécialistes de la politique tchadienne dans leurs tours d’ivoire et bureaux vitrés.
J’ose espérer que la lecture de ma lettre dont la teneur suit contribuera à apprécier l’ampleur de cette tragédie.

Voici donc, soumis à votre sagacité, le témoignage écrit que j’ai adressé au Président du Tribunal de Grande Instance de Paris.

TRIBUNAL DE PARIS : TEMOIGNAGE A CHARGE, OU L’AUTOPSIE DU REGIME D’IDRISS DEBY ITNO

LE 6 MARS 2001

N’Djaména, le 1er mars 2001
Député Fédéraliste Ngarlejy YORONGAR,
BP 4197 N’DJAMENA (Tchad)
Tél. (00235) 29 49 71 ou (00235) 29 21 41
Tél/Fax. (00235) 51 91 12
E-Mail : yorongar@voila.fr ; yorongar@intnet.td

À Monsieur le Président du Tribunal de Grande Instance de Paris
(à l’attention du Président de la 17ème Chambre correctionnelle)
2/4, boulevard du Palais 75001 PARIS (France)

Objet : Témoignage à charge du plaignant, Idriss Déby, et à décharge des prévenus, François-Xavier Verschave et Laurent Beccaria
Référence : Procès Déby contre Verschave et Beccaria pour « offense à chef d’État étranger ».

Monsieur le Président,
Paralysé par une sciatique invalidante à la suite des tortures que j’ai subies, sur ordre d’Idriss Déby, lors de mon arrestation du 3 au 16 juillet 1996, tortures exécutées notamment par son conseiller spécial, M. Madjimbang Joseph Le Mbaïtelda1, le sous-préfet de Béboudja (et non Bébédjia), M. Ngarboudjim Jacob Médeur, des militants du Mouvement Patriotique du Salut (MPS) comme MM. Dabo Pierre, Ndoussou Djingar Dobéhoudou, Loledé Beuré Silas, etc.
Joseph Madjimbang Le Mbaïtelda est actuellement ambassadeur du Tchad à Kinshasa (RDC).

J’ai l’honneur de vous faire parvenir, au cas où je ne pourrais pas comparaître physiquement à l’audience publique du 6 mars 2001, ce témoignage écrit par lequel je confirme, point par point, les révélations faites par M. François-Xavier Verschave dans son livre Noir silence. Qui arrêtera la Françafrique ?, édité par Les arènes en 2000, révélations considérées par M. Déby comme étant « une offense à chef d’État étranger », alors que ce dernier a abrogé la loi n° 35/INT/DG/60 du 8 janvier 1960 y relative :

« Sont abrogées toutes les dispositions de la loi n° 35/INT/DG/60 du 8 janvier 1960 portant répression des écrits subversifs, de la loi n° 17-61 de février 1961 sanctionnant les offenses au chef de l’État, de la loi n° 6/PR/67 du 8 mars 1968 portant réglementation de la liberté de la presse, de l’ordonnance n° 7/PR/INFO portant statut des journalistes, et toute autre disposition contraire à la présente loi. 1 »

Pour qui, Idriss Déby prend-il le Tribunal de Paris ? Pour des canards boiteux ou sauvages ?

MON IDENTITÉ ET MON ITINÉRAIRE

Je m’appelle Ngarlejy Yorongar2. Je suis âgé de 53 ans, marié et père de cinq enfants. J’ai, durant ma carrière adminis-trative et politique, occupé successivement les postes : d’adjoint au chef du service des Dépenses engagées au ministère des Finances à N’Djaména ; d’adjoint au sous-préfet de Moundou ; de sous-préfet de Mbaïnarmar ; d'adjoint au préfet, puis préfet a.i. du Guéra ; de consultant de première catégorie à l’Organisation de Coopération et de Développement économiques (OCDE) à Paris ; de directeur administratif et financier du Bureau africain des Sciences de l’éducation (BASE) à Kisangani (Zaïre)1 ; plusieurs fois ministre2 ; membre du bureau exécutif de l’Union nationale pour l’indépendance et la révolution (UNIR) ; directeur de l’Institut international des assurances de Yaoundé (IIA)3 ; coordinateur exécutif fédéral de FAR/Parti Fédération4 ; député fédéraliste à l’Assemblée nationale du Tchad ; président de la Fondation pour le respect des lois et des libertés (FORELLI)5 ; directeur des publications La Roue et Le Phare Républicain6, etc.

Lundi 27 Juin 2016

Dakaractu

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