Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : LA LETTRE DU CONGO-MFOA
  • LA LETTRE DU CONGO-MFOA
  • : Blog contre la corruption, la cupidité, l'avidité et la concussion (C.A.C.) au Congo-Brazzaville
  • Contact

Divers

Recherche

10 avril 2016 7 10 /04 /avril /2016 09:29
Crise post-électorale au Congo : Très mitigé bilan d’étape

Par Pascal MALANDA

Le 20 mars 2016 correspond au début d’une crise post-électorale aiguë qui nous pousse déjà au bord du gouffre de la guerre civile... Le PCT en publiant par une Cour Constitutionnelle aux ordres et baïonnette sur la tempe, vient de gagner à la hussarde et sans gloire une bataille à armes inégales, mais il vient de perdre la grande lutte pour la démocratisation.

Peuple congolais, il y a des moyens pacifiques d’arriver à l’alternance. Aucun régime ne peut venir à bout d’un peuple debout. Sony Labou-Tansi, dans son roman prémonitoire « La vie et demie » avait montré qu’un autocrate ne dort plus quand il voit l’œil de sa victime partout. Ô peuple meurtri, il te faut trouver un moyen d’allumer la lampe qui te ramènera ta victoire volée. Il te suffit d’arborer le jaune de la flamme, le jaune de la lumière qui fait disparaître la nuit du hold-up électoral.

Le temps d’un bilan exhaustif viendra. Il sera fait de façon collective par une grande table ronde de la concorde qui jettera par la même occasion les grandes lignes d’un Congo que nous voulons tous moderne, démocratique et apaisé. Cette table ronde fera le point sur l’échec de la mise en œuvre des recommandations de la Conférence Nationale Souveraine ; elle déterminera les causes qui ont ruiné les espoirs de l’expérience démocratique de 1992 à 1997 ; elle expliquera comment la guerre du 5 juin 1997 n’a été qu’une grande imposture ayant conduit au grave recul démocratique dont l’aboutissement est la tragi-comédie du 20 mars 2016.

Le 20 mars 2016 correspond au début d’une crise post-électorale aiguë qui nous pousse déjà au bord du gouffre de la guerre civile. En effet, dans la guerre politique que constitue la crise post-électorale, le PCT en publiant par une Cour Constitutionnelle aux ordres et baïonnette sur la tempe, vient de gagner à la hussarde et sans gloire une bataille à armes inégales, mais il vient de perdre la grande lutte pour la démocratisation.

Essayons de survoler les grands camps en place et faisons le point de l’engagement des uns et des autres en vue de dégager les grandes lignes qui s’imposent à nous dans un futur très proche. Il s’agit ici d’un point de vue dont j’assume personnellement l’entière responsabilité. Je peux me tromper dans mon analyse; mais loin de moi l’intention de nuire à qui que ce soit et encore moins à la grande cause à laquelle je crois intimement : la démocratisation du Congo.

Le pouvoir :

Pas grand-chose à dire, sinon qu’il a lamentablement échoué. Il a raté une occasion en or et unique dans notre histoire d’instaurer une tradition démocratique. J’ai cru jusqu’à la dernière minute que Sassou allait se ressaisir et abandonner l’impasse dans laquelle il plongeait le Congo. Malheureusement, les faucons de son entourage ont eu le dessus. Quand cette crise prendra fin, les colombes du PCT n’auront qu’à s’en prendre à eux-mêmes. Il sera en effet difficile de ne pas déterrer un des actes de la conférence nationale souveraine qui exigeait la déchéance politique pendant 10 ans du PCT. Aujourd’hui, pendant que toute la planète aspire à plus de transparence dans la gestion de la chose publique, pendant que la Suisse abandonne le secret bancaire et que les paradis fiscaux nous livrent leurs sordides secrets, le PCT et ses épigones nous livrent le triste spectacle d’élections aux antipodes de la transparence. Et quand le peuple revendique sa victoire, il est soumis devant le monde entier à une chasse meurtrière. Sur le plan économique, comme si la grave crise que traverse le pays ne suffisait pas à fragiliser le parti au pouvoir, le scandale de Panama Papers vient prouver à qui en doutaient encore, les vraies causes du sous-développement de notre riche pays aux citoyens si pauvres: la corruption endémique à tous les échelons de l’Etat. Au regard des preuves accablantes qui s’accumulent contre le pouvoir, c’est un boulevard vers la CPI que milices et force publique inféodée sont en train de construire. Si les événements passés pouvaient être mis sur le compte de la bêtise collective, ceux auxquels on assiste depuis le 20 mars 2016 ressortent d’une volonté délibérée de nuire et de terroriser toute une partie du peuple. Auront-ils le courage de s’arrêter avant qu’il ne soit trop tard ?

L’opposition :

Longtemps émiettée et fragilisée, elle a joué par le passé un rôle ambigu de faire-valoir. Ces derniers temps, par une sorte de ressaisissement tardif, elle a fait rêver les Congolais. Aujourd’hui, elle vient de perdre une bataille ; aura-t-elle assez de ressource pour rebondir ?

Frocad

Point faible : Constitué de parti ayant entretenu un rapport flou avec le pouvoir au sein d’une opposition républicaine, sa démarche était entachée de soupçon. Sa direction très hétérogène et lourde a été dès le début infiltrée par le pouvoir. Rejoint par l’Idc, elle a cru se faire voler la victoire par des transfuges de la dernière minute en provenance de la majorité présidentielle. Autonomie financière quasi nulle.

Point fort : La recherche permanente du consensus, grande capacité de mobilisation. Il a su redonner à l’opposition une combativité au moment où le pouvoir était en pleine puissance financière et sécuritaire.

IDC

Point faible : Constituée des transfuges du pouvoir qui auraient dû rejoindre le Frocad pour le renforcer. S’estimant mieux structurée, elle ne l’a pas fait pour garder une autonomie de fonctionnement. Issus des rangs du PCT et du MCDDI, ses dirigeants ont vite donné l’impression de s’accommoder d’une rigidité fonctionnelle quasi-stalinienne confinant à l’arrogance.

Point fort : Forte capacité de mobilisation. Connaissance de l’adversaire. Grande réactivité fonctionnelle. Autonomie financière (souvent associée à la sortie tardive du gouvernement de ses membres)

Frocad-Idc

Point faible : Affrontement d’une culture de recherche (parfois désespérée et épuisante) du consensus horizontal d’une part et démarche dirigiste rigide confinant à l’arrogance de l’autre. Ce mélange s’est avéré paralysant au moment de la prise de grandes décisions urgentes.

Point fort : Cette alliance a permis de renforcer l’opposition qui du coup devenait plus audible et plus crédible. L’hétérogénéité des membres est une caution contre le clivage nord-sud. La mutualisation des forces a pour la première fois poussé le pouvoir dans ses derniers retranchements.

Mokoko

Point-faible : Il était attendu au moment du référendum pour soutenir le Frocad-Idc. Son entrée tardive (à un mois d’une échéance majeure) a donné l’impression d’un opportunisme et d’une précipitation gravissime. Poussé à se positionner comme indépendant, par un groupuscule parisien qui lui a fait miroiter monts et merveilles, il s’est très vite retrouvé otage des espoirs soulevés. Général à la retraite, on l’attendait comme challenger de son frère d’arme en cas d’épreuve de force, il a préféré s’investir sur le terrain politique, inversant les rôles et brouillant toutes les cartes. Plus grave, le peuple l’a plébiscité, du nord au sud dans l’espoir qu’il allait tenir tête à Sassou ; il est aujourd’hui réduit à demander l’assistance des media internationaux pour sa survie.

Point fort : Il a réellement incarné et incarne encore un espoir d’alternance. Son expérience internationale sur le terrain de la médiation dans les pays en guerre était un gage de réussite. Son passé de chef d’Etat-major de l’armée supposait qu’il avait la possibilité de faire pencher la balance du commandement militaire en faveur d’une solution pacifique en cas d’une éventuelle crise post-électorale. Son engagement pacifique était la preuve qu’il comptait plus sur le sursaut populaire que sur un quelconque coup d’Etat (démentant par-là les fallacieuses allégations de ses détracteurs).

Coordination Frocad-idc :

Elle a joué un rôle clé dans la bataille qui consistait à montrer par la participation à l’élection que le président sortant avait perdu sa légitimité. Là où un boycotte pur et simple aurait permis au pouvoir de valider les résultats préparer longtemps à l’avance, la perspicacité et la persévérance du Frocad-Idc a permis de montrer à la face du monde que le scrutin n’avait rien de transparent et qu’il devrait être repris à zéro sous la houlette d’une commission électorale réellement indépendante et en présence d’observateurs internationaux. On peut cependant lui reprocher de vouloir outrepasser sa mission en cherchant à imposer un deuxième tour basé sur des résultats très partiels et parcellaires.

La charte de la victoire :

Elle a joué un rôle capital en l’absence d’une candidature unique de l’opposition qui aurait permis d’augmenter les chances d’une alternance pacifique. Elle constitue le garant d’une revendication pacifique aboutissant à la prise en compte des résultats de la CTE. Pour cela, elle sera la cible privilégiée du pouvoir ayant pour objectif de justifier les résultats officiels très controversés à ce jour. Les manœuvres sont déjà en cours visant à déstabiliser les signataires (maillons faibles) de cette charte. Que ceux qui cèderont s’attendent à la vindicte du peuple.

La diaspora

Souvent décriée et déclinée comme diaspourrie ou diasp-aux-rats, elle a souvent brillé par ses ambitions démesurées et des querelles de clochers, loin de la réalité sur le terrain. Le rôle trouble et ambigu d’une partie de cette diaspora a déjà été invoqué plus haut dans le parachutage de Mokoko comme candidat indépendant à la dernière minute. En tant que membre de cette diaspora, je ne nierai pas ma part de responsabilité dans la bataille perdue. La lutte est encore longue et elle nous impose plus d’humilité, plus de méthode et plus de responsabilité dans le travail en vue d’une alternance pacifique. Notre rôle consistait à soutenir sur le plan international ceux qui se battent sur place avec des moyens dérisoires, nous avons brillé par des critiques stériles et de l’amateurisme coupable. Le peu d’écho (jusqu’à présent) dont est victime la cause congolaise sur le plan international est en partie notre échec. De timides avancées ont été obtenues, mais elles sont largement en-deçà des attentes du peuple.

Ailleurs, les diasporas se mobilisent intellectuellement et surtout financièrement pour venir en aide aux victimes. Que faisons-nous sur ce plan pour soulager la souffrance des victimes à Soumouna, Vindza etc ? Il est peut-être temps d’augmenter notre efficacité opérationnelle en taisant nos égoïsmes.

Le peuple :

Souverain primaire, c’est lui qui donne son onction à ses serviteurs politiques, c’est lui aussi qui les démet de leurs fonctions. L’intrépide peuple congolais qui a connu une révolution matinale en Afrique en 1963, trois ans à peine après l’indépendance du pays, est aujourd’hui l’ombre de lui-même. Les tragédies à répétition qu’il a vécues ont eu raison de sa vaillance. La peur règne et réveille chaque fois les traumatismes encore récents. Le pouvoir exploite sans gêne cet état d’esprit. Il n’hésite pas à faire des « piqûres » de rappel pour maintenir la population dans la psychose permanente. Toutefois, c’est au peuple qu’appartient le dernier mot. Au comble du désespoir il peut se livrer à un sursaut dévastateur pour les désormais usurpateurs.

Le peuple a soif de paix et de justice. Il l’a prouvé par les meetings-monstres pendant lesquels il manifestait son ras-le-bol de la situation actuelle. Une question cependant demeure : Que fait le peuple pendant que la police et les milices harcèlent les dirigeants de l’opposition ? Que fait le peuple pendant que les activistes sont arrêtés l’un après l’autre ? Où sont les nombreux sudistes qui ont plébiscité Mokoko ? Pourquoi on ne nous voit pas en grande masse nous relayer pour protéger la résidence de Mokoko et des autres dirigeants de l’opposition ? Où sont les Makouains qui ont promis descendre sur Oyo au cas où un grain de sable tomberait dans l’œil de Mokoko ? Aujourd’hui, ce n’est pas un grain de sable qui menace de se retrouver dans l’œil du général, c’est sous une benne entière de sable qu’on veut l’ensevelir vivant. Où sont les milliers de Congolais qui criaient J3M, J4M, J5M, J1000M à Pointe-Noire, Brazza, Makoua. Mokoko serait-il devenu en si peu de temps JZéroM ?

Mon général, je vous ai critiqué durement pour vos paroles déplacées sur les sudistes. Mais j’avais promis vous soutenir à fond au cas où vous vous trouverez en face de Sassou pour assurer l’alternance au Congo. Je vous réaffirme ici, mon total soutien face à l’ignominie dont vous êtes victime. J’appelle solennellement tous ceux qui vous ont soutenu à vous protéger en ces durs moments que vous traversez.

Peuple congolais, il y a des moyens pacifiques d’arriver à l’alternance. Aucun régime ne peut venir à bout d’un peuple debout. Sony Labou-Tansi, dans son roman prémonitoire « La vie et demie » avait montré qu’un autocrate ne dort plus quand il voit l’œil de sa victime partout. Il te faut trouver un moyen d’allumer la lampe qui te ramènera ta victoire. Il te suffit d’arborer le jaune de la flamme, le jaune de la lumière qui fait disparaître la nuit du hold-up électoral.

Et maintenant ?

La révolte populaire : Un peuple soumis et humilié finit par se révolter.

La mutinerie : Ce n’est pas mon choix, mais à force de tirer sur le peuple, on finira par pousser une frange de la force publique à bout.

Le coup d’Etat (de palais ou militaire) : En tant qu’apprenti démocrate, j’y suis viscéralement opposé. Mais à force de crier au coup d’Etat, le pouvoir finira par donner des idées à certains citoyens.

Et pour finir ? Un mort est toujours un mort de trop. Si nous sommes déjà au bord du gouffre d’une guerre civile, nous n’y sommes pas encore entrés. Les Congolais auront-ils le bon sens d’arrêter la machine infernale avant qu’elle ne s’emballe ?

Dieu miséricordieux, aie pitié de ce pays meurtri

Pascal Malanda

(Extrait de congo-liberty)

Partager cet article

Pascal Malanda - dans Congo-Brazzaville Sassou Nguesso PCT