Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : LA LETTRE DU CONGO-MFOA
  • LA LETTRE DU CONGO-MFOA
  • : Blog contre la corruption, la cupidité, l'avidité et la concussion (C.A.C.) au Congo-Brazzaville
  • Contact

Divers

Recherche

13 janvier 2016 3 13 /01 /janvier /2016 12:35

INTRO : Le régime de Sassou Nguesso incarne le mal originel traduit à partir de 1964 par la consécration du régime de parti unique (le MNR puis le PCT) ainsi que par l’immixtion de l’armée dans les affaires politiques sous le leitmotiv « le pouvoir au bout du fusil ». En effet, le renversement des institutions le 31 juillet 1968 par une faction de militaires ouvre la page de la plus funeste imposture...

Par ALEXIS MIAYOUKOU

« COUP D’ETAT CONSTITUTIONNEL ET VIOLATIONS DES DROITS DE L’HOMME AU CONGO – BRAZZAVILLE »

Assemblée Nationale Française

SAMEDI 9 JANVIER 2016, Paris

« Historique du régime politique de M. Denis Sassou – N’guesso »

Intervention de Alexis-Richard MIAYOUKOU

Ancien parlementaire congolais,

Ancien conseiller du Premier ministre de Transition, André MILONGO.

Mesdames, Messieurs

Chers compatriotes,

Permettez que je dise tous mes félicitations à notre compatriote et cher frère Mingua pour cette l’initiative louable de ce jour. Je remercie également l’honorable député Collard pour son soutien personnel à la cause du peuple congolais qui se bat pour sa liberté et sa souveraineté spoliés.

Je vous avoue qu’en acceptant de travailler sur le thème qui m’était proposé, je ne m’attendais pas à vivre un vif et troublant moment d’émotions. Des jours durant j’ai eu le sentiment, en m’y attelant, de fréquenter l’école du diable. C’était en fait plonger dans une bien d’une tragique histoire.

C’est pourquoi, en introduction de mon propos, il m’apparait nécessaire de rappeler que l’histoire politique du territoire de l’Afrique Équatoriale Française, le Moyen Congo devenu République du Congo en 1958, se nourrit de glorieuses épopées (Kimpa Vita, Matsoua André Grenard…) mais aussi de douloureux souvenirs, à l’exemple des échauffourées politico- ethniques de 1959.

Que cet héritage forge dans une certaine mesure le devenir de ce jeune pays après son accession à son indépendance en Août 1960, cela va sans dire. Ce qui est certain, c’est qu’une grande part de son évolution politique trouve son enracinement dans les balbutiements institutionnels d’une république naissante et surtout de l’exacerbation d’ambitions inavouées d’une génération d’hommes et de femmes aux parcours d’opportunistes.

Plus précisément, la rupture précoce en août 1963 du projet républicain des pères de l’indépendance, sera le point de départ de la perdition de la république. Ainsi commence, une « longue nuit » façonnée par les années charnières que seront : 1965, 1968, 1972, 1977, 1997.

Ainsi que vont le montrer les développements ultérieurs de mon exposé, le mode d’accès au pouvoir de Sassou Nguesso et la manière dictatoriale de l’exercer ne sont pas autre chose que la consécration institutionnelle d’un pouvoir autocratique aux pratiques tyranniques et qui s’avère une junte militaire mêlant à sa guise despotisme et stalinisme.

Pourquoi et comment Denis Sassou, membre actif du groupe factieux qui s’est emparé du pouvoir par la force le 31 juillet 1968, est devenu président de 1979 à 1991 (13 ans) et l’est redevenu depuis 1997 (plus de 18 ans), capitalisant ainsi à lui seul, plus de 32 ans cumulés à la tête du Congo, sur le total des 55 ans postindépendance ?

  1. Pour répondre à ce double questionnement, il est utile de comprendre la genèse du régime d’essence autocratique qu’incarne Sassou Nguesso.
  • Premièrement, il s’agit bien d’une histoire annoncée.

Le régime de Sassou Nguesso incarne le mal originel traduit à partir de 1964 par la consécration du régime de parti unique (le MNR[1] puis le PCT[2]) ainsi que par l’immixtion de l’armée dans les affaires politiques sous le leitmotiv « le pouvoir au bout du fusil ». En effet, le renversement des institutions le 31 juillet 1968 par une faction de militaires ouvre la page de la plus funeste imposture du Congo contemporain que va incarner durablement Sassou Nguesso, qui s’est initié précocement à la machination et au complot.

Un homme, un destin pourrait-on dire…mais l’ascension de Denis Sassou est bien loin du hasard. Au départ, titulaire d’un Brevet d’Etudes Elémentaires, devenu officier de réserve en 1962 et intégré la même année dans l’armée congolaise active. Trois faits liés à sa formation vont influencer sa carrière. D’abord, une humiliation de Bokassa (son formateur) pendant son stage militaire à Bouar (Centrafrique). Ce dernier ne lui trouve pas les aptitudes physiques du bon soldat, et va le qualifier de « femmelette », qualification qui va le coller longtemps. Ensuite, l’image du commandant des forces françaises (futur) général Bigeard, qu’il n’a, semble-t-il, jamais pu rencontrer. Enfin, il côtoie des militaires de l’Algérie libre qui, après la guerre de l’indépendance, ont un statut plus ou moins politisé. La relation de l’armée et le pouvoir va le fasciner. Il est même évoqué que c’est en Algérie qu’il serait, un peu plus tard recruté et formé par les Services Soviétiques justifiera quelques temps après sa nomination à la direction des services de renseignement.

Il faut retenir que c’est dès sa première année de service (1962), qu’il va conforter son positionnement en s’impliquant auprès des « réseaux progressistes » qui agissent en doublure du mouvement social des 13, 14 et 15 août 1963. Par ailleurs, certains observateurs, le compte parmi les artisans dans l’ombre des assassinats en février 1965 de Lazare Matsocota, anselme Massouémé et Joseph Pouabou. De cet épisode daterait vraisemblablement son initiation à l’élimination physique de ses concurrents ou adversaires. Ces « anciens » camarades et promotionnaires à l’armée ou « révolutionnaires » les plus méritants, tels Pierre Kiganga, Ange Diawara, Kimbouala Nkaya, Barthélémy Kikadidi, etc.… vont tôt ou tard compter parmi les victimes de sa félonie[3].

  • Deuxièmement, Sassou a très tôt des ambitions putschistes bien voilées

Très tôt, dans les mois qui suivent la « révolution de 1963, les autorités politiques civiles son préoccupés par les velléités menaçantes et de plus en plus manifestes, de certains jeunes militaires dont Denis Sassou. L’ancien président Pascal Lissouba, confiait qu’il suggéra à cet effet au président Massamba Debat, entre août 1963 et août 1964, divers décrets concernant les militaires portant : avancement en grade[4]; promotion à titre exceptionnel dans les ordres du dévouement ou du mérite congolais[5]; révision de la rémunération des militaires… Ces différents décrets vont s’avérer prémonitoires car ils annonçaient avec justesse les dérives militaires qui allaient suivre. Ainsi étaient démasqués les futurs protagonistes militaires des différents évènements politico-militaires de la période allant de l’année 1965 au début des années 80. On y trouve par exemple, 03 chefs d’’Etat (Ngouabi, Yhombi-opango, Sassou Nguesso ou 04 en ajoutant Alfred Raoul), 09 des 11 membres du Comité Militaire du Parti, tous les officiers impliqués dans des évènements politiques (Kikanga, Diawara, Kikadidi, Kimbouala Nkaya…) et autres

En réalité, ni théoricien ni un idéologue, à l’image de Staline, Denis Sassou pratique à la perfection de 1962 à 1972, le précepte de Napoléon 1er «L’art d’être tantôt très audacieux et tantôt très prudent est l’art de réussir ». Sassou s’accommode durant ces années de l’image « d’un obscur apparatchik sans grand avenir, méprisé par les ténors du PCT et les officiers sortis de saint-Cyr »[6]. Opportuniste mais discret, il participe aux différentes instances politiques issues de la « révolution » (MNR puis plus tard à la création du PCT) et s’initie à savoir « prendre ses adversaires à contre-pied et en faire « des traîtres » ».

Ainsi qu’il l’avoue en 1997, « ma formation de soldat m’avait appris l’importance des rapports de force, le parti que l’on pouvait en tirer d’une certaine faiblesse ou l’avantage de manœuvres tactiques inattendues.. »[7]. Alliant donc à la perfection l’intelligence de la souris et la ruse du renard, Denis Sassou arrive assez vite dès 1970 au sommet de la pyramide politico-militaire du régime monopartite prétendu « marxiste-léniniste » conduit par le commandant Marien Ngouabi et son principal compagnon d’armes Joachim Yhombi Opango. Plus révélateur est l’abandon de son service au sein de l’unité des « Paras » au profit d’une spécialisation des services de sécurité et de renseignements qu’il mettra très rapidement sous sa coupe. Qui a l’information tient le pouvoir. Denis Sassou devient pleinement maître du jeu.

Désormais au cœur du système, il se consacrera habilement à l’élimination progressive des principaux compagnons de « la révolution » qui font obstacles à ses visées. Ange Diawara, Marien Ngouabi et plus tard Yhombi Opango vont le vivre diversement.

  • Troisièmement, Sassou tire grandement profit de l’Oligarchie Bureaucratique Militaire et tribale (OBUMITRI) et de fin du projet révolutionnaire (1970-1977).

Tout compte fait, deux années d’exercice du pouvoir suffisent pour mettre à nu l’imposture du régime « révolutionnaire » censé réaliser « la république populaire » proclamée le 31 décembre 1969. Au sein du PCT, se dévoilent des luttes intestines sur fond de dénonciation de « la dérive droitière et tribale » incarnée par un groupe d’acteurs politiques et d’officiers du nord constitué autour de Marien Ngouabi sous l’instigation de Joachim Yhombi Opango et de Denis Sassou.

Les voix qui s’élèvent sous la houlette de Ange Diawara à partir de l’année 1971, mettent en cause l’existence d’une l’Oligarchie Bureaucratique Militaire et Tribale (OBUMITRI) constituée de cadres véreux. Ces derniers sont jugés coupables d’une part : de la mauvaise gestion des affaires publiques, d’embourgeoisement, de détournements des deniers publics, etc. Et, d’autre part, de la « tribalisation à outrance du régime » l’affirmation de plus en plus exacerbée de la concentration ethno régionaliste du pouvoir d’Etat qui fait la part belle aux ethnies du nord-centre notamment Mbochi et Kouyou.

  • Quatrièmement, la mise en échec d’Ange Diawara, suivi de la mort du Président Ngouabi , consacre le triomphe de l’OBUMITRI et la toute-puissance de Sassou Nguesso.

L’échec le 22 février 1972, de l’aile gauche du PCT, conduite par le lieutenant Ange Diawara en date puis du maquis baptisé « M22 » qui s’achève le 16 avril 1973 (sur fond d’un grossier mensonge d’Etat) profitent aux tenanciers de l’OBUMITRI, au centre desquels Denis Sassou (qui occupe à cette date les fonctions de chef des services de sécurité). Non contents d’avoir « savamment orchestré l’assassinat des membres du maquis », Yhombi-Opango, Sassou Nguesso et autres n’hésiteront pas à célébrer la victoire de l’OBUMITRI en exhibant au public les cadavres de leurs victimes enterrées à la sauvette dans une fosse commune au cimetière de la Tsiémé.

Les mois qui suivent l’échec du M22, donnent lieu à une impensable purge ethnique. L’arbitraire devient la règle. Des centaines de cadres civils et militaires subissent l’opération « épuration ».

Pour autant, le vent de remise en cause du régime continuera de souffler au sein même des organes dirigeants du PCT comme l’exprimera son président Marien Ngouabi dans son allocution à la conférence nationale du 15 avril 1972. Bien plus, les constats d’échec que livre Marien Ngouabi à l’occasion de la Session extraordinaire du PCT qui se tiennent à Brazzaville du 5 au 11 décembre 1975, rendent compte du pourrissement du climat politique et annoncent « la radicalisation de la révolution ». Le président Ngouabi stigmatise les comportements « rétrogrades » des cadres et conclue singulièrement que « la faiblesse de la Direction Politique constitue la cause principale du blocage du processus révolutionnaire ».

Cette évolution valide les thèses défendues par Ange Diawara contre l’OBUMITRI discrètement contrôlé par Sassou Nguesso. Mais tactiquement, ce dernier laisse dans un premier temps, le leadership à ses deux frères Ngouabi et Yhombi avant de les opposer par la suite.

La ruse du renard Sassou fonctionne à merveilles. Il est l’inspirateur malicieux des éléments d’analyses incriminant qui fondent la prise de position de Marien Ngouabi vis-à-vis des cadres et de l’appareil du parti. Ne doutant point de l’extrème manipulation qu’organise contre lui son bras droit Denis Sassou, devenu Commandant Sassou Nguesso, le président Marien Ngouabi croit nécessaire « de revoir de manière fondamentale toutes les structures au niveau du Parti, des organisations de masses et de l’appareil de l’Etat ». Ainsi, entre autres décisions importantes, un congrès extraordinaire du parti est convoqué, la dissolution du Bureau Politique, le changement du gouvernement. La radicalisation emporte le colonel Yhombi-Opango et bon nombre de responsables de la première heure du PCT dont Martin M’béri qui sont tous les deux exclus du Comité central.

Le vide institutionnel ainsi créé n’est pas anodin. Le 18 mars 1977, le Président Marien Ngouabi est assassiné dans des circonstances demeurées obscures. Sassou Nguesso se révèle alors le tout puissant décideur.

Le 18 mars 1977, quelques heures après l’assassinat du Président Ngouabi l’entreprenant Ministre de la défense et Sécurité réunit à son Ministère les membres de l’Etat-Major Spécial Révolutionnaire pour entériner l’institution d’un Comité Militaire du Parti. Celui-ci remplace le l’EMSR pour gérer la crise, organiser les obsèques du Président et gérer le pays jusqu’à nouvel ordre. Dans la nuit, les membres du Comité Central présents à Brazzaville sont réunis d’urgence pour entériner la décision de l’EMSR.

La ruse du renard s’illustre cette fois-ci encore. Il joue de l’OBUMITRI à sa guise. Alors qu’il a réussi à mettre en quarantaine le Parti Congolais du Travail ou tout au moins ce qu’il en reste et qu’il est désormais l’unique décideur sur les plans politiques et militaires dans la période allant du 18 mars au 02 avril 1977, (période pendant laquelle sont commandités les exécutions des témoins et de l’ancien président Massamba-Débat ainsi que l’assassinat crapuleux du cardinal Biayenda) ; Sassou Nguesso choisit de se placer en second et amène au pouvoir le Colonel Yhombi-Opango pourtant exclu du Parti. De même qu’il compose subtilement le fameux Comité Militaire en s’assurant en son sein une majorité ethno-régionaliste[8].

Cette gestion méthodique et presque parfaite de la crise liée a la mort de Marien Ngouabi ne manquera pas de poser question plus tard. La Conférence Nationale Souveraine (CNS) qui se tient en 1991, donne l’occasion aux Congolais de découvrir le pot aux roses. La thèse officielle sur la mort du président présentée au peuple le lendemain de cet assassinat est quasiment ébranlée par les nombreux témoignages recueillis et par les auditions des principaux acteurs politiques et militaires[9] en fonction à l’époque. Et, fort des indices sérieux et concordant mettant en cause Sassou Nguesso dans la liquidation de tous les témoins gênants de l’affaire, la CNS adoptera l’acte N°284-91-CNS-P-S déclarant le Ministre de la Défense et Sécurité en fonction en 1977, seul responsable des Assassinats commis par le C.M.P. entre le 18 mars et le 02 Avril 1977. Un autre acte demandera la révision du Procès Marien Ngouabi mené par une «Cour révolutionnaire d’exception» aux ordres du même homme-orchestre, le Colonel Denis Sassou Nguesso.

  1. L’après OBUMITRI ou la une nouvelle ambition monocratique de Sassou appellée l’ « Oyocratie ».

Après l’élimination de Marien Ngouabi, L’OBUMITRI va perdre sa signification car l’oligarchie qui reposait sur la bureaucratie va changer de nature pour devenir plus affairiste et plus clannique / familliale que tribale. C’est ce qui accompagnera sans faille le reste du parcours et l’« irrésistible ascension » de l’enfant d’Oyo désormais identifié sous le patronyme de Sassou Nguesso (et pour cause ?).

Cette ascension est couronnée au mois de Février 1979 quand il s’impose à la magistrature suprême du pays par un habile putsch politique qui évince Yhombi-Opango sous le couvert de la reprise en main des affaires par le Parti. Comme Marien Ngouabi, ce dernier est tombé dans la nasse du pêcheur en eau trouble et n’avait pas réalisé l’étendu du piège tendu par Sassou Nguesso.

  • La dernière purge et la parenthèse 1991-1997.

A cette étape, Sassou Nguesso, n’hésite plus à ajouter une dose de stalinisme dans la coloration de sa pratique autocratique du pouvoir : culte de la personnalité, l’absence de débat et d’opposition au sein du parti unique dirigé par lui seul , une propagande très active, l’élimination systématique des opposants, des purges pour juger des « réactionnaires » dans des procès joués d’avance…

La liquidation du CMP en 1979 vient à point pour écarter définitivement ceux des concurrents survivants de l’OBUMITRI. Yhombi – Opango croupira ainsi en prison pendant 11 années. Le capitaine Pierre Anga, placé en résidence surveillée à Owando, qui n’a sans cesse clamer la culpabilité de Sassou Nguesso dans la mort de Marien Ngouabi et qui désapprouve les conditions de son arrivée au pouvoir, sera à son tour exécuté par une expédition militaire. A l’exception de quelques uns (généraux Damase Ngollo, Louis sylvain Ngoma), les autres membres du CMP, les capitaines Fançois-Xavier Katali, Okongo Nicolas, les commandants Bima, Mbia, le Colonel Jean Michel Ebaka connaitront des fortunes diverses.

Pour asseoir son pouvoir l’année suivant sa prise de pouvoir, Sassou Nguesso va s’assurer également le contrôle totale du parti Congolais du Travail en isolant puis expurgeant les derniers des Mohicans à l’instar de Thystère Tchicaya, Lekoundzou …etc. Le renard est vite devenu lion.

L’avènement de la CNS sonnera l’interruption de ce processus de consolidation du pouvoir autocratique devenu absolu de Sassou Nguesso. Le régime se trouve fortement décrié. Les langues se délient pour dénoncer les 13 années de règne de l’impunité et de détournements des deniers publics au profit d’un clan.

Les multiples contentieux et divergences entre les anciens « camarades membres » mettent à nue les dérives tyranniques du régime ; un décompte de plus de 3000 morts imputables à la violence politique ressort du bilan des dégâts humains qui rend compte également de l’étendu du préjudice subi par de nombreuses victimes directes et indirectes de l’oligarchie tribale.

La qualificatifs « Biens Mal acquis », « Mbochisation », « Oyocratie » vont symboliser le bilan général du pouvoir communément appelé Sassou 1.

Les élections pour la mise en place de nouvelles institutions sont organisées pendant la période de transition. L’élection en août 1992 du président pascal Lissouba met fin au règne présidentiel de Sassou mais ne ruine pas sa capacité de manigance et le mal originel de sa culture putschiste.

L’épisode est important pour le lion blessé qu’est devenu Sassou Nguesso.

  • Le retour au pouvoir par les armes en 1997.

Pour sa survie politique, Sassou Nguesso élabore une nouvelle stratégie d’alliance contre nature qui le rapproche de son grand ennemi de 30 ans, Bernard Kolelas devenu leader du parti MCCDI, à forte coloration de la région du Pool. Ils fondent ensemble deux semaines après la formation du nouveau Gouvernement Bongo Nouara, l’alliance URD-PCT.

Cette alliance sera l’instrument privilégié qui permettra à Sassou Nguesso de lancer le processus de déstabilisation du régime Lissouba sur le plan politique (motion de censure du gouvernement à l’Assemblée Nationale en Octobre 1992), sur le plan sécuritaire (formation et armement de milices Ninjas dès novembre 1992). Sur le plan diplomatique (duplicité des autorités françaises[10] et implication des réseaux françafricains).

Pendant ce temps, le pouvoir Lissouba commet, toute proportion gardée, les mêmes erreurs d’appréciation que les présidents Ngouabi et Yhombi. Il sous-estime le potentiel des réseaux « amis exterieurs » , les capacités stratégiques et d’infiltration de Sassou Nguesso.

Le lion blessé profitera de l’occasion qui lui est donné le 05 juin 1997 pour bondir sur sa proie. Ce qui arrive 5 mois après le début de cette guerre fracticide qui se termine par une défaite des forces loyalistes. Sassou Nguesso appuyé par de nombreuses forces étrangères gagne la guerre et se réinstalle par les armes sans autre forme de procès dans « son » fauteuil laissé 5 ans auparavant.

  • La marche vers un ordre monocratique (l’OYOCRATIE).

Redevenu président, le lion victorieux Sassou Nguesso devient plus féroce. Il décide d’annihiler l’aspiration à la démocratie pluraliste défendue et traduite dans la constitution du 15 mars 1992. Puis entreprend sans délai à recréer les conditions existentielles du seul régime qu’il lui convient, le sien ; celui autocratique d’avant 1991.

Ainsi qu’évoqué dans les développements précédents qui retracent son long parcours depuis 1968, Sassou Nguesso n’a connu qu’une seule forme de gouvernement et de pratiques qui en découlent. Son régime de prédilection est celui où sa personne seule ou, éventuellement, un groupe restreint à sa solde exerce la souveraineté et le pouvoir absolu.

Pensant désormais à la conservation à tout prix du pouvoir chèrement conquis, Sassou Nguesso s’emploie à partir de l’année 1998, après un simulacre d’ouverture politique, à asseoir une nouvelle variante de pouvoir autoritaire, arbitraire, oppressif, tyrannique, sur tous ceux qui lui sont soumis. Les tragiques évènements de Brazzaville Sud, du Pool, de la Bouenza, de la Lekoumou et du Niari entre 1998 et 2002 sont un témoignage de ce projet anti-démocratique.

C’est aussi sous cet angle des fondements existentiels du régime qu’il convient d’interpréter les artifices et soubresauts institutionnels que Sassou Nguesso imposent aux congolais depuis le coup d’état du 15 octobre 1997.

  1. Les stratégies de pérennisation du régime autocratique de sassou et leurs implications.

Il est une constante historique qui permet de caractériser l’exercice du pouvoir par Sassou Nguesso et de décrypter les stratégies qu’il a durablement mis en œuvre. Il ne trouve sa pleine réalisation que par la mise en œuvre de cinq principaux leviers : l’instabilité, l’absence de l’état de droit, la préférence ethnique, l’exacerbation de la répression, l’accaparation totale des moyens de l’État.

  • Le premier levier est la consécration existentielle de l’instabilité institutionnelle

Le règne de Sassou Nguesso repose essentiellement sur l’instabilité institutionnelle, laquelle lui permet de contourner à tous les coups tous les principes, droits et obligations fixés par la loi fondamentale. Pour ne pas appliquer une règle de droit, il la change ou la modifie à sa guise.

Cette stratégie héritée de 1963 explique l’inexplicable multiplication d’actes fondamentaux et de constitutions en République du Congo. Une dizaine de constitutions et plus de dix Actes en cinquante-quatre (54) ans, soit de la 1ère république (2 mars 1961) à la constitution du 20 janvier 2002.

Ci-après un décompte exact de ces changements intempestifs et leurs motivations sur la période de l’indépendance à 1977.

Avant la création du PCT :

  1. Constitution du 2 mars 1961 (1ère république)
  2. Abrogation de la constitution du 2 mars 1961 suite à l’insurrection populaire des 13, 14, 15 août 1963 mettant ainsi fin au régime en place depuis 1958.
  3. Constitution provisoire du 11 septembre 1963 sous le régime du (M.N.R) ;
  4. Constitution du 8 décembre 1963 (IIème République) votée par le peuple en remplacement) ;
  5. Acte fondamental du 14 août 1968 abroge partiellement la constitution du 8 décembre 1963, suite au mouvement insurrectionnel du 31 juillet 1968.

Sous l’Égide du PCT originel

  1. la constitution du 30 décembre 1969 (IIIème République) non votée par le peuple, adoptée par le congrès constitutif du P.C.T. Intervient après la dissolution du bureau politique du M.N.R, la destitution sans remplacement du Premier Ministre (le 18 janvier 1968), la dissolution de l’Assemblée Nationale (le 1er août 1968) ;
  2. la constitution du 24 juin 1973 (sous le régime du P.C.T) soumise au référendum populaire par le Comité Central du P.C.T suite aux deux évènements politiques importants à savoir le putsch militaire du 22 février 1972 «M22» et la Conférence Nationale de juillet 1972 ;

Sous l’Égide du CMP

  1. Acte fondamental du 5 avril 1977, 3 semaines après l’assassinat du Président Marien Ngouabi.
  • Le deuxième levier : le non-respect de l’État de droit ou « la république, c’est moi »
  • Absence d’élection réelle (c’est une façade démocratique),
  • refus de l’alternance au pouvoir,
  • Limitation des libertés publiques,
  • absence de pluralisme politique le non-respect de l’Etat de droit ou l’idée prépondérante de « la souveraineté ou la république, c’est moi ».
  • Le troisième levier : l’instrumentalisation de l’ethnie
  • Discrimination, mon ethnie d’abord.
  • Mensonge d’état, falsification de l’histoire comme socle idéologique justifiant le sort éhonté que doit désormais subir le bouc-émissaire par lui désigné : culpabilisation, Ba kongo Ba Bomi marien, « si ce n’est toi, c’est donc quelqu’un des tiens ». Alors que la vérité depuis la Conférence Nationale Souveraine est connue : Sassou-Nguesso est le centralisateur et l’organisateur de tous les assassinats qui vont du 18 mars 1977 au 02 avril 1977.

Exacerbation de la violence politique et de la répression

  • « Les larmes et le sang des autres »
  • Liquidation des adversaires,
  • répression des populations.

L’accaparation totale des moyens de l’Etat.

  • La devise du clan Sassou « être plus riche que l’État »-
  • l’aliénation du patrimoine national au profit du clan.
  • Paupérisation et clochardisation des élites et populations issues d’autres régions.

POUR NE PAS CONCLURE, DEUX QUESTIONS S’IMPOSENT :

Quiconque revisite la longue carrière de Sassou Nguesso finit par se demander pourquoi lui et pas un autre ? Et pourquoi un si long règne ?

Le sage enseignement de Condorcet datant de 1795 nous ouvre une première piste lorsqu’il nous invite à réaliser que :

« Toutes les fois que la tyrannie s’efforce de soumettre la masse d’un peuple à la volonté d’une de ses portions, elle compte parmi ses moyens les préjugés et l’ignorance de ses victimes. »

Ce parcours sur l’historique du régime politique de Sassou révèle in fine que celui-ci n’a su et pu régner que par le mensonge d’État, la falsification de l’histoire collective, ainsi que la désinformation sur sa propre histoire individuelle. Ce sont toutes ces mythomanies d’État, largement évoquées, lesquelles pointent du doigt certaines zones d’ombre dans sa vie, son parcours scolaire, ses origines, sa famille, qui se répercutent au plus haut sommet de l’État avec la gloutonnerie constitutionnelle de l’heure, plaçant notre pays dans un piège à cons. Le Congo est devenu la risée du monde entier. Par exemple, pourquoi Sassou Nguesso, n’abonde ni de souvenirs ni de symbole sur son père comparativement à sa mère ?

Au-delà de l’analyse intra-muros du régime, il importe de comprendre l’importance des facteurs exogènes qui influent sur la vie politique du Congo depuis l’indépendance. Ces facteurs relèvent à la fois de la géostratégie sous régionale et internationale, de la préservation des intérêts de l’ancienne puissance coloniale, des enjeux de la compétition économique et financière des firmes multinationales, des réseaux divers, etc.

Il conviendrait également de mieux éplucher les ressorts socio-psychologiques, ethnologiques ou anthropologiques, spirituels… qui concourent à la pratique politique de « l’humain » Sassou Nguesso, tels que notifiés ci-dessus.

Sassou Nguesso demeure l’un des rares survivants et acteurs de sa génération. Dans le but de perpétuer la domination des siens après lui, il est en train de manipuler une nouvelle classe politique plus jeune à laquelle il veut léguer son fonds de commerce idéologique de l’ethnie, qu’il a alimenté de toutes pièces.

Né en réalité vers 1938, de la même génération que Marien Ngouabi et Thystère Tchicaya, cet homme qui approcherait les 78 ans d’âge si non plus, est aujourd’hui usé et inapte à l’exercice d’une fonction présidentielle qui demande un investissement quotidien d’au moins 15 heures de travail…

Il n’y a qu’à observer la différence d’âge qui existe entre Sassou Nguesso et ses ministres, entre Sassou Nguesso et les députés qu’il nomme. Il apparait clairement qu’il y a un écart moyen de 30 années, car les hommes politiques de son âge ont soit quitté la politique active depuis une dizaine d’années, soit sont des opposants retraités ou inaptes, soit il les a tous liquidé.

Notre combat contre Sassou Nguesso est celui d’une génération qui doit réorienter la politique du Congo vers de nouvelles bases plus conviviales et plus objectives. Le Congo a besoin d’un renouvellement générationnel, d’un changement systémique, mais pas de la transmission d’une falsification de l’histoire à la sauce de Sassou pour continuer à paupériser le pays.

Stop au mensonge historique.

« Quiconque flatte ses maîtres les trahit » (Massillon).

« On n’est jamais trahi que par les siens » (Victor Hugo).

« Joindre l’impudence à l’adresse est le moyen de parvenir » (Michalet, le Peuple)

« Il faut pour triompher la force du lion, la ruse du renard » (Voltaire).

Alexis-Richard Miayoukou

Paris, Assemblée Nationale Française, le 09 janvier 2016.

(Extrait de Congo-liberty)

[1] Mouvement National de la Révolution crée en 1964.

[2] Parti Congolais du Travail en 1969.

[3] Plus de détails conf: « Sassou Nguesso, l’irrésistible ascension d’un pion de la Françafrique » (FCD) – Crimes de sang et pouvoir en Afrique (Albert Roger Massema)

[4] Cas du décret n°64/228 du 8 juillet 1964 (promotion d’officiers de l’armée active (armées de terre et de l’air).

[5] Cas du décret n°64/248 du 28 juillet 1964 (nomination à titre exceptionnel dans l’ordre du mérite congolais).

[6] Tiré du livre « Sassou Nguesso, l’irrésistible ascension d’un pion de la françafrique » FCD-L’Harmattan. P14-

[7] Extrait de son livre « Le manguier, le Fleuve et la souris » , P.37.

[8] Sur les 11 membres, sept d’entre eux sont membres du Comité Central. Fait remarquable, la forte prépondérance des officiers issus des régions du Nord du pays (7) contre 2 du Sud et 2 des Plateaux.

[9] Au nombre desquels l’importante déposition du capitaine Okongo Nicolas, ancien membre du CMP et à l’époque adjoint du Ministre de la Défense.

[10] Cf. révélations du canard enchainé – Editions du 28 mai 1997 et du 11 juin 1997

Partager cet article

Alxis Miayoukou - dans Congo-Brazzaville Sassou Nguesso PCT

Economie

Catégories