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  • : Blog contre la corruption, la cupidité, l'avidité et la concussion (C.A.C.) au Congo-Brazzaville
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12 décembre 2015 6 12 /12 /décembre /2015 11:13
Le 9 décembre, journée internationale contre la corruption : le cas du Congo-Brazzaville

Le 9 décembre : journée internationale contre la corruption afin de sensibiliser le monde à ce problème et pour faire connaitre le rôle de la Convention en matière de lutte et de prévention.

Selon Transparency International, « la corruption est l’abus de pouvoir reçu en délégation à des fins privées ». Selon cette même institution, le Congo-Brazzaville occupe la 183ème place mondiale. On distingue la corruption active de la corruption passive selon que les actes sont commis par celui qui corrompt ou celui qui se laisse corrompre. « Si un citoyen ou un client donne de l’argent en échange d’une faveur, il s’agit de corruption active. Si quelqu’un se laisse payer pour accomplir certains actes, il s’agit de corruption passive ».

Si le phénomène est universel, les conséquences ne sont pas du même ordre ici et maintenant. En particulier, lorsque les ressources sont limitées, la corruption constitue un fléau aux conséquences désastreuses pour le développement économique, le respect des droits fondamentaux, la qualité de vie, la crédibilité des institutions, ainsi que les aspirations à la démocratie. Les principales victimes en sont les populations les plus vulnérables particulièrement celles dépourvues de moyens de se défendre. Du fait de la confiscation des ressources et de sa mauvaise gestion par une bande de privilégiés, la corruption représente un gâchis de potentialités. Mais pour combattre ce phénomène, son identification est nécessaire afin de produire des indicateurs qui permettent d’appréhender ses formes, ses manifestations et ses mécanismes. L’objet de ce court article est de proposer un résumé des domaines et secteurs où la corruption prospère au Congo-Brazzaville.

La corruption, sous l’appellation locale « madeso ya bana », littéralement « les haricots des enfants », fait partie des mœurs puisqu’elle est tolérée même au plus haut sommet de l’Etat. Deux raisons majeures rendent inefficaces la lutte contre la corruption : le manque de volonté politique et le dysfonctionnement de l’appareil judiciaire.

La première agit sur les cadres administratifs qui, à dessein, rendent complexes des procédures administratives pour en tirer des pots-de-vin ; la seconde, protège les fraudeurs et autres délinquants à s’en tirer sans peines. En effet, un fonctionnaire de l’Etat pour s’assurer de percevoir son salaire aux guichets des banques ou du trésor public et d’être à l’abri des arnaques des caissiers lors des prochaines paies, doit « sécuriser » son salaire, c’est-à-dire donner à l’avance le pot-de-vin auprès du caissier. Cette impuissance est due certainement au fait que les fonctionnaires perçoivent leur salaire en numéraires. La corruption s’enracine ainsi dans les mœurs et personne n’ose la dénoncer. La contagion est telle que même dans les endroits censés être sacrés du point de vue de leur humanisme, tels les églises, la chambre des députés, les écoles, les universités, la corruption est vraiment une gangrène. Cette attitude peut trahir aussi bien « la misère sociale, le désespoir populaire face à un pouvoir jugé arrogant qui, lui, vole les deniers publics en toute impunité ». La corruption à l’école discrédite toute une génération d’élèves et aussi son corps enseignant. On peut citer en exemple le cas de l’annulation des épreuves du Bac général 2015 au Congo-Brazzaville où des sujets de la veille et du lendemain se sont retrouvés sur la place publique via les réseaux sociaux. La corruption varie considérablement selon les groupes, les sociétés et les juridictions nationales, mais elle est définie comme une transgression des normes. Notons aussi la réalité congolaise qui est en proie à la corruption de communauté de « paroisse », celle qui mobilise des relations de proximité par l’intermédiaire des familles, des ethnies, des partis, des amicales, des corporations.

Au Congo-Brazzaville, l’Etat est presque inexistant dans la mesure où, en dépit de la volonté affichée par ses cadres d’assainir les finances publiques, le vol, la concussion rongent toute la vie au quotidien et devient une gangrène. C’est en effet la « perception qui sous-tend la démarche d’introduction et d’institutionnalisation de la transparence, de l’obligation de rendre des comptes, défendue et financée par les Nations Unies, le FMI et la Banque Mondiale », ainsi que par la communauté des bailleurs de fonds soutenue par de nombreuses organisations non gouvernementales Car, selon « une étude faite par le cabinet Serty, financé par le Pnud en mai 2011, les douanes ont la palme d’or de la corruption au Congo-Brazzaville : 80%, suivent les impôts : 68%, la police, la justice et le trésor public ». C’est dire que le Congo-Brazzaville est malade de ses hommes.

Aujourd’hui, la corruption a atteint d’autres sommets au Congo-Brazzaville sous les vocables de « ngiriser », « ngirisation », néologisme sémantique. « ngiriser » viendrait du substantif « ngiri », sac à multiples usages. « ngiriser » serait corrompre à l’aide d’un sac ngiri contenant de l’argent. La « ngirisation », opération qui consiste à atteindre un plus grand nombre de personnes à acheter la conscience.

La corruption existe depuis que l’homme existe. Si l’homme est corruptible aujourd’hui, c’est parce que quelque chose a existé in illo tempere c’est-à-dire au grand temps des commencements. Il revient à l’homme d’éradiquer la corruption en servant les intérêts du plus grand nombre. Sony Labu Tansi dans Je soussigné cardiaque, peignait les réalités dans la République du Lebango, pays vendu au nom de toutes les jouissances : « Avant la colonisation, on nous jouait avec la peau. Après la colonisation, les nôtres nous jouent avec le cœur »

Jean Claude BOUKOU

Doctorant, Sociologie du Travail, CNAM, Paris

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Le 9 décembre, journée internationale contre la corruption : le cas du Congo-Brazzaville
Le 9 décembre, journée internationale contre la corruption : le cas du Congo-Brazzaville

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Jean-Claude Boukou - dans Congo-Brazzaville PCT Sassou Nguesso corruption

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