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16 décembre 2015 3 16 /12 /décembre /2015 15:09
(Françafrique/Afrique/Congo-Brazzaville) De l’Aide au Développement à l’Aide au Climat

calixte-baniafouna -

Oubliée, l’aide au développement : ça c’était avant ! Le climat, c’est maintenant !

Samedi, 12 octobre 2015. Un Accord vient d’être signé par les 195 pays qui ont participé à la COP21 à Paris. Objectif : limiter l’augmentation de la température entre 2 et 1,5 degrés au cours du siècle. L’Accord est couronné d’une aide de 100 milliards de dollars annuels que les pays riches devraient mettre à la disposition des pays pauvres à partir de 2020 pour faire face aux effets du réchauffement climatique. L’annonce de la signature est suivie d’une scène de liesse, d’accolades, d’embrassades et de larmes de joie de certains négociateurs. Comptent parmi les 195 pays au moins une dizaine de pays africains, anciennes colonies françaises et producteurs de pétrole.

Du vin frais dans de vieux tonneaux. Le Congo de Sassou Nguesso (3 millions d’habitants, au pouvoir depuis 31 ans et il en veut davantage !), le Gabon d’Ali Bongo qui succède au père Omar Bongo Ondimba (1,6 million d’habitants, au pouvoir depuis 42 + 4 = 46 ans et il continue !), le Cameroun de Paul Biya (22,3 millions d’habitants, au pouvoir depuis 33 ans de règne sans partage !), le Tchad d’Idriss Deby (12,9 millions d’habitants, au pouvoir depuis 25 ans et ce n’est pas fini !)… Tous ces chefs d’État, soutenus par l’Élysée - en l’occurrence par François Hollande dans la nouvelle donne climatique - sont à la tête des pays qui ont chacun un tel niveau de ressources et une surface financière suffisamment large qu’ils pouvaient impulser leur développement, même sans recourir à l’aide extérieure. Ce n’est malheureusement pas le cas. Ils ne font qu’enfoncer leurs pays dans la pauvreté proportionnellement à l’augmentation de leur fortune personnelle. Ils préfèrent plutôt voler et profiter outre mesure des richesses de leurs États pour leur propre confort, celui de leurs familles et de leur entourage. Ils font des achats coûteux et injustifiés, avec un train de vie hyper luxueux, au détriment des hôpitaux, des écoles, des routes, de l’urbanisation du pays. Avec la quantité de pétrole qu’ils produisent, ces pays auraient pu rivaliser avec les émirats du golfe. Au contraire des pays du golfe qui évoluent, les leurs régressent chaque jour davantage. Comment faire confiance à des chefs d’État qui ne veulent pas d’alternance et qui sont incapables de réaliser des travaux d’infrastructures basiques (eau potable, électricité, canalisation, systèmes d’égouts), alors qu’ils en ont les moyens ? Oui, comment faire confiance à ces chefs d’État pour mener la lutte contre le réchauffement climatique, sinon que de prendre leur part sur les 100 milliards de dollars destinés à équilibrer les effets de changements climatiques ? On serait naïf cependant de croire qu’avec ces mêmes dirigeants, François Hollande (leur principal soutien) ignore tout de l’échec cuisant prévisible sur la lutte contre les changements climatiques, échec qui ne sera visible que dans plusieurs années et qui incitera les pays du Nord à trouver d’autre prétexte, à mettre sur la table l’enveloppe de dollars d’une autre couleur, dollars toujours destinés à tirer par la corde raide tous les pauvres de la planète.

Acteur principal de la mondialisation du projet, François Hollande n’a pourtant pas hésité de soutenir publiquement l’ami Sassou Nguesso, l’un des plus mauvais élèves à la réussite d’un tel projet. Est-ce pour mieux faire jouer le jeu ou pour faire bénéficier à son ami sa part sur la prime de 100 milliards de dollars annoncés ou encore pour toucher les rétrocommissions, que l’ami Hollande a décidé de le maintenir au pouvoir contre la volonté de la majorité des Congolais ? Vous avez tout compris. Le pétrole ne dérange pas que pour des effets climatiques. Il dérange aussi les esprits. Il abaisse la dignité de l’homme et décrédibilise sa parole. Il fait changer d’opinion. Il pousse au rétropédalage de sorte que celui qui promet ceci au début d’un mandat change d’avis au cours du même mandat. Le pétrole corrompt. En tout cas l’ami Sassou Nguesso, qui a assisté à l’ouverture de la COP21 à Paris, est reparti au Congo avec une petite idée derrière la tête : « 100 milliards de dollars ? ma part sera peut-être de 500 millions de dollars, un terrible coup de pousse ! » Exactement comme il y a 36 ans quand, la toute première fois qu’il accédait au pouvoir, on lui accorda l’Aide au Développement du Congo. Il ne se plaint pas aujourd’hui d’en avoir mis plein les poches et d’avoir développé… son propre parc mobilier et immobilier tant en France qu’au Congo ou au Maroc, ses richesses multiformes, ses réseaux de la Françafrique qu’il faut soudoyer, etc.

Tant pis pour ceux qui qualifient de Biens mal acquis ce développement personnel. En attendant, c’est grâce à ces Biens qu’il parvient à mater son peuple, à contenir le pouvoir de tous les locataires de l’Élysée depuis Valéry Giscard d’Estaing jusqu’à François Hollande en passant par François Mitterrand, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, et à mettre dans les rangs François Hollande qui a osé faire semblant de l’ignorer dès son arrivée à l’Élysée. Et qui, aujourd’hui, traîne comme un boomerang le référendum qui sacre l’ami Sassou président à vie. Avec les 100 milliards de dollars en vue, l’ami Sassou a dû lorgner en plus un château en vente par-ci, un fabriquant d’armes bon fournisseur par-là, un logiciel électoral de retournement matriciel ou un souteneur à l’Élysée même s’il n’a rien à craindre des résultats de vote qui sont souvent connus à l’avance. Toute façon, c’est l’Élysée qui ordonne, c’est l’Élysée qui fixe le cap. L’ami Sassou Nguesso le sait. Il suffit de faire bon usage de sa part de prime sur les 100 milliards de dollars annuels qui commenceront à tomber dans les cinq ans à venir. Il le sait d’autant qu’il sera toujours au pouvoir même si l’ami Hollande s’en allait de l’Élysée.

Hier, l’« aide » aux Africains francophones était essentiellement d’origine française, même si le FMI et la Banque mondiale y mettent de leur petit nez pour mieux enrhumer le développement. Aujourd’hui, nouvelle formule. Mondialisée au nom du changement climatique, l’aide associe désormais les Barack Obama dans la boucle. Un autre espoir déçu à ceux-là qui, voyant un semblable parvenir à la tête du monde, rampaient de joie de voir leur sort enfin arrangé. Ceux-là qui, en deux mandats du messie espéré, n’ont pu obtenir ni développement ni démocratie. Et qui, du Burundi au Congo Brazzaville en passant par la République démocratique du Congo ou le Rwanda, assistent, impuissants, leurs dictateurs modifier la Constitution pour s’éterniser au pouvoir sans que Barack Obama, le président de la plus grande puissance du monde et qui avait pourtant donné l’espoir aux peuples de ces pays, ne lève son petit doigt serait-ce pour dire « stop ! ».

Qu’il s’agisse de François Hollande ou de Barack Obama, la loi des intérêts des pays riches au détriment des pays pauvres s’applique de la même façon. Tous les mêmes ! Obama, bientôt la fin de règne – règle d’alternance démocratique oblige -, ne sera plus là quand tombera la première prime sur le climat dans les escarcelles des représentants des pays pauvres d’Afrique qui, eux, seront toujours en place, toujours les mêmes. En matière d’Aide au développement comme en matière d’Aide au climat, les chefs d’État des pays donneurs sont interchangeables, ceux des pays receveurs africains sont immuables dans leur parole comme dans leur action. C’est fait exprès, pour la raison de la cause – une autre règle d’or ! Une leçon qu’au siècle des lumières africaines vite éteintes par les mêmes, des Africains déjà éclairés comme Emery Patrice Lumumba avaient assimilée : le salut de l’Afrique ne viendra ni de Paris ni de Washington et encore moins des palais africains mais des rues de Bujumbura, de Kigali, de Kinshasa, de Brazzaville, de Libreville, de Yaoundé, de Bangui, de Ndjamena, de Lomé, de Cotonou, d’Abidjan, de Niamey ou de Ouagadougou. Encore que… rien ne se fera sans l’union et la conjugaison des efforts de toutes ces rues réunies ! Rien ne sera possible sans unité !

Les Africains devraient réfléchir par sept fois sur les raisons profondes qui ont fait jubiler à Paris les plus grands pollueurs du monde. Est-ce le fait d’avoir vraiment réussi à faire signer l’Accord aux 195 pays présents dont une dizaine seulement sont en réalité concernés par ce qui s’affiche aujourd’hui comme un fléau… sans savoir ce qu’il en sera demain ? Ou bien d’avoir réussi la COP21 et donc, avoir trouvé une raison de plus pour continuer à tirer par la remorque tous les pays pauvres de la Terre, cette fois-ci sous le fallacieux prétexte du… climat ? Ou bien encore, comme hier pour l’Aide au Développement, d’avoir misé sur 100 milliards de dollars pour en faire payer davantage aux Africains via les joyaux serviteurs que sont le modèle de chefs d’État évoqués au début de mon propos ? Ou bien, enfin, d’avoir passé dans les photocopies des brouillons de la COP21 ce qui reste des monts Kilimandjaro, Kenya, Mawenzi, Ruwenzori, Ras Darshan, Méru, Karisimbi, Elgon, Cameroun ou des fleuves Zambèze, Sénégal, Orange, Nil, Niger, Congo ? Reste qu’étant déjà en plein dans le domaine du climat, on demande aux Africains d’échanger leurs saisons avec celles de l’Occident de sorte que, pour réguler le climat, l’hiver devienne africain et la saison sèche, occidentale. Là au moins on aura tout donné ! Et, tout essayé ! Ah ! pauvre Afrique. Pour combien de temps encore… vraiment !

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