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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 17:56
(Congo-Brazzaville) La mort, le quotidien au Royaume cruel des Nguesso

Par RIGOBERT OSSEBI -

OKO montre la mer à TATY (Sassou Nguesso Conseil des ministres en plein vol)

Ambroise Noumazalaye avait coutume de dire, à des proches, que le Congo était maudit depuis la mort du Cardinal Biayenda. A l’époque où il se laissait aller à ce genre de confidences, « le pays de Marien » n’était pas encore devenu « le pays des Nguesso » et, malgré tout, il n’y faisait pas si mal vivre ! Nous n’étions pas encore tombés dans les travers de la dictature, et dans les guerres civiles des années 90, ni dans le pillage total que nous subissons depuis. Pillage mené sans pitié et sans vergogne par le petit clan familial qui s’est hissé à la tête de l’Etat.

Depuis son retour aux affaires, des voix s’élèvent à longueur d’années sur ses abus économiques et financiers sans qu’il n’en tienne compte. Pourtant chacun d’eux constituait un immense scandale. Dans tout autre pays, des sanctions seraient tombées. Pas au Congo-Brazzaville, car le vol et le détournement sont l’essence de ce pouvoir familial. Ces crimes sont devenus institutionnels et bénéficient même d’une immunité grâce à la dernière Constitution fantoche. Alors, à quoi bon faire des additions ou des soustractions ? Mieux vaut s’inquiéter de leurs conséquences auxquelles, malheureusement, plus personne ne prête attention.

Il y a quelques semaines, au cours de manifestations pacifiques, une quarantaine de nos concitoyens ont trouvé la mort ; des destins brisés, des martyrs de la liberté refusée par un groupe de voleurs et de prédateurs. Pourtant, avant et après ces malheureux sacrifices, dans le silence le plus total, un nombre bien plus important d’enfants, de jeunes et de vieux ont perdu la vie sans que personne ne s’en étonne. Chaque jour, au moins, une bonne dizaine parfois une vingtaine succombe par manque de soins, en silence, dans l’anonymat et dans la résignation. Dans tout le pays, la mort frappe souvent à côté et l’on espère seulement que l’on sera épargné. Les conditions sont souvent identiques. L’Hôpital ne peut répondre aux urgences. Ni soins, ni médicaments, il n’est devenu qu’un mouroir, une simple antichambre de la morgue. Seuls les nantis pourront survivre ; traités dans des cliniques privées ou évacuées en France ou au Maroc.

Denis Sassou Nguesso, dans son numéro habituel de promesses sans lendemain, avait déclaré que les soins du paludisme pour les moins de quinze ans seraient gratuits. Ils l’ont peut-être été, mais depuis fort longtemps en réalité ils ne le sont plus. Une jeune maman de Pointe Noire avait amené son enfant âgé de cinq ans à l’Hôpital de Loandjili en taxi qu’elle avait payé fort cher (l’hôpital a bien une ambulance, elle est en panne et faute de moyens jamais réparée). Arrivée là avec son jeune fils paludéen, elle croyait bien qu’elle y trouverait du secours. « La pharmacie est fermée depuis longtemps ! » lui a-t-on répondu. L’enfant en pleine crise avait perdu connaissance. Munie d’une ordonnance, elle s’était empressée d’aller à la recherche d’une aide financière auprès d’un proche, puis elle se rendit à la Pharmacie Mavré. Tout cela avait pris quelques heures. Pleine d’espoir, les perfusions et le traitement en mains, la jeune maman en courant était enfin arrivée auprès de son enfant ; le petit venait à peine de mourir dans l’indifférence la plus totale !

Jean François Ndenguet, ni ses sbires rwandais, aux ordres de Sassou Nguesso n’avaient eu besoin de tirer une balle sur le pauvre gosse, mais cette mort innocente est toute aussi révoltante que toutes celles des pauvres martyrs dont nous portons le deuil. Et chaque jour que Satan, son fils pétrolier et ses sbires règnent sur le Congo, des cas similaires se répètent cinq, dix, vingt ou trente fois. Peut-être plus, allez savoir combien ?

Depuis deux ans, Françoise Ndinga Andely, sœur de Rigobert Andely l’ex-ministre des finances, a pris la direction de l’Hôpital. Elle en a fait son affaire personnelle. Son prédécesseur n’était pas un modèle parfait du rigoureux gestionnaire, loin de là, mais les salaires étaient payés et la pharmacie constamment approvisionnée pour répondre à la plupart des cas urgents. Aujourd’hui les employés de cet hôpital, toutes catégories confondues, comptent trois mois de retard de salaires. La pharmacie a été fermée faute de trésorerie. Madame Ndinga Andely se rend quasiment, pour quelques jours, toutes les fins de mois aux Etats-Unis où ses enfants étudient (les enfants de Sassou et de ses sbires ont bien de la chance !). A son départ les caisses sont vidées systématiquement. Le temps qu’elles se réapprovisionnent et la voilà repartie. Aux employés mécontents, sans la moindre gêne, elle répond : « vous n’avez qu’à trouver un « poto » plus fort que le mien ! » De quel soutien inconditionnel peut-elle bénéficier ?

Ce qui se passe à Loandjili se reproduit partout ailleurs dans tout le pays. C’est le système « Nguesso » dont quelques-uns profitent ! Certes il est scandaleux que dans la ville de Pointe Noire, où l’on extrait la richesse du Congo, la population soit confrontée à pareille maltraitance, mais ce cancer n’y est pas seulement localisé, ce cancer est généralisé ! Les députés, les sénateurs, et la famille régnante, eux, sont toujours soignés dans le meilleur établissement hospitalier de France, le très coûteux Hôpital Américain de Neuilly. Quelle impudeur dans l’injustice !

Les proportions qu’atteignent ces traitements inhumains sont telles qu’ils deviennent des crimes contre l’humanité. Tant de richesses, tant d’accumulations de biens, tant de fêtes et de plaisirs pour quelques-uns, alors que la grande majorité de la population s’enfonce dans l’extrême pauvreté avec les conséquences que l’on vient de voir ! Il faudra bien y réfléchir un jour… La Haye devrait y penser également !

Que ceux qui espèrent que demain sera meilleur, qu’ils sachent bien que ce cauchemar, ni notre descente aux enfers, ne sont prêts à s’arrêter. L’accélération dans les vols et les détournements a suivi la même croissance que les achats d’armes pour protéger les méfaits que le petit clan a commis.

Mais pour leurs pires crimes, leurs armes ne sont pas nécessaires. La maltraitance et la faim tueront chaque jour davantage car toutes les caisses de l’Etat sont vides ! Plus la jouissance de ces quelques-uns est ostentatoire, plus les Congolais doivent se serrer la ceinture, plus les conditions de vie deviennent inacceptables. « Sassou a tout volé ! » mais ce refrain a encore du mal à sortir des bouches affamées. Le tyran peut bien faire le paon en annonçant les élections présidentielles anticipées et répéter trois fois que « le 20 octobre » ne se reproduira pas ; c’est un non évènement pour les Congolais ! Leur véritable problème, pour chacun d’entre eux, est la survie ! Trouver chaque jour le minimum vital et ils seront très loin d’y parvenir tous !

Le tyran-affameur insensible à la misère de cette population qu’il prétend présider, mais qu’il exploite en réalité, croit encore qu’il peut la rassasier de ses mots et de ses promesses. En fait, il est plus voleur que dictateur. Toujours piètre orateur, il annone les discours que d’autres ont écrits.

Que ne sait-il méditer le vers de Jean de La Fontaine, devenu proverbe, « Ventre affamé n’a point d’oreilles » ? Il aurait depuis longtemps cessé les abus et les excès qu’il a commis. Le leurre d’un Congo émergent en 2025 ne saura remplacer un bon repas quotidien en ce mois de décembre 2015 ou un traitement disponible à l’Hôpital de Loandjili ou ailleurs dans chaque dispensaire de la République du Congo. Pour le malheur de la très grande majorité d’entre nous, elle n’est devenue que le Royaume cruel des Nguesso ! L’enfer au quotidien !

Bonnes fêtes à Tous….. !

Rigobert OSSEBI

(Congo-Brazzaville) La mort, le quotidien au Royaume cruel des Nguesso

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