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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 10:45
(Congo-Brazzaville) DISCOURS DE SASSOU : NO ROAD = IMPASSE – SANS ISSUE – CUL-DE-SAC

Par Jean-Noël Mabiala -

Jean-Noël Mabiala

Ma 1ère réaction après la rhétorique de l’occupant du Palais du Peuple, alias « demi-dieu » (DD) de ce 22 décembre 2015 devant les députés, représentants du Peuple congolais, se résume par une formule : NO ROAD… Sassou engage le pays dans un NO ROAD, une voie sans issue. NO ROAD c’est en fait un sigle que je décline en NOuveau Régime Ouvertement Arbitraire et Anti-Démocratique, avec un avant-goût de Dynastie…

A chaud, je dirais d’abord que comme depuis le début de cette aventure, Demi-Dieu fait tout à sa guise, comme il lui plaît. Ne lui demandez pas de lire Platon avec sa Res Publicus ou de se frotter à Montesquieu avec son principe de la disposition des choses, de sorte que le pouvoir arrête le pouvoir. Trivialement, disons que azo sala oyo alingi, na nko ! La politique du Congo est tombée au ras des pâquerettes, au niveau des bagarres de quartiers, na esprit ya mwana Mpila, na esprit ya bayakuza. A ce niveau, il ne sera pas difficile pour quiconque de faire mieux ! Les jeux sont ouverts ! Évidemment pas en allant prêter un semblant de reconnaissance à sa mascarade d’élection, sans règle opposable à tous !

Ensuite dans le fond, comme plusieurs observateurs l’ont prédit, cette intervention est un non-événement. Je doutais déjà et désespérais que DD soit encore capable de prendre une décision raisonnable et responsable dans l’intérêt supérieur de la Nation. A la place, on a eu droit au déni, à l’intolérance de l’altérité et à son mépris pour l’opinion de la majorité de la population, qui s’oppose à son entreprise de déstabilisation du pays et de distillation de la haine, à sa stratégie funeste visant à concocter le cocktail détonnant du déluge, qu’il appelle de tous ses vœux pour après son interminable règne.

Que dire de la désinvolture avec laquelle le président évoque le flottement entre les deux constitutions ? Cette invention de son cru qui fait railler notre pays sous les chaumières de toutes les chancelleries dans le concert des nations sérieuses. Cet hybride constitutionnel qu’il salue comme le fruit du génie du « souverain primaire, dans sa grande sagesse ». A se demander s’il invoque le Peuple souverain ou ses collaborateurs, initiateurs de sa constitution ! Concentrant lui-même désormais les principaux pouvoirs de la défunte république, il ne serait pas étonnant que dans sa bulle, dans son univers féérique, ses collaborateurs et ses fanatiques remplacent le peuple comme source de légitimité et de souveraineté !

Pour une analyse plus approfondie de tout le discours, je proposerais de commenter cinq passages, pour espérer démystifier un texte que d’aucuns présenteront bientôt comme le discours fondateur, « le discours de la méthode » de la pseudo nouvelle république.

L’élaboration de l’avant-projet de loi électorale

  1. « Tous les partis et autres associations à caractère politique ont été invités à se joindre au ministre de l’intérieur dans le cadre de l’élaboration de l’avant-projet susmentionné. J’ai appris, avec satisfaction, que tous y ont répondu favorablement »,

Quand on se réfère à la fin de non-recevoir réservée récemment à la délégation du FROCAD-IDC qui a voulu répondre à l’invitation du ministre de l’intérieur sur la gouvernance électorale, comment ne pas voir dans ces propos de la mauvaise foi ou une volonté de désinformation !

Ce qui va changer avec la république nouvelle

  1. « La détermination et l’espérance d’un meilleur avenir ont triomphé de la peur et de l’intox. Quelle belle leçon de courage et de civisme ! Quel profond attachement à la démocratie ! Ainsi est née la République nouvelle avec ses promesses d’égalité, de fraternité, de partage et de solidarité ; ses promesses d’équilibre et de collaboration harmonieuse des pouvoirs… »

Après les 15 ans d’un premier règne (1977 à 1992), après une transition flexible de 5 ans (1997-2002) et deux septennats de présidence sans partage, ni anicroche (2002-2015), quel aveu d’échec que de découvrir un président qui confie à de vagues promesses d’un nouveau système politique (sa nouvelle république), les aspirations légitimes du peuple Congolais à l’égalité, la fraternité, la solidarité et au bien-être auquel ils sont en droit de prétendre du fait des abondantes ressources du pays ! Bien malin celui qui devinera pourquoi la nouvelle république ne promet ni la liberté, ni la fin des 4 pénuries chroniques (eau, électricité, essence, emploi) ! Ce sont les 5 obstacles sur lesquels les Congolais ont trébuché en suivant le chemin d’avenir qu’on leur avait promis sans embuche…

Par-dessus tout, une question subsiste : En quoi sa première constitution du 20 janvier 2002, a empêché Sassou de faire régner l’égalité dans le partage des richesses du pays pendant au moins ses deux derniers septennats intangibles, ou depuis qu’il est revenu au pouvoir en 1997 ? Si tel était le cas, pourquoi nous a t-il pondu des bilans annuels mirifiques sur l’État d’une Nation rayonnante et en voie d’émergence ?

Circulez, il n’y a rien à signaler, et alors !

  1. « Il est bon avant tout de constater que ni l’État ni le pays ne sont en situation de crise institutionnelle. » Ah bon ! Et pourquoi tout ce tintamarre ?
  2. Un état qui vogue entre deux constitutions pendant des mois, ne serait pas en crise institutionnelle ?
  3. Un État dont le chef d’État est traqué par ses compatriotes dans les rues de Paris, comme un vulgaire criminel, contraint de s’abriter derrière un bataillon de miliciens ramenés de Brazzaville ou recrutés dans Paris comme en juin 2015 et une colonne de CRS, comme lors de la COP en décembre, ne serait pas un État en crise institutionnelle !
  4. Un pays dont l’ambassade est prise d’assaut par des citoyens qui s’estiment trahis par le non-respect de son serment par le chef de l’Etat ; des citoyens qui considèrent comme un coup d’État la volonté de leur Président de plonger le pays dans le chaos, ce qui au bas mot indiquerait une crise de confiance (condition sine qua non du contrat social), ne serait pas un pays en crise institutionnelle !
  5. Un état dont la femme du chef relègue le ministre de l’enseignement au second rang lors de l’inauguration d’un établissement public construit avec l’argent du contribuable ou le fruit d’une coopération internationale (sûrement la chinoise, en vogue) ; si un tel Etat visiblement théâtre d’un mélange des genres, n’est pas en crise institutionnelle, quel est l’article constitutionnel qui définit les fonctions de l’institution 1ère Dame de la République, avec les rapports de préséance par rapport aux membres du gouvernement ?
  6. Un état dont certains membres du gouvernement rendent compte avant tout à leurs mentors, qui sont les fils, neveux et filles du chef ; qui peuvent ainsi les démettre à leur guise …. Un État où le fils, dont on ne connaît aucune source de revenus privés, à part son salaire à la tête des entreprises publiques, s’érige en bienfaiteur terminant les chantiers qu’une municipalité (pas n’importe laquelle, mais celle de la capitale économique du pays) peine à boucler le budget, équipant des établissements hospitaliers publics, au grand damne du ministre de tutelle… ne serait pas dans une aberrante confusion de rôles ? Le généreux donateur étant élu dans une lointaine circonscription et président de fondation privée… et si aucune instance de l’Etat ne pointe le moindre risque de conflit d’intérêt, cet Etat ne couverait-il pas un dysfonctionnement quelque part ?

Et soit, supposons en effet que le pays n’était pas en crise institutionnelle, jusqu’au funeste projet de changer la constitution, sur quoi se fonde alors ce projet ? La réponse est dans sa nouvelle constitution : volonté de tripatouillage constitutionnel pour modifier le régime politique, sortir de la république ; pour s’aménager un pouvoir à vie, une dynastie, pour une porte de sortie de scène, en toute impunité.

Après les JA, place au JE : l’ouverture des joutes électorales

Je vois venir ceux qui vont tenter de nous convaincre qu’il ne faut pas pratiquer la stratégie de la chaise vide et donc vont argumenter pour une participation de l’opposition à la prochaine mascarade d’élections. Je vous invite simplement à méditer les 4ème et 5ème morceaux choisis :

  1. « Je voudrais ici faire remarquer qu’aux dires de l’ensemble des dirigeants politiques et participants aux diverses concertations organisées dans notre pays, tout a déjà été dit sur la gouvernance électorale. »
  1. « Il ne resterait plus qu’à mettre en œuvre, avec rigueur et un suivi conséquent, les recommandations ou les décisions issues des différents dialogues et concertations. »

D’une part, se fonder sur des ragots, sur des « dires », glanés on sait comment, là où il y a les rapports de Sibiti et de Diata, sans compter ceux des premières concertations, plus inclusives, le procédé relève de l’ironie ou du sarcasme complétement déplacé dans ces circonstances. Ce qui cache à peine la ruse sous-jacente… L’artiste est accoutumé du fait. Et l’emploi du conditionnel dans le second paragraphe (Il ne resterait plus qu’à) est éloquent.

D’autre part, concernant cette formule « Il ne resterait plus qu’à mettre en œuvre » (il n’y a qu’à), le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle traduit soit de la même ironie de la part de l’orateur, soit de la légèreté, de l’inconscience voire de l’incompétence, pour le moins, de la part de ses conseillers. Pour s’en convaincre, il suffit de se rappeler que les conditions d’une élection sincère et transparente sont réclamées en vain depuis plusieurs années, et qu’il y a des recommandations et des conditions qui ne peuvent être réunies, des dispositions qu’il est illusoire d’espérer mettre en place dans le temps fixé d’autorité, là encore sans concertation.

Enfin, le pire, ce qui est plus consternant et pitoyable, c’est le sadisme qui veut que le soi-disant père de la Nation, qui a déploré les attentats de Paris et ses innocentes victimes, n’ait pas eu un mot, pas un seul, pour la douleur des parents qui ont perdu leurs enfants dans les événements du 20 octobre à Brazzaville et Pointe-Noire, ni pour l’élève tué à Dolisie par ses forces de l’ordre, plutôt des suppôts du diable, soi-disant pour avoir refusé un cadeau (un cahier à l’effigie du fils prodige)… Du jamais vu au Congo, même pas aux pires heures du monopartisme, où le culte de sa propre personnalité était à son paroxysme.

S’il dénie à ces enfants le droit d’avoir une opinion différente de celle de ses fanatiques, il aurait au moins pu considérer qu’ils étaient victimes de manipulations et promettre que justice leur sera rendu, quand la justice punira les instigateurs. Non, peine perdue, plus une once d’humanité à attendre de ce personnage !

Il a peut-être dû s’abstenir craignant qu’il ne puisse convaincre qu’il n’est pas lui-même à l’origine de ce désordre !

Pour le reste, c’est la fuite en avant, mais dans une impasse ; jusqu’à ce que le Peuple arrête l’hérésie et l’obscurantisme.

AU NOM DE LA PATRIE, en ces temps de fêtes hélas plutôt sinistres, pour l’ensemble des Congolais, Je formule le vœu que M. Sassou se ressaisisse avant qu’il ne soit trop tard.

Vivement que le soleil se lève sur Notre Congo.

Jean-Noël Mabiala

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Jean-Noël Mabiala - dans Sassou Nguesso Congo-Brazzaville PCT Sud-Congo

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