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16 mars 2015 1 16 /03 /mars /2015 16:27
(Congo/Suisse) Une financière d’origine estonienne inculpée pour avoir empoché l’argent de Gunvor

par Sylvain Besson

Le Ministère public de la Confédération a mis en prévention une financière d’origine estonienne pour «gestion déloyale» et «abus de confiance». Sa société avait reçu 10 millions de dollars versés par le géant du négoce pétrolier genevois

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Un personnage intrigant se retrouve en mauvaise posture dans l’affaire qui ébranle le monde pétrolier genevois depuis trois ans.

Le 5 janvier, le Ministère public de la Confédération a inculpé une financière d’origine estonienne pour «gestion déloyale» et «abus de confiance», a appris Le Temps. La justice fédérale reproche à cette résidente de la Côte d’Azur de s’être approprié indûment des fonds déboursés par le géant du négoce pétrolier Gunvor, basé à Genève, pour décrocher un contrat de livraison de brut au Congo.

Près de 10 millions avaient été versés, avec des justifications vagues, à une société genevoise contrôlée par la financière estonienne, spécialiste des structures offshore, et sa sœur, ancienne banquière d’UBS et de Clariden Leu.

Le procureur fédéral Gérard Sautebin, qui conduit l’enquête sur ces versements, avait ensuite enjoint à la financière de retourner en Suisse une partie des fonds, soit 800 000 dollars. Mais seule une fraction du montant, 260 000 dol­lars, a été rendue. Ce qui vaut à la financière d’être accusée d’avoir «détourné […] les montants en cause à son profit personnel», selon l’ordonnance d’extension de l’enquête rendue le 5 janvier.

Ce document, que Le Temps a pu consulter, ne détaille pas les motifs du versement des 10 millions, justifiés à l’époque par les prestations de «consultant» des sœurs estoniennes dans le cadre du contrat congolais. Les cargaisons de pétrole en jeu valaient, elles, près de 2 milliards de dollars.

Un ancien employé de Gunvor, chargé du développement de la société en Afrique, a été mis en prévention dans ce dossier il y a deux ans. C’est lui qui a orchestré le versement des 30 millions de dollars au profit des Estoniennes, d’un intermédiaire proche du pouvoir congolais et d’un de ses amis. Cet ancien videur de boîte de nuit naviguant en Afrique lui a ensuite rétrocédé une partie de la somme, 6,8 millions de dollars. Il a aussi été inculpé.

Selon Gunvor, son développeur agissait en «électron libre» et sans pouvoir de signature. La société a déposé plainte contre lui pour escroquerie, abus de confiance et gestion déloyale. L’employé soutient au contraire que ses transactions ont été pleinement approuvées et validées par sa hiérarchie. Il a déposé plainte contre la société pour «dénonciation calomnieuse».

L’affaire jette un éclairage inédit, parfois comique, sur certains recoins de la place pétrolière et financière genevoise. Le développeur de Gunvor était proche d’une des deux financières estoniennes, qui l’appelait honey (chéri) dans leurs échanges de courriels. Il passait des week-ends sur des yachts à Saint-Tropez en compagnie de beautés russes, organisait des descentes à Monaco pour des «soirées blanches», aimait s’entourer de gardes du corps et rouler en limousine de location avec son comparse, l’ancien videur actif en Afrique. Un univers puéril, festif et flashy, à mille lieues de l’image de rigueur et de respectabilité que veut au­jourd’hui donner le monde du négoce pétrolier.

Sur le fond, l’enquête pose de sérieuses questions sur le contrôle interne des sociétés de négoce. Comment comprendre qu’un employé de Gunvor ait pu faire verser 30 millions de commissions sans disposer d’un pouvoir de signature formel, comme l’affirme la société?

Selon des sources proches du dossier, les versements ont été fractionnés en douzaines de petits montants, ce qui empêchait Gunvor d’avoir une vision claire des sommes en jeu.

«Nos systèmes de contrôle internes ont été détournés par notre ancien employé dans le but de s’enrichir aux dépens de Gunvor, affirme la société de négoce. Nous avons mis un effort considérable, ces quatre dernières années, sur l’amélioration de nos systèmes de compliance [conformité légale] et anti-fraude.»

Le chef du financement du négoce pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique, qui avait visé certaines transactions africaines du développeur, a quitté Gunvor, sans qu’on sache si ce départ est lié à cette enquête.

Les investigations du Ministère public de la Confédération (MPC) se poursuivent désormais sur trois fronts, après deux «ordonnances de disjonction» de l’enquête rendues le 26 janvier par le procureur fédéral Gérard Sautebin. Le développeur et son comparse français sont mis en cause dans un volet, la financière estonienne dans un autre.

«Nous sommes satisfaits de la décision de disjonction prise par le Ministère public de la Confédération permettant aux enquêtes contre les deux prévenus d’aller de l’avant et de faire toute la lumière dans cette affaire au préjudice de Gunvor», a réagi la société pétrolière.

Les avocats de l’employé, Matteo Pedrazzini et Delphine Jobin, se disent eux aussi «très satisfaits de l’ordonnance de disjonction qui va permettre l’instruction de la contre-plainte pour dénonciation calomnieuse déposée à l’encontre de Gunvor. Notre mandant est en mesure d’établir que la plainte de Gunvor n’est qu’une diversion, puisqu’il a toujours agi au su et avec l’approbation de sa hiérarchie. Nous sommes au demeurant confiants s’agissant de la procédure principale qui n’est pas dirigée contre lui.»

L’enquête initiale ouverte fin 2011 pour «blanchiment» se poursuit, concernant le versement des commissions en marge du contrat congolais. «Il s’agit d’une enquête délicate avec de nombreuses ramifications à l’étranger, dans laquelle le nombre d’investigations ordonnées et en cours est important», indique le MPC.

Cette partie de l’enquête, qui vise de possibles opérations de corruption, est dirigée contre «inconnu».

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Sylvain Bresson - dans Congo-Brazzaville Sassou Nguesso PCT

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