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29 mars 2015 7 29 /03 /mars /2015 17:01
(Congo-Brazzaville) Le PCT souhaite-t-il la partition du Congo ?

Par le Dr Pascal MALANDA

Nous avons choisis de diffuser des larges extraits de cette excellente tribune du Dr Pascal MALANDA, dont l’intégralité est téléchargeable à la fin du texte !

Le danger des partis ethniques

En 2012 le site Congoliberty, tout à ses débuts, organisait une rencontre citoyenne à Paris. Le thème était…J’y pris part en présentant une réflexion intitulée : Evolution ou Révolution : utiliser Sassou pour préparer l’après-Sassou.

Au cours de mon exposé, j’avais évoqué le caractère ethnocentré de la plupart des grands partis politiques congolais. Il m’avait suffi pour cela de projeter sur un écran la composition ethnique des organes centraux de ces partis. Je montrai ainsi comment le PCT, malgré ses racines remontant au monopartisme était resté un parti essentiellement « nordiste » avec domination dans les instances dirigeantes des ressortissants de la Cuvette Centrale. Et même dans la Cuvette Centrale, l’hégémonie du triangle Oyo-Olombo-Owando était palpable. L’U.PA.DS affichait des instances dominées par les ressortissants du Grand Niari. Le MCDDI et le RDPS étaient quant à eux basés respectivement sur le Pool et le Kouilou. Et pour finir, le RDD recrutait essentiellement autour d’Owando.

Je proposais de tenir compte du poids de nos prisons tribales dans nos démarches politiques. Mon souhait était de voir une plus grande mixité dans les deux camps, mais surtout une plus grande responsabilité citoyenne et nationale.

Robert Poaty Pangou

A la fin des débats, je fus surpris par une question frontale : « Êtes-vous pour ou contre l’Etat du Sud Congo ? » La question venait de Robert Poaty Pangou. Ma réponse fut tout aussi frontale et claire : « Je ne crois pas un seul instant à l’utopie d’un Sud-Congo ». Je croyais que mon interlocuteur allait me permettre de développer ma pensée dans un débat contradictoire. Il se contenta d’un « merci pour votre sincérité » et s’en alla.

J’avais tant voulu dire à Poaty Pangou que l’échec de la construction nationale ou une grande partie du pays se sentait exclue, humiliée, paupérisée etc. ne justifiait pas une réaction aussi primaire que la partition du pays. Et d’ailleurs qu’elles étaient les garanties que Kongo-Lari, Nibolek et ressortissants du Kouilou n’allaient pas reprendre, dans ce Sud-Congo rêvé qu’il appelait de tous ses vœux, les mêmes travers tribaux ? Niboleks et Tcheks avaient-ils attendu cet hypothétique Sud-Congo pour s’étriper gaillardement en 1992-1994 ?

Le règne de l’injustice

Depuis 1997, le PCT est revenu au pouvoir. Les injustices tribales qui se faisaient de façon sournoise se sont installées en plein jour. Les vainqueurs de la guerre ne se gênent plus. Plus de complexe du tout. Plus grave encore, le PCT a instauré après 1997 un système de plus en plus clanique et familial de la gestion du pays. Le Sud, longtemps seule victime, a été rejoint par des pans entiers du Nord du pays progressivement exclus de la gestion du pouvoir.

Revenu au pays en 2010, après de longues années d’absence, j’avais retrouvé ma ville natale coupée en deux : un Brazza-nord et centre plus prospère, et un Brazza-Sud baignant dans la misère. Les grands travaux urbains avaient la fâcheuse tendance de se concentrer dans le Nord de la ville : grandes infrastructures routières, usines, université Sassou Nguesso, Stade Olympique avec grand complexe, nouveaux quartiers modernes etc. Brazza-Sud se contentait de quelques réalisations en trompe-l’œil pour essayer de masquer l’injustice. Et cerise sur le gâteau, la plus grande mosquée d’Afrique centrale était projetée à Bacongo !

Sur le plan individuel, les constructions dans Brazza-Nord reflétaient une plus grande captation des revenus nationaux que Brazza-Sud dont les populations étaient moins représentées dans la nouvelle classe moyenne.

Ce clivage Brazza-Nord Brazza-Sud masquait mal des poches de pauvreté dans la zone nord de la ville. L’injustice semblait continuer son œuvre au-delà de la frontière ethnique. Oyo s’était transformé en véritable ville tandis que les autres localités du Nord se contentaient de jouer les figurants.

Pointe-Noire n’échappait pas à cette déchéance programmée. La grande ville pétrolière, à l’exception de quelques îlots de prospérité, végétait dans la misère la plus crasse.

Dolisie, la capitale de l’or vert me donna l’impression d’une ville fantôme. Très partiellement reconstruite après la guerre, elle n’était plus que l’ombre d’elle-même. Payait-elle au prix fort d’être restée le fief de Pascal Lissouba ?

Un pays coupé en deux ?

Depuis quelques temps, le débat sur la partition du pays est en train de prendre une tournure inquiétante. A l’approche des élections de 2016, tout le monde redoute une guerre qui aurait pour cause le refus du PCT de respecter la constitution qu’il avait imposée au pays en 2002. Des voix de plus en plus nombreuses et puissantes commencent à poser cette question vitale : « Voulons-nous vivre ensemble dans un pays uni où règnent l’égalité, la paix et la fraternité, ou devons-nous aller vers une sécession pour éviter des guerres inutiles ? »

Si en 2012, ma réponse à Poaty Pangou avait été un NON catégorique, aujourd’hui, je sens un malaise grandissant en moi. Mes compatriotes du Nord Congo se rendent-ils compte de cette situation ? Que pourrais-je répondre à des Sudistes désabusés qui diraient : « Nous sommes fatigués de vivre comme des sous-hommes dans notre propre pays. Nous voulons tenter une nouvelle expérience en créant le Sud-Congo. Les Erythréens se sont détachés de l’Ethiopie, le Sud-Soudan est devenu indépendant, le ciel n’est pas tombé…Plus loin de nous, la Yougoslavie a éclaté, le Kosovo s’est détaché de la Serbie…Les frontières bougent, là où l’injustice perdure ». Quel argument crédible pourrais-je leur opposer ? Le PCT est-il capable d’assumer les résultats d’un référendum ou la question serait : « Voulez-vous changer de constitution ou diviser le pays en Congo-Nord et Congo-Sud ? » Pour vivre ensemble, il faut commencer par le vouloir et cela implique le respect les uns des autres. Le PCT embarque l’ensemble de la nation dans une aventure dangereuse aux conséquences potentiellement catastrophiques. Ce parti est conscient que s’il était dans l’opposition il n’aurait jamais accepté pareille escroquerie. D’où vient donc cette obstination à vouloir imposer aux autres ce qu’on ne peut pas tolérer de ces derniers ? Les autres seraient-ils des sous-hommes ?

Le PCT peut encore se ressaisir

Le PCT est-il conscient de jouer avec le feu ? Arrivé au pouvoir en 1997 grâce à l’appui des forces étrangères, croit-il pouvoir rééditer cet « exploit » en 2016 ? Croit-il pouvoir imposer sa volonté au reste de la nation par les armes et l’argent ? Je crois que les choses ont énormément changé sur le plan national et international. La gestion catastrophique du PCT a provoqué un tel malaise que ce parti ne pourra pas gagner une élection libre et transparente en 2016. Il en est conscient. D’où cette obstination à vouloir imposer un débat d’un autre âge : Changer une constitution 12 ans à peine après son introduction. L’échec annoncé du PCT n’est pas un échec du Nord comme veulent le faire croire certains, mais l’échec d’un parti politique. De nombreux compatriotes au Nord du pays s’en rendent d’ailleurs de plus en plus compte. Espérons qu’ils auront le courage de convaincre les extrémistes de tout bord de revenir au bon sens, car le destin du pays est en jeu. L’unité et la cohésion du pays sont menacées par ceux-là mêmes qui prétendent la défendre en prenant le risque de déstabiliser les institutions de la république.

La démocratie a ceci de merveilleux qu’elle contraint le pouvoir à un bilan régulier. Les élections sont ce magique moyen par lequel le peuple peut sanctionner ou récompenser un pouvoir après lui avoir confié les commandes du pays. La perte du pouvoir, quelle que désagréable qu’elle soit, n’est pas une fatalité. Un passage à l’opposition permet alors de mieux préparer des arguments de retour pacifique au pouvoir. Après 19 ans de gestion sans partage, le PCT gagnerait à faire une cure d’opposition afin de revenir avec de meilleures propositions en 2023. Mais un parti qui a fait sien dès sa naissance le slogan « Le pouvoir ne se donne pas, il s’arrache » est-il capable de faire sa mue démocratique et accepter le verdict des urnes ? Wait and see.

L’homme à qui l’histoire a donné raison

Si demain un choix cardinal s’imposait à moi sous la forme suivante : « vivre comme esclave dans un Congo uni et dominé par un parti incompétent et égoïste ou vivre libre dans un Sud-Congo expérimental », ma réponse est aujourd’hui prête : Je voterai pour ce Sud-Congo, malgré le saut dans l’inconnu que cela représente. Je le ferais la mort dans l’âme car je reste convaincu qu’un Congo uni et juste a plus de chance de s’imposer dans un monde globalisé.

Je vois avec de plus en plus d’appréhension l’idée d’un Sud-Congo gagner du terrain. Mirage ou dure réalité ? J’espère que les chantres du PCT se rendent compte qu’ils sont en train de faire le lit de la partition du Congo. Le Sud du Congo est aujourd’hui un volcan endormi. Il peut se réveiller d’une manière brutale. J’aimerais tant que Poaty Pangou ait tort devant l’histoire, mais j’ai l’impression que le PCT s’apprête à lui donner raison.

Poaty sera-t-il l’homme à qui l’histoire a fini par donner raison ? Pauvre Congo !

Télécharger l’intégralité du texte : PCT souhaite diviser le Congo

Dr Pascal Malanda (Congoalternance2016@gmail.com)

(Extrait de congo-liberty)

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Dr Pascal Malanda - dans Congo-Brazzaville Sassou Nguesso PCT Sud-Congo

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