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3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 08:17
Congo, Dossier Pétrole : Voici comment Denis Christel Sassou Nguesso, le fils du président, détourne et dilapide des millions de dollars du pétrole congolais à Genève via Philia S.A…

Congo, Dossier Pétrole : Voici comment Denis Christel Sassou Nguesso, le fils du président, détourne et dilapide des millions de dollars du pétrole congolais à Genève via Philia S.A…

C’est un étrange contrat qu’une source anonyme a fait parvenir à l’ONG suisse La Déclaration de Berne, spécialisée dans les recherches sur la corruption des dirigeants africains, et que révèle l’hebdomadaire suisse Le Matin Dimanche ce 1er mars 2015. Un contrat signé Denis Christel Sassou Nguesso qui confère à une petite société, Philia S.A., établie à Genève le droit exclusif d’exportation du pétrole raffiné congolais.

Le président congolais Denis Sassou Nguesso et sa femme (h,g); le fils du président, Denis-Christel Sassou Nguesso (h,d); le père et le fils (bas) | Photos : DB / JA / 27avril.com

Denis Christel Sassou Nguesso, fils du président congolais Denis Sassou Nguesso, est aussi le PDG de la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC) et administrateur général de la Congolaise de raffinage (Coraf). Il a ainsi toute autorité de confier à des intermédiaires des cargaisons de diesel. Mais si ce contrat éveille les soupçons, c’est que la société en question, Philia SA, créée le 24 octobre 2012, selon le registre du commerce de Genève, est inconnue dans le petit monde genevois du pétrole, et que selon les opérations dont Le Matin Dimanche a obtenu les détails, son rôle semble relever davantage du parasite que du facilitateur d’affaires. Il n’y a pas eu d’appel d’offres pour la sélection de Philia SA comme intermédiaire, et elle est autorisée à prélever 2 % de marge, le double des pratiques du marché.

Philia SA, société inconnue aux pratiques suspectes

Ainsi, le 15 octobre 2013, Philia SA a reçu une cargaison de 43 891 tonnes de pétrole raffiné de la part de la raffinerie d’Etat congolaise Coraf et l’a revendue le même jour à la société AOT Trading AG à Zoug (Suisse) pour 29,4 millions de dollars. AOT achemine ce pétrole aux États-Unis, où se trouve l’acheteur final. Mais ce n’est que le 14 décembre 2013 que Philia SA vire la somme sur un compte de l’Etat congolais, prélevant 418 000 dollars de commission au passage.

Modèle d’affaire de la société Philia S.A à qui la société congolaise Coraf vend en exclusivité le pétrole raffiné en tout opacité | Source : DB

Ce délai de deux mois est lui aussi suspect, les pratiques du milieu étant plutôt de l’ordre de dix jours. Entre mai et novembre 2013, une douzaine de transactions ont eu lieu, laissant 2,8 millions de dollars de commissions à Philia SA.

Selon le registre du commerce, la société a un capital social de 100 000 francs suisses (près de 93 600 euros) et un seul administrateur, un certain Ikenna Okoli, ancien analyste chez Ernst & Young, actuellement banquier d’affaires établi à Signy-Avenex, village de 486 habitants au-dessus de Nyon, en Suisse, à 26 km de Genève.

Les profils LinkedIn permettent d’identifier cinq autres employés de Philia SA, dont le trader Jim Fleet, ayant travaillé à Genève pour les pétroliers russes Souz Petrolium, le responsable du risque et du crédit Jim de Root, et pour le développement, Daniel Ndiaye, un ancien de Total et de la Banque Natexis. La société a changé deux fois d’adresse en deux ans, elle a actuellement son siège dans la très sélect rue du Rhône, fameuse pour ses banques, ses bijouteries et ses magasins de montres de luxe.

Marc Guéniat, responsable des enquêtes de la Déclaration de Berne, a déclaré au Matin Dimanche : « Pour la Coraf, le choix de Philia SA comme partenaire n’est pas fondé sur des critères économiques, au contraire. Elle prend non seulement des risques financiers inutiles, mais se prive aussi de juteux bénéfices ». Marc Guéniat soupçonne que Philia SA agit sous la commande de Denis-Christel Sassou-Nguesso afin d’empocher une part des recettes pétrolières du Congo.

Au service des ambitions politiques de Denis-Christel Sassou Nguesso ?

La fiche info du fils fraudeurs du président congolais, Denis-Christel Sassou Nguesso | Infog : DB

Denis-Christel, le fils du président Denis Sassou-Nguesso, surnommé « Kiki le pétrolier », a déjà été épinglé à deux reprises pour ses dépenses extravagantes. En 2007, l’ONG britannique Global Witness publiait ses relevés de carte de crédit qui trahissait ses séjours à l’hôtel Bristol à Paris – alors que la famille ne possède pas moins d’une vingtaine de résidences parisiennes – et ses achats chez Christian Dior, Chistian Lacroix ou Louis Vuitton. D’autres achats plus récents ont été détaillés par l’enquête des juges français sur les biens mal acquis (BMA) : 473 796 euros pour de l’habillement entre 2005 et 2011 dans plusieurs boutiques parisiennes de luxe, ainsi que sept voitures – Porsche Cayenne, Maserati, Bentley coupé et autres. La plupart de ces achats avaient été réglés par des virements en provenance de banques suisses.

Ces millions engrangés par la société Philia SA à Genève sont-ils destinés à continuer d’assouvir sa fièvre d’achats de luxe ? Pour un expert de la politique congolaise, qui préfère garder l’anonymat, c’est plutôt une explication politique qu’il faut chercher. « Tout le monde est en train de se résoudre à une nouvelle candidature de Denis Sassou-Nguesso à la présidentielle en 2016, dit-il. Mais plusieurs ambitieux préparent le coup d’après, dont son fils Denis-Christel ainsi que Jean-Dominique Okemba, ancien patron des services et actuel patron de la BGFI Bank Congo. Chacun tente de constituer un trésor de guerre pour se profiler dans l’après Sassou ».

Denis-Chistel Sassou-Nguesso, lui-même, cache à peine ses ambitions. Dans une interview accordée en janvier 2014 à Jeune Afrique, il déclarait : « Avant d’être le fils du président Sassou Nguesso, je suis un citoyen congolais, avec les mêmes devoirs mais aussi les mêmes droits que mes compatriotes. À ce titre, et si un jour je décide de le devenir [chef de l’État, NDLR], ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, je le ferai savoir clairement et publiquement. À ce moment-là, les Congolais qui auront à se prononcer devront comprendre que cette ambition est aussi noble et légitime que celle de tout autre compatriote. Ils ne devront pas la percevoir comme illégitime a priori parce que je m’appelle Sassou Nguesso ».

Voici le communiqué complet de l’ONG suisse « Déclaration de Berne » sur cette affaire de Denis-Christel Sassou Nguesso et Philia S.A

L’argent du pétrole congolais dilapidé à Genève

Lausanne, le 2 mars 2015 – Une enquête inédite de la Déclaration de Berne (DB) révèle comment le négociant suisse Philia profite d’avantages indus au détriment de la raffinerie publique congolaise, la Coraf, administrée par le fils du président, le très notoirement corrompu Denis Christel Sassou Nguesso. Dépourvue de référence dans l’univers opaque du négoce, Philia a obtenu de «Kiki», sans appel d’offre et à des conditions douteuses, un contrat exclusif pour l’exportation de produits pétroliers. Cette affaire est emblématique des problèmes qui gangrènent le secteur des matières premières, en premier lieu les risques de détournement de la rente aux dépens de la population des pays producteurs. Sur la base de documents exclusifs, la DB a analysé le modèle d’affaires de Philia et les clauses d’un contrat, conclu en 2013, liant cette petite société de négoce à la raffinerie étatique de la République du Congo.

Ce contrat et les factures en notre possession ne laissent aucun doute: Philia a bénéficié des largesses de la Coraf. Cette dernière offre notamment du financement gratuit à la firme genevoise, lui permettant au passage d’échapper aux procédures de conformité (compliance) que les banques mettent en œuvre avant d’accorder un prêt pour financer les transactions. Philia agit comme un pur intermédiaire entre la Coraf et les marchés internationaux, se contentant de revendre immédiatement ses cargaisons à des tiers, parmi lesquels d’autres négociants suisses. Elle empoche ainsi des profits substantiels sans fournir aucun effort logistique. Ces avantages ont permis à cette société aux mains d’un actionnaire unique de se faire une place dans l’aval pétrolier, sur le dos de la population congolaise.

Il faut dire que la Coraf est un véritable gouffre financier pour le trésor public congolais. Depuis trois ans, l’Etat ne perçoit pas un centime en contrepartie du pétrole qu’il octroie à la raffinerie. Le fait que celle-ci soit dirigée par le fils du président, qui contrôle l’intégralité des ventes de pétrole de cet Etat ultra-corrompu, n’y est sans doute pas étranger. Alors que la population vit dans la misère, Denis Christel Sassou Nguesso se distingue par ses dépenses faramineuses, minutieusement recensées dans le cadre de l’instruction menée en France de l’affaire dite des «Biens mal acquis». Il y a dix ans, un tribunal londonien montrait aussi comment il avait bradé, à son propre profit, d’importantes quantités de pétrole brut étatique revendues à Glencore et Vitol.

L’histoire de Philia raconte comment les contrats pétroliers peuvent être pipés dans les arcanes du pouvoir, tout en gardant les apparences de la légalité. La transparence des paiements et des contrats conclus entre les sociétés suisses et les entités étatiques permettrait de lutter contre le détournement de la rente par des élites corrompues. Le Conseil fédéral refuse toutefois d’adopter de telles dispositions pour les activités de négoce, en dépit des parts de marché importantes dont disposent les négociants suisses en Afrique sub-saharienne. La DB demande en outre la création d’une autorité de surveillance sectorielle, la Rohma, qui imposerait aux firmes des devoirs de diligence relatifs à leur chaine d’approvisionnement et à leurs partenaires d’affaires.

Plus d’informations dans le Rapport «Un contrat raffiné: les arrangements douteux de la société suisse de négoce Philia au Congo» (PDF, 6.2 MB, 1 mars 2015), ou le résumé du Résumé du rapport (PDF, 0.9 MB, 1 mars 2015) ou auprès de :

Marc Guéniat,
Déclaration de Berne
+41.21 620 03 02
Email : gueniat[at]ladb.ch

*Les menaces de Philia
En 2014, quatre rencontres ont eu lieu avec les dirigeants de Philia, qui ont aussi pu se positionner par écrit et relire la retranscription de leurs réponses. Malgré cela, plusieurs de nos questions sont restées sans réponse. Philia a par ailleurs tenté d’empêcher la publication de ce rapport par des procédures judiciaires. Elle a été déboutée sur deux de ses requêtes et a retiré les deux autres. Par avocats interposés, la firme genevoise a essayé vendredi encore de retarder la publication, indiquant notamment que Philia «ne cherch[ait] aucune publicité, son activité n’ayant pas de rapport avec le grand public». Nous estimons au contraire que les faits relatés ont un intérêt public indiscutable car les revenus générés par la vente du pétrole étatique congolais sont des biens publics.

Source [01/03/2015] Le Monde + Déclaration de Berne

Congo, Dossier Pétrole : Voici comment Denis Christel Sassou Nguesso, le fils du président, détourne et dilapide des millions de dollars du pétrole congolais à Genève via Philia S.A…
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