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16 novembre 2014 7 16 /11 /novembre /2014 09:40
[Congo-Brazzaville] Que sont les lois sans les moeurs, que sont les moeurs sans les lois ?

par Marcel Abigna -

Cette question lancinante d’Horace est l’une des questions fondamentales que doivent se poser nos élites surtout ceux des partisans du changement de la constitution ; les mœurs de la vie politique congolaise sont les plus rétrogrades quand on analyse en profondeur les travers que les congolais ont connu ; trois guerres civils, plus sept coups d’états, treize constitutions dont six en régimes d’exception, sans parler de crimes économiques ; comme on peut le constater la situation est d’une telle gravité que l’opposition a raison de solliciter auprès du pouvoir la mise à plat de tous ses maux.

C’est pourquoi dans les débats qui secouent notre pays les partisans du changement de la constitution font semblant de ne pas scruter en profondeur les arguments de l’opposition, des Assises Nationales, et ceux de la société civile qui sont d’une pertinence inouïe car ils oublient un peu trop vite notre passé commun, en un mot notre histoire.

A ceux qui ont la mémoire courte Karl Max dans sa grille de lecture nous le rappelle à juste titre que l’on connait les hommes par leurs pratiques sociales et leurs actes ; les vestiges de la culture du parti unique sont encore présents dans nos mémoires et dans nos esprits ; on se rappellera des faux procès contre Tchystère Tchicaya, Yombi Opangault, les tueries sommaires de Kibouala Kaya et bien d’autres, les arrestations arbitraires, les empoisonnements et autres pratiques d’un passé communiste jamais révolu.

Aussi une notre grille de lecture c’est celle des pères de la psychanalyse, qui, dans l’étude de la psychologie des profondeurs arrivent à déceler en nous nos déviances cachées, nos perversions, notre moi ; c’est ainsi que Freud, Nietzche, Karl Yung, nous aident à identifier la part cacher des comportements de nos hommes politiques, une chose est sûre c’est que nous avons identifié en plus de 30 ans de vie politique plusieurs maladies infantiles des hommes politiques congolais : c’est l’instinct de domination, l’instinct de conservation, l’égocentrisme, l’opportunisme, le mensonge, le narcissisme, la manducation, etc…

A la lumière de ces deux grilles on peut observer que les premières républiques postindépendance avaient plus de mérite, de vertu, que celles de l’ère du parti unique. La constance la plus courante des hommes politique congolais c’est celle de la régulation de la vie politique par la violence. Combien des hommes et des femmes sont morts par l’instinct de domination des uns et par l’instinct de la conservation du pouvoir.

L’autre grande faute enracinée dans nos mœurs c’est celle du non-respect de la norme et des règles communément admises; le pouvoir en place ne respecte pas les valeurs et les principes qui régissent toute démocratie ; plus grave les valeurs et les principes que lui-même s’est donné et qui sont contenus dans sa propre constitution à savoir la liberté, l’unité nationale, l’égalité, la justice.

Ces valeurs ne sont pas respectées au Congo ; en témoigne les récentes expéditions punitives contre Tsourou, maitre Malonga, Mpouele, Mankelé, et les membres de l’opposition congolaise dont Clément Miérassa et bien d’autres ; ces méthodes et ces habitudes ont toujours été celles du système en place : la régulation de la vie politique par la violence, le mensonge, la pensée unique, en un mot un système sans fondement moral. Les conséquences d’une telle vie politique sont multiples, c’est ce que l’opposition appelle crise multidimensionnelle.

Commençons par l’une des plaies des mœurs politiques congolaises c’est la politique politicienne dont le trait dominant est la politique d’arrangement, de combinaisons obscures, et autres artifices ; en effet nul n’ignore que hier le socle commun de la vie politique s’articulait autour des idéologies ; l’idéologie d’inspiration communiste, d’inspiration capitaliste, d’inspiration socialiste, d’inspiration social-démocrate ; les uns et les autres se regroupaient et tissaient des alliances en fonction du rapprochement de leurs valeurs ; et les acteurs s’affrontaient et se mouvaient selon qu’ils appartenaient à tel ou tel camp ; aujourd’hui au Congo les affrontement ne s’organisent plus sur les questions d’ordre idéologiques mais sur la question de savoir qui va contrôler au mieux le pouvoir d’Etat pour assouvir ses besoins et ceux de son clan et son groupe ethnique.

Une autre dimension des mœurs politiques congolaises c’est celle de la possession des biens matériels, car depuis l’aube des temps les responsables politiques congolais ont toujours pensé que la vie politique se résumerait pour eux dans l’enrichissement et dans la possession des biens matériels ce dans l’intérêt d’entretenir leur être biologique et de jouir des plaisirs des sens ; vivant dans une telle obsession ils sont sous l’emprise de la manducation c’est-à-dire la gourmandise qui est l’excès du boire et du manger ; or l’excès du boire et du manger ; c’est le sensualisme usurpant la place du spiritualisme ; c’est la chair victorieuse dans sa lutte contre l’esprit ; et pour y parvenir à cette fin les responsables politiques congolais ont pris en otage l’Etat et y ont fait de la fonction politique une fonction d’enrichissement afin de leur garantir le bien être.

Une des plus grandes faiblesses des mœurs politiques congolaises c’est la faiblesse d’ordre éthique, l’un des plus grands philosophes Athéniens Aristote qui a le plus penser la politique définit celle-ci comme une science du comportement dans la cité ; d’où l’importance qu’il a accordé aux vertus qui sont les rayons de lumière qui doivent éclairer ceux qui ont la prétention de pouvoir gouverner les autres. Aristote et son maitre Platon ont d’ailleurs classifié les vertus entre celles qui élèvent l’homme et les qualités qui abaissent l’homme ; au Congo les hommes politiques ont plus brillé par les qualités qui abaissent, telles, la haine, l’orgueil, l’intolérance, l’intempérance, la lâcheté, etc.…on comprend bien pourquoi le Congo est en manque des grands hommes d’Etat.

Soulignons aussi l’autre grand mal qui mine la société congolaise qui est la corruption. Aujourd’hui notre république est parmi la plus corrompue au monde, elle a atteint toutes les couches sociales ; en effet lorsque la république est corrompue, c’est-à-dire altérée, elle est rendue autre, elle n’est plus elle-même, elle est morte. Montesquieu dans l’esprit des lois disait qu’il faut obliger l’homme politique « d’avoir la vertu politique en république car elle concerne ceux qui ont charge l’Etat, pour qu’ils ne se mettent pas à le piller aussi, que les citoyens pour qu’ils ne préfèrent pas à sacrifier la rigueur indispensable au bien commun au profit de leurs commodités personnelles, sinon la république est une dépouille et sa force n’est plus que le pouvoir de quelques-uns ».

Après les indépendances la morale du pays élevait au pouvoir des hommes éminents surtout des hommes qui gardaient et observaient les mœurs de nos ancêtres et celles reçues de l’ordre colonial qui mettaient l’accent sur certaines vertus civiques telles l’honnêteté, le respect, la sobriété, la loyauté, l’effort dans le travail etc.…

Pour terminer notre propos on peut dire que le maintien de la concorde nationale n’est pas possible sans justice, car la justice est l’une des vertu cardinale de la bonne gouvernance de la république, or s’il n’ y a pas de droit sans justice, le droit n’incarne pas à lui seul la justice, la justice est une vertu publique, elle nécessite des hommes justes pour l’incarner dans leurs mœurs c’est-à-dire dans leurs manières d’êtres ; Machiavel nous montre avec une clairvoyance inouïe le rapport entre république et vertu publique qui rejoint d’ailleurs l’interrogation d’Horace, Machiavel écrit que « de même que les bonnes mœurs, pour se conserver, ont besoin des lois, et les lois, pour être observées, ont besoin des bonnes mœurs ». Les bonnes lois sont insuffisantes seules, il faut des bons gouvernants vertueux qui ont une haute idée du Bien et de l’intérêt général pour qu’ils puissent les observer.

On est en droit de se poser la question de savoir si la république du Congo Brazzaville ne ressemble pas à la république romaine avant sa chute ; c’est ce qui fait dire à Cicéron que les causes principales de la chute de Rome ce sont les vices, l’injustice, la corruption, en un mot l’immoralité des romains.

Le philosophe Sénèque précepteur de Néron n’avait pas tardé de faire ce constat amer sur la république de Rome, il déclare : « ce ne sont point les barbares qui ont détruit l’empire romain, ce sont les vices qui ont vaincu les triomphateurs du monde et tout ce que la vertu avait élevé s’écroula par les excès » ; Juvénal n’est pas en reste quand il déclare que : « l’univers asservi par les romains réclamait des vengeurs ; c’est la corruption, plus formidable que les armes qui s’est chargée de cette exécution. Tous les crimes, toutes les scélératesses ont fondu sur nous depuis que Rome a perdu sa pauvreté ; le luxe et les richesses ont brisé notre puissance »

Ce dont le peuple congolais redoute et reproche au pouvoir c’est de revivre pendant plus de 5 ans dans ce système faite de violence, de la corruption, du mensonge, du manque de liberté, d’intrigue, d’immoralité, d’injustice, de la police politique, d’intolérance, d’arrogance, du manque de respect des autres bref, on connait le lourd tribu que cela nous a couté alors faisons nôtre cette réflexion d’un politique italien du 18è siècle qui disait : « les nations vivent des qualités et des vertus de leurs hommes politiques ; elles meurent de leurs défauts, de leurs fautes, et de leurs crimes ». Que le peuple congolais nous donne ces nouveaux hommes et ces nouvelles femmes imbues des hautes vertus morales et spirituelles pour que le Congo Brazzaville retrouve sa beauté première qui a fait de notre pays le haut lieu de la liberté.

Marcel ABIGNA.

(Source : congo-liberty.com)

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Marcel Abigna - dans Congo-Brazzaville Sassou Nguesso PCT

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