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19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 07:38
(Congo-Brazzaville) Priver les Congolais d’eau potable est un crime contre l’humanité !

Par RIGOBERT OSSEBI -

Que l’on soit riche ou pauvre , dans quasiment tous les pays d’Europe, et particulièrement en France, il est un confort minimum auquel tout le monde a droit : c’est celui d’entrer dans une salle de bains, petite ou grande, d’allumer la lumière électrique et de faire couler l’eau d’un robinet.

Au total, un peu plus d’une vingtaine de litres d’une eau pure et transparente, pour se raser et se brosser les dents, pour une douche chaude – tiède ou froide – et pour tirer la chasse. Une eau souvent sans arrière goût que l’on peut boire sans inquiétude. Il en subsistera encore une bonne trentaine de litres à consommer pour le restant de la journée avant d’atteindre le quota-minimum : celui reconnu comme « un droit et un respect de la dignité humaine ».

Allez expliquer cela aux parents restés au bled, qui suffoquent sous les grandes chaleurs, sans eau pour se doucher… Ou comme ces derniers jours, à cause de grandes pluies, lorsque l’eau se remet à couler – d’un aspect boueux – et qu’elle est impropre à la consommation. Que faire, autrement que de la boire, lorsque l’on n’a pas les 500 FCFA pour s’offrir une bouteille d’Eau de Mayo et qu’il en faudrait trois ou quatre par jour pour toute la parcelle ? Alors, on ne compte plus les mortalités, les infections dont on se débarrasse difficilement, comme les amibes, et d’autres séquelles auxquelles on finit par ne plus faire attention.

Cela ne saurait déranger les nantis du régime. Il parait que bon nombre d’entre eux se font livrer l’Eau de Mayo par bonbonnes entières pour leurs douches et leurs bains.

Des centaines de milliards de FCFA de marchés attribués à des entreprises chinoises ou brésiliennes proches du tyran, et de l’incontournable Jean-Jacques Bouya, n’ont donné strictement aucun résultat, sauf l’enrichissement des quelques mêmes prédateurs. (Combien de puits ont été effectivement forés par ASPERBRAS pour les 400 millions de dollars qu’ils auraient déjà encaissés ?)

Trente années d’un pouvoir absolu du généralissime autocrate de l’Alima n’ont pas permis, à la population congolaise, un accès à l’eau potable. Mais cela ne saurait empêcher le dictateur de vouloir briguer un nouveau mandat présidentiel.

Alors, l’Eau de Mayo est devenue au Congo aussi indispensable à la vie que l’air que l’on y respire. Cela tombe bien, elle est entre les mains d’un ami du régime qui serait, selon de bien mauvaises langues, toujours prompt à organiser un anniversaire à l’épouse du président ou à verser, en quantité, du liquide à sa ministre de tutelle, l’indéboulonnable multicartes Claudine Munari… Affaire on ne peut plus juteuse dans un pays qui déborde d’eau que l’on ne veut pas rendre potable ! Vous avez bien lu : « que l’on ne veut pas rendre potable ! » L’argent du Congo a été prêté, par centaines de millions de dollars, à des pays africains bien plus pauvres qui ont assuré à leur population la fourniture d’eau et d’électricité dont les Congolais ne peuvent, eux, bénéficier !

Bafoué au Congo, ce droit à l’eau est tellement fort partout ailleurs, qu’au début de cette année le Tribunal Civil de Charleroi en Belgique, a interdit à la SWDE (Société Wallonne Des Eaux) de couper la fourniture d’eau à un abonné qui persistait pourtant à ne pas payer ses factures. Dans cette décision inédite, il a dit « qu’ordonner la coupure totale de la fourniture d’eau à un abonné, même si cet abonné accumule un grand retard de paiement, est, en l’état actuel de notre société, inconcevable […], contraire à la notion de dignité humaine”.

Et le Tribunal d’ajouter : “ ………il n’est pas raisonnable qu’une personne soit privée totalement d’eau. […] Les traités internationaux consacrant le droit à l’eau et la Constitution belge garantissant que chacun a le droit de mener une vie conforme à la dignité humaine, nécessitent […] que le juge « s’interroge” quand il lui est demandé de couper l’eau à un consommateur. » Pour le tribunal, “l’eau constitue une ressource commune et vitale à laquelle tout être humain a droit”.

Pour le Tribunal Civil de Charleroi, en effet, la SWDE “a une mission de service public qui touche aux droits fondamentaux de tout être humain, mission manifestement incompatible avec la possibilité qui lui sera donnée de procéder à une coupure totale en cas de défaut persistant du paiement des factures”. C’est une décision de principe, qui fera jurisprudence, puisque rendue par trois magistrats et pas par un juge seul ; et définitive, puisque statuée en Appel.

A moins de penser que les Congolais appartiennent à une autre espèce ou qu’ils vivent sur une autre planète, voilà qui devrait inspirer nos Juristes amis ! Et surtout inquiéter les dirigeants de la République du Congo, le Président Denis Sassou Nguesso précédant ceux de la SNDE et surtout le ministre des Grands Travaux, Jean Jacques Bouya, qui avaient tous les moyens financiers pour s’acquitter de leur devoir d’alimenter en eau les Congolais ; ils ont totalement failli à leur mission en préférant détourner massivement les fonds qui devaient y être consacrés….

Il se pourrait bien alors que cette défaillance persistante depuis trois décennies, pour favoriser l’enrichissement personnel considérable que ces personnes ont enregistré avec leur entourage, relève d’une juridiction spéciale, en France pour sa compétence internationale et pourquoi pas celle du Tribunal Pénal International de La Haye ?

Pour nous éclairer, voici la définition des crimes contre l’humanité selon le Droit Pénal Spécial en France : « Les crimes contre l’humanité désignent des atteintes à la vie et à la dignité de la personne humaine, commises en exécution d’un plan concerté, à l’encontre d’un groupe de personnes civiles, en temps de guerre ou non. Ces atteintes peuvent consister en la déportation, la réduction en esclavage, la pratique massive et systématique d’exécutions sommaires, d’enlèvement suivie de disparition, de la torture ou d’actes inhumains. Les crimes contre l’humanité doivent être inspirés pour des motifs politiques, philosophiques, raciaux ou religieux. La commission de ces crimes, comme leur tentative et leur planification, sont passibles de la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une peine de sûreté. »

Le fait que deux à trois millions de personnes depuis si longtemps soient privées d’un accès permanent à de l’eau potable – reconnu comme une atteinte à la dignité humaine selon la jurisprudence de Charleroi – et à une alimentation électrique suffisante, dans un pays riche de pétrole et de matières premières, pourrait-il justifier la citation des personnes susnommées devant une Cour Spéciale à Paris ou à La Haye ?

La réponse est : Oui !

Cet été à Marbella, dans son Palais, le dictateur avait piqué une colère contre ses enfants. Il est de notoriété publique que tous ses rejetons, issus d’une multitude de lits différents, se détestent au plus haut point. Aussi, ils ont été très nombreux à s’être rendus auprès de leur père durant ses vacances espagnoles, chacun à bord de son jet privé personnel ou de location. En apprenant que l’aéroport le plus proche, celui de Malaga Pablo Ruiz Picasso, était encombré par leurs petits avions, le dictateur était alors entré dans une colère noire. Il leur avait hurlé : « Vous ne savez pas qu’on nous observe en permanence ! Les Espagnols, les Français, les Américains regardent ce que nous faisons ! Vous croyez qu’ils ne voient pas comment vous vous déplacez avec vos avions et vos hélicoptères ? Vous voulez ma perte ? Vous voulez qu’ils me chassent ? »

Il est difficile de prédire ou de pronostiquer qui sera responsable du départ de Denis Sassou Nguesso et de toute sa clique, mais cet élément de jurisprudence mis en avant par ce Tribunal de Charleroi, qui n’est qu’à 200 kilomètres de La Haye et presqu’autant de Paris, ouvre une nouvelle perspective juridique et médiatique. Il serait absolument pertinent de saisir l’une ou l’autre de ces juridictions pour ce motif tout aussi valable que les Disparus du Beach, et qui a le mérite d’être encore présent et très aisément vérifiable.

Toutefois, dans un contexte politique délicat dans toute l’Afrique subsaharienne, le mécontentement des populations gronde particulièrement au bord du fleuve Congo. Il serait fort à craindre, et fort regrettable également, que cette « affaire d’eau » ne dégénère et ne pousse un jour prochain les Congolais excédés à la régler « à la Samuel Doe »… !

Sans mauvais jeu de mots… !

Rigobert OSSEBI

(Extrait de congo-liberty.com)

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Rigobert Ossebi - dans Congo-Brazzaville Sassou Nguesso PCT