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  • : Blog contre la corruption, la cupidité, l'avidité et la concussion (C.A.C.) au Congo-Brazzaville
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6 août 2014 3 06 /08 /août /2014 18:52
Où va le Congo-Brazzaville ?

OU VA LE CONGO ? -

Paris le 30 juillet 2014 -

On pose généralement ce type de question, lorsqu’on s’est trompé de direction. Le Congo-Brazzaville est-il dans la bonne direction ? A cette interrogation pertinente, il y a lieu d’en rajouter deux autres : d’où vient le Congo-Brazzaville et où en est-il ?

Le Congo-Brazzaville était le pays où l’école publique permettait aux enfants, quel que soit leur milieu social, d’accéder à l’instruction et aux méritants d’accéder au sommet de l’Etat. Un pays où l’enseignement supérieur n’avait rien à envier aux standards internationaux. Un pays où le système de santé publique était exemplaire. Les Congolais n’allaient pas mourir à l’étranger. Un pays où les salaires des fonctionnaires, les pensions des retraités et les bourses des étudiants étaient honorés dans les délais. Un pays où le pouvoir judiciaire était respecté. Un pays où les médias publics remplissaient leurs missions correctement. Un pays où la culture, les Arts, les lettres, le théâtre, la musique et le sport faisaient référence en Afrique. Un pays où le travail était reconnu et récompensé à sa juste valeur. Un pays où les Congolais avaient en permanence l’eau potable et l’électricité. Un pays qui était en Afrique, à l’avant-garde de la lutte contre le colonialisme, le néocolonialisme, l’Apartheid et l’impérialisme. Enfin, un pays où, pour tous, le rêve était possible, malgré une instabilité politique et en reconnaissant que tout n’était pas toujours parfait.

Cet état des lieux était une réalité à l’époque où, l’Etat congolais avait très peu de ressources financières, ayant comme pour principale matière première le bois, contrairement à la période actuelle où les redevances pétrolières font du pays un petit Emirat-équatorial. Le budget de l’Etat dépasse ces dernières années plus de 4.000 milliards de francs CFA. Il est souvent excédentaire. Il faut ajouter à cela, l’annulation totale en 2010 de la dette extérieure du Congo-Brazzaville, dans le cadre de l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE). Comment expliquer, que dans une période aussi prospère, le peuple congolais s’enlise dans la pauvreté en milieu urbain et la situation est en détresse en milieu rural ? Comment comprendre, que pendant ce temps, le gouvernement prête des milliards de francs CFA à certains Etats africains, sans consulter le Parlement ?

La réponse à toutes ces questions renvoie naturellement à la responsabilité de la classe dirigeante. Ces interrogations ne peuvent absoudre non plus les autres acteurs de la vie politique et la société civile. Chacun a sa part de responsabilité. Or, la réponse à ces interrogations, a toujours été traitée sous l’angle des règlements de compte, de la vengeance voire de la vindicte. C’est-à-dire : il y a d’un côté, le pouvoir en place qui fonctionne souvent en oligarchie et de l’autre, des opposants et des supposés opposants, qui revendiquent la bonne gouvernance et un partage équitable des richesses nationales.

Un constat affligeant a été établi par des observateurs les plus neutres, indiquant que : « Pour ne pas avoir tiré les leçons calamiteuses de l’héritage du parti unique, les dirigeants politiques congolais semblent être en marge des évolutions démocratiques qui se sont produites en Afrique depuis le début des années 1990 ». Les élections ne se déroulent pas dans la transparence et ne reflètent pas la volonté réelle du peuple Congolais. La culture démocratique peine à s’enraciner.

Le débat sur la révision, la modification ou l’abrogation de la constitution du 20 janvier 2002, qui divise la classe politique à l’heure actuelle, apparaît comme la volonté du pouvoir en place, de se maintenir et d’assurer sa pérennité, au lieu de se préoccuper des problèmes cruciaux des Congolais. La décadence du Congo-Brazzaville, qui pourrait emporter le pays tout entier, est visible sur l’état moral et physique d’un peuple désespéré, abîmé et usé par la pauvreté et la misère sociale.

Le débat sur la Constitution du 20 janvier 2002, pose la question élémentaire de la définition de la loi. La loi a un caractère général et impersonnel. La constitution est un rempart contre l’arbitraire. Si cette Constitution est taxée à présent d’anomalie par ceux là même qui l’avaient promulguée et qui exigent sa révision ou son abrogation, c’est sans doute parce qu’elle n’avait pas été élaborée pour l’intérêt général et la stabilité du pays. Dans un Congo qui peine à solder le passif colossal du parti unique, où le pouvoir n’a jamais été octroyé par la loi, sauf en 1992, le débat sur la Constitution du 20 janvier 2002 ne règle rien, mais ajoute une confusion supplémentaire, qui assombri davantage l’avenir d’un pays déjà miné par l’injustice, la violence et la corruption.

Aimé Césaire a dit : « Lorsqu’une civilisation ne parvient plus à résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement, c’est une civilisation décadente ». Par extension, nous pouvons affirmer que : « Lorsqu’un régime politique ne parvient plus à résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement, c’est un régime politique décadent ».

La Constitution du 20 janvier 2002 avait été proposée par le pouvoir, approuvée par référendum et promulguée par le chef de l’Etat, pour permettre aux institutions politiques de fonctionner conformément à la loi. Pourquoi veut-on la réviser ou l’abroger, alors qu’il est prévu dans ses articles, des dispositions claires permettant de régler les questions liées à la limitation des mandants et à la limite d’âge à l’élection présidentielle? Il n y a pas de vide juridique, parce que la loi a tout prévu.

Dans une démocratie, on ne modifie pas la loi avant de régler un litige, au contraire, on applique la loi pour le régler. Quel Congolais, justiciable ou non, peut-il accepter, que la loi soit modifiée avant de départager les parties dans un litige ou un conflit ? Dans ces conditions, à quoi sert la loi et que veut-on régler ? Cela est grave en droit commun et une source d’insécurité et d’instabilité lorsqu’il s’agit de la Constitution sensée régler le fonctionnement de l’Etat et des institutions politiques. C’est un appel d’air aux aventuriers. La création par ci par là, « des comités de sages » exigeant la modification de la constitution pour permettre au président Denis Sassou N’Guesso d’être candidat à sa propre succession en 2016, n’est prévue nulle part dans la constitution. Pourquoi fait-on ce que la loi n’a pas prévu ? Pourquoi ces « sages » n’avaient-ils pas été consultés au moment de l’élaboration de cette constitution ? On semble renouer avec une tradition politique tant décriée, où la conspiration était la méthode de prédilection pour s’emparer du pouvoir politique. Il n’existe pas au Congo-Brazzaville une jurisprudence sur la transmission légale du pouvoir par la loi sauf par un coup d’Etat.

Ce qui parait consternant, c’est qu’en 2016 le Congo-Brazzaville aurait pu expérimenter et corriger pour la première fois de son histoire cette tare, or, la démarche des prétendus « sages » et de certains dirigeants au pouvoir, vise à rendre impossible l’application de la Constitution. C’est comme si, une allergie chronique empêchait certains dirigeants politiques congolais de respecter et d’appliquer les lois. C’est une attaque contre le droit et la démocratie. Comment une Démocratie peut-elle exister, dans un contexte politique où les lois constitutionnelles ne sont jamais appliquées ni respectées ?

Ce constat étant fait, il s’agit de proposer des solutions efficaces et d’agir au plus vite. Plus le temps passe, plus les dégâts de la mauvaise gouvernance produisent des effets irréversibles. D’autre part, il y a lieu d’éviter les erreurs du passé, c’est-à-dire, tout ostracisme et tout manichéisme. Eviter tout jugement hâtif, excessif et sans nuance. Reconnaitre ce qui a été bien fait pour rassembler le plus largement possible le peuple Congolais il serait faux et injuste d’affirmer que le gouvernement n’a rien fait. L’unité nationale demeure le socle fondamental sur lequel doit se fonder toute action politique. Le combat politique doit être centré sur l’application des lois, pour le respect du peuple congolais, la stabilité, la crédibilité et l’honneur du Congo. Le Congo est en retard, il doit s’arrimer au plus vite, à l’élite des pays Africains engagés pour la liberté, la démocratie, le respect et l’application des lois.

Lorsqu’en décembre 2010, les révoltes arabes éclatent et entrainent la chute de certains gouvernements autocratiques, les régimes d’Afrique noire où la démocratie est encore imaginaire, tremblent. Une certaine opposition congolaise réclame d’urgence un dialogue national sans exclusive, pour mettre tous les Congolais sous l’arbre à palabre afin de se pardonner mutuellement et amnistier les bourreaux qui diront la vérité pour déboucher sur la mise en place de nouvelles règles de jeux politiques justes et équitables. Le pouvoir en place réagi et invite tous les acteurs de la vie politique, les confessions religieuses et les associations à une concertation nationale. Une frange radicale de l’opposition refuse et réclame les états généraux de la Nation et qualifie d’escroquerie la proposition du pouvoir. Pendant ce temps, une autre opposition se réuni en congrès à Genève au mois d’avril 2014 pour réclamer le départ sans condition du président Sassou N’Guesso et de son système en 2016. Une autre organise à Paris en juin 2014 les premières assises nationales pour l’alternance démocratique au Congo-Brazzaville.

Dans ce petit pays, où la politique est un exercice national et permanent, le peuple a souvent compris la marche de l’histoire bien avant les dirigeants politiques. Si la révolution socialiste a été un leurre, le parti unique une escroquerie et la démocratie pour l’instant une fiction, c’est parce que certains dirigeants politiques, aux yeux du peuple Congolais ont souvent été des aventuriers et des opportunistes, rarement à la hauteur des enjeux.

Il ne s’agit pas de faire la guerre aux dirigeants politiques en place, mais de les remplacer et de démontrer, que le Congo peut être gouverné autrement, dans l’unité, la justice, la fraternité, la solidarité, la paix et la transparence pour l’intérêt général. Il est impérieux d’enraciner par l’éducation et la culture les fondements de la démocratie, cela prendra beaucoup de temps.Autrement dit, le Congo ne survivra pas aux crises ni aux soubresauts politiques. La culture du Pardon, peut aider à sauver le Congo par la réconciliation.

La priorité maintenant, est de proposer et de mettre en place un programme alternatif de développement économique et social qui apportera des réponses concrètes aux problèmes de la pauvreté et de la misère sociale qui déciment les Congolais. Pour cela, il faut des dirigeants politiques exemplaires, honnêtes et crédibles aux yeux du peuple. Or, sur ce point, plusieurs dirigeants politiques dans la majorité et certains dans l’opposition rasent les murs. Il y a visiblement un vide à combler. Le peuple congolais regorge de talents, de bonnes volontés et de vocations plus que par le passé, qui ne demandent qu’à s’investir et agir, sans rancune et sans vindicte, pour l’intérêt du Congo. L’exemple unique et sans précédent de Nelson Mandela en Afrique du sud, peut servir de modèle dans cette démarche.

Qui est capable aujourd’hui de rassembler l’ensemble du peuple Congolais et de proposer un projet politique viable,garantissant les libertés, la démocratie, l’état de droit, les droits de l’homme, la séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice, la liberté de la presse, l’arrêt de la corruption, de l’impunité, la répartition équitable des efforts et des richesses et surtout une économie diversifiée garantissant le plein emploi, le bien-être social de tous, tout en prévoyant celui des générations futures ?C’est ce que le peuple congolais attend en vain depuis des décennies.

Le Congo-Brazzaville n’est pas encore une démocratie, parce que l’alternance politique n’est pas encore une réalité. Il est dans une impasse politique, entre des dirigeants qui s’accrochent au pouvoir et déterminés à le conserver et une opposition disparate, sans leader, mal organisée, sans moyens, sans programme, mais déterminée à lutter. Pendant ce temps, le peuple Congolais s’enlise dans la pauvreté et la misère sociale. Ce bras de fer ne permet pas pour l’instant à quiconque, de savoir exactement où va le Congo-Brazzaville, alors que tout le monde sait d’où il vient et où il en est.

Paris, le 30 juillet 2014

Appolinaire NGOLONGOLO

Journaliste, écrivain

Diplômé de l’INA de Paris

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