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2 août 2014 6 02 /08 /août /2014 15:22
(Congo-Brazzaville) «Sassou N’Guesso pense qu’il est celui que Dieu a choisi pour diriger le Congo éternellement»

Anatole Limbongo-Ngoka : «Sassou N’Guesso pense qu’il est celui que Dieu a choisi pour diriger le Congo éternellement» -

by Officiel Brazzanews -

Le débat en cours au Congo Brazzaville qui porte le changement de Constitution n’a pas laissé la société civile indifférente. Notre rédaction s’est rapprochée d’Anatole Limbongo Ngoka, acteur politique, co-fondateur de la Plateforme de la société civile pour le respect de la Constitution du 20 janvier 2002 et président de la Confédération africaine des travailleurs chrétiens (CATC), pour recueillir son point de vue. Dans cette interview qu’il a bien voulu nous accordée, il explique les raison qui ont fait que leur Plateforme se lancé dans débat pour dénoncer les motivations de ceux qui sont actuellement au pouvoir, le Parti congolais du travail. Ce changement dont il est question aujourd’hui, n’est qu’une façon pour le président Denis Sassou N’Guesso de se maintenir au pouvoir.

BrazzaNews : Vous avez fait une déclaration sur la Constitution de 2002 placée sous le thème : La Constitution de 2002 et la bonne gouvernance. Pourquoi ce thème ?

Anatole Limbonga-Ngoka : Nous avons choisi ce thème à cause du débat actuel qu’il y a dans le pays sur le changement de Constitution. Actuellement, le parti au pouvoir, les hommes du président Sassou veulent faire croire à la population que la Constitution de 2002 pourrait être une source de sclérose du pays. C’est pour cette raison que nous avons choisi ce thème pour montrer que la Constitution ne peut en rien êtreun obstacle à la bonne gouvernance et encore moins à l’approfondissement de la démocratie comme veulent le faire croire les gens du pouvoir. Dans une première phase on a défini la place et le rôle d’une Constitution dans un pays et plus quelles sont, dans la terminologie actuelle,ce que l’on entend par bonne gouvernance et puis on a regardé en quoi cette Constitution n’empêche pas la bonne gouvernance mais intègre les éléments qui permettent aux dirigeants de bien gouverner. Il n’y a aucune disposition qui peut promouvoir la mauvaise gouvernance. Il n’y a rien du tout. Ce sont-là des arguments qui n’ont aucun fondement.

Vous dites aussi aller au changement de Constitution c’est donner une fois de plus la chance au président actuel de demeurer au pouvoir…

Évidemment si l’on change cette Constitution c’est justement pour qu’il puisse se maintenir au pouvoir et préparer certainement un successeur. Lui le souhaite et non pas tel que le Parti congolais du travail peut le vouloir… En fait le président Denis Sassou N’Guesso a une conception du pouvoir très égocentrique et oligarchique. Ça se sent d’ailleurs dans tout son parcours. Quand on regarde le Pct et sa façon de fonctionner ; on dirait même que ce parti est devenu un petit moziki. Parce qu’aujourd’hui le Pct n’a plus de programme. A l’époque de Marien Ngouabi, il y avait des programmes qui étaient esquissés au niveau du parti. Aujourd’hui, il suit la volonté d’un homme : Sassou. S’il dit on va à gauche, tout le monde va à gauche ; s’il dit à droite, tout le monde va à droite. Et personne ne peut proposer une autre trajectoire si ce n’est lui-même.

En quoi les articles 57 et 58 font-t-ils alors peur ?

S’ils font peur c’est simplement parce qu’ils limitent le nombre de mandats ; puisqu’on dit qu’un président n’est rééligible qu’une seule fois et que par ailleurs l’âge limite est de 70 ans. Comme on le sait tous, le président Sassou a dépassé 70 ans, donc il ne peut pas prétendre d’être candidat. Il est en train de terminer son deuxième mandant et sur ces deux dispositions, il ne peut plus être candidat. Et l’homme ça ne l’intéresse pas. Il pense qu’il est certainement celui que Dieu a choisi pour diriger le Congo sésé-séko (Ndlr : éternellement). Il n’y a pas d’homme sésé-séko malheureusement. Il y en a un qui avait le nom de sésé-séko qui a même fuit son village. Il n’avait pas peut-être bien évaluéles choses à temps. C’est vraiment inutile de faire ce genre de choses.

Puisque vous vous opposez au changement de la Constitution du 20 janvier 2002. Quels sont les points positifs qu’elle contient quand bien même elle aurait été taillée sur mesure?

Bien sûr qu’elle avait été taillée sur mesure. Puisque Sassou n’a toujours eu que des Constitutions qui lui convenaient. On va faire un petit rappel historique. Nous sommes en 1979, le Comité militaire du parti vient de terminer ; le 3ème congrès extraordinaire du Pct vient de se tenir et Sassou est président du Comité central du Pct. En juillet une Constitution est votée. Mais taillée sur mesure par Sassou, dans laquelle nous avons un régime inventé par lui-même ; il est président de la République mais il y a un premier ministre qui n’est pa du tout responsable devant le Parlement. Et il a géré les premiers ministres : Louis Sylvain Ngoma et Ange Edouard Mpoungui. Il les a gérés sans qu’ils n’aient eu la moindre responsabilité que devant lui-même.

Après arrive la Conférence nationale souveraine, c’est peut-être parce qu’il a été devant un rapport de force qui lui a été défavorable. On se souvient encore de tous ces gens du Pct qui sillonnaient encore le pays en disant à bas le multipartisme… Jusqu’à ce qu’il y ait la grève de la Confédération syndicale des travailleurs du Congo pour qu’il accepte pour que le multipartisme se passe tout de suite. Comme le rapport de force lui était défavorable, le Pct avait voté la Constitution du 15 mars 1992.Il l’avait fait par opportunisme. Il l’a démontré d’ailleurs lorsqu’il y a eu crise institutionnelle, ils ont bloquéLissouba. Et après la guerre de 1997, en tirant donc les leçons de tout ça que le président Sassou a choisi cette Constitution avec un régime présidentiel.

Un régime qui est très antimonarchique d’ailleurs. Tel qu’il a été conçu aux Etats Unis. Parce que la nouveauté de ce régime vient des Etats-Unis, en 1787. La séparation des pouvoirs est claire. Nous avons un pouvoir exécutif, un pouvoir législatif et un pouvoir judiciaire. A ce moment-là, c’est entre ces trois pouvoirs que les intérêts de la Nations doivent être trouvés. Il faut qu’il y ait un dialogue entre ces trois pouvoirs. Ça fait 226 ans que les Américains gèrent avec ça. Treize (13) petites colonie de 4 000 000 d’habitants, devenue une puissance économique et militaire avec près de 50 Etats et 30 000 000 d’habitants, vit avec la même Constitution. Il n’y a pas mieux que l’Amérique. Qu’on ne nous raconte pas des histoires. J’ai même entendu le ministre ThierryMoungalla dire que cette Constitution empêche l’approfondissement de la démocratie. Quel est le pays le plus démocrate que les Etats-Unis ? Mais si le régime présidentiel empêchait l’approfondissement de la démocratie, les Etats Unis ne seraient pas un Etat démocratique.

Au sein de Pct il y a ceux qui pensent qu’il est souhaitable que Sassou-N’Guesso parte en 2016 c’est-à-dire qu’ils sortent par la grande porte et d’autres qui pensent qu’il doit être reconduit pour achever son programme de société…

Certainement mais beaucoup ne veulent pas s’exprimer ouvertement. Au moins, il y a deux personnes qui se sont exprimées : l’une par les médias de façons ouverte, c’est André Okombi Salissa, qui a donné sa position en disant « non » au changement de la Constitution, et il y a Charles Zacharie Bowawo, qui a écrit un ouvrage intitulé l’imposture ethnocentrique. Lui aussi, il donne même un conseil au président Sassou : il y a deux chemins à prendre celui de Mndela qui a quitté humblement le pouvoir ou celui de Moungabé qui change les Constitutions, qui fait des coups d’état de Palais. Quant aux autres membres du Pct, ils attendent peut-être les débats au sein du parti… Ce qui est sûr, il y a deux éminents membres qui se sont exprimés en disant qu’il ne faut pas changer de Constitution.

Que peut être votre commentaire sur les propos de Pierre Ngolo quand il invite les militants et membres du parti à se préparer au débat sur la Constitution et d’attendre entre temps les orientations de la direction politique ?

Mais les membres éminents du parti se sont déjà exprimés. Justin Kumba, Pierre Mabiala, Thierry Moungalla, EtékaYémet… Ca ressemble à un secrétaire général Hypocrite. Puisque tout le Pct s’exprime au moins pour la tendance qui est pour le changement de Constitution. Tantôt on entend qu’il y a les jeunes et les femmes de Bacongo qui ont demandé le changement de la Constitution de 2002 ou alors c’est Makabana (département du Niari, au sud du Congo Brazzaville) pour nous faire croire que c’est le peuple qui s’est exprimé. Mais un peuple s’exprime à travers les débats. Comment voulez-vous qu’un peuple qui se lève un matin (dont la grande majorité n’a même pas lu les grandes lignes de cette Constitution) pour demander le changement de cette Constitution ? Vous voyez bien que ça ne repose sur rien ; c’est de la manipulation. Eux, ils sont habitués à la manipulation. Ils n’ont appris que ça dans les pays de l’est. Ils ont été formés pour faire de la propagande noire ou blanche.

C’est cette manipulation à laquelle le Pct s’est habitué depuis sa création. Si Pierre Ngolo les fait attendre c’est simplement parce que le président Sassou doit devoir évaluer par rapport à la communauté internationale : comment ces gens vont réagir s’il faisait un passage en force ? Et il veut se rassurer. Ngolo est obligé de faire attendre les gens comme quoi le président n’est pas encore prêt. C’est ce que ça veut dire. Ils n’ont aucune vision pour le pays. Lui-même Pierre Ngolo n’a aucune vision pour le Pct. Il n’y a qu’à voir la façon qu’il a été élu, lui qui est un conservateur. Il n’a rien et fait ce que Sassou lui demande de faire.

Propos recueillis par Patrice Oko

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Patrice OKO - dans Congo-Brazzaville Sassou Nguesso PCT

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