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14 août 2014 4 14 /08 /août /2014 12:06
(Congo-Brazzaville) Le paradoxe Sassou Nguesso

Le Serment du 25 octobre 1997

« Devant la Nation et le peuple congolais, seul détenteur de la souveraineté, moi, Denis Sassou Nguesso, Président de la République, je jure solennellement de respecter et de défendre la forme républicaine de l'Etat, de remplir loyalement les hautes fonctions qui viennent de m'être confiées, de garantir le respect des droits fondamentaux de la personne humaine et les libertés publiques, de protéger et respecter le bien public, y compris les ressources et les richesses naturelles, de garantir, promouvoir et consolider la paix, de rétablir, renforcer et préserver l'unité nationale, l'intégrité du territoire et l'indépendance nationale ».

Du parcours politique aux « discours démocratiques »

Brazzaville, samedi 25 Octobre 1997, au centre de la scène du Palais des congrès un homme prête serment sur l'Acte fondamental de la transition et devant une Cour Suprême nommée six ans plus tôt par lui même. Son nom, Denis Sassou Nguesso.

Dans son discours d'investiture, il s'engage à respecter la forme républicaine de l'État, les libertés fondamentales et les biens publics.

Le 05 Juin 1997, en réaction à une agression dont il dit avoir été victime (alors que seule sa villa aurait été encerclée par dix blindés des forces de sécurité sans qu'aucun tir ou impact de tir n'ait été décelé, comme le rappelle le magazine L’Autre Afrique1, celui qui est désormais Président autoproclamé du Congo Brazzaville se lança dans une guerre qui opposera durant quatre mois et demi, sa milice privée aux forces du Président démocratiquement élu (au moment des faits), mais désormais déchu, Pascal Lissouba. Tout y passera : tirs d'obus, Mig-21, viols de femmes, assassinats d'enfants et d'adultes, destructions des infrastructures de la capitale Brazzaville, etc.

Certains esprits retiendront de cette nuit du 05 Juin 1997, bien qu'accompagnés de dix blindés, que les agents des forces de sécurité ont été dans l'incapacité de procéder à l'interpellation d'un assassin, chez M. Sassou Nguesso, ex-Président devenu simple citoyen au moment des faits, ne détenant aucune arme lourde (?) et qui dormait tranquillement chez lui.

D'autres esprits, quant à eux choisiront, s'ils le souhaitent, de s'interroger sur un phénomène hors du commun qui consiste à partir d'un lit de résidence privée à un siège de Présidence de la République en l'espace de quatre mois et demi, avec au passage plus de 300 000 morts, au total, qui justifient amplement le qualificatif de génocide attribué à la tragédie congolaise de 1997.

Pour notre part, eu égard aux exigences qui sont celles d'un Congo meurtri en ce début du XXIe siècle, nous avons choisi de nous interroger sur le sens et la valeur qu'il convient d'accorder aux promesses faites le 25 Octobre 1997 par le Président autoproclamé du Congo Brazzaville, M. Denis Sassou Nguesso.

M. Denis Sassou Nguesso, tel que le souligne sa biographie bien connue de tous, du moins pour ce qu’il veut qu’on sache, a entamé sa carrière politique, très jeune, sous le Gouvernement Youlou, après avoir suivi une formation d'instituteur, puis par la suite, de militaire dans une école algérienne, dont il sortira sous-officier. Au sortir de cette formation académique, l'homme connaîtra une ascension fulgurante dans les cercles du pouvoir de l'époque au point de jouer un rôle actif, dès 1968. Par exemple, plutôt que de remettre les « auteurs » d’attentats ou de coups d’Etat présumés à la Justice de la République, l’homme Sassou s’illustre dans la répression et l'élimination physique de ces derniers. Pas de témoins, pas de prisonniers, pas de justice. Telle est sa devise. C’est le sort qui fut réservé à Pierre Kinganga en 1970 et à Ange Diawara et compagnons en 1972, etc.,

De mars à avril 1977, suite au décès par coup d'Etat du Président de l'époque, son Excellence Marien Ngouabi, M. Denis Sassou Nguesso qui fut son dernier ministre de la défense assume l'intérim du chef de l'État pendant quinze jours dits « Semaines rouges », avant de confier les rennes du Congo à un autre officier de l'époque, M. Joachim Yhombi. Mais ce fut pour une durée très courte puisque dès le 5 Février 1979, M. Sassou devenu entre temps Colonel s'empare à nouveau du fauteuil Présidentiel, et cela jusqu'en 1992.

Au cours de ces treize années de règne (qui constitue un record de longévité dans l'histoire de la république congolaise), le Congo-Brazzaville, nonobstant d'énormes moyens financiers générés par un secteur pétrolier devenu entre temps la branche motrice de l'Économie, sombrera dans des difficultés dont il ne semble s'être jamais remis. En effet, le système Sassou Nguesso, dès 1979, passera par trois étapes successives, toutes préjudiciables au développement du Congo, à savoir :

Une phase de divination du Chef de l'État

Au cours des premières années de son règne, M. Sassou Nguesso s'attellera à concentrer entre ses mains, à la fois le Pouvoir législatif, le Pouvoir exécutif et le Pouvoir judiciaire, que complètera ensuite le Pouvoir médiatique. Il en découlera un terrorisme d'État tel que le rappelle Albert Bourgi qui, dans une des livraisons du magazine Jeune Afrique, relate la nature policière de l'État congolais de l'époque où le Président Sassou avait droit de vie et de mort sur ses compatriotes.

Il en découla une institutionnalisation de la violence et de l'arbitraire, ainsi que de la présidence à vie (que viendra entraver la conférence nationale de 1991), une accentuation de la tribalisation et de la mercenarisation ensuite des forces de sécurité. « Dans un tel climat, des notions comme « respect des libertés fondamentales » furent réduites à de pures élucubrations ».

Une phase d'appropriation des ressources de l'État congolais

Le système gouvernant le Congo, et incarné par la personne du Président Sassou Nguesso, s'octroya durant cette seconde phase, la plupart des profits dégagés de l'exploitation des ressources du pays, enregistrant sur le compte de l'État le seul passif de ces opérations d'exploitation et de malversation. On assista durant cette période à l'institutionnalisation des détournements non réprimés et orchestrés par une oligarchie au pouvoir, aidée en cela par un secteur privé étranger. Parallèlement, la dette extérieure de l'État congolais s'accentua, puis le pouvoir en place hypothéqua, pour de nombreuses années, les ressources de l'État congolais. Dès lors, une oligarchie d'origine nationale associée à un secteur privé étranger confisqua pour de longues années, la majorité des biens de l'État congolais. En somme, cette phase fut caractérisée par un non respect de l'ensemble des biens publics.

Une phase de tribalisation de la société congolaise

Au cours de cette phase, le Président Sassou Nguesso, s'attela à propulser pratiquement à la tête de tous les secteurs d'activités, bon nombre de ressortissants de la région dont il est originaire, cela au mépris des règles élémentaires de compétence ou encore des exigences de performances relatives à ces fonctions.

Dès lors, les structures concernées furent souvent caractérisées par des dysfonctionnements notoires, au sujet desquels il est permis de penser qu'ils furent fort préjudiciables à l'État congolais, tant sur le plan national qu'international (diplomatie, etc.).

Dans le même temps, des critères officieux (facteurs de discrimination fondés sur l'appartenance ethnique) virent le jour dans l'attribution d'allocation d'études relatives aux formations les plus prestigieuses, cela au nom d'une politique des quotas censée certes servir l'ethnie du président de l'époque (Denis Sassou Nguesso) ; mais il n'est pas certain qu'elle ait contribué à consolider une unité nationale qui aujourd'hui encore fait défaut au Congo.

Sur le plan politique, la prééminence d'un monopartisme à outrance caractérisée par des approches réfractaires à toute aspiration démocratique, eu égard à la répression (voire élimination physique) à laquelle s'exposait tout auteur de contestation ou critique politique relative à l'action du PCT (Parti Congolais du Travail), le parti du Colonel-Président Denis Sassou Nguesso.

Dans ce contexte, la marginalisation d'une grande partie de la population permit aux congolais de découvrir, avant l'heure, la réalité à laquelle renvoie la notion de « Fracture sociale » employée des années plus tard par un candidat à l'élection présidentielle française.

La démocratie dans ce Congo-Brazzaville des années 1979-1992 apparaissait comme une chose dont ne saurait s'accommoder une classe dirigeante ayant opté pour un communisme tropical caduc fondé sur la perversion des règles de la vie publique, et donc sur la négation de la forme républicaine de l'État.

Il semble donc bien, au vu de ce qui précède, que le parcours et la gestion politiques de M. Denis Sassou Nguesso durant ces treize années (1979-1992) soient aux antipodes des promesses « démocratiques » formulées par le nouveau Président autoproclamé au cours de la cérémonie d'investiture du 25 Octobre 1997, tant du point de vue du respect des libertés fondamentales, que de celui du respect des biens publics ou encore de la forme républicaine de l'État.

Mais qu'en est-il de ses actes et de ses discours les plus récents ?

Dès la fin des années quatre vingt dix, dans la foulée du discours fort célèbre du Président français de l'époque, au cours du sommet de la Baule, et suite au déferlement d'une vague de démocratisation insufflée par un vent venue d'Europe de l'Est, le Congo Brazzaville, au même titre que le Bénin ou encore le Gabon connaîtra une conférence nationale, à l'issue de laquelle les représentants du peuple de ce pays parviendront à contraindre le pouvoir en place à instaurer le multipartisme. Un gouvernement de transition fut mis en place, puis par la suite, en 1992, un nouveau Président, Pascal Lissouba dont le passé était bien connu des congolais, et dont malheureusement le règne sera à l'image de celui de son prédécesseur, fut démocratiquement élu.

Cependant, les esprits les plus lucides relevèrent déjà à l'époque le soutien apporté par M. Sassou et son parti, le PCT, à Pascal Lissouba, au second tour des élections susmentionnées : cette attitude du perdant de 1992, fut alors décrite dans certains milieux crédibles, comme étant la première étape d'un retour prochain de M. Sassou Nguesso à la tête du Congo.

En effet, entre 1992 et 1997, bien que le Congo soit parvenu à atteindre un taux de croissance économique avoisinant les 5%, il n'en demeure pas moins que cela n'eut que peu d'incidence sur l'amélioration des conditions de vie d'une population congolaise qui, en plus de sa misère déjà notoire, connaîtra deux guerres qui la marqueront au fer rouge : M. Lissouba, aidé en cela par son prédécesseur dont de nombreux collaborateurs étaient passés du côté du Président démocratiquement élu, afficha durant ses cinq années de règne une inaptitude chronique à administrer de manière efficiente la Cité congolaise, offrant ainsi la possibilité à son allié de 1992, et désormais successeur, M. Sassou Nguesso, de poser dans son livre la question suivante aux congolais : « Êtes vous plus heureux qu'il y a cinq ans ? »

Une question à laquelle il apporta lui-même, ensuite, toujours dans son livre, une réponse négative, se substituant là encore à un peuple congolais qu'il avait déjà privé de parole durant les treize années de son règne antérieur. Paradoxalement, dans un entretien intitulé « j'ai changé », accordé par M. Sassou Nguesso à un magazine dédié à l’Afrique2, l'homme annonça sa conversion aux vertus de la démocratie, durant sa longue traversée du désert - mise à l'écart des affaires -, affirmant notamment que « si la plupart des dirigeants avaient accepté de se remettre à l'école (de la démocratie), en toute modestie, on aurait pu éviter les heurts de ces dernières années. »

A la question de savoir s'il était convaincu de la nécessité de la démocratisation du continent noir, M. Sassou répondit qu'« on ne peut penser que l'Afrique soit inapte à la démocratie, ou qu'elle doive se contenter d'une démocratie de seconde zone. C'est un processus unique de liberté, de participation des peuples à leur propre existence, à la gestion de la cité. »

Hélas, quelques mois plus tard, des faits concrets allaient ensuite apporter la confirmation de l'ampleur du décalage existant entre les discours et le parcours de M. Sassou Nguesso, attestant ainsi que l'homme n'avait malheureusement pas changé.

En effet, au cours du retour au Congo de l'épouse de ce dernier, après de nombreux mois passés en France, les partisans de M. Sassou Nguesso se chargeront d'accueillir celle-ci à l'aéroport avec des chants guerriers3.

Quelques jours plus tard, un climat analogue, renforcé par la présence d'hommes armés, entourera également le retour au bercail du Général Sassou Nguesso. Il s'en suivra une opposition militaire aux institutions établies, laquelle débouchera sur une atroce guerre, opposant la milice de M. Sassou Nguesso aux autorités en place. Bilan : plus de 10 000 morts avec en plus, un environnement, une économie et un peuple brisés pour longtemps.

Ainsi, comme le dit une sagesse africaine, à beau rester dans l'eau le bout de bois n'était pas devenu crocodile.

Armé d'une détermination qui naquit au premier jour de sa défaite de 1992, M. Sassou, nonobstant un séjour prolongé et forcé au pays des Droits de l'Homme, nonobstant des déclarations verbales d'auto-conversion à la démocratie, est parvenu en cette fin d'année 1997, à reconquérir le pouvoir par la seule force des canons (mortiers, kalachnikovs, lance-roquettes, Mig-21, etc.) d'une milice Cobra, de mercenaires de tous genres et de diverses nationalités et de troupes d'invasion venues de pays voisins (armées angolaise, tchadienne, marocaine, gabonaise, etc.).

Le 25 Octobre 1997 dans le même palais des Congrès qui abrita jadis une conférence nationale qui offrit au Congo ses premières élections démocratiques, celui que l'on appelle désormais le Général-Président s'autoproclama Chef de l'État et du gouvernement congolais.

Au lendemain de cette cérémonie d'auto-investiture, et alors même que le Général-Président appelait à la réconciliation nationale, la milice cobra de M. Sassou, aidée de soldats angolais, procédait à l'extermination de plusieurs jeunes résidant dans le quartier Bacongo de Brazzaville, au seul motif de leur origine ethnique et de leur éventuel soutien antérieur à M. Bernard Kolélas, Député-maire de Brazzaville en exil.

Ainsi fut apportée l'ultime démonstration du paradoxe Sassou Nguesso.

Aussi, à l'heure où le nouvel homme fort, filleul de la Françafrique, parle d'instaurer la démocratie au Congo, nos questions premières reviennent-elles, plus que jamais, en guise de conclusion :

- Quelle crédibilité accorder aux promesses « démocratiques » d'un homme dont les discours sont en décalage avec les actes ?

- Quel sens donner aux assertions d'un homme qui affirma lors de la conférence nationale congolaise qu' « il n'est point nécessaire d'enjamber d'autres corps pour aboutir à la démocratie »4, mais qui, hélas, vient de prendre activement part à l'une des guerres les plus meurtrières qu'ait connues le Congo ?

- A quelles réalités peuvent renvoyer des notions comme « respect des libertés fondamentales, respect des biens publics, respect de la forme républicaine de l'État », lorsqu'elles émanent d'un homme dont les canons viennent de contribuer à la négation du Droit à la vie dont est censé jouir tout congolais ; dont les canons viennent de contribuer à la destruction d'édifices publics et privés ; dont le non respect des institutions établies, non respect matérialisé par la détention illégale d'armes de destruction massive, attestent du peu de crédibilité qu'il accorde à la forme républicaine de l'État ?

- Est-il possible qu'un tel homme puisse croire aux vertus de la Démocratie après avoir laissé parler sa foi en celles des canons lors de son accession au Pouvoir ?

Au-delà du fait que ce livre risque d'être perçu comme une forme d'attaque contre le régime du parachuté de Paris au Congo, puisse-t-il, néanmoins, permettre au pouvoir de Brazzaville de réfléchir et contribuer à une vie plus sereine et viable de telle sorte que tous les Citoyens Congolais se sentent sécurisées et que cessent, le climat de complot permanent, la politique de la terre brûlée, les pratiques et crimes crapuleux dits « politiques », comme cela était de règle sous le système de parti unique.

Malheureusement, en Afrique, les Chefs d'État n'apprécient guère ce genre de choses. Pour eux, critiquer et condamner leurs pratiques, méthodes et gestion de la chose publique est un crime de lèse-majesté qui va, en dehors d'autres tracasseries, jusqu'à l'élimination physique de celui qui a osé troubler leur breuvage.

La Nation a besoin de savoir, de connaître la vérité

Tout au long de mon cheminement dans ce livre, je n'ai cessé, au nom du Peuple congolais, et quoi que brièvement - parce que les faits sont connus de tous -, de rappeler à tous ceux et celles qui ont déjà trahi ou à celles et ceux qui, demain, trahiront à leur tour la Mémoire Collective Nationale au nom de leurs « intérêts » égoïstes et particuliers, ce qui doit être fait avant tout autre initiative, si salvatrice soit-elle dans l'intérêt de notre pays.

Des accords divers de paix et/ou de cessation des hostilités, à maintes reprises, ont été signés ici ou là. Il se trouve, aux très grands et profonds regrets du peuple Congolais au nom duquel on les a signés, que ceux-ci n'ont jamais été respectés, appliqués, encore moins suivis d'effet.

Ce qui revient à dire que nous pouvons encore signer, aujourd'hui ou demain, d'autres accords de paix et/ou de gouvernement que ceux-ci, comme d'habitude, ne verront jamais le moindre début d'application. Nous sommes en face d'une certaine race d'individus qui est hors du commun.

Ce n'est pas parce qu'on aura paraphé quelques papiers pour divertir l'opinion internationale que tout ira pour le mieux au Congo.

Ce n'est pas parce qu'on aura pris des lois d'amnistie qui, elles-mêmes sont sélectives, que la paix sera revenue dans le pays.

Après la guerre conventionnelle, l'autre guerre est-elle finie pour autant ? Les armes de la faim, de la soif, de privation de soins médicaux, de privation de la culture et du savoir, sont-elles remisées, enterrées, ont-elles cessées ? Y a-t-on mis fin ? Combien d'enfants suivent un cursus scolaire normal dans les régions sinistrées du Congo ? C'est donc que la guerre continue toujours, sous une autre forme. Celle-là, la communauté internationale ne la voit pas. Elle est incolore et inodore. Les ONG ont beau rédiger leurs rapports en direction de toutes les institutions internationales, on ne verra personne lever son petit doigt, parce que chaque jour qui se lève apporte d'autres priorités. Avant-hier, c'était le Rwanda. Hier, c'était le Kosovo, le Timor Oriental. Aujourd'hui, c'est le Soudan, le Darfour, etc. Et demain ?

Les armes à feu se sont tues au Congo. Le pays n'est donc plus prioritaire. Encore faut-il prouver, démontrer qu'il a jamais été prioritaire. Le droit de véto de quelque pays européen a tout fait pour que le Congo ne devienne jamais une priorité. Au nom du black out colonial.

Le pays regorge de charniers et de fosses communes non identifiés, non répertoriés. Les familles qui ont perdu qui un ou des parents, qui un frère ou une sœur, un cousin, une nièce ou un neveu et autres membres de famille, ont-elles été recensées en vue d'une indemnisation, si modeste soit-elle ? Les sinistrés (survivants) qui ont eu des biens meubles et immeubles détruits ou pillés et qui ont tout perdu (maisons, élevages, commerces, etc.), ont-ils été recensés et indemnisés ?5

Autant de contentieux qui annulent et rendent caducs tous accords de paix, de gouvernement, de réconciliation nationale ou de quelle que nature que ce soit.

Or, en imposant à tout un peuple sa propre volonté, peut-être aussi dictée par des motivations très particulières, celles et ceux qui auront agi dans ce sens n'auront fait que conférer la sacralité de l'impunité.

Les problèmes de la culpabilité ou de l’innocence de l’individu, de la justice rendue à l’accusé et à la victime, est la seule chose qui compte. Tant que la justice ne sera pas passée et le Droit dit, alors rien n'aura été fait pour calmer les esprits.

Nous sommes donc invités à ne pas faire l’impasse sur les victimes et les réparations qui leur sont dues. Les victimes sont souvent l’honneur de la Société. On ne peut donc rendre hommage aux Résistants sans condamner les collaborateurs, c’est-à-dire les bourreaux et les commanditaires.

L’oubli alimente le ressentiment. C’est le contraire du pardon qui ne va pas sans l’aveu, avait déclaré le Cardinal Decourtray à propos de l'affaire Touvier, en France, en avril 1992.

La réparation, morale et matérielle, due aux victimes, réparation dont le possible repentir du coupable ne saurait dispenser, n’a pas eu lieu. C’est un peu comme si les victimes étaient une seconde fois niées dans leurs droits au respect et à la dignité, ou plus simplement encore à la vie.

Nous sommes entrés dans l’Histoire, celle qu’on a l’obligation d’écrire et que l’on doit tout d’abord à ceux qui en furent les acteurs. Car la Nation a besoin de connaître la vérité, sa propre Histoire. Dans le cas où l’impunité survient en hâte, et permet d’esquiver ce travail nécessaire, des pages entières du passé sont arrachées et l’identité est affectée6.

En France, parce que le procès du régime de Vichy n’a pas vraiment eu lieu et que l’on a voulu oublier trop vite cette sombre période, sous prétexte de la réconciliation nationale, la justice a été promue comptable de l’Histoire et l’on a assisté à une dangereuse confusion entre la droite et la mémoire.

« (...) L’amnistie est un rendez-vous manqué de la mémoire nationale » (Henri Rousso, à propos des lois d’amnistie de 1951 en France).

Certes, il faut pardonner. Mais le pardon met à nu l’existence de la souffrance, de l’injustice. Il suppose une relation restaurée, transformée, entre victime et coupable, c’est pourquoi on peut dire que seule la victime est en droit, en position de pardonner.

Le pardon n’excuse rien, il libère la victime de l’obsession, de son tourment et du ressentiment, tandis que le coupable est appelé à se transformer après s’être repenti (s’il en est capable). C’est donc l’offensé qui prononce le pardon.

A ce propos, le Professeur René Rémond écrit d’ailleurs avec justesse :

- « Il n’y a de pardon authentique que dispensé par qui a été offensé ou maltraité et en réponse à un aveu sincère, accompagné d’un vrai repentir (...), sinon c’est confondre miséricorde divine avec le pardon d’homme à homme ».

Tout homme a droit à l’erreur et s’il agit avec intime conviction, sincère, cette attitude diminue sa culpabilité.

Erreur de jugement ou culpabilité de comportement ? Seule la Justice peut répondre, et il est inadmissible de s’y soustraire. Certains actes sont prescrits par le droit et la morale : ainsi la torture et les exécutions sommaires, la discrimination raciale, ethnique, clanique, les prises d’otages, les arrestations arbitraires et les emprisonnements sans jugements. Ce sont là des interdits.

Or, opter pour la sacralisation de l’impunité des tortionnaires, n’est-ce pas banaliser la torture ? En revanche, établir les faits et les responsabilités en toute vérité et justice consiste à semer les graines d’une éducation aux Droits de l’homme qui s’appuie sur la responsabilité individuelle et collective. Cette dernière n’innocentant pas la première.

Une fausse paix qui laisse couver sous la cendre les restes encore vifs d’une idéologie perverse est plus dangereuse que l’affrontement et la contradiction7.

Ce message s’adresse à celles et ceux de l’intérieur comme de l’extérieur du Congo qui, mus par la cupidité séculaire qui les caractérise depuis la nuit des temps, s’arrogent le droit de tout s’approprier.

Jean-Claude Mayima-Mbemba

(Extrait de La violence politique au Congo-Brazzaville. Devoir de mémoire contre l'impunité, L'Harmattan, Paris, 2008. ISBN : 978-2-296-05216-1)

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1Cf. : L’autre Afrique, n° 05, p. 18.

2Cf. : Jeune Afrique, n° 1898, pp. 24-26.

3Jeune Afrique, n° 1890, p. 23.

4Jean-Claude Mayima-Mbemba, assassinats politiques au Congo-Brazzaville. Rapport de la Commission Ad'hoc "Assassinats" de la Conférence Nationale Souveraine (25 février-10 juin 1991), ICES, 2004 (épuisé).

5Souvenons-nous qu’à la fin officielle de la guerre en octobre 1997, Sassou Nguesso avait ordonné à ses Cobras (milice privée) : « Je vous laisse carte blanche pendant cinq jours. Puisque je n’ai rien à vous donner, vous faites ce que vous voulez… ». Ce qui fut fait. Tous les quartiers sud de Brazzaville et toutes les régions Sud du pays, particulièrement celle du Pool, furent pillés, vandalisés, saccagés.

6Jean-Claude Mayima-Mbemba, op. cit.

7Jean-Claude Mayima-Mbemba, op. cit.

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Jean-Claude Mayima-Mbemba - dans Congo-Brazzaville Sassou Nguesso PCT

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