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11 août 2014 1 11 /08 /août /2014 11:11
(Congo-Brazzaville) 11 août 2014 |  Par Jecmaus  LE VOYAGE OFFICIEL DE FULBERT YOULOU, 1ER PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DU CONGO AUX ETATS UNIS D’AMERIQUE (21-24/11/1960)

Les Président Fulbert Youlou du Congo-B et John Kennedy des USA

DECLARATION

du Président de la République du Congo Abbé Fulbert YOULOU à la Presse américaine (08/03/1961).

Entre l’Amérique et nous, il y a toutes les raisons de nous comprendre et de vivre en grande amitié.

Comme nous, l’Amérique a débuté comme colonie, elle a gagné son indépendance avec le concours de la France. Et le Général de Gaulle est pour nous, en dehors d’autres titres à notre reconnaissance, ce que représente la Fayette à vos yeux.

Il est même bien davantage puisqu’il est Président de la Communauté. Il est à la fois la Fayette et Washington. La Communauté groupe 13 Républiques. N’aviez-vous pas aussi 13 étoiles à votre premier drapeau, lorsque furent constitués les Etats Unis d’Amériques ?

L’Amérique était, voici 200 ans, un immense continent à peine peuplé, où aucune richesse n’était mise en valeur. Deux siècles plus tard, l’Afrique fait ses premiers pas dans le même sens que le vôtre. Elle a le même avenir devant elle.

C’est l’union qui a fait vivre votre force. C’est l’union qui fera la force de l’Afrique. Nous devons éviter de nous diviser, comme le firent les Balkans ou l’Amérique Centrale.

La civilisation moderne ne s’accommode pas de petits Etats. L’ère nouvelle est celle des grands ensembles, et tous nos efforts doivent tendre à constituer ces grands ensembles.

Telle était d’ailleurs la pensée de l’Europe lorsqu’elle a créé le Bassin conventionnel du Congo en 1885 à Berlin. La Communauté s’efforce aussi de maintenir un ensemble au sommet. Et elle y parvient jusque dans l’indépendance.

Hier, à Bangui, nous avons décidé en commun, les quatre République de l’Afrique Equatoriale, de resserrer nos liens alors que nous formons déjà une union douanière. Nous nous considérons comme des Républiques sœurs, et il n’y a jamais de graves difficultés entre nous.

John Kennedy with Fulbert Youlou

Plus tard, nous pourrons avoir des rapports plus étroits avec d’autres voisins, notamment sur le plan économique. Car si le Marché Commun apparait nécessaire à l’Europe des Six, il est aussi souhaitable en Afrique pour y permettre l’installation de l’industrie.

Il n’y a pas d’usines là où il n’y a pas assez de débouchés et pas assez de clients. Il faut aussi que les clients aient un pouvoir d’achat et un standing de vie plus élevé. Notre tâche quotidienne doit nous permettre d’y parvenir.

Vous aimez la liberté, la concurrence et vous avez le gout de l’entreprise. Nous avons les mêmes ambitions. Vous êtes en avance sur nous dans le chemin de la vie. A vous de nous aider.

Et puisque vous êtes des hommes pratiques et des businessmen je vais vous dire comment le faire. Vous êtes intéressés à notre pétrole, avec Mobil, et au manganèse, avec US Steel. Venez faire aussi le barrage du Kouilou et transformer Pointe-Noire en ville industrielle. C’est le moment de vous décider. Dites-le de ma part en Amérique.

Le Président Fulbert Youlou flanqué de son Vice-président chargé des affaires étrangères, Stéphane Tchitchelle en concertation avec le Secrétaire générale des Nations Unies Dag Hammarskjöld

Et merci d’avoir entrepris ce voyage, d’être venus comme ambassadeurs de la presse et de l’opinion américaine. C’est parce que nous tenons en haute estime le Président des Etats-Unis, le Général EISENHOWER, que j’avais pensé lui offrir avec Zimbon (NDLR : éléphanteau vivant), un souvenir de l’Afrique.

Si heureux d’avoir pu vous souhaiter la bienvenue à Brazzaville j’espère qu’il me sera donné, à mon tour, de vous rendre votre visite, et d’aller vous voir aux Etats-Unis.

ALLOCUTION

du Président de la République du Congo Abbé Fulbert YOULOU

à son retour de New York (24/11/1960).

Mes amis, je veux tout d’abord vous dire ma joie de me retrouver parmi vous, chez nous, à Brazzaville, après ces quelques jours d’absence.

Nous avons conquis notre indépendance et nous en sommes fiers. Nous sommes aujourd’hui des peuples libres, des peuples responsables de leur destin et, dans quelques jours, nous allons célébrer ensemble les fêtes de notre indépendance.

(NDLR : le 28 novembre, date de la proclamation de la République du Congo)

Mais nous devons tous nous pénétrer de cette vérité que l’indépendance, ce n’est que trop évident, nous fait assumer à nous tous, maintenant, des responsabilités accrues.

Je dis : à nous tous, parce que nous avons tous voulu cette indépendance, parce que notre pays, le Congo, doit résoudre ses problèmes. Ces problèmes, les nôtres, sont graves et nous n’avons pas le temps à perdre.

Comme j’ai déclaré le 18 novembre devant l’Assemblée générale de l’ONU, il y a les problèmes économiques, c’est-à-dire, à la fois ceux qui concernent notre vie quotidienne, comme ceux qui relèvent de l’avenir, et qui peuvent se résumer en un mot : construire et développer l’économie du Congo.

L’ère de l’assistance est terminée. Il faut passer à la coopération. Mais une coopération qui soit une véritable coalition des uns et des autres contre l’iniquité des situations économiques.

Cette coopération doit reposer sur trois principes : elle doit, tout d’abord, être paritaire, c’est-à-dire que nous devons être traités sur un pied d’égalité ; elle doit être globale, c’est-à-dire effectuée à l’échelle des besoins des grands ensembles régionaux ; elle doit, enfin, viser à l’établissement d’une infrastructure de base.

Ensuite, il y a les problèmes économiques.

Au uns comme aux autres, je ferai face, vous le savez. C’est pour cela que vous m’avez investi de votre confiance et j’ai conscience de faire mon devoir.

C’est moi qui ai eu l’honneur de présider à nos destinées en cette période historique. Je vous donne l’assurance que je ne faillirai pas à ma mission. Je me sens assez de force, assez de foi en nous, aussi, pour être capable de la mener à bien jusqu’au bout. Mais j’ai besoin de vous sentir tous unis. J’ai besoin de votre soutien, car, croyez-moi mes frères, la tâche est rude et nous ne sommes pas encore au bout de nos difficultés. Mais cela ne m’effraie pas, puisque vous êtes là, puisque je vois qu’il y a en nous, en vous, assez d’enthousiasme et assez de courage.

Que vous soyez unis et que vous m’aidiez, c’est pour moi, croyez-le, la condition essentielle et aussi un gage de succès.

Mais la grandeur de notre tâche est telle que nous avons besoin aussi de l’aide fraternelle des nations qui sont plus avancées que nous sur la route du progrès. J’ajouterai ceci, qui est essentiel : si les pays industrialisés veulent apporter une contribution décisive aux progrès économiques de notre jeune Etat, c’est à long terme et à un faible taux d’intérêt qu’il leur faut nous prêter.

A côté de cet effort en provenance des organismes financiers internationaux, la République du Congo entend faire appel aux capitaux privés. Il a été décidé d’accorder à ces derniers des garanties solides, de nature à créer entre l’Etat et les entreprises l’indispensable climat de confiance.

La France ne nous a jamais marchandé son aide, mais nos problèmes sont d’une telle ampleur que nous devons faire appel à la solidarité de l’ensemble des nations industrielles. Je crois que nous y parviendrons. Je l’ai dit à l’ONU et j’espère que nous serons entendus.

Mais c’est aujourd’hui, en comparant l’attitude des uns et des autres, que nous constatons à quel point la France était désintéressée.

Nous ne recherchons pas n’importe quelle aide, à n’importe quel prix et croyez-moi, ce n’est pas facile à faire comprendre aux intéressés. Je m’y suis cependant employé et mon effort n’est qu’a son début.

Le monde industriel possède d’immenses moyens de production. Mais, alors que la France partage son pain avec nous depuis des dizaines d’années, d’autres, qui sont plus riches qu’elle, se sont enfermés dans des systèmes économiques égoïstes. A ceux-là, il faut faire comprendre que l’on n’a pas le droit de gaspiller le pain tant que le dernier des hommes ne mangera pas à sa faim.

L’évangile nous enseigne que nous ne sommes que des dépositaires de richesses que nous croyons posséder. Or je demande, la notion de « surplus » n’est-elle pas immorale aux temps que nous vivons ? Est-ce faire preuve de fraternité que de bruler des récoltes pour maintenir les cours internationaux ? Est-ce faire preuve de fraternité que de transformer en baudruche de propagande ce fameux plan d’assistance aux pays sous-développés ? Il s’agit bien d’envoyer à coups de milliards des fusées dans la lune, alors que notre vie quotidienne est encore mal assurée.

Cela, il est de mon devoir de le faire comprendre aux nations qui ne l’ont pas encore compris. J’ai commencé à le faire et je le continue sans relâche.

Au besoin, je me ferai le pèlerin de cette fraternité qu’il nous faut retrouver.

Mais, en attendant de pouvoir mettre en œuvre des vastes plans de développement économique pour lesquels nous avons besoin d’aide, nous allons commencer par faciliter les investissements chez nous. Des mesures sont à l’étude et je veillerai à ce qu’elles aboutissent très vite.

Sur le plan politique, vous savez quelles sont nos préoccupations.

Nos frères d’en face n’ont pas eu la même chance que nous et l’indépendance du Congo ex-belge à plonger ce pays dans le chaos.

Ce qui se passe à Léopoldville et dans tout le territoire nous concerne directement et c’est pourquoi j’ai voulu dire aux Nations-Unies que nous devions bien dresser le constat de la faillite de leur intervention.

Il n’y a, aujourd’hui plus qu’une solution : c’est que ce soient les Africains eux-mêmes qui prennent l’affaire en mains : il n’est pas contestable que les Nations-Unies, au début de leur intervention, ont fait preuve des meilleurs sentiments. Mais, nous sommes bien obligés de juger leur action à ce seul résultat.

Aussi, il ne faut compter que sur nous-mêmes pour débrouiller les fils qui ont été emmêlés depuis cet été. C’est le conseil de famille africain, qui, seul, peut y parvenir.

Le conseil de famille africain, composé de tous les Chefs d’Etats africains de bonne volonté saura, lui, faire cesser le chaos et dresser le programme de restauration congolaise. Mais, pour cela, il faut que l’ONU nous laisse les mains libres.

J’ai développé, le 18 novembre, devant l’Assemblée générale des Nations-Unies, un thème qui est cher à mon pays et qui peut se résumer en quelques mots : « l’Afrique aux Africains ». Cette idée fondamentale, qui est dans la nature même des choses, a pourtant été relevée par l’honorable délégué de l’Inde qui, pour tenter de justifier l’action que mène son pays au Congo ex-belge, a invoqué le principe de l’universalité inscrit dans la charte des Nations-Unies.

Je lui ferai remarquer, en premier lieu, qu’il est assez mal venu de se faire aujourd’hui le champion de l’universalité alors qu’il a voté le 28 septembre dernier, une résolution de l’Assemblée générale extraordinaire qui charge, dans son article 3, les représentants d’Asie et d’Afrique d’une mission de conciliation au Congo.

Conformément à cette résolution, le Canada, l’Irlande, et la Suède, qui sont membres du Comité consultatif, ont été écartés de la mission de conciliation. Ceci m’amène à poser une question : en quoi l’Inde est-elle plus intéressée que le Canada, l’Irlande ou la Suède à la solution du problème congolais ?

En quoi, les pays asiatiques, tout aussi éloignés de l’Afrique que les pays européens ou latino-américains, sont-ils fondés à s’occuper de nos affaires. Je veux bien reconnaitre que le principe d’universalité constitue l’un des fondements de notre organisation. Mais que ceux qui ont été les premiers à l’écarter hier ne l’invoquent pas aujourd’hui.

En second lieu, je rappellerai au distingué représentant de l’Inde que l’article 52 de la charte reconnait l’existence d’accords ou d’organismes régionaux « destinés à régler les affaires qui, touchant au maintien de la paix et de la sécurité internationale, se prêtant à une action de caractère régional ».

Qui plus est, le troisième alinéa de cet article prévoit que le Conseil de sécurité doit « encourager le règlement pacifique des différends d’ordre local par le moyen de ces accords ou de ces organismes régionaux ».

N’est-ce pas là une disposition claire et précise, applicable à tous les continents ? Si l’Afrique, en raison de sa récente évolution politique, n’a pas encore eu le temps de mettre sur pied un tel organisme, d’institutionnaliser ses rapports, elle n’en est pas moins habilitée à tenter de régler les problèmes qui l’intéressent, avant toute intervention extérieure.

C’est pourquoi j’ai proposé la convocation d’une conférence des Chefs d’Etats d’Afrique Noire, chargée de promouvoir un règlement pacifique de la crise que traverse le Congo ex-belge. Nul ne saurait s’opposer à cette initiative qui entre bien dans le cadre de la charte et qui me parait seule de nature à ouvrir la voie à un règlement de l’affaire congolaise.

Je l’ai dit à M. Hammarskjöld. Je me suis entendu avec M. Kasavubu. Nous allons, dès maintenant, réunir les Chefs africains et le Conseil de Famille va prendre ses responsabilités.

Nous ne devons pas nous dissimuler que notre tâche va être rude. Mais je sais que nous réussirons parce que tous les Africains nous soutiendrons et, avec eux, tous les pays non africains raisonnables et sans arrière-pensées.

Je me réjouis d’avoir contribué à asseoir la délégation de M. Kasavubu aux bancs cd l’ONU.

Etroitement unis, nos pays, je l’espère, œuvreront pour le plus grand bien de tout le monde, dans l’ordre et le calme.

Revenant de l’ONU, j’ai tenu à m’arrêter à Paris pour prendre les contacts nécessaires à la coordination du barrage du Kouilou.

Vous savez que le Gouvernement a décidé de tout mettre en œuvre pour faire commencer ces travaux dans le plus bref délai. Comme suite aux négociations que j’ai eues à Brazzaville au sujet du barrage et dont je vous ai déjà entretenus, j’ai rencontré les dirigeants des sociétés Péchiney et Ugine qui représentent les consommateurs futurs du courant.

Cette œuvre immense, d’un intérêt capital, va aussi, dans un très proche avenir, contribuer efficacement à l’élévation du niveau de vie de nos concitoyens, tâche à laquelle mon Gouvernement s’est attelé avec la plus grande énergie.

Conscients des responsabilités qui pèsent sur nos épaules, nous veillerons à ce que, dans cette entreprise, tous nos droits soient respectés. Nous nous emploierons à obtenir en méme temps, les plus grands avantages au bénéfice de nos populations.

Discours restitué par Wilfrid SATHOUD

sathoudwilfrid@yahoo.fr

(Congo-Brazzaville) 11 août 2014 |  Par Jecmaus  LE VOYAGE OFFICIEL DE FULBERT YOULOU, 1ER PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DU CONGO AUX ETATS UNIS D’AMERIQUE (21-24/11/1960)
(Congo-Brazzaville) 11 août 2014 |  Par Jecmaus  LE VOYAGE OFFICIEL DE FULBERT YOULOU, 1ER PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DU CONGO AUX ETATS UNIS D’AMERIQUE (21-24/11/1960)

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Wilfrid Sathoud - dans Congo-Brazzaville