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28 juillet 2014 1 28 /07 /juillet /2014 09:52
(Congo-Brazzaville) Lettre aux dirigeants qui nous gouvernent et aux membres de l'opposition à propos des milices

Grâce aux médias qui ont l’immense mérite de relater tout ce qui se passe dans le monde, j’ai suivi les déclarations qui ont été faites par les Ministres Matthias Dzon et Christophe Moukoueké à l’assemblée générale des militants de l’opposition qui s’est tenue le 12 juillet 2014 à Brazzaville. Ils y ont révélé notamment que de nouvelles milices se créeraient avec les « cendres » des milices Cocoyes, Ninjas, Mambas et autres Nsilulus. J’espère qu’il ne s’agit que de simples rumeurs sans fondements qui ne seront pas avérées. Comme vous le savez, la rumeur est dangereuse. Elle peut engendrer des réactions sociales violentes. Elle place tout individu dans l’incertitude. Les mensonges qui se colportent sont pour la destruction de tout un peuple. Il suffit de répéter trois fois un mensonge pour en faire une vérité.

Au cas où ces rumeurs seraient avérées, et faisant mien l’adage koongo : « il faut toujours éteindre le feu qui couve sous les brindilles sèches pour prévenir un incendie », je me permettrais d’inviter à travers cette lettre, tous nos dirigeants actuels et ceux de demain, à tout mettre en œuvre, pour nous éviter d’autres calvaires. Car il faut toujours prévenir et donc éviter de subir les événements ou d’être surpris par ces derniers.

Messieurs les dirigeants qui nous gouvernent et les membres de l’opposition,

J’ai hésité, un moment, à vous écrire. Si je le fais, c’est que le besoin d’être entendu et d’être lu, aura été plus fort que ces voix des sceptiques ou des prophètes de malheur qui me disaient : « Tu ne vois tout qu’à travers le prisme de l’étranger où tu vis. La réalité sur le terrain au Congo est autre. A quoi bon ? Tu ne prêches et ne prêcheras que dans le désert. »Sic.

Citoyen de mon pays, animé d’un esprit, de fraternité, de concorde et attaché à la paix, la véritable paix, j’ai l’impérieuse obligation de lutter contre toute forme de désintégration du peuple Congolais dont je suis un maillon. Devant Dieu et les hommes, je dois m’éviter d’être complice ni en pensées, ni en actes, de la violence et de la guerre dont notre peuple n’a pas besoin. Comme je me dois aussi de déshonorer la guerre partout où elle pavoise, de la débusquer partout où elle couve. Pourquoi se taire dans notre société congolaise qui est devenue, entre autre, une société où ne règnent que les intérêts égoïstes, l’injustice, l’exclusion et l’exploitation, la violence dans chacune de ses expressions. Nos dirigeants et nous le peuple, nous sommes tous concernés et nous avons tout à dire. En paraphrasant notre compatriote Dina Mahoungou, tout citoyen digne de ce nom peut affirmer : « il faut donner la voix parce que si nous les hommes politiques, les intellectuels, les cadres ou les écrivains, nous ne faisons pas notre devoir, personne ne le fera à notre place. Par l’écriture, nous avons avec d’autres compatriotes, l’impérieuse capacité à dire ce que l’histoire n’a pas eu le temps de réparer, ce que le mauvais génie de l’homme a escamoté. »

A moins d’avoir la mémoire courte ou d’être amnésiques, rappelons-nous qu’au Congo, notre cher et beau pays, les populations ont trop souffert de ces conflits où les miliciens ont utilisé des armes pour terroriser, violer et tuer les civils, imposer leur volonté et atteindre leurs fins personnelles. Qu’elles soient gouvernementales comme la Défense civile sous le Président Alphonse Massamba-Débat, les milices ouvrières, estudiantines et paysannes sous les Présidents Marien Ngouabi et Sassou 1 , ou privées sous le Président Pascal Lissouba : les Cocoyes du Président Pascal Lissouba lui-même, les Cobras du Président Denis Sassou-Nguesso, les Mambas du Président Joachim Yomby-Opango, les Ninjas du Premier Ministre Bernard kolelas, les Requins du Ministre Jean-Pierre Thystère Tchicaya , et sous Sassou II, le front 400 du Ministre André Okombi Salissa, les Nsiloulous du Pasteur Ntoumi, les milices n’ont été d’une part que des instruments du terrorisme et de barbarie tant pour la conquête que pour la conservation du pouvoir et d’autre part des atteintes répétées aux droits fondamentaux du peuple, au massacre d’innocents, au viol des femmes, au pillage et à la destruction de nombreuses habitations, transformant des milliers de Congolais en personnes déplacées et sinistrées sans domicile dans leur propre pays. La région du Pool dont je suis originaire, est l’une des régions à en avoir payé le plus lourd tribut. Les blessures y sont encore béantes au sein de la population traumatisée. Je ne souhaiterais, en aucun cas, que les autres régions du Congo et leurs populations connaissent les affres de la guerre et les exactions que les milices ont commises contre ma région, le Pool, et ses habitants. Chat échaudé craint l’eau froide.

D’autre part, à ce que sache, de Liranga à Boko, de Kakamoeka à Ouesso, aucun compatriote, hormis ceux pour qui le pouvoir est au bout du fusil, ne veut plus encore entendre parler des milices, facteurs de divisions et de destruction. Les congolais devenus sages par le malheur, comme l’aurait dit Démocrite, veulent vivre dans un Congo véritablement pacifié.

Afin de bâtir au Congo un univers de progrès social, de liberté, de justice et de paix véritable dans le respect scrupuleux des règles de la démocratie pluraliste il y a trois mesures urgentes à prendre et que je me permettrais de proposer humblement à nos dirigeants : le Président de la République, les Ministres et Honorables Députés et Sénateurs :

La première est celle d’organiser à tout prix un dialogue entre tous les congolais, comme le Président Denis Sassou-Nguesso a bien voulu l’organiser pour nos frères centrafricains. Car sans le passage obligé par le dialogue et la négociation, seules voies en mesure de refermer les blessures et ipso facto de réconcilier les Congolais, aucune paix véritable ne pourra être réinstaurée au Congo.

L’autre mesure aussi importante que la précédente est l’adoption d’une loi interdisant la création des milices. Pour cela, je requerrais qu’il plaise à nos Honorables Députés tant originaires qu’élus au Pool, région dont le peuple a subi les pires exactions des milices, de l’initier. Je pense, entre autres, à nos Honorables Députés Adélaïde Mougani, Aimé Emmanuel Yoka, Brice parfait Kolelas, Bernard Tchimbambelela, Jean Martin Mbemba, Claude Alphonse Silou, Willy Masanga, etc. Que ce serait beau de voir la région du Pool, hier locomotive du Congo, dixit le Président Pascal Lissouba, devenir aujourd’hui la locomotive du train congolais de la paix ! Je parie que les autres Honorables Députés de la République que le peuple a élus, qui, à en croire leurs discours, sont des artisans et des adeptes de la paix, des hommes de réflexion et de méditation, des sages, la voteraient à l’unanimité et à main levée. Le plus grand et le plus heureux député n’est-il pas celui qui fait plus pour la paix du peuple ?

La troisième mesure est celle de mettre tout en œuvre pour restaurer la confiance de l’Etat et des populations envers l’armée républicaine, les forces de police et de gendarmerie, et de rénover l’éducation des esprits en inculquant à ces derniers de nouveaux sentiments en faveur de la tolérance, de la paix, de la justice, de la solidarité et de la générosité entre tous les Congolais. Car le Congo, comme l’Afrique d’ailleurs, a plus que jamais besoin de leaders visionnaires, de politiciens ouverts, moins indifférents aux souffrances du peuple ; de dirigeants capables de placer l’intérêt national au-dessus de leurs ambitions personnelles. C’est d’autant plus urgent que la plupart des maux dont souffre le peuple congolais découle du peu de soucis qu’en ont ceux qui dirigent ou aspirent à le faire. Que de conflits inutiles, de drames insupportables, l’on aurait évités, si les politiciens congolais étaient moins véreux et avaient une réelle volonté de justice, de paix, un peu plus de tolérance, moins d’injustice, notamment dans la répartition des richesses nationales.

C’est pourquoi, il revient à ceux qui nous gouvernent, le Président de la République, les Ministres, les Députés et Sénateurs ainsi qu’aux congolais eux-mêmes de comprendre que la guerre n’est toujours qu’une défaite ; celle de la pensée, de la sagesse, du débat démocratique. Elle est malheureusement le triomphe de l’ignorance, de l’égoïsme, de l’exclusion et de la compréhension. Elle n’est pas l’apanage des barbares, elle est barbarie.

Il leur revient aussi de comprendre qu’eux seuls d’abord devront apporter la paix au Congo, de mettre fin à leur divergences, à leurs conflits stupides et de développer notre pays, comme l’a dit le Président Fulbert Youlou « dans l’harmonie et la concorde mutuelle, unissant le nord, le sud, l’est et l’ouest du Congo dans un même idéal de paix, de prospérité et de progrès. »

Il leur revient enfin de dénoncer avec Saint Jean-Paul II « cette triste réalité : aujourd’hui de plus en plus de jeunes gens et de jeunes filles et même d’enfants ont pris part à des conflits armés, contraints de s’enrôler dans les milices armées et de combattre pour des causes qu’ils n’ont pas toujours comprises ; ces jeunes entraînés dans une véritable culture de la violence, suivant laquelle la vie compte peut et tuer ne paraît pas immoral. »

A en croire les ministres Matthias Dzon et Christophe Moukoueke, les futures milices naîtraient des cendres des défuntes milices congolaises dont j’ai parlé plus haut. Ce qui suppose que les anciens miliciens censés être démobilisés, ne l’auraient jamais été complètement. Ils sont tombés à nouveau dans l’oisiveté voire dans le chômage qui ipso facto engendre la misère, menace permanente pour la stabilité sociale, pour le développement de notre peuple et pour la paix. En effet, la misère économique et le chômage sont des aliments puissants, une aubaine pour les politiciens on ne peut plus véreux qui abusent de ces jeunes, pour la plupart diplômés, au chômage ou non instruits et qu’ils droguent et arment sans vergogne. Ces jeunes constituent donc un terreau de la culture qui repose sur la vérité de la violence. Nos politiciens le savent et par malhonnêteté intellectuelle, ils leur inculquent l’idée selon laquelle le détenteur du pouvoir peut tout leur procurer. Ce qui amène les jeunes gens en qui ils développent d’une façon permanente une volonté de violence et de confrontation plutôt que de tolérance, à leur faire purement et simplement allégeance.

Renoncer à la violence, éviter d’enjamber d’autres cadavres congolais, s’engager sur la voie de la paix, assurer l’avenir des générations futures, rassurer les consciences, changer les mentalités, arrêter les massacres, réaliser un bloc de consensus anti-milice, sécuriser la population contre les tentatives de conquête du pouvoir par n’importe quel moyen, notamment par le biais de la lutte armée, opérée par l’armée ou les milices sous quelque prétexte que ce soit, établir de nouvelles règles d’accession au pouvoir, basées sur des principes démocratiques, rendre aux Congolais au moins la dignité et le bonheur d’être libres et unis, tels doivent être le discours et le modus vivendi de la classe politique congolaise. Le développement économique, la reconstruction, la réconciliation et la paix sociale sont à ce prix.

Sur ces questions, il faut avoir la volonté et le courage politiques ainsi que l’intelligence historique d’accorder la priorité au Congo et au peuple congolais, et d’amener ce dernier à prendre conscience de la complexité des problèmes qui assaillent notre pays. Cela suppose une éducation patiente menée par les personnes qui croient sincèrement à la paix. C’est plus qu’un défi, c’est un devoir pour tout digne fils du Congo.

Enfin, comme l’a dit Saint Jean-Paul II « ce n’est pas les armes à la main que l’on construit un monde plus humain ni même une réalité nationale digne de ce nom. » Comprenne qui pourra.

Jean – Marie DIKAMONA.

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Jean-Marie Dikamona - dans Sassou Nguesso Congo-Brazzaville PCT

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