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15 juillet 2014 2 15 /07 /juillet /2014 16:04
(Congo-Brazzaville) Hommage à Jacques Opangault

Par wilfried Sathoud -

Monument érigé en mémoire du Vice-président Jacques OPANGAULT au carrefour de la poste (Brazzaville)

Vice-président de la première République du Congo, leader de l’opposition pionnier de l’indépendance et de l’unité nationale

Au lendemain de la 2e guerre mondiale, le Territoire du Moyen-Congo présentait à l’origine un microcosme politique bipolarisée telle que, dans les régions côtières et méridionales du Sud, le Parti Progressiste Congolais (PPC) du député Jean Felix-Tchicaya tenait la dragée haute avant l’ascension fulgurante de l’Union Démocratique pour la Défense de Intérêt Africain (UDDIA) de l’Abbé Fulbert Youlou, pendant que Jacques Opangault et son Mouvement Socialiste Africain (MSA) affilié à la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO) régnait en maitre dans la partie septentrionale au nord du pays, à double titre. Car contrôlant d’une part cette vaste région occupée en grande partie par la forêt équatoriale très souvent inondée et d’autre part, il assumait les fonctions de greffier au Palais de Justice de Brazzaville.

Ainsi que nous avons eu à le faire pour son principal challenger originel, dans le cadre du colloque sur les relations entre la France et l’Afrique à travers la mémoire du député Jean Félix-Tchicaya, premier parlementaire du Moyen-Congo et du Gabon à l’Assemblée Nationale Française, il serait de bon aloi d’évoquer également la mémoire et la personnalité de Maitre Jacques Opangault qui rentrera dans l’histoire des empereurs de la nation congolaise par la grande porte après sa réconciliation avec l’Abbé Fulbert Youlou, consécutive aux troubles socio-politiques de 1959.

Né en 1907 à Ikagna (District de Boundji) dans la région de l’Alima-Léfinie (actuelle Cuvette), Jacques Opangault trouvera la mort le 20 Aout 1978 à l’hôpital général de Brazzaville des suites d’une longue maladie.

Après avoir débuté ses études primaire dans sa localité natale de Boundji, il accédera par la suite au Séminaire de Brazzaville et de Loango.

Engagé dans l’administration en 1923, il amorcera sa carrière professionnelle au Parquet de Brazzaville comme fonctionnaire de justice commis auxiliaire jusqu’à devenir greffier en chef du tribunal d’instance de Brazzaville , avant de se lancer dans l’arène politique en militant au sein de la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO) qu’il représentait dans le Territoire du Moyen-Congo, en qualité de Président du Mouvement Socialiste Africain (MSA) à l’instar du député Sénégalais Lamine Gueye à qui il s’apparentera.

Constamment élu conseiller territorial du Moyen-Congo (titre dévolu aux parlementaires de l’époque), il sera investi Vice-président du premier Conseil de Gouvernement de l’histoire du Moyen-Congo, constitué en 1957 sous le régime de l’autonomie interne issu de la loi cadre Gaston Defferre.

Entre temps, le parcours politique élogieux de Jacques Opangault, avait néanmoins connu plusieurs orages qui l’emmèneront à subir une déportation en Oubangui-Chari à l’instar de Léon Mba, le premier Président de la République Gabonaise, pour semble-t-il y être rééduqué selon l’expression coloniale consacrée de l’époque, à cause de ses prises de position contre les abus d’autorité, dont été victime les populations africaines, sous le régime colonial.

Au lendemain de la proclamation de la République du Congo, Jacques Opangault sera encore incarcérer puis assigné à résidence à Kinkala dans le région du Pool, officiellement pour incitation à la violence et trouble à l’ordre publique, suite aux émeutes de 1959 qui opposèrent à la fois les militants du MSA à ceux de l’UDDIA-RDA, à l’allure d’un affrontement ethnique et tribal entre les groupe Mbochi du nord et Bakongo du Sud qui éclabousseront de sang les premières page de l’histoire politique tumultueuse du Congo.

L’un des plus grands mérites de ce grand homme d’Etat ardent défenseur de l’unité nationale qui finira par devenir leader charismatique de l’opposition congolaise et doyen d’âge de l’Assemblée nationale sous la première République reste caractérisé par son combat inlassable pour la réconciliation sincère et l’unité de tous les congolais du nord au sud et de l’est à l’ouest qu’il avait laborieusement enclencher sous la houlette de l’Abbé Fulbert Youlou alors Président de la République qui l’adjoindra comme Vice-président de la République en même temps que Stéphane TCHITCHELLE.

La première génération des leaders politiques de l’histoire du Congo-Indépendant : Jacques Opangault (MSA), l’Abbé Fulbert Youlou et Stéphane Tchitchelle (UDDIA-RDA) fumant le calumet de la paix, l’unité et la réconciliation nationale, en compagnie de Victor Justin Sathoud, au stade Félix Eboue de Brazzaville, après les hostilités de 1959.

Cet œuvre de longue haleine au sujet de laquelle il déclarait en substance ce qui suit dans la perspective de la proclamation de l’indépendance de notre pays, sera brusquement interrompu par la fameuse révolution des 13-14 et 15 Aout 1963 :

ALLOCUTION

Prononcée par M. OPANGAULT, doyen d’âge à l’occasion de la première session de l’Assemblée Nationale

Voici quinze ans que nous participons à la vie politique du Congo. Pour ma part, j’ai toujours fait opposition à des candidats plus ou moins officiels ; vous savez d’ailleurs avec quelle ardeur et quelle persévérance. Peut-être certains parmi vous se sont-ils posé la question de savoir où je puisais cette force que ni l’incompréhension de ceux que je voulais défendre, ni les échecs n’ont pu abattre jusqu’à ce jour. C’est que j’ai toujours fait la part des choses.

J’ai toujours fait la distinction nécessaire entre un adversaire politique et un ennemi, entre les politiciens et les masses, entre les secteurs privés et les secteurs officiels, entre ce qui est du domaine religieux et ce qui ne l’est pas. Je vous assure, j’en suis convaincu, que mon seul but a toujours été l’intérêt des populations congolaises. Aussi, je ne crains pas de défier n’importe qui dans la salle ici présent de prouver que politiquement, j’ai été coupable de quoi que ce soit.

Puisque j’occupe cette tribune par la grâce de l’âge, et que le plus grand défaut des vieillards, dit-on, est de parler du passé à tout propos, je vous invite à jeter ensemble un coup d’œil rapide sur le chemin que nous avons parcouru jusqu’ici afin de mieux voir où nous en sommes.

Nos premières assemblées élues, les assemblées représentatives qui n’avaient qu’un role consultatif, ont fait un travail tel, qu’on peut affirmer que notre pays a changé de physionomie.

De 1957 à 1958, par l’application de la loi-cadre, nous avons connu notre premier Gouvernement africain. Mais malheureusement, malgré notre enthousiasme, il a suffi de peu de temps pour que nous nous apercevions que du Gouvernement bicéphale dont j’assumais la vice-présidence rien de ce que nous escomptions ne pouvait se réaliser. Le bicéphalisme, même en France, ne réussit pas.

En effet, les gouverneurs de territoire, se succédant de père en fils comme Président du Conseil ou Premier ministre, n’avaient qu’un seul objectif : la reconduction de leurs vielles méthodes. Ils paralysaient le régime d’autant plus facilement que certains africains, hommes politiques ou simples politiciens, par esprit de clocher ou par ambition, se mirent de la partie. Ces derniers firent tant et sin bien qu’ils parvinrent à acheter les consciences de certains élus bouleversant ainsi des majorités réelles dans le seul but de s’emparer du pouvoir.

Après le référendum de septembre 1958, bien des gouvernants avaient volontairement négligé de procéder aux nouvelles consultations électorales. Je ne sais pas si cela était bien démocratique mais, de toute façon, on dût s’incliner devant la volonté du peuple. Mais quand on ne peut triompher régulièrement, on a parfois recours à la ruse. C’est ainsi que, pour garder le pouvoir, on imagina un curieux découpage qui a fait des majorités plus ou moins artificielles. Et, fait sans précédent, nous pouvons nous demander si certains élus représentent bien la circonscription dont ils se disent les mandataires.

Qu’a-t-on fait, le pouvoir ainsi conquis ?

Muter et mettre en retraite forcée même renvoyer des fonctionnaires parce qu’ils n’étaient pas du parti gouvernemental. Quant à l’africanisation des cadres, ne devaient en bénéficier arbitrairement que les fonctionnaires du parti au pouvoir. Je pense, pour ma part que cet africanisation doit être revue et corrigée en tenant compte des justes intérêts de toutes les ethnies congolaise.

Je sais bien que, pendant 90 ans, nos anciens colonisateurs n’ont formé aucun homme techniquement valable. Ceci est si vrai que certains Africains se demandent quelle mission s’étaient assignés nos colonisateurs. Que peut-on dire là-dessus sinon que la plupart de ces derniers ont trompé la bonne foi et de leur propre pays et du Congo.

Et, cependant, on ne cesse, ces derniers temps, de nous parler d’indépendance. De France, le General de Gaul nous l’offre. Du Congo le Président Youlou la réclame. Quant à l’homme du peuple, il se demande où on le conduit. Quelle position adopter devant cette situation ?

Dans tous les cas, méme si les Président des deux Républiques française et congolaises sont d’accord pour que le Congo accède à sa souveraineté nationale, il ne s’agit là que de l’opinion de deux hommes qui ne sont ni la France, ni le Congo, aucun referendum n’ayant été organisé à ce sujet.

Pour ma part, je considère l’indépendance comme chose tout à fait normale et même souhaitable. Mais il y a indépendance et indépendance. Peut-on parler de véritable démocratie dans un pays où la majeure partie des citoyens ne sait pas toujours penser par elle-même les problèmes qui se posent à la Nation ? Devons-nous sacrifier le bien matériel de nos populations notre passion du pouvoir ? A quoi nous servira cette souveraineté après laquelle nous soupirons si elle doit se transformer en une pauvreté génératrice d’émeutes et de dictature ?

Nous prétendons être mûrs politiquement. Mais notre administration actuelle, le comportement de nos différents ministres donnent-ils la preuve de cette maturité ? D’accord, mais à condition que nous soyons assurés que notre économie s’organisera rapidement, que la répartition des revenus nationaux s’effectuera d’une façon équitable, qu’à tout point de vue, quelles que soient leurs opinions politiques ou religieuses, tous les citoyens feront l’objet d’une égalité absolue.

DECLARATION

Prononcée par Jacques OPANGAULT leader de l’opposition dans la perspective

de la proclamation de l’indépendance de la République du Congo

(28/07/1960)

Mes chers compatriotes, nous venons de voter par acclamation l’indépendance de notre pays. Que cette constatation ne vous étonne pas venant du Chef de l’opposition. Ne vous méprenez pas sur mes intentions, l’indépendance est un bien : on n’a pas le droit de refuser sa liberté et rien de grand ne se fait sans liberté. Mais il fallait que cette indépendance soit obtenue dans l’amitié, sans rien renier de nos attachements, en conservant l’aide et l’estime de ceux qui nous ont toujours aidés jusqu’à maintenant et auxquels nous demandons qu’ils continuent.

Voilà pourquoi mes amis politiques et moi-même avons soutenu l’action du Gouvernement lors de la poursuite des négociations de Paris qui ont abouti aux accords d’indépendance. Cette indépendance, la liberté d’action qui en découle pour nous, je vous demande donc de la consacrer à l’union et à l’amitié.

En dehors des luttes idéologiques, en dehors de notre opposition démocratique et constructive pour un mieux-être du pays, pour une amélioration toujours poursuivie et toujours plus grande, nous avons tous, nous congolais, des objectifs supérieurs, des devoirs communs impérieux. En face des grandes taches nationales nous n’avons qu’un seul drapeau, qu’une seule devise qu’un seul but : le Congo.

Ce Congo nous le formerons, nous le modèlerons selon nos efforts et selon nos mérites. Nous avons déjà beaucoup progressé, il faut progresser encore, et pour cela travailler, oublier ce qui peut nous diviser, nous accorder pour porter nos pensées et appliquer notre travail sans relâche à ce qui nous unira pour le plus grand profit de notre nation, c’est-à-dire de nous-mêmes.

Nous allons, le Chef du Gouvernement et moi-même, faire incessamment ensemble une tournée commune dans les préfectures du Nord, nous y affirmerons notre union sur les grands problèmes d’ensemble. Nous y verrons de grands travaux où Européens et Africains sont étroitement associés pour apporter une richesse nouvelle à notre pays. Voilà l’exemple que nous devons continuer à mettre en pratique en demandant aux uns comme aux autres , Européens et Africains, Blancs et Noirs d’apporter tous leurs efforts pour perfectionner leur compréhension réciproque, se hausser les uns vers les autres, et œuvrer pour un mieux-être dont c’est l’intérêt de tous qu’il aille en s’améliorant chaque jour un peu plus.

Dans ce beau jour, promettons-nous donc mes amis, que cette indépendance acquise dans la paix et l’amitié nous en cueillerons les fruits, toujours dans la paix et l’amitié.

Par Wilfrid SATHOUD

(Congo-Brazzaville) Hommage à Jacques Opangault
(Congo-Brazzaville) Hommage à Jacques Opangault

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Wilfried Sathoud - dans Congo-Brazzaville Sassou Nguesso PCT

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