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25 juillet 2014 5 25 /07 /juillet /2014 10:21
(Congo-Brazzaville) Conférence de presse du 1er ministre Pascal Lissouba sur sa politique gouvernementale sous la 2ème République (14 février 1964)

CONFÉRENCE DE PRESSE DU 1er MINISTRE PASCAL LISSOUBA SUR SA POLITIQUE GOUVERNEMENTALE SOUS LA 2eme RÉPUBLIQUE (14 Février 1964) -

Exposé Liminaire

L’opinion congolaise comme l’opinion internationale consciente nous reproche un mutisme obstiné, donnant libre cours à toutes sortes d’interprétations à l’endroit de nos actions et de notre politique nationale.

Nos détracteurs sont, soit ceux-là, qui entendaient déterminer, et à jamais contrôler la politique congolaise à leur profit, soit les nostalgiques, aujourd’hui habitués par le dément regret de ne pouvoir profiter à loisir des deniers publics.

Décidé à rompre ce mutisme aujourd’hui pour respecter l’opinion congolaise et international, je dois faire remarquer, à ma décharge, et à celle de tous les camarades que le Gouvernement actuel est essentiellement formé de techniciens élevés à l’abri de l’hyperbole diplomatique des discours ou programmes fleuves, voire démagogiques.

Objectifs principaux de l’action gouvernementale

Sans risquer de faire sombrer dans un souverain mépris les problèmes politique général, il me plait de reconnaitre et de proclamer ici que pour le Gouvernement, ceux-ci seront subordonnés aux problèmes économiques et aux orientations que nous entendons imprimer à notre développement économique.

Sans doute cette situation, commode pour nous, techniciens, ne saurais durer indéfiniment ; elle tend précisément à infirmer l’idée selon laquelle, la phase actuellement abordée par le programme récemment défini par le M.N.R., sera une phase intérimaire, c’est-à-dire la phase d’organisation et d’adaptation de nos structures aux processus modernes et scientifiques de développement et de décollage.

Dans d’autres circonstances, un discours comme celui-ci, aurait pu être soit un discours programme, soit un bilan : ces allusions bornent notre propre ambition. En effet :

Outre que le M.N.R. a déjà publié un programme, il me sera difficile d’être plus concis. Je me contenterais de préciser, dans la mesure du possible, les objectifs principaux de l’action gouvernementale.

Abordant le bilan de nos quatre mois d’existence collégiale, à la tête du pays, et sans modestie aucune – si oui, permettez- nous cette coquetterie- l’impression qui prévaut, est celle d’un manque de consistance d’un tel bilan eu égard aux immenses et innombrables problèmes qui restent à résoudre.

Il est vrai également, que nous avons ramené la République sur les rails en la dotant d’institutions nouvelles et définitives, cela sans heurts et sans actes passionnels.

Il est vrai également, qu’au point de vue budgétaire, les mesures rigoureuses prises nous ont permis de résorber un déficit qui, le 16 aout dernier, s’annonçait déjà très important de l’ordre de 300 à 400 millions sino d’avantage.

Enfin, il serait coupable de ma part, de ne pas faire mention de l’existence pour la première fois au Congo, d’un budget d’investissement, qui avec un montant de 1 milliard 200 millions est déjà en avance de près de deux ans sur le plan intérimaire. Il s’agit d’un effort des Congolais eux-mêmes : ce dont ils peuvent légitimement être fiers, à condition de persévérer dans ces conditions.

Un héritage encombrant : le chômage

A côté de ce bilan, trop sommaire présenté certes puisque ni le contenu du budget d’investissement déjà en cours d’exécution, ni les efforts en matière sociale n’ont été mentionnés, se dresse d’insondable de ce qu’il conviendrait de réaliser et dont l’expression littéraire est l’accroissement de la production, l’expansion continue de la productivité agricole, et dont l’expression tangible, à laquelle il faut résolument faire face est, conséquence logique de notre développement économique : le chômage chronique dont reste atteint notre pays.

Le chômage, voilà le mal de notre période, héritage encombrant de notre passé colonial.

Fidèle à une méthode qui se veut scientifique, il me parait utile de soumettre le phénomène à une analyse trop sommaire à mon gré, pour dégager une expression chiffrée et saine de l’ensemble des aspects du problème.

Le taux de croissance de la population congolaise dans son ensemble est estimé à 2% par an ; le taux de croissance de la population congolaise de Brazzaville est de 6,6% par an ; ce taux est de 10% pour Pointe-Noire : telle est l’expression chiffrée de l’exode rurale, de la désertion des campagnes.

Ainsi cette année Brazzaville a enregistré un afflux de plus de 8.000 personnes incontrôlées et incontrôlables, annulant ainsi par avance les efforts faits, ou à faire, par les pouvoirs publics ou privés, pour résorber le chômage,

En outre, les études statistiques montrent que le rythme d’arrivée des immigrants semble s’accélérer au cours de ces dernières années.

Il est à remarquer aussi, pour mieux saisir tous les aspects de ce drame, tout d’abord que 95% des chômeurs ont moins de 30 ans et 61% moins de 19 ans.

Ensuite l’exode rural qui jusqu’en 1951-56 touchait presque exclusivement les hommes, a renversé la tendance depuis 1957 où il est enregistré 84 hommes immigrants pour 100 femmes.

C’est donc un dépeuplement systématique des campagnes qui s’amorce d’autant plus surement que la femme y est l’élément économique le plus actif, puisque pour 100 actifs agricoles de sexe féminin, il n’y a que 46 actifs agricoles de sexe masculin.

S’il m’est permis de risquer une comparaison avec d’autres pays, je rapporterai que ces chiffres sont respectivement de 100 et 118 pour le Sénégal, de 100 et 990 pour le Tanganyika.

A ce déséquilibre qui tend à préserver dans son essence, s’ajoutent des débauches de main-d’œuvre sciemment encouragées par quelques esprits attardés et sous de fallacieux prétextes.

Face à cette situation, deux types de remèdes s’imposent.

Face à cette situation deux types de remèdes s’imposent :

1) des palliatifs : création d’emplois nouveaux dans les milieux urbains ; et politique persuasive auprès des employeurs.

2) Une action qui se voudrait éradicatrice ; il s’agit d’entamer résolument le processus d’un développement économique harmonisé et intégral de l’arrière-pays ayant : pour fondement partout où cela est possible, l’industrialisation et l’expansion continue de la productivité agricole ; pour assise, les régions de programme telles qu’elles sont définies par le plan ; et enfin pour centre, les postes ou centres secondaires qui se verraient dotés de tous équipements jusqu’ici attachés aux villes ou à la vie moderne.

La finalité d’une telle promotion est, on s’en doute, la canalisation des populations vers de nouveaux pôles et une amélioration sensible des conditions de vie.

Pour atteindre ces objectifs : Quels sont les moyens à notre disposition ?

Tout d’abord le Congo doit compter sur lui-même ; l’effort entrepris pour l’amélioration des axes routiers productifs, grâce au crédit consortial, garanti par le budget d’investissement, en est une première manifestation.

Cependant cet effort propre au Congo lui-même pour accroitre la production et la productivité suppose, compte tenu de la situation, son intégration dans un système plus complexe qu’il est possible de schématiser comme suit :

Tout d’abord l’Etat congolais doit pouvoir assurer à toutes entreprises, (publique ou privée) une rentabilité acceptable, donc un développement de ces forces productives. Dans ce but, la collectivité se doit de prendre à charge ou de socialiser les activités routières et portuaires, la production de l’énergie, les transports, la distribution d’eau et permettre ainsi une expansion quasi illimitée dans ces divers domaines.

En outre la situation particulière de certains secteurs primaires et secondaires de l’économie, liée aux données techniques ou sociales, nécessitent pour leur développement optimum, l’association avec l’Etat. Ce sont des sociétés d’économie mixte qui sont à encourager au maximum.

Enfin nous savons que : la structure économique actuelle du Congo, essentiellement dominée par le commerce tenu par le capital privé étranger, a pour seul guide de profit maximum.

Cet impératif limite sérieusement dans l’espace les extensions nécessaires compte tenu des données démographiques, écologiques, ou topographiques.

L’Etat devra nécessairement suppléer le privé dans le domaine précis du secteur tertiaire, c’est-à-dire partout où le capital privé sera ou s’avérera défaillant, notamment dans les régions Nord de notre République.

Cette donnée fondamentale, qui se voudrait originale, appelle, pour une saine appréciation de sa portée, quelques remarques :

Tout d’abord, l’activité du secteur privé, et plus particulièrement celle engagée dans les opérations commerciales, sera limitée dans l’espace et circonscrite dans la partie où la rentabilité est assurée.

Le secteur commercial actuellement hypertrophié est de tout temps, seul bénéficiaire des activités de commercialisation des productions marchandes et des capitaux pourtant limités, investis dans les activités industriels, en effet :

L’essentiel des transferts, véritable hémorragie permanente de l’épargne péniblement accumulée dans notre pays, est précisément constitué par des profits d’origine commerciale ou spéculative.

Dès lors, une intégration de ce secteur dans l’économie nationale et dans le plan intérimaire suppose en toute logique ; non une limitation absolue des transferts, mais une limitation sélective, épargnant les produits des capitaux investis dans les activités productives ou industrielles et frappant les profits d’origine commerciale par l’encouragement à des mesures de reconversion dans les secteurs productifs qui leur seront proposés.

Une autre conséquence de tout ce que qui précède, touche à l’aide bilatérale ou multilatérale.

L’aide, selon l’expression de mon collègue, Ministre du Plan, devra pour nous, cesser d’étre « une prise en charge ». Aussi pour nous conformer à cette optique bien congolaise du développement et de mise en valeur intégrale et planifiée, le recours à l’aide, supposant des subventions à fonds perdus et des priorités déterminées par ceux qui possèdent la puissance économique, devra progressivement, mais sûrement céder le pas aux crédits longs termes, moteurs des nécessaires investissements publics et de créations, ex-nihilo, c’est-à-dire à partir de rien, de secteurs réservés à l’Etat parce que non accessibles au secteur privé, comme il l’a été dit et démontré tout à l’heure.

Telles sont nos conceptions. S’agit-il d’une formule originale de développement économique ou plus modestement d’une voie ? Dans tous les cas et personnellement, je l’aurais voulue aussi éloignée du nationalisme échevelé, qui refuserait de tenir compte des réalités et des compromis nécessaires, que des tentatives de sauvetage d’une conception coloniale ou néocoloniale aujourd’hui irrévocablement condamnée.

Je pense modestement avoir tenu grand compte des réalités concrètes telles qu’elles m’apparaissent dans notre pays et des possibilités de liquidation du retard économique, possibilités que contient en germe cette conception.

Le non alignement, politique extérieure du Gouvernement.

Cette constance référence au concret, aux réalités de notre époque, de notre pays, et à ses intérêts les plus vitaux, caractérisera également la politique extérieure du Gouvernement, telle qu’elle a toujours été énoncée par le Chef de l’Etat.

En effet, notre non alignement, notre neutralité, seront sans faille et sans exclusive sur aucun pays.

Sans doute, des accords nous lient à certains pays amis, comme la France : nous respecterons nos engagements, pour autant que la réciproque soit vraie, et sans aliénation aucune, de nos principes, rappelés ci-dessus, usant de toutes possibilités d’action qui y sont offertes et subordonnant, tout acte, toute prise de position aux intérêts majeurs et bien compris, du Peuple congolais sur le plan Africain, l’Afrique toute entière, en particulier, celle encore privée de son droit légitime et sacré à la liberté de s’exprimer, trouvera en notre Gouvernement un farouche défenseur de sa cause autant que de l’Unité Africaine.

Cette Unité qui trouve ses fondements dans des organisations régionales à base économique, l’U.D.E.-Cameroun, s’épanouit nécessairement dans un cadre continental. Les organisations politiques comme l’U.A.M., échafaudages nécessaires au montage du puissant édifice que doit être l’O.U.A., se doivent d’être retirées dès que cet édifice est construit.

Cette Unité pour rester vivace, doit tendre à l’application intégrale par tous, des résolutions librement adoptées d’un commun accord : aussi, victime nous-mêmes, des accès d’agressivité meurtrière du Portugal à nos diverses frontières ; indigné des détestables et démentielles dispositions à l’apartheid, donc à la haine, de l’Afrique du Sud nous ne nous sentons aucune affinité avec ces deux Gouvernements, malgré les importantes relations économiques qui nous lient et dont la reconversion est à l’étude sinon ébauchée.

Mais je ne puis terminer sans une mention particulière à deux grands pays : la Chine populaire avec qui nous comptons dès que possible normaliser nos rapports, et surtout le Congo-Léopoldville.

Profondément attaché au principe de non-ingérence dans les affaires intérieures de chaque Etat, nous n’aurions bien sûr, risqué aucune mention si ce n’était la pénible obligation où nous nous trouvons de noter avec beaucoup de regrets, la campagne de dénigrement systématique, et de calomnie à l’endroit du Peuple du Congo-Brazzaville.

La dernière trouvaille en date, se trouve être des armes soviétiques en provenance, prétend-on, de Brazzaville, alors qu’il existe à Léopoldville même, de l’avis des observateurs, des stocks importants.

Tout se passe comme s’il existait un groupe d’individus acharné à empêcher l’indispensable collaboration et l’indéfectible coopération entre deux peuples plus que voisins, plus qu’amis, mais frères.

En effet, ces prétendus amis de l’Afrique ne présentent-ils pas le Gouvernement de Brazzaville, dont, je cite les penchants au totalitarisme sont à peine voilés, comme un épouvantail et un ennemi, face à un régime qu’ils viennent dépeindre auprès de nous, comme à destituer ayant institutionnalisé le désordre, l’indiscipline, la corruption, l’incompétence.

Le Gouvernement du Congo-Brazzaville conscient des dangers qui menacent notre indépendance, averti, que, de notre coopération sincère, résultera une cuvette congolaise unie, solidaire et forte, capable de régler elle-même tous ces différends, s’abstient et c’est toujours abstenu des tous actes de nature à entrainer une quelconque suspicion sur la sincérité de ses positions et de ses vues fondées sur une analyse qui se voudra toujours claire et objective.

Brazzaville, le 21 Janvier 1964.

Questions/Réponses

Question : Vous avez parlé des accords qui liaient le Congo avec la France. Parmi ces accords, je cite ceux concernant la présence de l’Armée française au CONGO ; Précisez ce point des accords (A.F.P.)

Réponse : Dans l’intervention liminaire, j’ai précisé que nous n’entendons pas remettre en cause ces accords, tout ou partie des accords. Nous disons clairement que nous entendons utiliser toutes les possibilités que nous offre les accords qu’à signé notre pays avec la France.

Question : Des relations avec la Chine. Est-ce que cette action est dictée par l’attitude du Gouvernement français. (Dipanda)

Réponse : La normalisation de nos accords avec la Chine, d’ailleurs il ne s’agit pas de normaliser, il appartient à la Chine de nous reconnaitre, parce que nous sommes venus après. Il s’agit pour nous de tendre la main, cela en conformité avec notre ligne de conduite qui est pleinement travée et qui se réfère aux intérêts du pays et non par référence à des pays tiers.

Question : Vous avez parlé de nationalisation et création des sociétés d’économies mixtes. Est-ce que vous avez un programme à cet égard ? Précisez les secteurs auxquels s’intéresse le Gouvernement congolais (Radio-Brazzaville).

Réponse : Il s’agit de certains secteurs que le Gouvernement entend contrôler. Ce contrôle est dicté par les impératifs économiques. Le Congo serait le pays qui se voit refuser l’investissement parce que le prix du courant électrique industriel est onéreux. L’intervention de ces mesures est une affaire de programme.

Ce programme est celui qui nous a amené à évoquer, à lever à jamais les interprétations plus ou moins tendancieuses, qui circulent sur ce problème. Il s’agit de prendre une position claire vi à vis des secteurs intéressés et une position sans équivoque, expliquée dans notre introduction liminaire.

Question : Vous avez parlé de la conscience du Gouvernement et des dangers qui menacent notre indépendance. Il s’agit de savoir si cette inquiétude, qui est vraie, dans laquelle se trouve le peuple, n’est pas un danger pour notre indépendance. Qu’on le veuille ou non, tout le monde est inquiet. Et comment remédier à ce danger ? (Semaine Africaine).

Réponse : Cette question m’a habité tout le long de ma réflexion.

Les inquiétudes sont de plusieurs ordres.

D’ordre économique,

D’ordre idéologique,

Et du point de vue social.

De toutes, je crois, la plus importante, la plus meurtrière, semble être l’inquiétude économique, c’est la raison pour laquelle je me suis attardé à l’économique.

Le secteur privé est inquiet, parce que ne sachant pas où le conduisent les nouvelles institutions, Nous. Nous nous sommes longtemps refusés à prendre position parce qu’une prise de position implique une promesse, et nous ne voulons pas de promesses ; Pour lever cette équivoque, nous prenons position. Ainsi le secteur privé saura qu’il lui est réservé une place de choix, dans la mesure où il veut contribuer avec nous, à l’édification de notre pays, par une méthode élégante, qui consiste à réinvestir le surplus économique qu’il aura soutiré.

Je pense que la bonne fois, la raison devraient l’emporter sur les passions ? Nous devons assister à une prise de position franche et nette du secteur privé.

D’autres formes d’inquiétudes : ou une crise de croissance, de liberté, tout est possible, qu’il ne faille pas ici aborder un problème non pas secondaire, pour éclipser le fondamental, c’est-à-dire l’économique.

Question : Problèmes du Congo-Léo – A la base de ces provocations dont nous sommes l’objet, n’existe-t-il pas des puissances qui veulent semer la mésentente entre les deux rives ? (Dipanda).

Réponse : Inutile d’ouvrir une polémique qui risque d’être passionnelle – Tout se passe comme si certains amis s’acharnent à vouloir retarder pour des raisons que j’ignore, une franche et fructueuse collaboration entre les deux rives.

Brazzaville, le 21 Janvier 1964.

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Mingua Biango - dans Congo-Brazzaville

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