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18 mai 2014 7 18 /05 /mai /2014 21:44
REPONSE A BIENVENU OKIEMY, MINISTRE DE LA COMMUNICATION ET PORTE-PAROLE DU GOUVERNEMENT CONGOLAIS.

Au mois de juillet 2012, le Porte-parole du gouvernement congolais a téléphoné à la radio Africa N°1 à Paris, pour exiger que la chaîne interdise désormais le droit d’expression à tout membre de l’opposition congolaise en France. La chaîne n’avait bien entendu pas souscrit à cette demande.

En réaction à cette injonction maladroite, construite sur une ignorance ou une mauvaise compréhension du fonctionnement du système médiatique, j’avais publié une lettre dans le magazine « Afrique Education » N° 355-356 du 1er octobre 2012.

Dans cette lettre, j’avais indiqué au ministre de la communication du Congo ceci :

« La liberté d’opinion et d’expression est l’une des premières libertés politiques et généralement, l’une des premières libertés fondamentales »

« La liberté de la presse est l’un des principes fondamentaux des systèmes démocratiques qui repose sur la liberté d’expression »

« Le journaliste est un professionnel de l’information, un observateur, un interprète et un narrateur qui tente de rendre exacte une réalité »

« Le journaliste, surtout en Afrique, doit être lié à l’essor et à la promotion de la démocratie et de ce fait, il doit revendiquer l’objectivité comme un droit démocratique nécessaire à l’accomplissement de sa mission civique, face à la société. Les journalistes exercent un métier difficile et leurs opinions influencent les citoyens. C’est pourquoi, leurs informations, commentaires et analyses doivent se dégager de toute influence ».

A notre entendement, pour un ministre de la communication, porte parole du gouvernement, l’ignorance de ces principes fondamentaux, semblait être le comble de l’ironie. Nous pouvons aussi observer, à quel point la presse et les médias sont persécutés au Congo, ou à la solde du pouvoir politique.

Le 18 avril 2014, le Porte-parole du gouvernement congolais fait une nouvelle sortie, en « démocrate » sur RFI, pour donner des leçons sur la réforme des institutions :

« Le débat sur la constitution ne doit pas être un tabou. Plutôt que de voir en la constitution un texte figé, il convient de voir un texte dynamique, adaptable à l’évolution de la société congolaise. Il n’est donc pas interdit de vouloir faire le bilan de notre expérience constitutionnelle…le pouvoir est à l’écoute du peuple congolais. Dès lors que le peuple voudrait modifier la constitution, je pense que les gouvernants devraient en tenir compte et éventuellement proposer le référendum »

Il nous paraît important de relever ici que : depuis la fin de la guerre civile en 1997, la démocratie n’a toujours pas réconcilié le peuple congolais et les dirigeants politiques. Etre à l’écoute du peuple, suppose de donner au peuple des conditions de vie dignes et un minimum vital. Le peuple congolais ne réclame pas la modification de la constitution, sauf dans les rêves des dirigeants politiques congolais.

Il est à retenir, qu’au fil du temps, le pouvoir politique s’est refermé sur lui-même et devenu une affaire de famille, en s’acharnant sur les citoyens. Quand on sait que depuis au moins deux décennies, l’eau potable, source de vie n’existe pas pour la majorité du peuple congolais, ainsi que l’électricité nécessaire au développement économique et social, peut-on affirmer que le pouvoir soit à l’écoute du peuple ? Quand l’école publique est détruite et les hôpitaux transformés en mouroir, peut-on affirmer que le pouvoir soit attentif à l’avenir et au bien être social des citoyens ? Dans les grandes villes et surtout dans les campagnes, les scènes de vie quotidienne sont indignes des droits de l’homme. Ces scènes de pauvreté et de misère sociale sont douloureuses à supporter. De ce fait, le peuple congolais, dans son écrasante majorité, a pris des distances avec les dirigeants au pouvoir. Un gouffre les sépare.

L’hypothèse quasiment assurée de la modification de la constitution du 20 janvier 2002, relève de la restauration des coutumes du parti unique. Le président de la République est l’homme fort, le chef du parti, le guide suprême et éclairé, le timonier infatigable, le génie, disons-le « le président à vie »…

Tous les dirigeants politiques actuels, sont quasiment des transfuges du parti unique et adeptes de cette vision stalinienne du chef. Ils ont rarement été démocrates dans leur carrière politique. Ils considèrent le pouvoir, dans un système démocratique, comme un CDI et non comme un CDD. Au fond de chacun d’eux, sommeille un potentiel dictateur.

Les partisans de la modification de la constitution avancent que, le changement en 2016 risque de provoquer une incertitude, une instabilité, des troubles voire un vide, or, la longue durée au pouvoir a affranchi les gouvernants de leurs obligations. Elle a rigidifié le pouvoir au fil des années, en renforçant les clans et en élargissant le cercle des courtisans. Le Congo se trouve sclérosé dans le népotisme et la corruption. Des fortunes colossales se sont constituées et ont été transférées à l’étranger. Pour s’éterniser au pouvoir, les dirigeants ont fait de l’alternance politique un tabou.

Depuis 2002, le pouvoir politique, au moyen d’élections « démocratiques » contestées, se succède à lui-même. Les opposants sont souvent persécutés et n’ont pas droit à la parole dans les médias d’Etat. La presse indépendante et privée est censurée. Depuis l’assassinat du président Marien Ngouabi le 18 mars 1977, c’est l’uniforme kaki et la matraque qui gouvernent le Congo, avec une pause entre 1992 et 1996.

Alors que depuis 1992, le greffon démocratique n’a pas encore pris au Congo et que l’encrage démocratique peine à trouver ses attaches, le pouvoir politique veut ajouter à cette confusion la révision ou la modification de la constitution, dans un pays où en 2016, cela fera 53 ans, qu’une constitution n’a jamais été appliquée, sauf en 1992. Or, en démocratie, c’est le respect, l’application des lois et la stabilité des institutions qui prévaut. Comment peut-on assurer le développement et la grandeur du Congo, sans la justice, le respect et l’application des lois ? L’ivresse du pouvoir et les pétrodollars, ont rendu sourds et aveugles les dirigeants politiques aux cris et à la misère du peuple.

Que dit la Constitution du 20 janvier 2002 ?

-Article 56 : « Le Président de la République veille au respect de la Constitution et au fonctionnement régulier des institutions publiques »

-Article 57 : « Le Président de la République est élu pour sept ans au suffrage universel direct. Il est rééligible une fois ».

-Article 185 : « Aucune procédure de révision de la Constitution ne peut être engagé sur le nombre de mandats du Président de la République ».

Si en 2016, la loi n’est pas appliquée dans le transfert du pouvoir, comme le prévoit la constitution, le Congo risque de ne jamais connaitre l’alternance politique, nécessaire à la vitalité d’une démocratie et au développement économique et social. On ne change pas les règles de jeu, au moment où le jeu touche à sa fin.

Nous invitons vivement, les parlementaires qui se sont exprimés, ainsi que le Porte-parole du gouvernement et quelques flatteurs environnants, à favoriser la retraite paisible du président Sassou-Nguesso qui a déjà beaucoup travaillé et à permettre à la démocratie congolaise d’être un exemple en Afrique.

Autrement dit, ce qui risque de se produire en 2016, sera un dénie de démocratie, qui va contaminer la sous-région, miner le développement de l’Afrique et troubler les pays d’Europe, avec le phénomène d’immigration massive des peuples africains, fuyant la pauvreté, la misère et les conflits?

Appolinaire NGOLONGOLO

Journaliste-Ecrivain

Diplômé de l’INA de Paris

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Appolinaire Ngolongolo - dans Congo-Brazzaville Sassou Nguesso PCT

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