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22 mai 2014 4 22 /05 /mai /2014 18:40
(Congo-Brazzaville) Le domaine royal de M'Bé (Royaume Téké)

par minguabiango -


Le domaine royal de M’bé quant à lui est situé à 200 kilomètres environ au nord de Brazzaville, dans le département du Pool. Il est composé d’un ensemble de sites liés à la culture et à l’histoire du peuple Téké dont la Cité de Mbé : capitale du royaume et résidence du Makoko (roi). Elle a connu des déplacements incessants tout au long de l’histoire. La tradition culturelle Téké précoloniale exigeait le déplacement de la capitale « Mbé » chaque fois qu’un roi venait à mourir. Ce domaine royal reste ainsi ponctué d’anciens sites ayant abrité la capitale du royaume qui, par la suite, sont devenus des forêts sacrées. Il est sans aucun doute un exemple imminent de l’interaction du peuple Téké avec son environnement et constitue le maillon central d’une entité ethnolinguistique. En effet, ce domaine illustre la démarche de sacralisation de nombreuses forêts qui s’y trouvent, et qui témoignent de l’emplacement des différentes cités royales successivement abandonnées à la mort d’un Makoko (Roi), dans le but de perpétuer la mémoire du royaume. On y retrouve les évidences du système d’administration du territoire Téké par les douze (12) dignitaires qui en ont la responsabilité. En outre, chacun de ces dignitaires gère toujours un territoire jouant en même temps le rôle de sanctuaire du royaume, symbolisé par un Nkobi. Six (6) de ces sanctuaires sont encore localisés à proximité du noyau central du Domaine royal, et veillent sur les composantes essentielles du royaume, comme la forêt sacrée d’Ebala (sorte de « panthéon » Téké) et les chutes du Nkouembali. Les dignitaires de ces six sanctuaires interviennent dans la désignation des successeurs des rois4. Le Domaine royal de Mbé est associé à des croyances et des traditions vivantes qui ont permis à cette entité de résister aux continuelles mutations du monde moderne. On y pratique encore les rites liés à la désignation, à l’investiture et aux funérailles des Makoko, les épopées qui racontent la gloire, la grandeur et la généalogie des différentes familles Téké, y compris celle des Makoko. Le terme Téké qui permet de désigner les anzicos aujourd’hui est apparu entre la fin du XVIe et le début du XVIIe siècle. C’est effectivement à cette époque que le continent africain et l’Afrique centrale en particulier ont connu un trafic intense avec l’arrivée abondante des occidentaux au point que les anzicos échangeaient les leurs contre les produits précieux (sel, fusil, verrerie…) venus d’Occident. L’esclavage et la traite des noirs ont connu à ce moment leurs plus fortes montées. En outre, le Domaine royal de Mbé est associé à un évènement majeur dans l’histoire du Congo : c’est là que fut signé le 10 septembre 1880, le Traité entre l’explorateur français Pierre Savorgnan de Brazza et le Makoko Iloo 1er5. C’est ce Traité qui a lancé l’idée de la Conférence de Berlin de 1885 au cours de laquelle fut décidé le partage de l’Afrique en colonies. C’est également ce traité qui a conduit à la fondation de Brazzaville, devenue par la suite la capitale de l’Afrique équatoriale française (AEF), de la France libre pendant la deuxième guerre mondiale et aujourd’hui la capitale du Congo.

1.2.2 Le patrimoine culturel du domaine royal de M’bé

Le patrimoine matériel

Le domaine royal de Mbé est composé d’un ensemble de sites liés à la culture et à l’histoire du peuple Téké dont
· La Cité de Mbé : capitale du royaume et résidence du Makoko (roi). Elle a connu des déplacements incessants tout au long de l’histoire. La tradition culturelle Téké précoloniale exigeait le déplacement de la capitale « Mbé » chaque fois qu’un roi venait à mourir. Le Domaine royal de Mbé reste ainsi ponctué d’anciens sites ayant abrité la capitale du royaume qui, par la suite, sont devenus des forêts sacrées. On peut citer :

6 Ngoîe Ngalla (D), Au royaume du Loango, les athlètes de Dieu 1880-1930, Publibook, 2010. 92 p

- Mbé-Nkoulou, (ancien Mbé) où fut effectué selon la légende le partage des pouvoirs aux différents sous-groupes Téké, au travers des Nkobi (divinités censées assurer la protection chez les Téké).

- Nko où régna le Makoko Iloo 1er et Itiele où régna Makoko Mbaïndele.

· Les lieux associés au pouvoir royal et au système politique sont :

- Le village Ngabé, résidence de la Ngantsibi (Reine) et la source royale sacrée qui procure

l’eau de boisson pour le Makoko.

- Les chutes du Nkouembali sur la rivière Léfini, lieu sacré d’où est puisée l’eau utilisée à

l’intronisation du Makoko.

- La forêt sacrée d’Itiere : lieu d’internement et d’initiation des Ngantsibi, reines gardiennes

du Nkouembali (divinité suprême, code moral, et religion traditionnelle Téké) ; la reine dans le royaume n’étant nullement l’épouse du roi est plutôt la gardienne du pouvoir en cas de vacance de celui-ci.

- La forêt sacrée d’Ebala, où furent inhumés les dignitaires Téké jusqu’au règne du Roi Iloo

· Les lieux de mémoire du Domaine royal :

- La Forêt de Ndoua, ancienne réserve alimentaire du royaume, lieu de signature le 10 septembre 1880 d’un Traité célèbre entre l’explorateur français Pierre Savorgnan De Brazza et le Roi Iloo 1er.

- La stèle d’Itiéle, symbolisant le lieu de massacre des hommes du Roi Mbaïndele par ceux de De Brazza et le lieu où a été signé l’accord de paix entre les protagonistes.

Le patrimoine immatériel.

L’une des caractéristiques du domaine royal réside dans le fait que le royaume est très présent dans l’immatériel; on y trouve une forte présence des traditions et expressions orales, des arts du spectacle (danses, transes…), des pratiques sociales, rituelles et événement festifs, des connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers, du savoir et du savoir-faire liés à l’artisanat et à la médecine traditionnelle7. On trouve des formes d’expression culturelles très variées parmi lesquelles :

- Les traditions et expressions orales : les Téké sont restés fidèles à leur langue ou dialecte

appelée le «Tio ». Elle est la principale langue de communication et de transmission. Elle est le socle de la sauvegarde de la culture Téké. La musique et la danse Téké livrent un spectacle culturel au public, mais elles véhiculent aussi des informations et des messages d’inspiration, d’édification et racontent d’une génération à l’autre l’histoire du royaume. Certaines musiques et danses, dites sacrées, sont réservées au roi et aux initiés de la Cour royale. C’est le cas de la danse « Ampiranton » qui est spécialement réservée au roi, à la reine, aux princes, aux princesses et aux initiés. La danse du roi est restée originale et ancestrale depuis le premier

7 Mouayini Opou (E), Le royaume Téké, L’Harmattan, 2005, 151p

royaume. La deuxième danse appelée « Outierako », est celle réservée aux autres membres de la cour royale et la troisième appelée « Imbalambala » est la danse populaire du Royaume.

- Les contes et les légendes Assami, vaste domaine de la littérature Téké, dans lesquels se rencontrent à la fois les hommes (Bâri), les animaux (Agnama) et des autres êtres surnaturels de l’univers comme Dieu (Ndjami), les fantômes (Afu). Les contes évoquent souvent des évènements plus ou moins imaginaires situés très loin dans le passé, au commencement du monde. A travers ceux-ci se dégagent aussi le perpétuel conflit de l’homme avec la nature et sa lutte pour l’existence.

- Les chants des griots qui sont l’expression la plus vivante de la littérature orale. Le griot (Ndjim) est tout l’art de raconter en chantant dans la plus belle poésie. Il intervient lors des solennités (funérailles, mariages) et anoblit le personnage dont il chante les louanges. Le griot Téké est l’artiste qui atteint même les coeurs les plus insensibles. Il surprend par son improvisation, son aptitude à réciter pour tout client habitué ou nouveau, ses exploits et ses succès jusque dans les détails les plus ténus. Dans la traditionnelle explication, on dit que, dans cet art sans initiation, le griot est inspiré et qu’il bénéficie de l’assistance des esprits des ancêtres ; la plupart d’entre eux sont habités par les mânes.

- Les croyances et religions. Le peuple Téké a toujours été adorateur de Nkoué-Mbali qui est un esprit, un envoyé de Dieu sur terre venu pour mettre en place le royaume Téké et le protéger. En évoquant Nkoué-Mbali, les hommes font allusion à une philosophie morale et politique dont la préoccupation majeure serait de faire régner l’ordre parmi les habitants du royaume, les âmes des vivants et des morts ensuite : lien réel entre les mondes du visible et de l’invisible, le pouvoir mystique est une conciliation renouvelée avec les ancêtres de ladite terre.

- La sacralité des forêts qui assure la protection de la nature et l’entretien des lieux publics. En effet, la forêt est conçue comme un lieu mythique et mystique où vivent les génies, les mânes tutélaires et l’esprit des ancêtres ; c’est aussi le lieu indiqué de résidence des dieux qui sont différents du Dieu Suprême : Nzambi a Mpungu. La forêt sacrée c’est le royaume des ancêtres ; les animaux totémiques s’y trouvent. Elle peut être un ancien village où survivent les âmes des ancêtres qui ne sont pas morts ou supposés morts et qui vivent en communion avec les vivants. L’imbrication des valeurs naturelles et spirituelles fait l’originalité et l’intérêt de ces sites8.

- Le Savoir et Savoir-faire : Les Téké ont une grande connaissance de l’artisanat traditionnel (fabrication du raphia, vannerie, poterie, forge pour la fabrication des outils aratoires, des parures du roi et de la reine, etc.), l’habitat, la chasse et la pêche.

Enfin il y a la propriété foncière qui confère un caractère sacré à la nature. En effet, il y a des surfaces sur lesquelles des familles exercent, en vertu de la coutume, un droit exclusif, non de propriété à proprement parler, mais de jouissance. Aucun étranger n’y a accès sans l’autorisation des autorités familiales compétentes et moyennant le paiement d’un droit d’accès limité et temporaire. Le clan propriétaire foncier veille à l’exploitation

8 Nkaya (M), Le Congo Brazzaville à l’aube du XXème siècle : plaidoyer pour l’avenir, Essai paru chez L’Harmattan, 2005, 49p

de son domaine, à sa protection et donc à sa conservation. Les pratiques rituelles ont un impact sur la conservation et la protection de la nature, elles peuvent être une manière d’honorer les ancêtres, elles interdisent tout abus d’abattage, de chasse, de pêche et de cueillette des produits de la brousse qui, très souvent, entraîne des sanctions du genre : perte de son chemin de retour, raréfaction du gibier, du poisson, des fruits et autres produits de la forêt. C’est ainsi que grâce à ces cultes et à la propriété foncière, on fait cesser les abus et se créent, par conséquent, des « réserves naturelles » vieilles de plusieurs centaines d’années. La forêt sacrée est donc faite d’interdits inviolables et on s’en sert décemment en pensant aux générations futures. C’est aussi elle qui préserve la santé, procure la nourriture en un mot, c’est une source de vie pour les générations d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Il y a ainsi une gestion logique intergénérationnelle et extra-générationnelle qui va au-delà de toute considération magico religieuse. En effet, chaque génération en respectant les interdits préserve le patrimoine, au profit des générations futures et ainsi de suite9. Dans ce sens les générations qui se succèdent entretiennent des liens étroits avec la nature par le respect et la crainte du Nkwe Mbali qui est considéré comme un code moral, un esprit supérieur ou tutélaire du royaume. Cet esprit recommande une justice au sein du royaume et châtie tout acte de violence et de malice. Ce qui contribue fortement à la conservation de la culture Téké qui repose sur la paix.

On observe encore un bon nombre de détenteurs de connaissances, de savoir et de savoir-faire (sachants et historiens). Ce qui pourrait faire l’objet d’un programme de « Trésors humains vivants » en République du Congo pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel présent sur toute l’étendue du territoire.

Les principales composantes physiques du domaine royal de Mbé ont gardé leurs emplacements d’origine et leur caractère sacré. Les forêts sacrées qui ont remplacé les différentes cités royales sont toujours visibles. Les rites et autres manifestations traditionnelles se sont perpétués jusqu’à nos jours ; ils se pratiquent toujours et de manière intégrale dans le domaine. Ceux-ci sont toujours régis par le code traditionnel Nkouembali. La force de ce domaine réside dans le respect de ce code qui régit non seulement les rites liés à la désignation (Oushion), à l’investiture (Lisse) et aux funérailles (Nzo a Nsuele) des hauts dignitaires, mais aussi au mode de gestion et de protection des lieux de sépulture des anciens dignitaires, des lieux de mémoire du royaume, des sanctuaires et des forêts sacrées. Toutefoi,s il convient d’indiquer que le Domaine est menacé par la pratique de la culture sur brQlis et l’exploitation illicite des forêts. Par ailleurs, l’habitat traditionnel qui caractérisait la culture Téké a disparu.

a – Dégradation du fait de l’homme

Le domaine est menacé par la pratique de la culture sur brûlis et l’exploitation illicite des forêts. En effet, il nous a été donné de constater que les paysans brûlent la savane pour plusieurs raisons : travaux champêtres, chasse… Ces pratiques contribuent fortement à la dégradation de tout le paysage et affecte le site car tous les vestiges témoignant de cette riche culture Téké sont en train de disparaître brûlés et détruits. Il arrive que le feu de brousse tourne au tragique et atteigne les bâtiments. D’autre part, il faut noter une exploitation illicite et anarchique des forèts sacrées jusqu’à une période récente ; ce qui a eu pour principale conséquence le déboisement et la disparition des forets sacrées.

Le second problème majeur qui se pose c’est l’inapplication de la législation nationale et internationale sur la protection du patrimoine culturel. En effet, les lois existent, mais se pose le problème de leur application effective sur le terrain ; nous allons nous atteler à cela. Par ailleurs, il faut faire remarquer que la plupart des détenteurs de ce savoir traditionnel (médecine, chants, contes, rites, etc.) meurent sans avoir transmis ou légué ce patrimoine ; c’est dire que la transmission n’est pas assurée. Notons aussi que, de nos jours, la tradition meurt, en partie, à cause de l’exode rural ; les jeunes abandonnent les villages, et leur identité aussi. Cette situation demeure très préoccupante pour les communautés locales conformément à leur attachement culturel.

Enfin, l’habitat traditionnel qui caractérisait la culture Téké a disparu au profit des constructions modernes ; ceci est le résultat de la modernité et de la pression foncière car la localité de M’bé subit l’influence de la capitale Brazzaville située à 200 Km. Aussi, la disparition progressive de certains sachants locaux (détenteurs de connaissances, savoir et savoir-faire traditionnels), tels que les forgerons, potiers, tisserands, historiens/conservateurs de traditions constitue un problème à la gestion du site. A cela s’ajoute le manque d’initiatives visant la promotion du savoir-faire traditionnel.

b – Dégradation du fait de la nature

L’habitat traditionnel qui caractérise la culture Téké est un type de logement fait d’un mélange de terre battue, de bois et de paille. La nature a eu raison de ce type d’habitat car les pluies, les tornades, le vent et les insectes constituent une réelle menace pour cette architecture. En effet, l’eau est le principal ennemi de cet habitat ; elle provient essentiellement des pluies abondantes ; les murs étant en terre, ils font l’objet d’enlèvement et de déplacement. En outre, l’humidité dans les murs entraîne la perte de résistance avec pour conséquence la désintégration de l’architecture.

Aussi, il faut relever le fait que les tornades causent des dégâts par leur intensité et finissent par mettre à nu la structure des bâtiments. Les intempéries ont eu pour principale conséquence la disparition de cette architecture unique et originale.

Malgré toutes ces menaces, le royaume est resté fidèle à son mode d’organisation sociale traditionnelle et a préservé l’originalité de sa culture malgré l’influence de la religion chrétienne, de la mondialisation, du pouvoir politique et des civilisations étrangères. Cette situation nécessite des mesures de préservation et de sauvegarde urgentes afin d’assurer la viabilité de ce royaume en général, et de sa culture en particulier.

Source : http://www.memoireonline.com/05/11/4533/m_Contribution–la-protection-du-patrimoine-culturel-et–la-gestion-efficiente-de-lenvironnemen5.html

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Mingua Biango - dans Congo-Brazzaville

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