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4 mai 2014 7 04 /05 /mai /2014 14:44
(Congo-Brazzaville) Boma Sassou-Nguesso tika nyoka

by Officiel Brazzanews -

Brazza-Kin à la vitesse supérieure. Il y a une semaine je me promenais dans une rue d’un quartier populeux de Brazzaville.
En passant, je vois un groupe de fillettes jouer au Nzango; jeu féminin où les joueuses, chantent, tapent dans les mains et sautent en balançant simultanément les jambes. Ce qui attire le plus mon attention c’est la rengaine reprise en cœur par les joueuses.

»Boma Sassou-Ngueso tika Nyoka ». Je suis stupéfait et abasourdi de l’entendre à Brazzaville. Comment ces enfants osent-ils défier le bulldozer de la politique congolaise pendant que leurs papa et grand père tremblent comme des feuilles mortes le simple fait d’entendent sonner ce nom négativement? Est-ce par inconscience ou le début du ras le bol des gens abusés et appauvris qui gagne du terrain? Deux jours après je me trouve à Kinshasa pour prendre mon vol à destination de Stuttgart en Allemagne.

Sous le couvert de mon passeport européen j’ai joint les deux rives sous les regards suspicieux des polices Brazzavilloise et kinoise au moment où l’opération Mbata ya bakolo fait ses ravages des deux cotés. Assis dans un taxi en direction de l’Aéroport, au loin j’entends le même son de cloche « Boma Sassou-Nguesso tika Nyoka ». Mais que se passe t-il? Ha oui je me souviens. Le pouvoir public brazzavillois des années 80 dirigé par Denis Sassou Nguesso, l’homme des masses, l’homme des actions concrètes, incapable de répondre aux besoins les plus élémentaires de la population, avait distillé une phrase xénophobe de ce genre pour détourner son attention.

La phrase stigmatisait les zaïrois qui venaient faire des boulots que les congolais trouvaient dégradants: »Boma zaïrois tika nyoka ». Voilà que le général de la Gestapo de Brazzaville ne s’était pas gêné à la reprendre publiquement et devant la presse: » Ba zaïrois wuana to ko boma ba ngo niosso » en prélude à son opération d’épuration en cours.

Depuis lors, les hommes des deux rives ont parfois eu des relations tumultueuses. Les kinois viennent nous piquer certains jobs pensent les brazzavillois. Les brazzavillois nous volent nos meufs rétorquent les kinois. C’est vrais. Cependant; rien d’anormal. Beaucoup de brazzavillois éduqués à la culture de la cravate et du bureau, trouvent certains boulots dégradants. Les kinois occupent alors le terrain libre et se tapent du fric que nombreux se sont retrouvés en Europe pour une vie meilleure. Brazzaville devient CFA dans le langage courant des Kinois et ses habitants les Lya. Paradoxalement, les brazzavillois qui ont tendance à repousser les hommes kinois succombent facilement aux charmes des kinoises.

Combien de couples brazzavillois ont été brisés par les kinoises surdouées dans l’art de la séduction amoureuse et du bonheur charnel? Même le Roi du Congo n’a pas pu résister à la séduction de mère Antou. Brazzaville et Kinshasa; un grand village séparé par le fleuve Congo. Quand tu es à Kin c’est comme si tu es à Brazza. Surtout de nuit impossible de se localiser quand on est étranger. Les nuits sont rythmées à la rumba Congolaise aux vibrations de la musique de Papa wemba, Koffi olomide, Extra musisca, Fally Ipupa, zaiko langa-lanaga et j’en passe.

Une rumba qui »n’aura jamais de rides » a en croire Papa Wemba roi autoproclamé de ce genre musical très prisé partout en Afrique et même en occident. La joie de vivre est bien là malgré la misère qui fait le lot du quotidien des peuples des deux rives du fleuve Congo. S’ils sont unis par la musique, ils le sont par la misère et la pauvreté. Pourtant à Brazza il y a du pétrole à gogo et Kinshasa est très riches en minerais. Si les deux peuples sont unis par l’impécuniosité imposée par leurs gouvernants, ils peuvent l’être aussi dans une démarche libératrice commune. On les a vu main dans la main à l’ambassade du Congo Paris en France.

On pourrait les voir à Kinshasa comme à Brazza pour refuser la modification de leur constitution respective et le maintien en force de leur président respectif pour un troisième mandat. Pauvres Congos! Jadis sa musique avait pour fondement de faire bouger le corps et bercer l’esprit, aujourd’hui elle a tendance à prendre des tournures militantistes et d’engagement politique camouflé. Combien de fois les noms de Ya Dengues, de mère Antou, de Hugues Ngolodele, des généraux Ndenguet et Dabira, de Claudia et Kiki Sassou sont cités dans les chansons congolaises. Ces noms; véritables machines à sous gratuits devenus une drogue spirituelle? On consomme et on s’enivre pitoyablement sans s’en rendre compte.

Si à Brazzaville Denis Sassou Nguesso est perçu comme un faiseur de tombes et de misère, à Kinshasa, il était vénéré comme un petit Dieu. L’opération mal maitrisée de Mbata ya Mokolo, sera t- telle une opportunité pour remettre la conscience musicale sur les rails? C’est aux musiciens des deux rives de répondre à cette interrogation. Les peuples continueront-ils à consommer un produit où le nom de leurs bourreaux constituent la matière première? C’est au consommateur de répondre à ce questionnement. Ce qui est frappant c’est qu’avec les slogans du genre »Boma Sassou-Nguesso tika nyoka » repris à Brazza et à Kin une nouvelle page pourrait être écrite dans l’Histoire des deux Congos.

JEFF KITOKO

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