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6 avril 2014 7 06 /04 /avril /2014 06:06
(Congo-Brazzaville) Le Congo de 2015 sera-t-il immergé ou émergé ?

Par DJESS DIA MOUNGOUANSI -

Le propre du système Sassou est de s’approprier des concepts à la mode sans pour autant en donner le contenu adéquat. Non par nigauderie, mais par pure malhonnêteté intellectuelle sur fond d’escroquerie politique. Désormais, c’est le slogan d’ « émergence en 2025 » qui est porté sur les fonts baptismaux.

Rappelons-le, s’il en était encore besoin qu’une émergence devrait avoir avant tout, un soubassement national. Aucun pays au monde n’a réussi un décollage économique sans la prise en compte de ses réalités et la participation de ses citoyens à l’effort national.

Comme le Congo, les pays émergents sont des pays en développement présentant un fort taux de croissance du PIB. Mais la comparaison s’arrête là. D’autres critères, et non des moindres doivent se conjuguer au taux de croissance soutenu pour atteindre cet objectif; il s’agit entre autres, du niveau relativement élevé d’industrialisation et d’exportation de produits industriels, du fort taux d’ouverture à l’extérieur et d’un marché intérieur en expansion. Selon toute vraisemblance, c’est loin d’être le cas du Congo.

Le concept de « pays émergents » est né dans les années 1980 avec le développement des marchés boursiers dans les pays en développement. Le premier à l’utiliser le terme « émergent » est Antoine van Agtmael, économiste néerlandais à la Société financière internationale en 1981 pour parler de pays en développement offrant des opportunités pour les investisseurs.

L’émergence n’est possible qu’avec des hommes.

Dans l’histoire économique, nous avons connu des modèles de croissance largement contredits et remis en cause par des dirigeants, volontaristes, visionnaires, qui comprenaient parfaitement les réalités et les aspirations de leurs Peuples à une période donnée. Or, Sassou n’a qu’une passion : lui-même, et une religion : le pouvoir pour le pouvoir.
Que deviendrait la Chine si Mao Tse Toung n’avait pas initié la révolution culturelle. Il était conscient de l’avantage comparatif indéniable de la Chine, sa population. Mao a eu comme mission d’inculquer les valeurs de travail, de patriotisme, d’efficacité avant l’avènement de la réforme et de l’ouverture du pays initiés par Deng Xiaoping. Ce dernier a fait preuve de souplesse incroyable dans l’entrée de la Chine dans le concert des grandes Nations économiques en utilisant le modèle «un Etat, deux systèmes» : ouverture et réforme tout en faisant de la propriété publique un pilier du système.
Ainsi, la Chine a eu un modèle de développement spécifique bien adapté et bien accepté par les populations. On peut citer, entres autres, Thomas Sankara, Lula du Brésil qui, malgré les difficultés et les erreurs, ont réussi un sursaut national. Evidemment, aucun travail n’est parfait, mais un modèle d’émergence très loin des réalités nationales a plus de chance de virer à la catastrophe.
Il est parfois difficilement admissible que des pays comme la Corée du Sud, la Turquie, la Malaisie qui avaient le même niveau de vie que le Congo se retrouvent dans le cercle des pays émergents. Mieux, nos voisins rwandais ou botswanais nous surclassent par leurs performances économiques. On ne peut pas affirmer que ces pays regorgent de ressources naturelles énormes comme le Congo qui plie littéralement sous les recettes pétrolières exponentielles. Ils n’ont compté que sur la volonté de leurs dirigeants et sur le génie de leurs ressources humaines.
On ne le dira jamais assez, le capital humain reste à n’en point douter, un des facteurs d’émergence les plus décisifs, dont le Congo peut disposer rapidement ; à condition que le pouvoir le promeuve en priorité. Des talents de l’acabit du jeune Vérone MANKOU, expression du génie congolais, devraient être bien encadrés, cajolés ; mais surtout être mis à l’abri des frustrations pour faire en sorte que, son patriotisme et ses potentialités ne soient nullement mis en mal par des politiques désastreuses, inspirées par un tribalisme maladif.

Pour être sûr de satisfaire la demande sociale et consolider la croissance portée à bout de bras par la valorisation de la rente pétrolière, il faut effectuer une bonne orientation vers le travail et l’amour pour la patrie ; c’est-à-dire moins de politique et plus d’économie et du social.

A ce jour, nul n’est éclairé sur l’hypothétique dynamique du « Chemin d’avenir », ni sur le tonneau des danaïdes des municipalisations accélérées ; le grand marché des opérateurs économiques véreux qui s’en donnent à cœur joie. Il ne suffit pas de s’adresser aux citoyens à travers des débats fastidieux sur les plateaux de télévision ni par des sorties lassantes et communiqués endormants du porte-parole du gouvernement.

Toutes les recettes pétrolières du Congo pourraient être englouties dans des schémas hasardeux, et rien ne permettra de réaliser le plan émergent si la vision, les politiques ne sont pas comprises, partagées.

L’émergence ne sera jamais une réalité au Congo si les décideurs de demain se sauront jamais se départir de l’emprise des consultants étrangers, mais aussi des laudateurs nationaux invétérés tels Théophile Obenga ou des Economistes d’un autre âge comme Louis Bakabadio.

Les consultants internationaux n’ont jamais indiqué le bon chemin aux pays sous-développés. Ils savent pertinemment que l’émergence de ces pays leur est préjudiciable. L’exemple des Brics (Brésil, Russie, Inde, Corée, Afrique du Sud) est assez illustratif de la difficulté des puissances occidentales sur le marché mondial. Elles sont obligées de délocaliser, de fusionner, de négocier des accords commerciaux pour trouver une compétitivité à leurs produits.

La réforme des institutions, préalable à l’émergence économique.

A un évident problème d’incompétence des hommes qui gouvernent le Congo, s’est greffé un autre impedimenta, plus insidieux ; mais plus grave puisqu’il empêche notre pays d’entrer dans la modernité : l’inanité de nos institutions. Notre pays doit donc, sans attendre, repenser un système, doté des institutions plus rassurantes qui permettraient de concilier d’une part ; la diversité ethnique et culturelle, de l’autre, la cohésion et la maturité que suppose l’appartenance à une seule et même nation.

Même l’alternance, expression de la vitalité d’une démocratie, devient une utopie. Face aux institutions incapables d’assurer une consolidation démocratique, les congolais sont désormais résignés à attendre un coup de main du Seigneur, tel qu’il soit.

Nos compatriotes doivent enfin comprendre, que plus que les milliards du pétrole, c’est la mobilisation des énergies populaires par l’émergence citoyenne à travers une véritable refondation institutionnelle, qui est une condition sine qua non de l’émergence économique.
Un partage efficace du plan émergent est incontournable. Que tous les acteurs de la vie sociale et économique se retrouvent dans cet idéal : l’élève, l’étudiant, le paysan, le marchand ambulant, le maçon, l’ingénieur, l’entrepreneur, le fonctionnaire, l’employé, l’opposant politique, le syndicaliste, l’acteur de la société civile.

Nous avons un système rigide, difficile à améliorer sans heurter les intérêts du clan des prédateurs. Et loin de consolider des perspectives intéressantes pour la jeunesse, le Congo assiste impuissant, à la fuite des cerveaux. Les cadres et intellectuels congolais brillants, compétents et honnêtes ont été laissés au bord de la route, les uns tombant dans les consolations dérisoires de l’alcool, les autres repliés dans celles plus douillettes des organisations internationales, l’errance dans les capitales occidentales, laissant écœurés, le Congo aux arrivistes pressés et affairistes.

Le sacrifice et le travail consentis par le Peuple congolais concerné ; la volonté, la détermination et le comportement patriotique et exemplaire des tenants du régime, telles sont les conditions indispensables à la réussite du Plan Congo Emergent.

A mille lieues d’une quelconque émergence, nous sommes pour l’heure, immergés dans la torpeur et dans la résignation. Si on n’y prend garde, avec Sassou comme commandant du navire Congo, le pays n’avancera jamais, il ne reculera même pas. Car on avance ou on recule en surface, de façon horizontale. Le mouvement du Congo, sous le règne de Sassou Nguesso depuis plus de trois décennies, est vertical, mais dans le mauvais sens : le pays immerge. Inexorablement.

Djess dia Moungouansi. « La plume du Congo-libre »

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Djess Dia Moungouansi - dans Congo-Brazzaville

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