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2 mars 2014 7 02 /03 /mars /2014 17:45
Congo-Brazzaville : Une république débordée

par Dina Mahoungou

femme congolaise désemparée le 4 mars 2012

L’acharnement des médiocres, les astuces des sectateurs, un grand caravansérail, la République du Congo Brazzaville est débordée. Sur quel pied danser ? C’est le grand apprivoisement. L’armée, l’outil de la violence collective, au côté des camelots jusqu’auboutistes qui bradent tout. Le pays est devenu effrayant à cause de cette politique épouvantable menée par des affairistes d’opérations plus que douteuses.

Le grand nerveux est un homme muré avec les moyens expéditifs dont il dispose. Le chef de l’Etat s’en tape des veuves et des orphelins, il a éliminé tous les insurgés. Vider l’homme et le trousser en un tour de main, il réussit sans grand mal, il en a les dispositions.

Ses ennemis sont tous châtiés, il nous fait voir ce que nous avons vu, subi. L’hystérique a tous les droits sur ses sujets.

Le Congo est une contrée qui va se déboiser à vue d’œil, les citoyens ça compte pour des cacahuètes. Au pays, la brutalité est une façon de conjurer l’inéluctable, c’est leur côté patronage aux bourreaux. Nos compères flics, la chicotte qu’ils appliquent sur les gisants avec une moue à la fois sarcastique et méprisante. Ces simplets grincheux, enrhumés de l’esprit terrorisent tout au passage. Les gens s’exilent parce qu’ils ont l’impression de déranger. Les disparus et les déplacés sont livrés aux idées générales.

Pourquoi mourir sans but sur le seuil de chez nous ? Ce retentissement brisant de la colère du peuple sera encore un effet d’impatience ? Question sans convenance, pour leurs libertés les hommes meurent dans la lutte jusqu’à la perte impossible de leurs illusions.

Bien au contraire, la mort de nos martyrs n’a pas fait mourir notre combativité ! Cela ne peut que mal finir pour les établis et les mandrins, le réveil du peuple silencieux.

Nous attendons pour l’aliboron de service son jugement dernier, le jour au-delà des jours, la suite ordinaire des jours tannés par les ans. Nous exigeons les mandements à la place de l’ethnique. Fini le tohu-bohu arbitraire pour embobiner le bas monde par des subterfuges, par une opacité maléfique. Fini les registres de l’occulte.

Dans cette république, rien de défini, rien de déterminé. La veulerie et le je m’enfoutisme sont arrivés à leur apogée, à la distance de l’absolu. Pauvre gavroche ! La vie dure de l’enfant-soldat régulateur d’actions violentes, vautré dans cette crise endémique.

Res publica, un peuple décharné, sous les décombres, défaillant, désapproprié par des détails oiseux, par des troubles sociaux. Un peuple réduit, insatisfait, qu’on écarte de l’identique, une foule hors de toute unité, le mutisme y est en excès.

Une crise de masse, l’absolue présence de l’inertie, tout devient insoutenable, l’espoir même s’y est anéanti, une abdication involontaire.

Le peuple congolais dans toute sa récusation est censuré, le désastre est une rose épanouie en bouton. Sans présomption, nous devons aimer plus ?

Mais d’où vient donc parmi nos hommes politiques ce désir maladif d’offrir le chaos, de faire facilement du mal. Qu’il n’y ait d’autres alternatives de jouir ensemble du bien commun, vivre dans le refus du pathétique n’est pas notre sacerdoce. Avec peur, les villageois cheminent à travers les chemins de brousse.

Ce qui apparait est patent, les Congolais usés attendent stoïquement leurs fins de vie … C’est à Dieu d’y pourvoir.

Nous nous battons chaque jour quoique la vie ne nous accorde aucune attention courtoise contre les bidouilleurs politiques. Les pas mâchonnés de toutes ces années perdues sans rien dire, une malicieuse cruauté, un lyrisme nébuleux. Dans notre propre pays, nous sommes des flâneurs émerveillés, nous avançons cauteleusement vers le chaos, désoeuvrés. Ténébreux, nous rions de nos propres abrutissements avec une oblique distraction. Tout passe, même la douleur.

Denis Sassou N’Guesso, ce soldat téméraire et vulgaire a un appétit d’autruche. Vous lui tendez la main pour un bonjour, vlan ! C’est toute la main qui y passe, peut-être bien tout le corps. Un rabat-joie taraudé par le spectre de l’inquiétude, la contradiction l’agace, le répugne, avec ses haines d’apparitions insidieuses, une intelligence plate, inachevée, peut-être une tare héréditaire ?

Un champion au mépris facile, son côté laborieux, sans panache et toutes ses comédies réjouissantes. Ses courtisans lui chantent ses faits, ses guerres, des exploits. Il regarde les morts éventrés, grouillants d’asticots avec une délectation faussement horrifiée. Son jeu de désir macabre qu’il noie dans son propre naufrage. Tout ce qui attire dans l’abyssal, c’est bien lui.

Le Congo en a gros sur la patate, les errants, les gisants pour qui tout a sombré. Un espace de détresse, une générosité du désastre.

Bornées les classes favorisées, pathétiques de maladresses, raflent tout. Ceux qui vivent dans la facilité de la complaisance doivent se souvenir, l’avènement adviendra ; La parousie ou imposer la juste terreur, c’est selon.

Nous sommes une terre de conflits politiques et nous portons l’héritage de ces conflits.

Les sans-terres contre les intérêts particuliers de l’union sacrée des occupants qui s’appuient sur la logique dominante de la tribu. Ils ne craignent pas Dieu, ils le transgressent, se rebellent et agissent criminellement contre lui.

Quelque chose d’obscène et de déplacé agit en eux, chez les pauvres dans leurs cahutes de terre glaise, de paille et de troncs d’arbres, avec leurs nombreux facteurs de fragilisation et de déclassement sur le terrain scolaire.

Le viol du pacte commun a été commis, les pauvres ne peuvent assoir dans la République la volonté générale contre le bruit de bottes, le piétinement des chenilles des blindés.

Le degré de pouvoir d’exaction est plus grand par lui-même, un pouvoir immense de ceux qui font beaucoup de mal aux citoyens. La toute puissance despotique est sans limites. Les affreux tiennent les hommes autant que possible dans les limites de la frayeur. Le paradoxe est érigé en art de vivre, une seule main et quelques hommes, grisés par une réussite imméritée, règnent sur des millions d’habitants. Ils sont comptables d’un répertoire d’actions violentes commises par leurs bataillons de sécurisation.

Voir une ville qui va à son déclin : Brazzaville(N’guélé), le grand chef est un blaireau qui se raconte des histoires de génies et de fées, c’est une canaille, un homme gommeux et riche qui fait partie de cette aristocratie des gens d’armes, un abusif, un tortionnaire qui s’en fout, son moral est compacté.

Là-bas, les égoïsmes et les intérêts exorbitants se complètent, la fausseté est accomplie, exagérée. La médisance a attaqué les mœurs de cette ville, les masures, les cases y sont mornes. L’odeur des exhalaisons putrides des ruisseaux, la misère croît le long des jours, les pavés sont boueux, un semblant de vie dans ces quartiers hirsutes, congestionnés, tumultueux. Des chats-huants, les maroufles le long des routes, se reposent sur de la paille moisie, un rauque rugissement, un cri de gueule marqué par les gens de l’octroi.

La lumière du jour ajoute de l’éclat sur l’herbe fétide, les eaux usées s’agglutinent, les rigoles éparses dans les faubourgs, le cadastre est absent.

Tout est sombre. La ville est en suspens, la gloutonnerie farouche des prêteurs sur gages appauvrit tous les demandeurs. Tout est sale, on est en vue d’un spectre horrible, comme du végétal, c’est une ville en dormance. Les herbes drues ont pour cet espace des accointances. La nature est dans son rôle, son envoûtement a tout repris. L’église Kizito de Makélékélé ressemble à une vieille abbatiale, l’édifice manque de solidité, les baies et les portails sont usés.

Les tripiers et les tanneurs lavent leurs produits dans des crevasses. Pas d’eau courante, ni d’électricité. On est en pleine débrouille, Dieu merci la nature a bien repris le dessus.

On se raconte les histoires du père fouettard, on en rigole. Le vent aide à respirer, son agrément est unanimement vanté. Brazzaville en masse, c’est un convoi de gagne-petit. Symétriquement aménagée en maisonnettes à tôle ondulée, la petite cité rumine. Tant bien que mal, l’estomac souvent vide, ses habitants survivent. La nuit, on entend le rythme indistinct des cafards, le battement incessant des rats des champs, les souris vadrouillent dans les bas-fonds.

Les files de maisons ressemblent à des campements de chasseurs. Tout est humide dans ce spectacle silencieux, le macadam des avenues est caduc, cette indigence même chez les indigènes est d’une autre époque, d’un âge depuis longtemps révolu. L’abondance de tas de fumiers, les canaux sont bouchés, les chenaux sont envahis et colonisés par des détritus de toutes sortes et surtout par le chaînage des cailloux et les ferrailles, c’est un désir de destruction inavoué.

Les puanteurs dans les rues presque abandonnées, les saletés vomies par les eaux défectueuses forment d’imposants arcs de voûte, le vice est grandiose. L’hygiène et l’agréable, le confort et le propre dans nos quartiers peuvent en être a jamais bannis. La ville produit les ressources d’une haine ingénieuse.

Dans leur mépris hautain, avec cette condescendance amusée, les hommes riches, ballonnés par le contentement de soi, se reposent sur les vanités d’argent. Le bas-peuple a devant lui la spoliation et les tribunaux d’exception. La vie ne fait qu’enlaidir, avilir ceux qui n’auront jamais rien, l’abaissement du citoyen, l’abandon de soi-même, c’est le quotidien.

On a beau cracher son fiel et son dégoût contre les oligarques, rien ne change, c’est du pareil au même. Le peuple a le droit d’être difficile et de placer sa fierté là où d’autres péquenots mettent leur indifférence. Mais à quoi ça sert ? Et la vie continue mon couillon ?

Tous nos rêves républicains ne sont qu’un aspect de nos enchantements mélancoliques. Dire que nos expressions ajustées à l’intention du réel et du courage n’y changent rien. Ce ne sont qu’exaspération et amertume que l’on ressent d’une défaite, les augures et les nécromants poursuivent leurs destins, nous sommes là asphyxiés devant le silence monotone de la répression.

Devant cette grave indécence, ces gargouillements passionnels du jeu du chat et de la souris, vivre aplati dans ces contradictions louches, une humanité tordue, nuiteuse qui se regarde vivre, qui se désennuie et tue le temps.

Les sujets d’inquiétude et d’irritation, leurs préoccupations c’est que les pauvres veulent devenir riches, quel paradoxe ! Les poisseux veulent une vie oisive bourrée de gratitudes, voilà de quoi devenir en attendant le sort : lâche, avide et méchant.

Devant ce bazar pétri d’espérances et de sensibleries, le savent-ils les Congolais que le grand manitou ne s’arrête à aucune considération de pudeur, le visage imperturbable, c’est un escroc qui s’est introduit sous le masque de la dévotion dans une honnête famille pour la brigander.

C’est un faiseur d’histoires, son regard de veau de lune avec un ton prudent, feutré, cafard et baise-cul qui a embrouillé tout le pays dans un aplatissement définitif, le Congo devient son marche pied. Le grand chef vit de rapine ça s’appelle le pouvoir despotique.

Les Congolais sont là, dociles, c’est presque inquiétant ! Ils sont à mi-chemin entre la trahison et le sacrifice, ça tient du miracle qu’ils n’aient pas disparus, cette meute de chiens sans maîtres, des fugitifs hagards. Un défi obscène à la morale, tout le monde veut une petite part du gâteau, du simplet au doctorant, une fascination bestiale pour le bonheur et la joie de vivre.

Tout le monde veut vivre dans la gaieté « un modèle d’intègre clairvoyance ». Remuez les ordures ! Une humiliante discipline s’est imposée au Congolais les plus démunis, la main tendue. La hargne des furieux, le saut dans l’inconnu. Ça soupire de langueur et de gratitude quand les indicateurs et les marloux perçoivent leurs subsides, ils sont de toutes les fêtes, de tous les apparats : c’est leur révolution gueularde et dépoitraillée.

Dans ces lieux de tous les échouages et de ratages, les colères s’évaporent vite quand dans leurs mains les bavards tiennent un peu de monnaie. Le flot des passions humaines se réaniment dans les petites maisons de débauche, même s’ils s’attendent à pis, ils sont insouciants dans leur flânerie active. Dans ce pays immonde rempli de brutes dirigeantes, l’argent rend fou même les déclassés qui végètent dans une sentine, dans des taudis, dans les tanières fétides, ils rêvent de devenir les nouveaux enrichis, des parvenus.

Les déclassés rêvent de beauté, de haut libertinage, de femme de luxe et de paresse. Ceux qui crèvent sur le pavé dès les pâleurs de l’aube ne verront pas le bonheur, tant pis pour eux !

Dans nos quartiers de guenilles, nos maisons ont été saccagées, pillées, la cité ressemble à une vieille bicoque délabrée, c’est la patrie des marginaux, des gens de rabais, des peu aisés, la zone de non-droit, tous les frelons de l’ordre social s’y tapissent, la cour des miracles, la trépidation des coupe-gorge, une croupissure, un amas misérable, malpropre, des semi-ruines, la vraie déconfiture.

Malgré cela, face aux tyrannies et aux injustices, des fortunes brusques s’amassent, un capitanat spontané, inconvenant et proprement révoltant. Le haut vol crée la vanité des vocations et l’arrogance des ethnies dominantes. Les fainéants par paquets subsistent au Congo, ils tuent le temps en intrigant et en médisant les uns contre les autres pour se rapprocher du pouvoir. En spectateur rétif, le chef de la Nation prévaricateur sans vergogne éveille de bien vives rancunes en pressurant la population.

Notre sacrifice est un acte de parole. Nous nous interrogeons !

Qu’on se le dise, le peuple souverain demeure l’épithète officielle de la divinité.

Le fagot de brindilles brûle pour éclairer la nuit, le pays essoré est en train de basculer dans la seigneurie.

Le 1er mars 2014

Dina Mahoungou

Ecrivain et journaliste médias

Auteur du roman : « Agonies en Françafrique » aux éditions l’Harmattan

Auteur du recueil de nouvelles : « Les parodies du bonheur » aux éditions Bénévent

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Dina Mahoungou - dans Congo-Brazzaville

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