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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 19:51
[Congo-Brazzaville] Le calife en majesté

Par Dina Mahoungou

Le Congo Brazzaville aujourd’hui ce sont quelques pantins désarticulés, un décor de carton et une cour aux mains du calife et l’arrêt est rendu !

Maharadjah de la forêt vierge bien repu, c’est un roteur avec ses grands hoquets. Le roi fait participer généreusement les Congolais à son règne, c’est sa chose, c’est sur son repos du septième jour qu’il a créé son monde.

Avec un bonheur instantané qui lui sourit, à chaque matin qui s’éveille le général Président est toujours aux commandes. Ce diable brouillon et fureteur, avec une traîtrise constante, ce goinfre s’est installé dans son mensonge, s’y complait et s’y repose.

Dans sa position de calife, il voit le fond des âmes et des corps de tout Congolais où qu’il soit. Le chef a cette clairvoyance qui lui vient des abîmes, c’est un absolu à tout point de vue. Son rire hénaurme, il est la faune, la flore, il se transforme selon la légende en astérie, en polypier, en lunule.

Mais comment donc ? Lui résister ne sert à rien ? Les vagues jugements qu’il porte sur les uns et les autres sont d’autorité, ce qu’il décide sur ses ouailles est parole d’évangile. C’est à lui seul de rétablir la vérité. Il a assassiné la conscience de milliers de gens ; la fascination de l’abominable.

Il plane à mille coudées au dessus du pays. Nos bla-bla-bla, nos furies selon ses proches sont de petits événements sans lendemain, il a des couilles en or, il assoit son fondement sur son trône avec majesté et la servitude continue.

Son œuvre n’est pas encore achevée, il est attentif à tout, ce serait folie de lui demander davantage. Il use de son autorité de créateur pour nous distiller la tranquillité des esprits et nous payons les frais d’occupation. On nous demande seulement de ne pas nous résigner tout de suite. Nous sommes des cancrelats sans pattes, et nous nous obstinons stupidement à monter sur l’arbre. Nous sommes libres de nos passions, ce n’est pas compliqué à comprendre.

Mais voyons chers compatriotes, dit le roi, assumez le rythme de votre destin ! La honte pour ce pays est un fragment de nos propres vies perdues. Le calife est diabolos « étant ce qui divise », il transgresse la norme dans un but évidemment curatif. Sa morale n’est pas fondée sur le repentir, il ne regrette rien. L’orgueil des autres n’est pas assez fondé pour remplacer le sien. Le calife n’est ni coupable ni tourmenté et n’a aucune volonté pour réparer ses fautes. Un petit peu arrogant quand même, avec ses bouffées de colère, ces vengeances terribles, il pète, c’est un délicat.

C’est le festin des loups, le système opportuniste, il ne demande jamais l’avis des autres, détruire le pays fait partie de sa conscience esthétique. Le roi adore le mal dans toute la délectation morose du criminel. Commandeur en chef, il est fier comme un pou. Ce génie du mal ne lèvera aucune ambigüité jusqu’à la fin de ses jours. Les tentatives d’exploration dans son univers s’invalident l’une l’autre. Il est le héros de son propre objet, comme s’il planait au dessus de l’espace et du temps. Il couve en lui les pulsions de vie, de destruction et de mort.

Dans ses palais où circulent à toute heure des pénitents noirs, les lieux de sévices sont clos, se rapprochent de l’étrange. Il y a tout ce qui relève de l’interdit : les cachots, les serrures, les grottes, les oubliettes, les souterrains, les galeries. Son appétit de vice est presque utérin. D’où surgissent ses crimes de masse monstrueux, dans son imagination pure ?

Ceux qui l’ont vu de près parlent d’un regard monstrueux qui vous fait vivre dans l’attente d’une révélation, un regard en biais éminemment dramatique, des phobies du fantasque, un dépaysement de l’esprit, le surmoi, un avatar profane horrible, comme si nous étions dans la répétition du temps passé. C’est la crainte, la pitié, l’âme en peine.

C’est un coquet, très entouré de sa pègre. Des finauds bien frottés aux échos, en fanfare, nous livrent un pays bousillé. Les citoyens comme des oiselets en cage, pleins de petits gargouillis. C’est mélangé comme cohue, une abomination rapace et sans pitié. Toujours présent à la barre, le calife qui est plein d’audace étourdie et encore, qui plus est, sacrificateur. Une ruse somnolente, des pirouettes. Exalté et méprisant, il jouit sur lui.

C’est un ressac de ténèbres, le calife. Un intempestif tout de même, un sans-cœur avec tous ses masques, ses rôles, ses vacheries. C’est en présence de son dessein sombre qu’il abomine le prolétariat fonctionnaire. Le fou lunatique et ses exactions sanglantes. Difficile de prévoir, de quoi demain sera fait ? Avec cette pourriture, le vrai fumier que c’est !

Dans ses palais, entouré de ses berdaches, le calife qui souffre de la manie de la persécution danse toute la nuit, dans tout le pays la misère mue. Dans ces images remuantes, c’est un être de confins. Dans ce foutu bled, y’a même pas un hublot pour respirer. Des petits chiards, des hideux, un esclandre, des petites misères, un champ de supplices, tout en habileté, le calife dimensionne le phénomène de la destruction totale de la Nation, il a rompu toute promesse divine.

Le calife est ébloui, il aboie de joie, les citoyens du Congo à sa vue sont des statuaires, voire des figurines, des automates, des marionnettes réduites à l’état de choses.

Lui et ses affidés orchestrent un délirant ballet d’objets, la politique devient un univers des puissances infernales. Nous sommes voués à l’errance éternelle. Qui du peuple lèvera le petit doigt ? Chez ces gens-là réside un grand potentiel négatif. On a conduit, en toute conscience, tout droit, les vivants vers leur mort, une perception sépulcrale et dégoûtante de l’existence.

Dans toutes ces cruautés, ces abominations, le calife toujours la bouche cousue, muet comme une carpe et toute une réserve d’histoires inavouables, un moine prieur des blasphèmes, ce n’est pas un casse-cou, sa vraie vie nous glisse entre les doigts. C’est une infériorité avec beaucoup de maladresse qui arrive à survivre. C’est une conscience immergée qui ne pense à rien, nous pouvons comprendre le grand ressort de sa cruauté.

Dans le résidu de son animisme primitif, il adore le culte de l’empaleur. Il a fait allégeance à l’esprit du mal. Son statut hiératique, oculaire et vengeur témoigne d’une velléité démone et perfide. Dans une sorte d’errance fantomatique, l’agonie de Nosferatu est au terme de sa quête.

Dans la cour du calife, il s’en faut d’un rien pour que la tour s’écroule.

Par ses dépits, ses petites méprises, sa mégalomanie qui sont du reste rigoureusement établis, définis, c’est certain ce monstre nous mènera inéluctablement à la catastrophe finale.

Pas de tâtonnements, pas de lésineries, la vraie concision, on est dans le domaine du sinistre.

Toute sa volonté est enchainée sur l’irraisonnable et pourquoi son omnipotence durerait-elle ?

Cette quête absurde de destruction s’est-elle établie sur le plan de l’éternel ? Le général Président pour les pauvres hommes que nous sommes est-il un piège à temps ?

Un désarroi sans recours, est-ce une méprise ? Le calife n’abdiquera aucune de ses certitudes. C’est péché d’orgueil cet acharnement à vouloir demeurer le boss à tout prix.

La vie pour le calife se réduit à l’intuition pure de l’instant. Il n’a rien à justifier, il est le chef. Les Congolais sont fatigués parce que les événements sont déjà accomplis, l’espoir, la solidarité sont pour eux des poncifs surannés.

Un peuple chargé de fatalité irascible n’a aucun ressort pour dire non à la tyrannie qui l’étouffe et l’opprime. Notre abnégation accepte avec résignation la nature de la sanction. Nos réserves qui indiquent dans le vide …. La vie de Monsieur Denis Sassou N’Guesso est catastrophique par essence, le calife ne connait pas le bien, c’est un expérimentateur qui veut créer une contrée avec des consciences occupées et diriger (manu militari) les jugements psychologiques et moraux de ses personnages. Le calife excelle dans un sadisme préparatoire comme exercice gratuit de virtuosité.

Le Congolais s’est lassé, son quotidien est devenu son propre malheur. Le calife vit sa vie, par-delà les raisons qui entourent son mystère. Il est bien tranquille dans toute cette anarchie ambiante.

Ainsi, le mot liberté lui échappe.

Dina Mahoungou le 8 mars 2014

Ecrivain et journaliste médias

Auteur du roman : « Agonies en Françafrique » aux éditions l’Harmattan

Auteur du recueil de nouvelles : « Les parodies du bonheur » aux éditions Bénévent

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Dina Mahoungou - dans Congo-Brazzaville Sassou Nguesso

Economie

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