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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 19:45
[Congo-Brazzaville/Guinée Equatoriale] Quand Sassou Nguesso complotait contre le président équato-guinéen Théodoro Obiang Nguema

Pétrole, espionnage et tentatives de coups d’Etat

Le pétrole dans le Golfe de Guinée depuis longtemps attise toutes les convoitises ; celles des grandes puissances, au travers de leurs petites et grandes compagnies et celles de nationaux, d’individus politiques ou militaires qui s’imposent toujours par la force afin d’en acquérir ou d’en conserver le contrôle.

Grâce aux révélations d’Edward Snowden, il y a peu, le monde entier, et les Européens en particulier, découvraient qu’ils étaient espionnés et écoutés par la NSA (National Security Agency). Sous couvert de la lutte contre le terrorisme, même les conversations des dirigeants de pays alliés aux U.S.A., comme celles de l’Allemagne et la France, n’échappaient pas à la règle. Ces écoutes étaient souvent guidés par des intérêts industriels et commerciaux. Des cris d’orfraie et de vierge effarouchée n’ont cessé d’être lancés suite à cette information, somme toute banale, par des dirigeants répartis sur tous les continents.

Pourtant à Brazzaville, dès le début des années 90, quelques rares personnes (dont étaient exclus Denis Sassou NGuesso et Pascal Lissouba) le savaient déjà. Dans le Golfe de Guinée, l’enjeu pétrolier était capital pour la première puissance mondiale. Ainsi les moyens d’écoute et de surveillance de la NSA permettaient de suivre les conversations que pouvaient tenir certains dirigeants de la compagnie pétrolière française ELF qui opéraient dans la zone. La technique utilisée était (et est toujours) celle de la « reconnaissance vocale ». Chaque voix humaine a ses propres caractéristiques et se distingue des autres comme l’empreinte digitale se différencie de toute autre. Chaque individu à sa propre « empreinte vocale » et peut alors être considérée comme unique. Les puissants ordinateurs de la NSA, connectés aux systèmes d’écoute, permettaient d’identifier toute conversation dès lors que la voix était « échantillonnée ». Ainsi, durant la longue traque d’Oussama Ben Laden, ce dernier se gardait bien de parler dans tout appareil téléphonique. Aux premiers mots qu’il aurait prononcés, les ordinateurs de l’Agence américaine l’auraient reconnu et localisé.

Ecoutes à Brazzaville

Depuis cette technique s’est vulgarisée et toute compagnie téléphonique, ou presque, serait capable d’y avoir recours à condition qu’on l’y autorise. Les derniers smartphones Samsung ou Apple, que vous avez dans votre poche, disposent de versions simplifiées. Il serait sot de ne pas croire qu’au Congo le dictateur ne s’adonne pas à cette pratique. Denis Sassou NGuesso, avant même qu’il n’accède au pouvoir, avait mis en fiches cartonnées tous les acteurs de la vie civile, politique et militaire. Ses informateurs étaient partout et au petit matin, l’apprenti tyran savait tout ce qui s’était passé dans la journée et dans la nuit précédentes. Aujourd’hui, la puissance des ordinateurs s’est considérablement accrue autant que leur taille s’est réduite. Les logiciels de « reconnaissance vocale » sont devenus abordables financièrement. Ainsi, tous les opposants reconnus ou potentiels ont été fichés et échantillonnés par leur voix. Même et surtout les proches de l’autocrate de l’Alima. Peu importe le téléphone, au numéro connu ou inconnu, qu’ils utilisent. Dès les premiers sons de voix émis, les enregistreurs se déclenchent et les services attachés à la présidence à vie peuvent alors établir un rapport précis des conversations.

Cette technologie, réservée à la première puissance mondiale il y a encore deux décennies, a été sans aucun doute possible acquise par le tyran congolais. Tous ceux qui pensent aujourd’hui, qu’en se servant d’un nouveau numéro de téléphone au Congo ou à l’étranger se mettent hors de portée du grand inquisiteur, se trompent lourdement. Dès que la voix a été « échantillonnée » nul ne pourra lui échapper dès lors que la conversation téléphonique se tiendra au Congo, en partira ou y aboutira. Quelques gadgets électroniques existent néanmoins qui peuvent modifier l’empreinte de la voix et il pourrait être judicieux de s’en prémunir si l’on veut pouvoir médire tranquillement du tyran ou œuvrer sereinement à son départ (qui ne saurait tarder)!

Miracle de nos pétrodollars, l’élève « qui parcourait 100 kilomètres à pied pour rejoindre son école » s’est mué en un James Bond de l’Alima et des tropiques, sans aucun fétiche, qui sait instantanément ce qui se dit contre lui dans le pays qu’il a conquis !

Elie Calil, Denis Sassou NGuesso et la tentative avortée du renversement de Teodoro Obiang

Dans ce même domaine des activités secrètes et des complots qu’il aime plus que tout, celle de la tentative de coup d’Etat à l’encontre de son « grand ami » Teodoro Obiang Nguema, le président de la Guinée Equatoriale vient de bénéficier d’un éclairage particulièrement intéressant.

L’instigateur de cette affaire était Severo Moto, le principal opposant du despote équato-guinéen. Réfugié en Espagne, il n’avait d’autre choix que de faire appel à une aide non-conventionnelle, celle de la célèbre société militaire privée : Executive Outcomes. Cette dernière dirigée par l’ancien officier des forces spéciales sud-africaines, Simon Mann, louait ses services à des compagnies pétrolières et minières principalement en Afrique Australe ainsi qu’à des Etats, comme l’Angola et la Sierra Leone. Ses employés étaient principalement d’anciens soldats et officiers sud-africains, de redoutables professionnels de la protection et du combat. En réalité, des mercenaires hautement qualifiés !

Le prix de l’intervention en 2004 n’était pas donné ! C’était 30 millions de dollars (15 milliards de FCFA) qu’il fallait mettre sur la table. Mais ce n’était rien face à l’enjeu que représentait la conquête d’un petit Etat qui s’affirmait comme un eldorado pétrolier. L’opposant équato-guinéen avait l’aval des autorités espagnoles qui souhaitaient remettre pied dans leur ancienne colonie. L’Espagne était disposée à reconnaître immédiatement Severo Moto comme le nouveau président de la Guinée Equatoriale dès la chute d’Obiang Nguema, mais ne voulait pas mettre la moindre peseta dans le projet.

Severo Moto avait alors besoin d’un financier et il le trouva en la personne d’Elie Calil, le milliardaire britannique d’origine libanaise né au Nigéria. Personnalité très connue et influente dans le monde pétrolier, l’homme d’affaires n’en est pas moins très mystérieux et ne s’est jamais exposé médiatiquement. De toutes les relations importantes du dictateur congolais, Denis Sassou NGuesso, il est la plus ancienne et la plus proche. Elie Calil est également réputé pour avoir une très grande proximité avec un important homme politique britannique, Lord Mandelson. Ancien Commissaire Européen et trois fois ministre dans le gouvernement de Tony Blair puis de Gordon Brown, il a été soupçonné d’avoir bénéficié d’arrangements particuliers avec Elie Calil. En juillet 2010, Lord Mandelson surnommé l’éminence grise du parti travailliste, libéré de sa position gouvernementale, se retrouva vite missionné par le dictateur congolais pour la recherche d’investisseurs étrangers. Peu de temps après, début 2011, il intégra comme Conseiller Senior la Banque Lazard, dont Matthieu Pigasse, neveu de Jean Paul, préside la branche française. « Le monde est tout petit pour Denis Sassou NGuesso et ses pétrodollars ! »

Apparemment dans sa tentative de coup d’Etat, Severo Moto avait trouvé une source nébuleuse de financement étonnement proche de Denis Sassou NGuesso. Il est à noter également qu’en Guinée Equatoriale les opérateurs pétroliers sont essentiellement Américains. Aucun d’eux n’opèrent au Congo et ceux présents au large de Pointe Noire (Total et ENI) n’ont pas eu accès à la Guinée Equatoriale.

La suite tout le monde la connait. Le projet élaboré par Simon Mann, le responsable d’Executive Outcomes échoua alors que l’avion qui emportait les hommes et les armes pour renverser le président Teodoro Obiang NGuema faisait escale à Harare au Zimbabwe. Selon Simon Mann, les USA étaient intervenus auprès des autorités de ce dernier pays pour leur arrestation dans le but de protéger leurs exploitations pétrolières et de lancer un dernier avertissement au despote équato-guinéen : « tu changes sinon la prochaine fois sera la bonne ! » Depuis les équipements et infrastructures dans le pays ont considérablement augmenté et la population vit dans de bien meilleures conditions que celles que l’on connaît au Congo.

Si l’Espagne était d’accord pour se charger de la reconnaissance d’un nouveau pouvoir en Guinée Equatoriale, quel pays africain allait en faire de même pour entrainer les autres Etats du continent dans cette même voie ? Et quels étaient ses intérêts ? N’était-ce pas le Congo-Brazzaville ???

Elie Calil, qui avait introduit Lord Mandelson auprès de Denis Sassou NGuesso, avait-il obtenu un concours financier à Brazzaville dans cette tentative de renversement du Président Obiang Nguema ? Cela aurait sans aucun doute permis de mettre fin à l’exclusivité de l’exploitation américaine en Guinée Equatoriale….

Rigobert OSSEBI

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Rigobert Ossebi - dans Congo-Brazzaville Sassou Nguesso

Economie

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