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23 mars 2014 7 23 /03 /mars /2014 16:42
(Congo-Brazzaville) Chant de l'alentour

Par Dina Mahoungou

CHANT DE L’ALENTOUR

Au doyen Antoine Letembet Ambily « écrivain »

Avez-vous déjà entendu les rires d’un crocodile ?

De vrais rires sanglants, comme ceux-là même répandus dans tout le Congo.

Des rires vastes et glauques ressemblant à un boulet qui dévale une pente. Dans nos pistes en forêt les épines se chevauchent, forment un tapis de plaintes cariées. L’utopie qui s’ankylose dans un monde enterré. Ce sang qui jaillit de nos pieds se surprend à arroser les ravines de la terre ferme. Des lots de sang par petits morceaux ressemblent à une mixture de goyave, de petits blots parasitaires.

En pays Kongo, une fuite imprévue vers rien, un endroit de malheur. Ce sang coagulé sur le sol régule la danse obstinée des fourmis magnans. Il fait trop chaud, nos patriotes demeurent d’éternels réprouvés. Mais tout ceci deviendra poussière demain avant l’aube et c’est le prix à payer.

Tout doit disparaître pour nous maintenir en inanition.

D’ici là, l’an 2016 éclatera en sanglots !

Les chantres du pays-ci perçoivent l’immanence d’un autre début d’enfer … Et pourtant, en France le 4 février 2014, un petit groom est condamné devant la Cour d’assises de Paris pour complicité de génocide. Ᾱ quand les procès des gros requins ? Les réseaux d’influence peut-être ?

Est-ce pour se donner bonne conscience ? Un genre de finauderie.

Au Congo et dans la diaspora, nous sommes des milliers de victimes directes pour venir témoigner à quelque potentiel procès avec des tas de preuves pour les confondre. Pour tout le bon peuple du Congo, toutes ces éventualités sont sereinement attendues.

Les rêves d’aujourd’hui sont faux, sont d’une autre réalité, c’est toujours l’éternelle damnation.

Depuis longtemps que la lumière ne nous éclaire plus, nous sommes bloqués en Kongo dominé. Mais quelle jeunesse réenfourchera nos rêves. La clarté, la clémence se dérobent encore sous nos pas, inaptes à ne plus rendre compte.

De la racine à la splendeur des cimes, on a cadenassé nos solutions. Une prise en charge totalitaire, une vraie razzia de nos émois, à l’énergie et à la poigne.

La belle brocante … Tout est à brader, ici et maintenant.

Tous ces pleurs usés, nos larmes mêlées aux roulis de coups reçus, les tremblades … Voilà ce que nous avons mérité comme récompense.

Ᾱ la va-vite, ceux des nôtres, du moins quelques-uns ont renoncé à la lutte devant une telle réalité crucifiante, les péripéties, le coup du sort, surtout que la faim et le dénuement rendent atrocement lâches et ambigus.

Dans nos carcasses craintives, vautrées, notre dénominateur commun c’est l’échec.

Devant la haine des autres, les gens sont bernés à ce point-là de dinguerie !

Nos frères vendus applaudissent, louangent la dictature avec cet agacement, cette infamie joyeuse que l’on nomme docilité. Les fantoches de la connerie solidaire avec leurs amabilités truquées, des naïvetés qui amusent. Cette pensée parcimonieuse des chevaux légers de la traîtrise. Ce ton de nostalgie et d’amertume, cette maniaquerie cocasse des mouchards qui commence à puantir parmi les nôtres.

Le bal des faux-culs empreint d’onctuosité et de tartufferie, les fausses apparences, une République de guimauve. En attendant, la sentence populaire, la voix de la colère et de la résistance.

Nous, les misérables usés jusqu’à la corde, les gueux nés pauvres, c’est affligeant, nous n’avons pas encore fini ce travail de deuil. C’est pitoyable ce beau Congo prospère qui a basculé dans le baroque le plus suffocant, le plus rudimentaire. Dans l’ondoiement des apparences, les soubresauts épouvantables, une domination devenue silencieuse. La bêtise est étroitement entretissée avec autre chose, instable et décousue, les excès odieux d’une cruauté maladive. Ce pays est un pis aller confortable, la trahison des clercs, une servitude sans défaut, la réalité la plus crasse, les boules puantes, tous ces véreux en cheville avec les truands, tout est de cette eau-là.

Un système en vase clos, collet monté et canaille, un système parallèle opaque qui obéit à ses propres règles, un rien foutrage.

Nous sommes dépouillés de tout, on enrobe les dominés dans les brumes. Tout ce qui nous relie à la honte participe aux états de notre déchéance. Tout vétillant, tout magistral, tout héros triomphant, il surveille tout, avec l’arrogance discontinue du crocodile qui parachève sa mission.

Que deviendrons-nous demain et dans dix ans ? Des demi-sels du quart monde.

Nos armures vétustes ne peuvent plus grand-chose, dans les beaux draps nous sommes …. Belle charge d’annonce.

Et moi qui vous écris tout ça, j’habite cette honte par le vide. On souffre à mort, et pourquoi alors résister ? Disponibles à l’exclusion ! C’est une guérilla ou simple embrouille, on ne sait plus trop.

On s’arcboute aux crocs de l’existence. Les géreurs et les rutilants nous détruisent avec une happée de violence.

Les oppressions émiettées de la solitude et du silence tourbillonnant, nos angoisses déchiquetées qui se tiennent au chaud. Et toutes ces colères absolues, ces indignations à voix multiples se peuplent d’ombres et sentent la mort, ivres de douleurs et de confusions.

Dans cet asservissement achevé, nous sommes comptables d’une défaite ignoble. Retournement victimaire ou invagination tribale ?

Nous savons désormais ce qui anime nos frères, les traîtres utiles !

L’acclamation, la ferveur, l’ultime exaltation, les pleins effets, l’épaillage du rêve, l’aubaine est propice, c’est même à ça qu’on les abuse.

Dans nos peurs unanimes, le chevauchement des transes, c’est triste de vivre en quotidien dominé. C’est vraiment violent. Parmi ces gifles, ces agenouillements, nous sommes tout le temps boytisés, domestiqués, apprivoisés, nous subissons à volonté les certitudes du dominant, son courroux.

Ce chaos qui cisèle l’homme, qui nous renifle et nous entrelace, notre abomination sert toujours à nous éprouver, à préciser notre lieu, un format, un endroit, une atmosphère, un destin. On nous édifie dans la contrainte, on ne nous refuse rien, surtout pas l’ignoble.

Devant la hantise du silence et dans les rues populeuses, les badauds hagards et demi-fous avec un ton de prédication prophétique attendent le retour de Saint-Jean-le-Baptiste.

Un silence naturel et désarmé régit les journées. Tout n’est qu’une collection de sensations, le réel est d’abord quelque chose qui s’observe … Partout des bouches infectes qui nous ont trahies, le temps au Congo noueux et solitaire est une mémoire morte et close, le citoyen est prêt pour toutes les morsures.

Ce serait assez farce d’être heureux … Rien ne va plus.

Un pays cruel tapissé de fantômes, dirigé par des intrigants, artisans de la terreur.

Le Congolais est isolé c’est-à-dire sans importance. Tous ces malheurs nous viennent d’une profanation de trop ?

Tous ces gens dégueulasses qui caftent, unis dans un rassemblement qui n’est qu’un attrape-nigaud et dans cet univers, les crimes sont presque inéluctables. Fausses factures, caisses noires, les belles fraudes en col blanc, premier et deuxième rideau, des institutions opaques, des relais pour opportunistes exigeants.

Les habitants sont soumis au joug auquel on soumet les animaux de labeur. Au présent nous y sommes, étriqués dans les circonstances les moins confortables, les leurres inconsistants, les pilleries, les lois de brigandages, les divisions partisanes, le régime exclusif des tribus.

L’outrecuidance folle des coudoyeurs, des courtisans avec leurs chants guerriers, les grumeaux de rancœur, la rage et le vertige de toutes les confusions.

Les manants du roi indolents, cette canaillerie qui sert la politique du doctrinaire.

Tant d’allégresse dans la méchanceté, ce manque d’ouverture de cœur nous fait tomber dans les répugnances.

Mêlant l’envie à l’ordure, je pense que tous ces politiciens vont au devant des plus amères et des plus inutiles des aventures.

Les petits badauds, ces âmes malléables, les mythomanies qu’ils peuvent susciter, placés aux bons endroits, les meilleurs, pour une vie agréable. Ces batteurs d’estrade aux qualités sordides, ces parasites et militants entretenus, les beaux salauds dorés sur tranche aiment à leur façon le Congo, des citoyens ni bas, ni médiocres ?

Au Congo Brazzaville, le jugement dernier se passera dans la rue.

Dina Mahoungou

Ecrivain et journaliste médias

Auteur du roman : « Agonies en Françafrique » aux éditions l’Harmattan

Auteur du recueil de nouvelles : « Les parodies du bonheur » aux éditions Bénévent

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Dina Mahoungou - dans Congo-Brazzaville

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