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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 16:39
[Congo-Brazzaville] Dignité disparue au Congo de Sassou Nguesso

Par RIGOBERT OSSEBI

François Hollande et le Pape François se sont vus à Rome ce vendredi 24 janvier. Ils ont dit dans un communiqué s’être « retrouvés autour de la « défense de la dignité humaine« ». L’un et l’autre avaient rencontré, récemment, Denis Sassou NGuesso. Avaient-ils abordé avec lui ce même sujet ?

L’un et l’autre auraient eu beaucoup à dire s’agissant de la « dignité humaine » au Congo ; cela fait bien longtemps qu’elle y a disparu.

Le préambule de la Déclaration universelle des droits de l’homme, avant donc le célèbre Article premier (« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en droits… ») commence par : « Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine… ».

« La reconnaissance de la dignité.. ». Cette dernière, est totalement ignorée au Congo comme les principaux articles de ladite déclaration sont bafoués car ils en découlent naturellement ! Tous les droits de l’homme, ou presque, ont pour fondement la « dignité humaine » !

L’abolition de l’esclavage avait rendu la liberté à ceux, dont nos parents, qui en étaient victimes. Simultanément à ce droit de l’homme élémentaire, ils avaient retrouvé cette valeur ô combien essentielle : la dignité ! Leur dignité humaine dont ils avaient été privés.

Pour Aristote et Platon, l’intelligence fonde la dignité humaine. Les esclavagistes s’appuyèrent sur cette affirmation, tout au long des siècles, pour le commerce infâme de ceux qui n’appartenaient pas à leur civilisation.

De Kant à Hegel, la dignité devint la valeur absolue. Lévinas, plus près de nous, la décrira comme « une exigence de nous-mêmes à l’égard de nous-mêmes ».

Les indépendances nationales s’inscrivaient dans cette exigence.

Au fil des décennies, après la déclaration d’indépendance de la République du Congo ballotée, plus que guidée, par des idéaux politiques fictifs et confus, il a été imposé de plus en plus de sacrifices aux Congolais. Le bien-être devint une denrée de luxe réservée à quelques nantis. La maltraitance ininterrompue, les pénuries d’eau potable et d’électricité, l’injustice institutionnalisée, le manque de soins, d’accès à l’éducation, d’accès au travail et à une alimentation correcte furent autant d’atteintes à cette valeur essentielle, à cette exigence de nous-mêmes. Nombreux firent le choix de l’émigration.

Une nouvelle caste très restreinte est alors apparue avec le renchérissement des matières premières et l’augmentation de leur production : celle des puissants, celle des seigneurs ! Celle des saigneurs pourrait-on écrire, car il a fallu faire couler beaucoup de sang pour que l’humiliation des populations et leur asservissement soient complets. Un apartheid de fait s’est alors instauré au Congo entre ces deux catégories de population ; plus imposant que celui que connaissaient nos parents sud-africains. La fin de l’apartheid et la création de la République d’Afrique du Sud, qui succédait à l’Etat ségrégationniste, n’était que l’expression politique d’une reconnaissance d’un droit à la dignité, au travers de l’égalité, pour la majorité de sa population.

Parmi ces derniers, nombreux sont ceux qui nous ont rejoints maintenant dans la misère et qui disent « regretter le temps de l’apartheid.. ! » comme certains d’entre-nous pourraient regretter celui de l’époque coloniale tant la misère et les injustices sont grandes.

Nourri abondamment de pétrodollars, l’ex-communiste, l’ex-révolutionnaire, l’ex-marxiste-primitif, l’éternel « slogantiste » d’objectifs jamais atteints se métamorphosa alors en Harpagon ; essentiellement avec sa population pour mieux enrichir ses enfants, sa famille et son petit clan. Son désormais célèbre « Occupez vous de mes pauvres, je m’occupe de mes riches ! » lancé à une responsable de l’Union Européenne résume totalement sa ligne de conduite. Les bancs de classe furent l’objet de dons de compagnies pétrolières et les campagnes de vaccinations lancées au hasard de la bienveillance d’ONG ; ce qui explique entre autres les nombreux cas d’infirmités dues à la poliomyélite. Il remporta sa sale victoire du PPTE( Pays Pauvre Très Endetté) au prix fort d’une pauvreté extrême qu’il avait sciemment creusée et infligée à tout un peuple !

Les conditions de vie au Congo sont devenues de plus en plus exécrables. L’Harpagon d’Edou, dictateur cupide et brutal, soutenu par ses mercenaires idéologues, ses partenaires dans le pillage de l’Etat, ne voulait pas pour autant grever son trésor personnel qu’était devenu le Trésor Public. L’Etat allégé de ses dettes anciennes pouvait alors s’endetter auprès de la Chine pour construire, plutôt mal que bien, les infrastructures qui faisaient défaut, pendant que tout le cash s’évaporait dans les poches et dans les comptes bancaires de quelques-uns.

L’enrichissement outrancier, les trains de vie fastueux, les fêtes incessantes, un culte de la personnalité ridicule digne d’un empereur centrafricain ou d’un maréchal ougandais, des jets privés pour presque chacun des enfants du dictateurs, des biens uniquement mal acquis, des anniversaires princiers à Saint Tropez, de l’argent jeté par les fenêtres et dans les rues en Espagne et des centaines de millions de dollars de prêts à des pays voisins sont autant d’insultes impardonnables lancées aux presque trois millions de miséreux que compte maintenant le pays, aux instituteurs en grève depuis plusieurs semaines pour avoir un salaire décent et aux étudiants congolais à l’étranger privés du paiement de leur bourse ; abus d’un pouvoir totalitaire bafouant le minimum de dignité auquel les Congolais ont légitimement droit !

L’esclavage a été aboli, comme le colonialisme et l’apartheid, mais une ségrégation politique s’est imposée au Congo forte de toutes les richesses qu’elle a confisquées. ! Malgré les arrestations et les emprisonnements arbitraires qui se multiplient et s’accélèrent, l’imposture de la dictature arrogante au pouvoir, en fait un gang de mafieux et de voleurs, ne résistera plus bien longtemps à la soif des Congolais de retrouver la dignité perdue y compris les élémentaires droits de l’homme dont ils sont privés …

Les participants au pillage de cet Etat s’étaient réunis, il y a quelques semaines à Brazzaville pour aider à la construction de la Maison d’enfants de Nazareth de Sœur Marie-Thérèse. A première vue l’œuvre est louable et charitable pour la cinquantaine d’enfants de cet orphelinat. Mais au Congo, ils sont des centaines de milliers d’enfants qui mériteraient d’être bien traités également.

Ce genre d’action est élaborée, dictée et mise en œuvre par un Goebbels de pacotille, un propagandiste qui est largement subventionné par le dictateur qu’il sert. Flattant cette initiative de charité dans les colonnes du torchon qu’il contrôle, il conclue : « n’attendons pas tout de l’Etat et prenons notre destin en mains (sic). Nous en avons aujourd’hui les moyens. »

En termes clairs : « Congolais, faites appel à la charité ! Mendiez ! Vous n’aurez rien de Sassou NGuesso ! Oubliez votre dignité ! Tendez la main et démerdez-vous ! »

Lassés de tous les excès qui se succèdent et des humiliations qu’on leur fait subir, il se pourrait bien, plutôt que de tendre la main, que des voix s’élèvent, que des poings se lèvent et qu’ils regagnent enfin la dignité de chacun !

Retrouvons cette « exigence de nous-mêmes à l’égard de nous-mêmes ! » Recouvrons notre dignité ! Il s’agit du plus élémentaire et du plus légitime de nos droits !

Rigobert OSSEBI

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Rigobert Ossebi - dans Congo-Brazzaville Vatican

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