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24 décembre 2013 2 24 /12 /décembre /2013 10:36
(France/Congo) Sassou Nguesso : Pas de soutien de Paris pour un nouveau mandat

SASSOU NGUESSO

Pas de soutien de Paris pour un nouveau mandat

C’est le sauve qui peut dans le royaume françafricain. Certes, le syndicat des chefs d’Etat existe toujours, mais, chacun, maintenant, cherche à sauver sa peau. On ne se mouille plus, forcément, pour les autres, comme avant. Dans ce royaume, les tenants des pouvoirs, qui piétinent les droits de l’homme, sont dans l’inquiétude au regard de la (stricte) neutralité qu’observe Paris dans la conduite des questions africaines.

Parmi les chefs d’Etat qui ont, déjà, perdu le sommeil à cause de la porte de l’Elysée qui leur reste hermétiquement fermée pour certaines questions sensibles ayant trait aux réformes constitutionnelles, on compte, dans le désordre, le Burkinabé Blaise Compaoré, le Burundais Pierre Nkurunziza et le Congolais Denis Sassou Nguesso. S’il y en a d’autres, ces trois sont devenus les spécimens grandeur nature par lesquels on évaluera le succès ou l’échec du président François Hollande à « rompre avec la Françafrique ». Chacun des trois se débat comme il peut pour s’en tirer rapidement à bon compte d’autant plus que les mandats des deux premiers arriveront à expiration en 2015 contre 2016 pour le troisième. Il faut donc faire (très) vite pour que le temps ne fasse pas son effet. Mais que faire alors que François Hollande, dans ce domaine, est intraitable ?

Chacun a sa stratégie. A défaut d’être gagnante, elle a le mérite d’exister au moins. Après avoir joué l’indifférence, l’intoxication à fond au travers d’une presse gouvernementale aux ordres, sans compter les valises de billets, Blaise Compaoré a vite déchanté et s’est résolu à rencontrer l’opposition. Un exercice d’évaluation et de jaugeage qui a eu le mérite de lui montrer qu’il avait intérêt à ranger son dossier de modification de la constitution dans un tiroir. Les Burkinabé ne veulent pas qu’il soit récidiviste. On sait qu’il n’avait pas respecté sa parole donnée au président Félix Houphouët-Boigny de faire un mandat et de passer le tour suivant à Me Hermann Yaméogo, avec qui il était en conflit ouvert dans les années 90. Décédé en décembre 1993 avant d’avoir pu arbitrer le match politique entre ces deux boxeurs burkinabé, Blaise n’a pas eu du mal à gagner le combat, après avoir volontairement faussé les données de base du départ. En 2005, alors qu’on lui demandait de ne plus se représenter pour avoir effectué ses deux mandats réglementaires, il avait rétorqué en disant que le décompte de mandats ne pouvait commencer qu’en 2005, et qu’en 2015, il quitterait le pouvoir, après avoir effectué ses deux mandats. La modification de la constitution ramenait la durée du mandat présidentiel de 7 à 5 ans. Nous serons, en 2015, dans deux ans. Voyant la fin de sa présidence se rapprocher inexorablement, Compaoré fait tout ce qui est possible pour rester au pouvoir. Sentant une résistance farouche à ses projets s’organiser en face de lui, à la fois politique (partis d’opposition), civile (syndicats, société civile) et militaire (les locataires des casernes avaient failli le déposer il y a deux ans), il a fait mine de prendre langue avec l’opposition. D’où la rencontre du 14 novembre 2013 pendant laquelle les leaders de l’opposition, conduits par Zéphirin Diabré, lui ont remis un mémorandum qui lui demande purement et simplement de quitter le pouvoir en 2015, ou avant, sans chercher, auparavant, à installer le sénat car si tel était le cas, il pourrait quitter le pouvoir par la petite porte. Se montrera-t-il à la hauteur des enjeux pour comprendre qu’il est temps pour lui de passer la main ?

Pierre Nkurunziza, pasteur d’une église de réveil, pendant ses heures perdues, et président du Burundi, à plein temps, va, aussi, terminer son deuxième et dernier mandat constitutionnel en 2015. Mais le pouvoir rendant visiblement fou (même les hommes de Dieu), il a pris la (mauvaise) décision de s’accrocher au pouvoir. Pour y parvenir, il veut complètement changer de régime et cherche, en ce moment, à faire voter une nouvelle constitution à l’Assemblée nationale. Un hold up (imparfait) qui fait jaser dans le pays. Le président français l’avait très bien reçu au début de cette année. Actuellement, il n’y a plus de chaleur entre les deux hommes comme lors de leur première rencontre. L’opposition a déjà dit qu’elle n’acceptait pas le contournement des institutions par Pierre Nkurunziza. Dimanche 8 novembre, c’est l’épiscopat qui a demandé au gouvernement d’enterrer cette réforme constitutionnelle à problème, comme le souhaite l’opposition.

Le cas Sassou est tout aussi inquiétant. Voilà un chef d’Etat qui ne sait plus quoi faire, pour rester légalement, légitimement, au pouvoir. Un jour, il dit à ses proches de faire savoir à l’opinion qu’il n’est âgé que de 60 ans, ce qui veut dire que son épouse, Antoinette, qui a fêté ses 70 ans, en mai dernier, à Saint-Tropez (France), en grandes pompes, en déboursant 4 milliards de f cfa (6 millions d’euros) pour nourrir 150 personnes triées sur le volet venues du Congo grâce à deux avions affrétés par ses soins, est son aînée de 10 ans. Mais mal lui en a pris de constater qu’il allait se faire ridiculiser. Car afficher aujourd’hui un âge de 60 ans voulait, aussi, dire que sa fille aînée, Edith-Lucie Bongo Ondimba née Sassou Nguesso, décédée en mars 2009, à Rabat, avait vu le jour quand, lui, Sassou, n’était âgé que de 11 ans. Un véritable record ? Il fallait trouver autre chose pour rester crédible aux yeux des observateurs internationaux de la scène politique congolaise. C’est ainsi que Sassou a actionné du côté des médias indépendants qui lui rendent la vie difficile. Par le biais du CSLC (Conseil supérieur de la liber té de communication), entre novembre et décembre 2013, il a frappé 5 hebdomadaires indépendants de neuf mois d’interdiction de paraître, parce qu’ils refusent de chanter ses louanges. Il a, aussi, « acheté » à coups de milliards de f cfa les hommes politiques congolais pour les rallier à sa cause. Il a fait mine de convoquer des séances de dialogue entre le pouvoir et l’opposition, à Dolisie et à Ewo, lesquelles séances n’ont abouti que sur des incompréhensions. Les opposants qui s’y étaient rendus ont d’ailleurs été qualifiés de traîtres à la cause nationale. La seule issue qui lui reste, c’est de modifier (sa) constitution de 2002. Certains lui conseillent d’adopter carrément une autre constitution (comme le pouvoir burundais essaie de le faire, actuellement, avec beaucoup de difficultés) qui permettrait la mise à plat de toutes les institutions. Le Congo repartirait, ainsi, sur un nouveau pied comme si le pays renaissait de ses cendres. Le dictateur qui sent que la communauté internationale l’a à l’œil, et que la droite française (protectrice de dictateurs africains) n’est plus au pouvoir pour couvrir de telles magouilles, abat ses dernières car tes. Il passe incontestablement un sale temps en cette fin de l’année 2013.

Les recettes pétrolières de 2013 du Congo prévoient un excédent faramineux de plus de 1.500 milliards de f cfa dont il ne sait quoi faire. Se substituant aux institutions de Bretton Woods auprès desquelles il a obtenu une forte réduction de la dette du Congo, il y a quelque temps, Sassou s’est mis, à son tour, à prêter de l’argent à tour de bras, aux dirigeants africains amis. C’est ainsi que les présidents du Sénégal, Macky Sall, guinéen, Alpha Condé, nigérien, Mahamadou Issoufou, malien, Ibrahim Boubacar Keïta, et ivoirien, Alassane Ouattara, sont déjà passés à la caisse. Le minimum qu’il prête est de 50 milliards de f cfa (34 millions d’euros). Alassane Ouattara, par exemple, a obtenu le double de cette somme. Le geste du dictateur n’est pas si désintéressé que cela. Sassou leur demande, automatiquement, absolument, de défendre son cas auprès de François Hollande, ce qui n’est pas difficile car la plupar t d’entre eux, membres de l’Internationale socialiste, connaissent le « camarade François » depuis, par fois, une trentaine d’années. En privé, on peut lui demander de faire un geste pour le frère de Brazzaville en difficulté.

Le locataire de l’Elysée aurait reçu des appels pressants venant de ses amis africains, d’être moins dur, moins sévère, à l’endroit de Denis Sassou Nguesso. De considérer les efforts qu’il déploie, au côté de la France, pour aider à la résolution de la crise au Mali et en Centrafrique.

Dans ce dernier pays, il a prêté 25 milliards de f cfa (17 millions d’euros) pour permettre le non-effondrement de l’administration. En quittant précipitamment Bangui, Bozizé que Sassou avait initié à la maçonnerie, à Brazzaville, a fui avec la caisse.

Plus rien pour payer les fonctionnaires.

Pour apparaître sous un nouveau jour, pendant le Sommet de l’Elysée, Sassou, le nouvel émir du Golfe de Guinée, n’a pas lésiné sur les moyens. Grâce à ses pétrocfa sonnants et trébuchants, il a mis plusieurs confrères français à contribution. Il a tenu, également, à être le premier chef d’Etat à témoigner, sur RFI, après la mort de Nelson Mandela. Alors qu’il avait déjà, résolument, tourné la page du grand homme, malgré ses multiples voyages en Afrique du Sud où il compte, plutôt, sur Jacob Zuma pour faire contrepoids aux Occidentaux, le jour où ça ne tournera pas rond, pour lui, au Congo-Brazzaville.

Dans le même ordre d’idée, Sassou a largement ouvert les portes de son pays aux investisseurs du Golfe persique dont les plus entreprenants, comme par hasard, sont les Qataris.

Ces derniers, qui ont signé, en novembre 2013, des accords d’exploitation du pétrole congolais avec la compagnie française Total, à Doha, investissent dans la construction d’un grand centre commercial, dans Brazzaville, avec des habitations et des terrains de jeu et de vie. Fait notable à souligner : ils ont aussi obtenu, de Sassou, la construction de la plus grande mosquée d’Afrique centrale, dans la capitale congolaise.

A côté d’elle, la mosquée Hassan II de Libreville ne sera qu’une bricole.

Une largesse sassouiste qui fait jaser au Congo, même, dans la mesure où ce pays ne compte à peine 3% de musulmans, qui appartiennent d’ailleurs pour la majorité d’entre eux aux pays de l’Afrique de l’Ouest. Les Congolais clair voyants pensent que Sassou joue avec le feu (juste pour sauver son pouvoir immédiat). On le compare volontiers à l’ancien président Amadou Toumani Touré du Mali, qui s’honorait, dans sa naïveté suprême, que l’émir du Qatar vienne chasser, chaque année, dans le très désertique Nord-Mali, l’outarde. Le djihadisme ambiant qui a provoqué l’intervention militaire française après la chute du pouvoir du général Touré, montre qu’il était inapte à diriger le Mali. Sa bêtise politique l’a conduit droit vers un exil de longue durée au Sénégal. Sassou, quant à lui, choisirait-il Doha, la ville où la consommation de l’alcool est totalement prohibée ? Si oui, qu’adviendrait-il de son amour pour le whisky- café qu’il affectionne pour se donner des forces ? Car à l’allure où se prennent les décisions à Mpila (lieu du pouvoir présidentiel congolais), dans ce contexte de sauve qui peut, il n’est pas exclu que d’ici très peu de temps, Brazzaville commence à compter de femmes entièrement voilées de la tête aux pieds, alors que cette ville est plutôt connue comme la capitale de la sape.

Pour terminer, les Congolais ne doivent pas être (très) étonnés de la bise (bien sympathique) que François Hollande a donnée à Sassou, en l’accueillant, vendredi 6 décembre après-midi, à l’Elysée, alors qu’une poignée de mains aurait suffi, comme il l’a fait pour tant d’autres chefs d’Etat africains, et non des moindres. Est-ce à dire que Sassou serait devenu fréquentable ? Que non ! Cette bise est suprêmement politique même si à Mpila, en tout cas, on jubile, avec l’espoir que les actions de lobbying pour adoucir les positions du chef de l’Etat français à l’endroit du dictateur de Brazzaville, soient, enfin, en train de payer. Pourtant, il n’en est rien. Sassou avait insisté auprès des services de l’Elysée pour avoir un entretien (ne serait-ce que de 15 mn) avec François Hollande, en marge du Sommet. Résultat, non seulement, il a été snobé par le président français, mais il l’a été aussi par les ministres français des Af faires étrangères et de la Défense, qui ne s’interdisaient pas de rencontrer les autres chefs d’Etat de la CEEAC.

Finalement, l’argent confié aux lobbyistes n’a servi à rien. Le président du Congo-Brazzaville est toujours aussi mal vu à Paris où il est considéré comme le prototype de chefs d’Etat qui font du tort à tout un continent qui ambitionne de prendre son destin en main.

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Afrique Education - dans Congo-Brazzaville Sassou Nguesso

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