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4 août 2013 7 04 /08 /août /2013 16:55
[Afrique/Afrique centrale] L'effondrement de l'Etat et l'émergence d'une colonisation nationale, par Abraham Avellan Wassiama

Écrit par Abraham Avellan Wassiama

Tribune libre

Né dans des conditions géopolitiques obscures mais d’une volonté manifeste de puissance impériale, l’Etat postcolonial s’était emparé de la rhétorique de liberté qui prévalait au moment des indépendances afin d’anéantir les velléités panafricanistes qui appelaient au réveil des africains.

Les réseaux d’autrefois, chargés d’aspirer les richesses africaines, aidées par l’ancienne puissance coloniale, avaient survécu aux changements promis par les indépendances des années 60. Après avoir miné puis gangrené les nouvelles institutions elles-mêmes calquées sur l’ordre ancien, ces réseaux contrôlèrent, peu à peu, les structures étatiques en plaçant ses hommes jusqu’au plus haut sommet de l’Etat. Ce fut le règne d’une administration néocoloniale.

Au cœur d’un système antidémocratique, les différents corps de l’Etat ont été instrumentalisés puis rongés progressivement par l’esprit clanique et ethnique distillés depuis le sommet. Le pouvoir espérait ainsi se forger une carapace protectrice locale afin de se doter d’une longévité sans borne. Des crimes rituels et guerres à répétions ont profondément déstructuré la vie dans les villes et campagnes africaines où les institutions se confondent de plus en plus à des chambres d’enregistrement au service du dernier caïd en date.

En décrétant le régime de parti unique et en s’appuyant sur le principe selon lequel le parti dirige l’Etat, le pouvoir central s’était offert les verrous de la république à savoir l’armée, la police, la justice … Très vite, l’Etat, protecteur des biens et des citoyens, s’est effacé, laissant place à une sorte d’anarchie administrative où règnent le racket et une corruption généralisée.

Désormais aux mains d’une dictature, les institutions étatiques tombent les unes après les autres, sous le contrôle du clan sinon de l’ethnie. La restriction des libertés fondamentales et celle d’entreprendre, le clientélisme, la concussion, la violence et l’impunité ont fini par achever le fonctionnement de l’administration au sens colonial. Son effondrement pourtant souhaité à la base, désarticule encore plus les sociétés africaines qui voient accroitre vices et perversités en leur sein. Devenus moribonds et mal administrés, les Etats postcoloniaux subsahariens sont désormais à la merci de tous les prédateurs zélés, voyous ou illuminés. Alors, à qui la faute ? Pourrait-on s’interroger.

Durant toute cette période d’inspiration néocolonialiste, ces réseaux ont dû s’adapter, se moderniser et recruter d’autres hommes. Le plus connu et plus décrié est la françafrique tant elle ignore les souffrances des populations. C’est là aussi que réside sa faiblesse d’aujourd’hui.

En effet, la plupart des dirigeants des anciennes métropoles n’ont pas connus la guerre et à peine la colonisation. Leur approche, dans un contexte de mondialisation et de crise économique, tient davantage compte des aspects humanitaires et de solidarité de plus en plus détachés de l’idée d’asservissement des peuples au-delà des convulsions générées par le repli sur soi.

Cette récente posture des dirigeants européens agacent leurs homologues africains englués dans le rôle de geôliers de leurs concitoyens. La croissance économique dont bénéficient les états africains actuellement est confisquée et réservée aux seuls cercles au pouvoir. Ainsi, l’Etat lui-même corrompu jusqu’au plus haut point, n’existe plus qu’en apparence.

Hier c’était l’eau qui manquait en Afrique. Aujourd’hui, après un demi-siècle de gestion néocoloniale s’apparentant davantage au modèle féodal, cette question n’est toujours pas résolue. S’y ajoute l’électricité et l’insalubrité. Chaque soir, l’Afrique s’éclaire au rythme des délestages. Or tout le monde s’accorde sur le fait que le développement est corrélé à l’énergie sans laquelle l’homme est voué à la disparition. Va-t-on manger un jour à sa faim en Afrique ?

La jeunesse africaine ne cesse de frapper à la porte de modernité au sens large. Elle est preneuse de la modernité scientifique et technologique, de la modernité institutionnelle et politique, de la modernité économique, sociale et culturelle. Pour cela, elle exige des institutions solides et durables où l’Education constituera une réelle priorité afin de se former et se hisser à la hauteur des enjeux devenus mondiaux.

Mais pour conserver « leur pouvoir », les dirigeants africains sont capables de se livrer à des joutes urbaines, à stocker les armes et minutions d’une puissance de feu surprenante ou plus subtilement à se livrer à des modifications et violations de leur propre Constitution à chaque fin de leur « mandat ».

Jadis, on glosait sur les républiques bananières. Il existe maintenant, avec l’avènement de l’ère démocratique, en Afrique subsaharienne, des pays où le Parlement est composé des enfants, nièces, cousins, gendres … bref de toute la parenté du Président. Cette curieuse interprétation de la démocratie introduit la confusion auprès des populations avides d’émancipation.

Leur prolifération tentaculaire ethnique touche tous les domaines de la vie et de la cité. Sans complexe, elle se veut être une « colonisation nationale », pas moins ! Celle-ci serait plus vertueuse, dit-on, qu’une colonisation internationale ! ? Va-t-elle succéder, avec l’aide des chinois, à la néo colonisation ? Ne fait-elle pas simplement le lit des chinois ?

Au-delà des petits jeux à vision étriquée des africains, s’opèrent des grandes manœuvres des géants mondiaux qui finiront par aspirer les richesses africaines tant convoitées, comme d’habitude. Il faut donc s’attendre à des collusions de grande ampleur tant l’avancée sino-américaine en terre africaine est manifeste et inéluctable.

La Communauté internationale qui se complaint si souvent dans le rôle plutôt passif d’observateur lors des élections, puis dans celui de pompier avec une relative impartialité à l’issue de ces mêmes élections, devrait se pencher davantage sur les manœuvres et contorsions opérées longtemps en amont. Elle devrait, en même temps, exiger le dépôt des Constitutions de tous les pays membres de l’ONU à la Cours Pénale Internationale 3 à 4 ans avant la tenue des élections afin d’en limiter les désastreuses tentations qui débouchent sur des absurdes bains de sang des innocentes populations. La démocratie ne se limite point à la seule tenue des élections.

Etrange constat : Eyadema est mort, vive Eyadema, le fils ; Kabila est mort, vive Kabila, le fils ; Bongo est mort, vive Bongo, le fils … la suite peut se deviner.

Abraham Avellan WASSIAMA

SOURCE : mwinda.org

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Abraham Avellan Wassiama

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